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se prêter à une corvée gratis que d’être toute une campagne éloigné de chez lui, se soumettait à la réquisition ; et le contracteur en augmentait d'autant son profit.
Le commandant d’un fort, sous prétexte de gagner l'esprit des sauvages ou de les envoyer en parti de guerre, grossissait leur nombre outre mesure pour obtenir une plus grande quantité de présents. Au lieu de les distribuer, il les vendait pour des fourrures, qu'il commerçait ensuile à son profit.
L'auteur des Mémoires sur le Canada prétend (ce qui n’est guère vraisemblable) que Le Verrier, beau-fils du gouverneur, officier ni brave ni spirituel, commandant à Michilimakinac, fit un jour un certificat de dix mille livres au lieu de dix; et, apprenant que ce comple avait été acquitté, il continua sur le même pied. Aussi revint-il avec une fortune.
Durant les années 1797 et 1738, Cadet, Péan, Pénisseault, Maurin et Corpron irent sur l'État un profit net de douze millions, en vendant pour vinglt-trois millions des effets qui ne leur en avaient coûté que onze.
Quelques années auparavant, Péan avait gagné, sans s’en apercevoir, cinquante mille écus, et voici par quelle manœuvre : L'intendant l'avait chargé d'une levée considérable de blé et lui avait fourni de l'argent du trésor pour le payer comptant. L'intendant rendit ensuite une ordonnance fixant le prix du blé beaucoup plus haut que Péan ne l'avait payé. Celui-ci le livra au roi sur ie prix de l'ordonnance, et réalisa ainsi son énorme prolit.
Que pouvaient contre de tels abus les colons d'un pays situé à plus de mille lieues du trône, dont les délégués étaient investis d’une autorité presque souveraine? Quand un malheureux habitant allait porter des plaintes à l’intendance, il était arrêté sur le seuil par le cerbère du lieu. Deschenaux, de son ton insolent, lui demandait l'objet de sa visite. L'habilant intimidé avait à peine le temps de balbuties quelques mots, que le secrétaire l’interrompait et le congédiait avec une verte semonce.
Mais le temps aporochait où les ministres de France allaient ouvrir les veux, où les infâmes spoliateurs allaient recevoir un châtiment trop bien mérité, mais trop tardif.
Après avoir contemplé ce sombre tableau, doit-on en con: lnre que le pays tout entier fût gangrené? Rien ne prouve mieux le contraire que l'étounante vitalité et l'indomptable énergie que déplovérent les Canadiens dès leuxe cnre du règne suivant. L’ouragan avait passé, renversant, enlevant tout ce qui à «tait pas fortement enraciné au sol, [ ne resta que de jeunes et vaillantes tiges, qui reprirent une nouvelle vigueur sous un soleil nouveau.
A Québec, Montcalm rompait l'ennui des journées d'automne en continuant à s’entretenir par lettres avec son ami de Montréal.
« … Bourlamaque deviendrait quasi amoureux, mais je crois qu'on aime ailleurs sans beaucoup de retour. Pour moi, comme il me convient, aimant toujours à commercer les mêmes personnes, les voyant toutes, plus souvent celles chez qui je me trouve plus à l’aise et avec permission de tout dire, mais non de tout faire, dernier article qui m'intéresse peu, aussi je tiens à rester ici. »
Le 2 décembre, Montcalm ajoutait :
« On va donner du cheval à nos troupes. M. l'intendant voulait une distribulion toute en cheval et une toute en bœuf. Nous avons obtenu qu'on donnerait à
chaque distribution moitié l’un, moitié l’autre; et M. Cadet n'a dit écrire les mêmes choses pour Montréal. Nos Acadiens meurent de misère, petite vérole. f
€. de vois des friponneries criantes de toutes parts. Ingénieurs ! artilleurs ! ’auvre roi! »
Quand on se rappelle que ce pauvre roi c'était Louis XV, on est moins porté que Montcalm à s’attendrir sur son sort, Il aurait été plus juste de dire : Pauvre peuple ! car, en définitive, la vraie victime c’était le peuple; e’était sur lui surtout que retombait le fardeau de la guerre avec toutes ses calamités. Sous prétexte que les troupes du roi venaient défendre le pays, les habitants étaient forcés, comme on l'a déjà vu, de servir sans aucune solde; et tandis que leurs terres restaient sans culture, le prince fainéant qui siégeait à Versailles leur envoyait à peine de quoi ne pas mourir de faim. Le peu de grains ensemencés par les vieillards, les femmes et les enfants, restés presque seuls dans les champs, étaient enlevés à Pau-
tomne au nom du roi, qui les payait en assignats dépréciés, que ce même roi devait renier plus tard, et qu'on retrouve aujourd'hui par liasses dans nos campagnes.
L'intendant poussait la tyrannie jusqu'à faire poser les scellés sur les moulins, afin d’empècher les habitants de mettre leurs grains en farine.
D'autre part, les officiers de l’armée régulière semblaient tenir peu de compte des sacrilices de tout genre imposés au peuple. IIS exigeaient des milices les plus durs travaux et les faisaient servir aux postes les plus dangereux, soit comme éclaireurs, soil comme partisans dans les expéditions avec les sanviges. Ajoutez à cela que, suivant l'habitude des militaires dans tous les pays, ils les méprisaient et traitaient tout haut de lâcheté leur mode de faire la guerre, mode qui leur avait pourtant valu tant de succès. Ce ne fut qu'aux dernières campagnes que l'on comprit bien l'utilité de combiner ensemble les deux tactiques.
Presque tous ces ofticiers étaient saus fortune ! el menaient la vie dissipée de
ne leur siècle. Un trop grand nombre aimaient le jeu et profitaient de l’imprévoyance et de la libéralité des Canadiens pour leur emprunter de largent, qu'ils prodi- X; : ‘ F : Dept N ou .
ais guaient ensuite à tout hasard. (était une nouvelle cause de mésintelligence entre les militaires et les colons. À « : à it Au reste, lout en combattant ensemble pour la France, ils avaient des vues Et dé particulières bien différentes. Les soldats français, étrangers au pays, n'y avaient b nie pas d’allaches ; ils ne songeaient à se battre que dans Pespérance d’avoir de al Sri l'avancement et d'aller en jouir en France. Les Canadiens, au contraire, défen- d. MS daient leurs propres foyers, combattaient pro aris rt focis. IS craignaient avec ti trop de raison que le roi de France, qui leur dennait si peu de secours, ne finit 1! sa par les abandonner complètement, après avoir lant contribué à les ruiner. Hs M s’inquiélaient de savoir si, à la fin de la lutte, on laisserait une bouchée de pain 3 — à leurs familles. fl “ Ces divergences deviennent de plus en plus sensibles à mesure que les événements } ES savencent, on les verra éclater surtout pendant les derniers mois de la guerre. FÉ Qu Après la mort de Montcalm, les commandants français eurent le dessein de faire sauter la ville de Québec S'ils ne pouvaient la garder, et de faire un désert de ses 11: environs. Les habitants furcat consternés et protestèrent énergiquement. pu- à 4.
ss 4 1 Journal de Montealin. It à ÿ | f ï à [+ jh
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Bourlamaque, dans sa correspondance avec Lévis, l’année suivante, au mement où lout était désespéré, où trois armées avaient envahi le pays, où toute résistance devenait insensée, s’indigne contre les Canadiens parce qu'ils l’abandonnent et rentrent dans leurs foyers; il rage contre la faiblesse de Vaudreuil, qui ne les fait pas fusiller, Or le général Murray avait lancé une proclamation déclarant qu'il incendicrait les maisons de tous les habitants qui ne seraient pas trouvés chez eux, et il tenait parole. Les Canadiens avaient fait pour l'honneur de la France plus qu'ils ne devaient; mais cela ne faisait pas l'affaire de Bourlamaque et de ses compagnons d'armes, qui auraient voulu terminer la guerre avec plus de distinction, afin de pouvoir demander des grâces à la cour de Versailles. Les Canadiens n’espéraient plus rien de ce cùté, et il était tout naturel qu'ils cherchassent à sauver le peu d'épaves qui restaient de leur naufrage.
I y eut quelques troubles à Mortréal parmi les troupes et le peuple, lorsqu'on voulut imposer pour nourriture la chair de cheval. Déjà, au mois précédent, la réduction des vivres avait donné lieu à quelques désordres ; les soldats qui, faute de casernes, élient logés dans les maisons de la ville, Ÿ avaient été excités par leurs hôtes; les troupes de la marine, moins brisées à la discipline que l'armée réeulière, refustrent de se rendre à la distribution des vivres. En l'absence de Vaudreuil, alors à Québec, Lévis commandait seul à Montréal ; il réprima ce premier mouvement avec autant de tact que de fermeté. Il sut si bien mèler à son commandement des paroles de persuasion, qu'il s'attira les applaudissements des soldats.
Moutcalm lui écrivit peu de temps après : « … Rien n'est mieux que votre conduite au sujet des jeux de hasard. Voici le détail de ce qui se passe à cette occasion à Québec, que vous pouvez ne pas laisser ignorer à nos ofliciers. Chez M. l'intendant, il a ouvert lui-même par un beau lope-et-lingue, où il a gagné cent louis; beaucoup de quinze aux douze francs la fiche ; de gros passe-dix, de gros tris aux vingt francs la fiche, six francs pour spadille et deux louis de queue. Dimanche, il ÿ aura grand souper à quatre-vingts couverts, beaucoup de dames, concert, lansquenet.
« Le jeu chez La Vérendrve à dû être occasionné par un M. Desaulniers, grand joueur, qui v est logé. Bougainville, que je vois on ne saurait moins, perd; ce sont ses affaires, ainsi que La Rochebeaucour; ce dernier à moins de ressources que le premier !.
« Rien m'est mieux, ce me semble, que ce que fait actuellement M. de Vaudreuil, et la seule chose à faire cet hiver,
« L'intendant aura le malheur de finir par être détesté, et cela doit être pour qui ne met aucun ordre dans les commencements.
« Bourlamaque à commencé à donner à manger trois fois la semaine. Il est triste, ce me semble, é'ennuyant. I a fait l'éxamorato de ma commère; il n’a pas réussi, pour moi, Mme Péan, ma commère, de loin en loin l'évoque; voilà mes veilles. Je suis bien avec nos dames, comme je veux être.
1 Pougainville verit dans son Journal, en parlant des jeux de hasard «On les 4 joués avec fureur et indéeence, L'intendant fait les honneurs de la partie : il a perdu deux cent quatre mille Hivres, » Bougainville n'ajoute pas quil était lui-meme un des plus furieux joueurs et Fun des hôtes les plus assidus de l'intendant,
MONTCALM ET LEÉVIS 135
« Je suis bien aise que vous ayez Péan; dites-le-lui. Be tout ce qui approche le général, c’est le plus sage, le moins sujet à prétentions et préventions, et le plus
capable de lui faire prendre un bon parti sage et ferme dans l'occasion. » | La petite rue du Parloir était un des principaux centres où se réunissait le beau i monde de Québec; deux salons surtout y étaient recherchés : celui de Mme de la il
Naudière et celui de Mme de Beaubassin, toutes deux renommées pour leur élégance et leur esprit. Montcalm sv plaisait si bien, qu’il prend la peine d'indiquer Pendroit précis qu'occupait chacune de ces deux maisons : l'une, dit-il, au tournant de là rue ; l’autre à son encoignure. Mwe de la Naudière, née Geneviève de Boishébert, était fille du seigneur de la Rivière-Ouelle, et Mme Hertel de Beaubassin, née Catherine Jarret de Verchères, était fille du seigneur de Verchères. Leurs maris servaient
RTE Ages 2
É tous deux en qualité dofticiers de la milice canadienne. C’est aussi dans la rue du } à Parloir, comme je lai dit, que demeurait Mme Péan, dont il est souvent question
dans les lettres de Montcalm.
Les charmes de la conversation de Mme de Beaubassin semblent avoir eu parliculièrement de Pattrait pour Montcalm, car son salon était celui qu’il fréquentait