‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 33 sur 86 · RE ES · texte numérisé non relu

RE ES

militaire. Aussi, quoiqu'il ne fût âgé que de cinquante-deux ans, était-il regardé par ses soldats comme un vicillard invalide et incapable. Tous leurs regards, toute leur confiance se tournaient vers le jeune et enthousiaste lord Howe, la fleur de la noblesse et « le meilleur soldat de l’armée anglaise », au dire d’un de ses frères d'armes, qui s’illustrait en ce moment-là mème sous les murs de Louisbourg, et qui comine lui allait trouver une mort prématurée au Canada, le général Wolfe. Arrivé à Halifax avec son régiment, au mois de juillet de l’année précédente, Howe s'était appliqué avec ardeur à l'étude du nouveau genre de guerre qu’il allait rencontrer, et avait même suivi dans leurs courses les rôdeurs de bois du major Rogers, qu’il avait émerveillés par sa résistance aux fatigues, et dont il s’élait fait autant d'amis.

L'expérience qu'il y avait acquise lui avait suggéré de faire parmi les troupes des réformes dont il était le premier à donner l'exemple. Chaque homme, de quelque rang qu’il fût, ne devait avoir avec lui que le strict nécessaire; le soldat, être accoutumé à porter dans son havresac trente livres de vivres; l'officier, n’avoir qu'une seule couverte et une peau d'ours. On voyait Howe aller lui-même laver son linge au ruisseau et le faire sécher au soleil; tirer de sa poche, à l'heure du repas, son couteau et sa fourchette renfermés dans une gaine, et manger, assis dans sa tente sur une peau d'ours, un morceau de lard et de pain, en devisant avec le même entrain et la même gaieté que s’il avait été à la table de son noble pére. Adoré du soldat, il était l’âme de l’armée, qui acceptait de bon cœur sa rude discipline et se retrempait au contact de son stoïcisme et de sa vailiance.

Au nombre des miliciens de la Nouvelle-Angleterre se trouvaiunt deux jeunes officiers destinés à une carrière célèbre dans leur pays : le brave Israël Putnam, du Connecticut, et John Stark, non moins intrépide que lui, servant comme liextenant dans un régiment du New-Hamsphire. Les hommes éclairés com're eux, surtout les officiers de la vicille Angleterre, qui la plupart se ressentaient du scepticisme de leur temps, devaient s'amuser du zèle emporté que déployaient les ministres puritains attachés à l’armée. Ces prédicants, la bible à la main, représentaient l'expédition comme une croisade contre l’impie Babylone, et rappelaient Moïse envoyant Josuë combattre Amalec.

Neuf cents bateaux et cent trente-cinq berges, sans compter un grand nombre de bateaux plats chargés de Partillerie, amarrés au rivage du lac, n'attendaient que le signal du départ. Le soir du # juillet, toutes les munitions, les vivres, le bagage, étaient embarqués.

Le lendemain dès l'aurore, les tentes de chaque régiment étaient repliées, le

camp levé, et le soleil n'était pas haut sur lhorizon quand toutes les embarcations, chargées de l'armée entière, eurent pris le large. Elles s'avançaient sur trois divisions : les troupes régulières au centre, les milices sur les deux ailes. Chaque régiment avail ses drapeaux el sa fanfare qui remplissait l'air d'une musique martiale. Le soldat partait le cœur léger et exultant, convaineu qu'il marchait à un triomphe. A mesure qu'elle avançail, la flotte couvrait le lac, dont la surface disparut bientôt sous la multitude des embarcations, La matinée était splendide : le grand soleil de juillet plongeait ses rayons au fond de celle gorge de montagnes, et mellail des éclairs sur l'acier des armes et sur l'or des uniformes, Les plus pilloresques de tous ces costumes, à côté des couleurs écarlate et bleue des régiments anglais et américains, étaient ceux des Highlanders où montagnards d'Écosse, avec leurs coiffures

à plumets, leurs kilts ou braies aux nuances variées, leurs redoutables claymores suspendues au côté. [ls étaient aux ordres du major Duncan Campbell d'Inverawe, dont la légende a immortalisé le nom.

Vers midi la flotte était engagée dans le chenal étroit des îles, et s’allongeait en une énorme file qui n'avait pas moins de deux lieues de longueur. A l'avant-garde venaient le major Rogers avec ses rôdeurs de bois, et le colonel Gange avec l’infanterie légère, suivis d’un corps de marins armés et disciplinés sous les ordres du colonel Bradstreet. Lord Howe commandait en personne la colonne du centre, formée du 55e, son propre régiment, qui marchait en tête, suivi du Royal-Américain, de quatre autres régiments d'infanterie et des montagnards écossais; les

Page 1