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s pour ‘ ments du canot ennemi, qui presque aussitôt S'en est retourné sans nous avoir | découverts. »
M. de 1 A la pointe du jour, tout le détachement se retira dans l'épaisseur du bois pour y attendre le retour de deux partis d'éclaireurs, dont l'un devait s'avaneer le long "e une à du rivage, et l’autre côtoyer le versant de la montagne. Hs revinrent à la tombée # du jour, après s'être approchés jusqu'en vue du fort George, mais sans avoir res , de remarqué autre chose que de vieilles pistes et quelques feux dans les îles. 1x ». :) Sur ee rapport, ç un héraut Sest avancé le Tong de la grève et a appelé au inais- # conseil Les ehefs des nations. Tous se sont rendus au camp des Troquois, qui, comme esque ï supérieurs en nombre dans ce parti, donnaient le ton, sans même lavis du com- 4 mandant français. Les chefs, la couverte sur le corps, la lance à la main, se sont
cime avancés gravement, ont pris leur place et fumé la pipe du conseil. Le harangueur
a exposé l'objet du détachement, les rapports des découvreurs, et sur cel exposé
on à longuement délibéré en présence toutefois d'un interprète francais, Le résultat ÿ
66 MONTCAIM ET LEVIS
a été qu’on enverrait deux canots avec ordre de fouiller les îles; qu’à l'entrée de la nuit la flotte partirait et camperait à deux lieues au-dessus, vers la côte du sud, ce qui a été exécuté.
« Au reste, les sauvages nous traitent impérieusement, font dr: lois pour nous, auxquelles ils ne s’assujeltissent pas; et l’on soupconne les Iroquois de n'être pas de bonne foi.
« Après avoir marché une partie de la nuit suivante, on alla camper, vers deux heures du matin, à quatre lieues du fort George.
« Les défenses de faire du feu ni le moindre bruit out été réitérées; les sauvages font l’un et l'autre, »
À onze heures du soir, sur le rapport d'un canot d’éclaireurs qui prétendaient avoir découvert quelques tentes sur une pointe de la côte nord du lac, « on le traversa dans le plus grand silence pour aller frapper... Nous marchions dans le bois sur plusieurs files, les sauvages presque nus, matachés de noir et de rouge.
Arrivé sur la pointe, on la trouva déserte. Alors tous les sauvages de S'éerier que les Iroquois les trahissaient; ce qui força ceux-ci à remettre le commandemi aux autres nations.
De retour au point du départ, « on choisit d’un commun accord cent dix sauvages, et les meilleures jambes de tout le détachement, qui partent avec une trenlaine de Canadiens, les plus lestes, aux ordres de Marin, dans lintention d'aller jusqu'au fort, et de ne revenir qu'après avoir fait coup. »
Sur les deux heures, ils arrivèrent à limproviste sur un détachement de cinquante-trois Anglais, dont trois officiers, qui s'étaient avancés à une lieue et demie environ du fort, le cernèrent de tous côtés, en tuérent une partie et firent le reste prisonnier à l'exception d’un seul, qui alla porter la terrible nouvelle dans le camp et le fort George. La panique v fut si grande, que lord Loudon crut à une altaque générale des Français, et mit en marche toute son armée.
« Les Iroquois ont eu deux morts et deux blessés, Les sauvages ont fait sur Île champ de bataille des eruautés dont le récit même est horrible. »
Le mème jour, bougainville, Le Mercier et Desandrouins gravirent avec une escorte lt cime d'une montagne, d'où ils aperçurent le eamp et le fort anglais, mais de trop loin pour en juger; et à la Lombée de la nuit ils étaient de retour à Carillon.
Dans la soirée du lendemain, des décharges de mousqueterie annoneërent larrivée des sauvages au poste de M. de Contrecœur.,
€ Parvenus à la hauteur du camp, raconte Bougainville, ils se sont mis en panne et ont fait des eris de perte; un canot venu au-devant leur a demandé le sujet de leur douleur. « Marin est mort, ont-ils dit (car, lorsqu'ils ont quelques morts, « le chef du parti est censé mort); nous sommes lués, » Quelques mots de consolauon. Ensuite ils ont fait les cris de mort et ont débarqué en fusillant. »
Dans la matinée, le marquis de Montcalm, venu pour passer en revue les troupes de M. de Contrecœur, harangua les guerriers, et, selon la coutume, couvrit leurs morts par des présents.
Une escouade de trente soldats, aux ordres d’un lieutenant, fut détachée pour assister aux funérailles.
a Les sauvages, dit Bougainville en terminant ce récit, ont avec eux dix-sept prisonniers. Ds en ont déjà assommé quelques-uns... Les eruautés et l’insolence de
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ces barbares font horreur et répandent du noir dans l'âme. C’est une abominable facon de faire la guerre; la représaille est effrayante, et l'air qu’on respire ici est contagieux pour l’accoutumance * l'insensibilité. »
Montcalm n'avait pu tirer qu'un seul prisonnier des mains de ces monstres. Tous se débandérent immédiatement et reprirent avec leurs malheureuses victimes le chemin de leurs villages. Trente-six seulement se laissérent persuader de rester à force de présents et de promesses. Ces sauvages appartenaient à la nation des Poutéotamis, encore païenne et livrée aux pratiques de la jonglerie, dont ils donnérent souvent le spectacle sur le plateau de Carillor.
« Leurs vieillards, qui sont restés ici, raconte Bougainville, ont fait hier la médecine pour savoir des nouvelles du détachement de leurs frères. La cabane à tremblé, les jongleurs ont sué des gouttes de sang, et le diable est enfin venu qui leur à dit que leurs frères reviendraient incessamment avec des chevelures et des prisonniers. Un jongleur dans la cabane de médecine est exactement la pythonisse sur le trépied, où Canidie évoquant les ombres. »
Deux jours après, Bougainville ajoutait dans son Journal : « Le jongleur pouléotamis a fait encore une fois la médecine. ILest venu ce matin trouver M. le marquis de Montcalm; il lui a apporté un bâton marqué de seize erans avec quatre crans aux derniers, ce qui voulait dire que ses frères, partis il y a seize jours, ont fait coup depuis quatre jours, et qu'ils reviendront aujourd'hui avec chevelures et prisonniers. Notre prophète était hâve et défait; il jeûnait depuis deux fois vingtquatre heures, aussi a-t-il dévoré ce qu’on lui à donné à manger. »
Le jongleur se trouva pour cette fois avoir deviné assez juste. Les Poutéotamis revinrent le même jour avec un prisonnier fait aux environs d'Albany.
A la fin d'octobre, Montcalm, persuadé que l'ennemi n'entreprendrait rien d'important le reste de la campagne, repartit pour Montréal, abandonnant à Lévis le soin d’acheminer les régiments vers leurs cantonnements d'hiver.
C'était la première lois depuis son arrivée au Canada que le général pouvait se donner quelques moments de relâche. En redescendant le lac Champlain, il se plut à admirer les beautés pittoresques et primitives de ce lac, qui lui apparaissait sous un aspect qu'il n'avait pas encore vu.
Montcalm avait remarqué, comme tout le monde, la grandeur des paysages du Canada; il les avait vus dans tout l'éclat du printemps, dans toute la richesse de l'été, mais alors ils étalaient leur brillante parure d'automne, quand les premières gelées ont coloré le feuillage de nuances si vives et si variées, depuis le rouge vermillon jusqu'au jaune paille le plus délicat. L'œil reste ébloui en présence du panorama qui se déroule de tous côtés, et devant lequel Titien aurait brisé son pinceau.
Le 15 novembre, les dernières tentes du camp de Carillon étaient levées, Le régiment de la Reine prit ses quartiers d'hiver à la côte de Beaupré; Guyenne à Québec, sous les ordres de Bourlamaque; la Sarre dans lile de Montréal; Languedoe à Montréal même, avee Montcalm el Lévis; Roval-Roussillon sur la rivière Chambly; Béarn à Laprairie et aux environs. Dix compagnies des troupes de la marine stationnérent à Québec, quatre aux Trois-Rivières et seize à Montréal, M. de Lusignan commanda à Carillon une garnison de trois cent quinze hommes, et eut sous ses ordres, à Saint-Frédéric, le capitaine de Gaspé avec un détachement de la marine.
De me ee piton mdr,
ü8 MONTOALM ET LEVIS
Sur la rivière Saint-Jean, M. de Boishébert avait sous son commandement quelques débris des malheureux Acadiens dispersés l’année précédente.
M. de la Valtrie commandait à Frontenac, M. Pouchot à Niagara et M. des Ligneris au fort Duquesne, où il venait de remplacer M. Dumas.
Cet officier, qui s'était immortalisé l'année précédente à la bataille de la Monongahéla, avait rassemblé au cours de Pété un grand nombre de sauvages pour faire une diversion pendant le siège de Chouaguen; mais la brusque attaque et la chute de cette place ayant rendu ce mouvement inutile, & il avait, selon l'expression de Pougainville, ché cette meute » sur les frontières de la Pensvlvanie et de la Virginie, Leurs ravages ét leurs cruautés furent d'autant plus épouvantables, qu'ils avaient à se venger d’une agression toute récente.
Un parti de trois cents Anglais, commandés par le colonel John Armstrong, s'était approché à la faveur de la nuit de la bourgade d’Attigué, habitée par les Loups ou Mohicans, et située entre le fort Duquesne et le fort Machault. I l'avait assaillie à limproviste à l'aube du jour et mis en fuite ses habitants. Heureusement qu'un ollicier canadien, M. de Normandville, avec quelques autres Canadiens, venus là pour recruter des guerriers, S'v trouvaient encore en ce moment. Is firent face à l'ennemi avec intrépidité, jusqu'à ce que les sauvages eussent le temps d'aller mettre à l'abri leurs femmes et leurs enfants. Une lutte acharnée S'engagea ensuite, durant laquelle les assaillants mirent le feu à quelques cabanes, où se trouvait le dépot des munitions, consistant en deux barils de poudre qui sautèrent; ce qui empécha les Mohicans de poursuivre leurs ennemis, dont ils tuèrent ou blessérent plusieurs autour du village. Les cris de vengeance des habitants d'Attiguë trouvérent un terrible écho parmi les tribus de l'Ohio.
Plus de soixante lieues de frontières lurent dévastées par ces hordes farouches : jes maisons incendiées, les moissons et les bestiaux détruits, des familles entières massacrées où enlevées, La population éperdue s'enfuit de toutes parts au delà des montagnes, ne se crovant en sûreté que dans les villes.
M. de Villiers, à la tête de cinquante-cinq hommes seulement, s'avança jusqu’à vingt lieues de Philadelphie et prit le fort Grandville, bâti sur le bord de la rivière Juniata. Ce fort de cinq cents pieds carrés, flanqué de quatre bastions, muni d'arüllerie, avait une garnison de soixante-quatre soldats, M. de Villiers surprit les <entinelles, pénétra à travers les portes l'épée à la main, tua une partie de la garnison avec son commandant, le lieutenant Bradtord, fit le reste prisonnier et brûla le tort.
Le colonel Washington, lorcé de reculer devant ce torrent dévastateur, s'écriail dans son désespoir : € de déclare solennellement que je n'offrirais volontiers en sacrifice à nos barbares ennemis, Si, en donnant ma vie, je pouvais contribuer au soulagement du peuple. »
Cependant, quelques sanglantes que fussent ces incursions, elles auraient été plus eruelles encore Si les commandants français n'eussent sans cesse recommandé aux chels d'expédition d'empécher par tous les moyens possibles les Sauvages de commettre des eruautés sur les prisonniers. Les commissions données par écrit à ces officiers sont remplies de ces recommandations.
Le prestige de la France dans les pays den haut était en ce moment à son apogée, Les deux victoires consécutives de Monongahéla et de Chouaguen avaient
rallié toutes les tribus autour de son drapeau. On va les voir, dans la campagne nement suivante, acourir de toutes les profondeurs de l'Ouest et venir pousser leur terrible
cri de guerre jusque sous les murs de William- Henry. RARES Montealm avait consenti à se séparer pour l’hiver de son premier aide de camp,
dont la santé avait été altérée par la dernière campagne. I lui avait permis d'aller * la Monon- S pour faire et la chute pression de t de la Virbles, qu'ils
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loger chez un de ses parents, M. de Vienne, pour qui Bougainville avait obtenu de ir, s'écriail Pintendant Bigot une place de garde: magasin à Québec. lontiers en On était au mois de novembre. La descente de Montréal, soit par terre, soit par itribuer au eau, était à cette saison aussi pénible qu'ennuveuse, Les chemins, déloncés par les
pluies et ensuite durcis par la gelée, étaient presque impraticables. La route par aient été eau, sous un ciel bas, humide et froid, n'était guère plus agréable. commandé Pendant que l'embarcation qui emportait Bougainvillle glissait lentement sur Les uvages de eaux du fleuve, au-dessus de sa tête passaient de nombreuses bandes de barnaches ar Gcril à et d’outardes qui se renvoyaient par intervalle leurs cris rauques et stridents. Tout
dans la nature, à cette heure désolée de l'automne, portait à la tristesse et à lent à son … l'ennui.
en avaient ;
PAR TEMES E e
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Bougainville, souffrant et brisé de lassitude, était obsédé par les noires pensées de l'exil, que rendait plus vif encore le désœuvrement du voyage. C'est dans cet état d'esprit qu'il descendit un soir dans l'ile à la Bague, non loin des Trois- Rivières, où un brave habitant lui offrit l'hospitalité sous son humble toit. [y passa une partie de la nuit à rédiger son Journal et à écrire à son frère une longue lettre (7 novembre), où il donnait libre cours à son huraeur et lui révélait la guerre intestine qui existait ici entre Français et Canadiens.
« de suis fatigué de la campagne, dit-il. Depuis mon arrivée en Canada, j'ai fait près de cinq cents lieues. Ges voyages continuels, la mauvaise nourrilure, les veilles fréquentes, les nuits passées dans les bois à la belle étoile, les courses avec les sauvages ont un peu altéré ma poitrine. J'ai même craché du sang à la fin du mois dernier, et cetle nuit encore, que j'ai passée au fond de l’eau, dans le chemin de Montréal à Québec. J'ai eu une attaque d'asthme. Le régime et le repos me rétabliront el me mettront en état de recommencer au printemps. Au reste, je n'ai pas souffert seul de la rudesse de cette campagne. Nous avons eu beaucoup de malades, et M. de Moncalm a sa santé fort dérangée. I faudrait, en elfet, un corps de fer pour ne pas se ressentir de ces fatigues. Je continue à bien vivre avec mon sénéral, [me comble de bontés. Je fais aussi tout mon possible pour le satisfaire ; il doit être content de sa campagne. Elle a été heureuse et même brillante, puisque partout, très inférieurs en nombre, nous avons enlevé aux Anglais une des places les plus importantes de ce pays, et qu'ils n’ont pu nous entamer en aucune partie. Puissent cette campagne et les succès que nous avons eus en Europe nous valoir la paix! Nous la désirons ici plus vivement que personne. Quel pays, mon cher frère, et qu'il faut de patience pour supporter les dégoûts qu'on s'attache à nous y donner! Il semble que nous soyons d’une nation différente, ennemie mème. Mais il faut être prudent, et j'admire la manière dont se conduit notre général. Tout ce que je puis vous dire, c’est qu'en quittant ce pays nous chanterons de bon cœur ln eritu Israel, »
Deux jours après, Bougainville ajoutait (9 novembre) : € J'arrive enfin à Québec sur eau, à pied, en cahotant, et j'ai fait mon entrée dans la capitale en charrelte. C'est ainsi qu’on voyage dans ce pays-ci….
a Qu'il va se passer de temps avant que j'entende parler de vous! Cest un désagrément de ce malheureux pays auquel je ne nr'accoutumerai jamais. »
Sans doute c'était une rude épreuve pour les militaires français d’être relégués si loin de leur pays et séquestrés du reste du monde pendant la plus grande partie de l'année. Mais s'ils avaient comparé avec moins d’égoisme leur sort avec celui des Canadiens, ik auraient compris que les sacrifices que la guerre imposait aux Français élaient loin d'être aussi pénibles que ceux qu'elle infligeait aux colons. Is les avaient vus dès le printemps arrachés en masse de leurs foyers par une conscriplion qui n'épargnail pas même les enfants trop faibles pour supporter la guerre, Is avaient vu leurs terres abandonnées, presque sans culture, faute de bras, S'il v avait un poste dangereux à garder, un parti d'éclaireurs à former, une expédition à envoyer au loin dans les bois pour aller frapper avec les sauvages contre l'ennemi, c'était presque uniquement les Canadiens qui en étaient chargés,
Dans l'intérieur du camp, les préférences pour la nourriture et pour le logement étaient aux soldats français. Tandis que ceux-ci étaient logés sous des tentes,
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les Canadiens s’abritaient comme ils le pouvaient. Quammç la rarelé des vivres se faisait sentir, c'était par les Canadiens qu'on commencait les retranchements.
Maintenant que la campagne était terminée, presque loute l’armée était distribuée dans les paroisses, où l'habitant, à peine arrivé de cette campagne, durant laquelle il n'avait pas reçu de solde, était foreë de recevoir dans sa maison, de chauffer et de nourrir le nombre de militaires qu'on lui imposait. Tout cela pour dix sous par jour par personne, payés presque toujours en papier-monnaie déprécié, qui devait à la fin être en grande partie renié par le roi. Ajoutons à cela la corruplion administrative dont le peuple était la première victime, et dont les militaires étaient les premiers à se plaindre.
Si du moins, en compensation de tant de sacrifices, les Canadiens avaient senti leurs services reconnus et appréciés! mais, au contraire, ils se voyaient traités avec hauteur, quelquefois avec dureté, trop souvent avec mépris. De là les récriminalions, les antipathies qui dégénéraient en haines mutuelles.
Chaque partie devenait injuste l’une envers l’autre. Les Canadiens, trop confiants en eux-mêmes, nayant jamais connu la grande guerre, n’estimaient pas à leur juste valeur ces régiments francais, rompus à la discipline, éprouvés au feu, seuls capables de tenir tête aux masses européennes qui menacaient le Canada. De leur côté, les soldats de France blessaient profondément l’orgueil des miliciens en se moquant de leur manière de combattre et en les taxant de lâcheté. La vérité est que ces deux corps de troupe avaient chacun des qualités particulières également précieuses, dont la réunion, sous une main habile, formait l’armée la mieux adaptée au genre de guerre qui se faisait en Amérique. La campagne qui venait de s'achever glorieusement en était une preuve éclatante.
Le véritable mot de la situation avait été prononcé par Lévis avec une sûreté de jugement qui ne se démentit pas un seul jour, depuis le commencement jusqu'à la fin de cette guerre. I écrivait de Carillon au maréchal de Belle-Isle (9 octobre) :
€ Malgré le succès de cette campagne, où, sil y a eu du bien joué, il y a eu aussi du bonheur, la paix est à désirer partout et surtout dans un pays où il v a des obstacles inconnus en Europe. »
Lévis était incontestablement l’homme le plus complet, le caractère le plus remarquable qu'il y eût alors dans la colonie, On va le voir grandir avec les événements; et à la fin de cette guerre, quand après la défaite d'Abraham tout semblera perdu, on le verra rassembler les débris de armée et venir sur le même champ de bataille gagner une dernière victoire, qui aurait probablement sauvé la colonie si le roi Louis XV ne l'avait pas trahie par un lâche abandon.
Lévis se tint loujours au-dessus des mesquines querelles qui l’entouraient. I chercha sans cesse à les apaiser; il n’en parle dans sa correspondance que pour tâcher d'y apporter remède.
Dans les scènes de cette guerre, qui souvent rappellent celles de l'Æiade, Lévis, à côté de Montcalm, représente le sage Ulysse auprès du bouillant Achille.
Le général écrivait à sa femme (3 novembre) :
« Je passerai mon hiver avec le chevalier de Lévis, qui est bien mon ami. Dites à M. de Mirepoix qu'il fait toute ma douceur, et il n’y a nul compliment à cela. Je ne suis pas sans sujets d’humeur, mais je n’en écris pas. Embrassez ma mère, mes filles, aimez-moi tendrement. Au lieu d’un baril d’anchois et un d'olives, dou-