‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 15 sur 86 · DUT RÉ EE · texte numérisé non relu

DUT RÉ EE

64 MONTGALM ET LÉVIS

Du haut des remparts, où flottaient les couleurs de France, le canon venait d’annoncer l'heure du réveil.

Les différents corps d'armée, drapeaux en tète, émergeaient du camp et du fort au seul cri des officiers; car les trompettes et les tambours étaient interdits. Entre les rangées de tentes, dont les toitures blanches se dessinaient en vives arètes sur la verdure du gazon et des bois, les feux allumés par les cantiniers laissaient échapper de légères colonnes de fumée qui flottaient en nuages à la cime des arbres. Tous les guerriers indiens, fraichement tatoués, groupés par tribus et assis sur l'herbe, formaient un immense cercle, où les chefs se passaient de main en main le calumet après en avoir tiré quelques bouffées. En arrière d'eux étincelaient au soleil levant les sabres et les baïonnetles des régiments français, disposés en vaste carré. Le marquis de Montcalm, debout au centre du conseil et tenant en main un collier de porcelaine, haranguait son étrange auditoire. À mesure que M. Marin, l'interprète du jour, traduisait les paroles de l’orateur, les chefs répondaieni par des inspirations gutturales répétées en chœur par la foule des guerriers. Singulière rencontre des deux extrèmes de la civilisation et de la barbarie.

L'éloquence du général parut convaincre toute l'assemblée, et le départ de l'expédition fat fixé au lendemain soir. Mais d'ici là un incident quelconque pouvait changer loutes les résolutions. En effet, quelques lroquois, revenant d'une découverte, rapportèrent sept chevreuils qu'ils avaient tuës, et invitèrent leurs frères à leur festin. Force fut done de remettre l'expédition jusqu'au matin du 19.

Enfin on se mit en marche. Il était décidé qu'une partie du détachement irait frapper à gauche vers le fort Édouard, en remontant le lac Champlain et la rivière au Chicot qui S'y décharge, tandis que l'autre suivrait la route du lac Saint- Sacrement.

« Nous nous sommes rendus à six heures du soir au camp avancé de M. de Contrecœur.

« Les sauvages, qui devaient partir ce soir, ne partent plus. La destination mème qu détachement est changée, Is veulent aller tous ensemble par le lac Saint- Sacrement,.

€ On dit que le départ est fixé à cette nuit, mais c’est un on dit, et le caprice sauvage est bien de tous les caprices possibles le plus capricieux ‘. »

La décharge du lac cest un pays de montagnes, de précipices », fait exprès pour les embuscades € et pour les coups fourrés ».

« Les sauvages sont enfin déterminés à partir et quittent le camp de M. de Contrecœur vers six heures du soir.

« Les canots, au nombre de trente-quatre, ont attendu en ligne, derrière une pointe, que le jour fût tout à fait tombé. »

Ce sont « les sauvages qui décident la marche, les haltes, les découvertes , l'expédition à faire; et dans celle espèce de guerre, il faut s'en rapporter à eux ».

Ils étaient soi-disant aux ordres de l'intrépide Marin, dont Montcalm reconnaissait la bravoure, mais qu'il jugeait sot, parce qu'il était vantard, comme presque tous les coureurs de bois.

La lune se levait à lhorizon et achevait de disperser de légères vapeurs à la cime

1! Journal de Bougainville.

MONTCALM ET LEVIS [Hh]

ait d'an- : des montagnes pittoresques qui bordent les deux rives du lac, lun des plus beaux

de tout ce pays. La flottille s’'avança dans un profond silence, en longeant la côte np et du du nord, jusqu'au delà de l'ile à la Barque. Le reste de la nuit fut passé au interdits. bivouac, à la tête des bateaux tirés sur le rivage. Un canot d'écorce avait été dépèché en vives en avant à la découverte, € Ce canot rencontra dans le chenal des iles un petit antiniers bateau anglais qui était en croisière. Comme il faisait clair de lune, notre canot la cime s'est plongé dans la partie où les arbres faisaient ombre, et à observé les mouve-

tribus et de main étince-

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