‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 23 sur 86 · PTS AMEN · texte numérisé non relu

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assiégés par leur ardeur infatigable. C'était, en eflet, chose merveilleuse que de voir avec quelle facilité ces vaillants hommes quittaient et reprenaient tour à tour le mousquet du fantassin et l'outil de l'ouvrier, sachant au besoin non seulement se battre, mais être bücherons ou terrassiers, conduire la brouette et manier la pelle, la pioche ou la hache! Et cela sans trêve et sans relâche. « Vous les auriez pris, dit un témoin oculaire, pour des gens invulnérables au feu. » Ainsi nous les avons vus depuis l'ouverture de la campagne, ainsi nous les verrons jusqu’à la fin.

Le capitaine Desandrouins, qui dirigeait tous les travaux, avait à peine quatre heures de sommeil par jour. Le reste du temps, il était à la tranchée.

Cependant les approches de la place se trouvaient terminées, Trente où quarante pièces de canon allaient le jour même vomir la mort sur ses remparts. Le fort pris, etil le serait, on aurait vite raison du camp, car il était trop étroit pour contenir la garnison tout entière, En attendant, le jardin potager qui ’étendait au pied des glacis était tout grouillant de'francs-tireurs canadiens et sauvages, qui logeaient une balle partout où ils voyaient paraitre un être vivant du côté du fort. Quelquesuns des plus hardis y tenaient blottis depuis le commencement du siège. Une femme avant eu limprudence d'y venir cueillir quelques légumes, un sauvage, qui se tenait caché dans un carré de choux, la renversa d'une balle et fit si bien la sentinelle, que personne n'osa se risquer hors de la place. La nuit venue, il alla lui lever la chevelure.

Pendant que les assiégeants dressaient leur troisième batterie, que se passait-il dans l'intérieur du fort George? Le brave colonel Monro, sans espoir d’être sccourü, était témoin d’un triste spectacle : plusieurs de ses canons avaient été démontés par notre artillerie; la brèche allait être bientôt prète pour lassaut, et sa garnison était tellement démoralisée, que les déserteurs ’exposaient à une mort certaine pour se jeter dans le camp français. Ce n’était qu’à force d’eau-de-vie que les soldats pouvaient être décidés à continuer le service. Le commandant tenait

conseil avec ses officiers pour discuter quels termes de capitulation il pouvait honorablement accepter.

Le 9 août, vers sept heures du matin, il fit arborer le drapeau blanc. Immé-

diatement le feu cessa de notre coté, comme il avait cessé du côté des assiégés.

M. Fesch, capitaine au régiment Royal-Américain, se présenta aux avantpostes francais, demandant au nom du colonel Monro à traiter des conditions de la capilulalion.

« Le capitaine nous aborda à la tranchée d'un air délibéré, raconte Desandrouins, comme si nous eussions été d’une garnison voisine. Quelques-uns d'entre nous lui parlant de l'extrême fatigue que nous avions essuyée les uns et les autres, et qui Cevait nous faire trouver fort bon de voir finir tout ceci :

€ — Pour moi, répondit-il, depuis le moment où vous avez paru, je n'ai pas mème pris le temps de me donner un coup de peigne. Je suis honteux de paraitre devant vous, messieurs les Francais. Il est vrai que j'ai voulu savoir auparavant à qui appartiendrail ma chevelure. »

I fut présenté à Montcalm, qui fut charmé de sa belle tournure et de sa joyeuse humeur,

Le nom de ce galant officier n'est mentionné ni par Montcalm ni par Lévis, soit qu'il ne vint apporter qu'un premier message, soit que, parlant français, il ne

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fit qu’accompagner comme interprète le lieutenant-colonel Young, de l’armée anglaise, avec qui furent traités les termes de la capitulation.

Le colonel Young, ne pouvant marcher, à cause d'une blessure qu'il avait reçue au pied, s'était avancé à cheval, suivi de quelques soldats, jusqu'à la tente de Montcalm. Après une discussion assez longue, mais pleine de courtoisie, Bougain-

Le capitaine Fesch fut présenté à Montcalm, qui fut charmé de sa belle tournure

et de sa joyeuse humeur.

ville fut envoyé auprès du colonel Monro pour rédiger la capitulation et ordonner les premières mesures à prendre pour l'évacuation de la place.

La garnison abandonneruit le fort, le camp, les vivres, les munitions de guerre et tout le matériel renfermé dans le camp et le fort; elle sortirait avec les honneurs de la guerre, le bagage des oficiers et celui des soldats, emporterait ses armes avec un certain nombre de cartouches à balles, et emmènerait une pièce de “anon en fonte : cette dernière clause fut introduite par Montcalm, en considéraion du commandant anglais, qui ne lPavait point demandée, La garnison serait conduite au fort Lydius, escortée par un détachement de troupes francaises et par

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