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caserne avec sa désolante monotonie; chaque matin, aux mêmes heures, la diane annonçant le réveil, les mêmes heures d'inspections, le pas régulier des soldats relevant la garde par le froid, la neige, la poudrerie, quelquefois par un soleil éblouissant. Alors apparaissaient dans leur unilorme nudité le lac enseveli sous son épais manteau de glace, la ceinture des arbres secouant à la bise, comme des squelettes, leurs branches dépouillées, avec de longs gémissements. Pas une habitation, pas un signe de vie en dehors du petit quadrilatère dont se composaient le fort et ses dépendances immédiates.
De temps en temps seulement, quelques espions aperçus à la lisière du bois donnaient un moment d'alerte et faisaient sortir une escouade à leur poursuite, Lord Loudon, parait-il, faisait faire des reconnaissances en vue d'une marche sur Carillon en plein hiver, comme avait fait M. de Rigaud à William-Henry; mais il ne disposait pas, comme lui, d'une armée de coureurs des bois aussi infatigables qu'aguerris. Un parti de maraudeurs anglais vint un jour enlever deux soldats et luer une quinzaine de bestiaux aux portes du fort. On trouva attaché aux cornes d'un des animaux tués un billet Signé par Rogers, oût il faisait ses compliments au marquis de Montcalm, et remerciait le commandant de Carillon de la viande fraiche qu'il lui avait procure.
Celle bravade allait bientôt coûter cher à Rogers et aux siens, M. de Langv venait précisément d'arriver d'une expédition au nt Edouard, où il avait surpris une aarde el un parti de bücherons qu'il avait mis en fuite, après avoir fail deux prisonniers el pris vingt-trois chevelures, À sa suite était entré dans Carillon un renfort de cent sauvages du saut Saint-Louis et quelques Canadiens envoyés par le marquis de Vaudreuil, sous le commandement de M, de La Durantaye.
Dans la journée du 15 mars, deux Abénakis, revenant de la chasse, arrivérent au pas de course et donnèrent avis au capitaine d'Hébécourt qu'ils avaient vu les pistes de raquettes Loutes fraiches d'un détachement qui marchait dans la direction de Naint-Frédérie, On conjectura que c'était Rogers qui venait, comme Pannée précédente, tendre une embuscade entre ce fort et Carillon.
Le colonel Haviland, qui commandait le fort Édouard, lui avail en elle contié un parti d'éclaireurs de cent quatre-vingts hommes, auxquels S'étaient joints, par amour pour les aventures, deux officiers du 27% régiment anglais, le capitaine Pringle elle lieutenant Roche. Ces deux jeunes élourdis auraient été moins pressés de parur s'ils avaient soupconné la série d'émotions par laquelle il allaient passer.
Le détachement S'était engagé à la faveur de la nuit sur la glace du lie Kaint- Sacrement, el Favait descendu jusqu'à la hauteur de lt montagne Pelée, appelée par les Anglais Rogers Rock. Comme ileût été dangereux de S'aventurer plus loin sur le lac, où il aurait pu être aperçu par les maraudeurs français, Rogers inelina à gauche, laissant à sa droite li montagne Pelée; il s'enfonça dans Pimpraticable dédale des ravins boisés et des hauteurs couvertes de plusieurs pieds de neige, pour gagner le chemin des Agniers, qui cireulait à Fouest de fx montagne Pelée, venait de prendre cette direction lorsque d’'Hébécourt fat prévenu de sa marche. I lança inmédiatement à sa poursuite M. de Langv avec deux cent cinquante sauvages et Canadiens, quatre eadets de la marine el quelques officiers et soldats des troupes de terre. Hs suivirent la rivière à la Chute jusqu'à la rivière de Bernetz, qui, après
avoir contourné vers l’ouest la base de la montagne Pelée, se jette dans les rapides du Portage. Le lit glacé de cette rivière était un chemin tout tracé, qu'ils remonrent dans l'espérance de couper a retraite à l'ennemi, De chaque côté d'eux l'épaisse forêt dressait ses milliers de colonnes dénudées, sur un sol montueux parsemé de broussailles à moitié ensevelies sous la neige, La lumière tamisée à travers la cime des arbres commencait à pâlir, car le soleil penché à l'horizon indiquait à
eu près trois heures.
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Mit de Pontbriand, évêque de Québec,
L'avant-gurde, composée de sauvages, S'avançait sans rien apercevoir, lorsqu'une décharge de mousqueterie jaillit derrière un fourré et renversa morts trois hommes. Le reste courut se replier en désordre sur le gros du détachement. Les éclaireurs de Rogers avaient aperçu l'avant-garde indienne et avaient donné l'alarme. Rogers avait fait aligner ses rangers le long de la rive droite de la rivière, qui en cel endroit est très escarpée, et ordonné d'avancer lentement et sans bruit. C'est en ce moment qu'ils avaient fait leur première décharge. Crovant qu'ils n'avaient affaire qu'à une petite escouade, une partie des rangers s'étaient élancés à la poursuite et étaient venus tomber sur le détachement, qui les accueillit par une grêle de balles et un tonnerre de hurlements qui firent trembler tous les échos du ravin. La glace de la rivière et les deux berges furent jonchées de cadavres avant que les survivants eussent rejoint leurs compagnons. L'escarpement forte-
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ment boisé où se tenait Rogers formait une citadelle avantageuse pour la défense, Îl rangea ses hommes en demi-cercle derrière les troncs d'arbres, d'où ils firent un feu plongeant sur les assaillants, L'avantage de la position compensa pendant quelque temps linfériorité du nombre, Hs se défendirent avec le courage du désespoir jusqu'à la tombée de la nuit. Ces combats d’escarmouche, où chaque homme des deux partis dirait à la manière des sauvages, c’est-à-dire en s'abritant d'arbre en arbre, pouvaient se prolonger assez longtemps. La tactique des assaillants était de lourner les assiégés en gravissant la montagne, afin de leur couper la retraite et les exterminer jusqu'au dernier, Plusieurs fois ils lessayèrent, mais furent repoussés, À certains moments, on se tirait à bout portant au milieu des hurlements continuels, mélés aux cris des blessés se débattant sous le couteau qui leur entevait la chevelure, Entin M, de Langy porta un gros détachement d'Indiens sur son aile gauche, Rogers, se vovant perdu st sa droile était enfoneée, détacha le lieutenant Philipps avec une partie des rangers pour la soutenir ; mais ils furent tous cernés et forcés de se rendre, avec promesse d'être bien traités. Mais on sait ce que vaut une promesse de sauvage, Les dernières clartés du jour qui disparaissait ne répandaient plus que des lucurs confuses sous Ta voûte des bois, C'était le moment favorable pour li fuite. Rogers conseilla aux deux volontaires Pringle et Roche de s'esquiver avec un guide, qu'il leur offrit; mais ces deux ofliciers, aussi braves que léméraires, refusèrent généreusement de labandonner, Plus de cent cadavres de rangers, horriblement mutilés, gisaient alors sur la neige dans des mares de sang, Pour mieux fuir, avec la poigr ‘* d'hommes qui lui restait, Rogers jet son gilet, lequel fut ramassé par les sau avec les papiers qu'il contenait, ce qui fil croire à sa mort, Chaudement pours , 4 parvint à traverser le lac Sainte Sacrement et arriva au fort Édouard après deux jours de marche forcée, avec une vingtaine d'hommes à moitié morts de fatigue et de misère,
Les sauvages, furieux d'avoir perdu dix-sept de leurs guerriers, garrollérent, parail=il, Philipps et quelques prisonniers à des arbres, et les hachèrent par morceaux à coups de tomahawk, Le détachement coucha sur le champ de eurnage et reprit le lendemain le chemin de Garillon, emportant ses blessés, au noinbre de dix-huit, parmi lesquels se trouvaient MM, de Lachevrotière et de Richerville, 1 revenait avec sept prisonniers el cent quarante-quatre chevelures.
Les volontaires Pringle et Roche m'avaient pu suivre longtemps dans leur fuite les compagnons de Rogers, rompus aux marches à travers les bois. HS perdirent leurs traces el Ségarèrent bientôt. Durant einq jours ils s'épuisérent en courses inutiles, ne vivant que de grains de genièvre el d’écorces arrachées aux arbres, dont ils mangeaient l'intérieur, Quand ils se reconnurent, ils n’élaient qu'à une lieue de Carillon, Plutôt que de mourir, ils résolurent d'aller se constituer prisonniers, Arrivés dans la clairière, au milieu de laquelle s'élevait le fort, ils s'en approchérent en agitant un mouchoir, Quelques ofticiers coururent à eux el les entourérent avant que les sauvages, dont le camp était lout proche, cussent eu le Limps de les apercevoir, HS les traitérent avec tous les égards et Lous les soins qu'exigeaient leur qualité el les terribles épreuves par où ils venaient de passer. Tous deux se rétablirent et furent ensuite échangés.
MONTOALM ET LEVIS 143