RE EL LS
au-dessus du parapet, puis s'abaisse, Un rempart de flammes, de fer, de plomb, de fumée, enveloppe les retranchements : Anglais et montagnards tombent pèlemêle.
Les montagnards surtout sont décimés, La moitié de leur régiment, vingt-cinq de leurs ofliciers, sont tués ou blessés; mais les mourants crient à leurs compagnons de marcher en avant et de faire triompher le drapeau. Le major Campbell d'Inverane voit se réaliser son pressentiment. Frappé d'une blessure mortelle, il est transporté hors du champ de bataille par ses frères d'armes.
Malgré leurs pertes énormes, les ennemis semblaient se multiplier et 'acharnaient à franchir la barrière de plomb qui les arrêtait. Montealm, tête nue, les traits enflaummés, des éclairs dans les veux, dirigeait la défense en personne sur la ligne menacée et S'exposail comme le dernier de ses soldats, Lévis, toujours impassible, quoique deux balles eussent déjà traversé son chapeau, le secondait avec cette justesse de coup d'ail qui faisait pressentir le futur héros de Saint-Foye.
Le moment était critique : le feu prenait aux retranchements, et il fallait que des braves s’exposassent au danger, presque certains d'être tués, en sautant sur le revers pour aller l'éteindre, + prévision de cet accident, des barriques d'eau étaient toujours en réserve, Les troupes, qui combattaient sans répit depuis plus de quatre heures, étaient accablées de chaleur et de fatigue. A force de tirer, les fusils se rougissaient; il fallait les changer pour d’autres, Et les Anglais ne recuaient pas.
Tout à coup à l'extrême droite un eri se fit entendre : € En avant, Canadiens! Le chevalier de Lévis venait de leur ordonner une sortie, Leur nombre était mainlenant de sept cents, grâce aux renforts arrivés, Une nuée de coureurs de bois s’élancent par-dessus les retranchements, se répandent au milieu des abatis et sur la lisiére du bois, Leurs vaillants officiers sont à leur tête, De la plaine qu'ils occupent ils dirigent leur feu sur le flanc de la colonne qui s'allonge au bord du coteau, d'où elle menace le redan. Ces Canadiens, accoutumés à faire la chasse à l'homme, ne perdent pas une de leurs balles et font dans les rangs ennemis des troutes qui se referment aussitôt. Mais ce feu devient si meurtrier, que la colonne est obligée d'ineliner à droite pour v échapper, et elle va donner plus au centre,
contre Royal-Roussillon. Eforts inutiles!
la tempête de plomb lPenveloppe de front, de droite et de gauche, et elle est enfin rejetée au bord de la forêt, La dernière sortie des Canadiens avait été décisive, C'est sans doute Phabileté de leur ür dans la position avantageuse qu'il se donnaient par leurs fréquentes sorties, elanssi la crainte qu'ils inspiraient, conne les sauvages, dans ce genre de combat où ils n'avaient pas d'égaux, qui empéchèrent les ennemis de pousser une attaque directe dans la plaine ouverte qu'ils occupaient !.
Vers six heures, une dernière attaque fat aussi infructueuse que les précédentes; et, à partir de ce moment jusqu'à sept heures et demie, n'y eut plus qu'un feu de üirailleurs intermittent pour masquer la retraite détinitive de l'armée anglaise. Sous le couvert de cette fusillade, faite par les rangers et les francs-tireurs colo-
1 Eu parlant des sorties des Canadiens, M. de Lévis dit qu'illes «fit répéter plusieurs fois pendant tout le temps que l'ennemi attaqua la droite des hauteurs ». (fournal, pe 137. CS Sv comporterent avec beaucoup de zèle et de courage, » ajoute-t-il ailleurs, p. 141, — Cf, Journal de Malartie, p.186.
ete
ne tre, de lerlir si ils ‘cte
niaux abrités dans les plis du terrain, derrière les abatis où sur la lisière du bois, une partie des blessés furent enlevés et transportés à la Chute, où l'armée se retirait en désordre,
Queiques soldats de Béarn, à l'insu de leurs officiers, sautérent par-dessus les retranchements en criant : € Tue! tue!» et attaquérent des tirailleurs cachés der rière des arbres, les mirent en fuite, firent quelques prisonniers, dépouillèrent quelques morts et rentrérent triomphants.
Le crépuscule d'une magnilique nuit de juillet étendit son voile mystérieux sur l'hécatombe humaine couchée autour du eamp de Carillon, Parmi les officiers francais qui avaient trouvé une mort héroïque dans cette immortelle journée, et qui gisaient dans leur sang, sur le gazon, se voyaient le brillant chevalier du Coin,
capitaine dans Royal-Boussillon, de Fréville et le chevalier de Parfouru, le premier
capitaine, le second lieutenant duns Languedoc; Le brave Dodin, lieutenant des srenadiers, et huit autres officiers de divers grades. Deux autres étaient blessés mortellement. Le chiffre total des morts était de cent quatre, et deux cent quarantehuit blessés, Le colonel Bourlamaque, comme on Pa vu, avait été atteint dangereusement; Bougainville, Mdartie, de Montgay et lintrépide d'Hébécourt, légèrement,
Les Anglais avouérent une perte de dix-neuf cent quarante-quatre hommes, oficiers et soldats". Mais les Français ont toujours persisté à dire que cette perte avait été beaucoup plus considérable,
€ On sait, dit Pouchot, qu'on doit peu compter sur leurs relations. Le gouvernement, avant plus à ménager qu'en France leS esprits, ne cherche qu'à les tronper, soil en augmentant ses victoires, soit en diminuant ses défaites. »
Montealm, couvert de poussière, mais la figure illaminée de joie, parcourut avec son ami Lévis toute la ligne des retranchements, félicita Les <oldats de leu noble conduite et leur fit distribuer de lPeau-de-vie, du vin et des rafraichissements.
Toute l'armée, aprés avoir nettoyé ses armes, coucha ie fusil au côté, le long ses retranchements, @e crainte d'une surprise nocturne; car l'ennemi avait encore une telle supériorité numérique, que Fon n'osait croire à une retraite définitive, Mais les sentinelles placées aux avant-postes n'entendirent durant le cours de cette belle nuit étoilée que les gémissements de quelques blessés agonisant sur le champ de batailie et les cris sinistres des oiseaux dé proie planant au-dessus des cadavres
A l'aube du jour, Montleaun, déjà sue pied, fit battre la générale et border les retranchements. Les Anglais, à la Chute, sachant qu'il attendait des renforts considérables, erurent qu'il marchait contre eux et précipitérent leur fuite, Pendant qu'on ramassait les blessés abandonnés sur le éhamp de bataille eL qu'on perfeclionnait Le camp retranché, les volontaires détachés en avant revinrent avec la nouvelle que les retranchements élevés par les ennemis à mi-chemin de a Chute étaient abandonnés, Ce jour-là, faute de sauvages, on ne put envoyer plus loin à la découverte. Mais, dès l'aurore du 10, le chevalier de Lévis sortit du camp avec les grenadiers, les volontaires et cent Canadiens, 1 trouva à li Chute les ruines fumantes du moulin incendié, et partout, jusqu'au Portage, les débris d'une retraite précipitée, des blessés gisant au bord du chemin, de grandes quantités de haches,
Cest le chiffre indiqué par Abereromby dans son rapport officiel, Pal Record Office, Am. ant W, lndies, Abercromby à Pitt, 12 juillet 175S,)
168 MONTCOALM ET LEVIS
de pioches, de souliers abandonnés dans un bourbier, beaucoup de quarts de 4 farine éventrés et cent cinquante jetés à la riviére, qu'il Hit retirer et porter à Carillon, On découvrit même plusieurs jours après, dans la forêt, aux environs du Camp-Brûlé, un grand nombre de cadavres sur des civières. Telle avait été la panique des vaincus, qu'ils ÿ avaient abandonné ces malheureux blessés, morts depuis sans aucun secours, Des éclaireurs envoyés jusque vers le milieu du lac S'assurérent qu'il était libre, L'armée d'Abercromby, qui avait descendu ce mème lac en chantant des airs de triomphe anticipé, Pavait remonté précipitamment quatre jours après, vaincue, découragée, couverte de confusion, Elle ne s'était crue en sûreté qu'après être rentrée dans ses retranchements à la tête du lac, où elle continuait à se fortilier.
Le 9 au matiu, Montcalm avait chargé son aide camp, M. de La Rochebeaucour, d'aller porter au gouverneur un récit abrégé de la victoire; il lui annonçait, en même temps, € qu'il se mettait en mesure de recommencer ce matin-là, si les Anglais en avaient envie, » Puis il ajoutait :
« Les Canadiens nous ont fait regretter de n’en avoir pas en plus grand nombre. M. le chevalier de Lévis S'en loue beacoup; M. de Raymond et les autres officiers, de Saint-Ours, de la Naudière, de Gaspé, se sont signalés, Je n'ai eu que le mérite de me trouver général de troupes aussi valeureuses, »
En passant à Chambly, à trois heures du matin, M. de La Rochebeaucour alla frapper chez M. Péan pour lui annoncer la victoire,
|| & [m'a pensé faire mourir subitement, éerivit celui-ci au chevalier de Lévis. [1 Hu'a trouvé à re endormi... Je me réveille en sursaut, et la premiére chose que
je lui demande fut: « Quelles nouvelles? » me dit: « Elles sont bonnes, et M. le | chevalier de Lévis a reçu deux balles, 5 Je fis sur-le-champ un eri que je ne pus j, l'4 retenir; mais il acheva : « Dans son chapeau, » Je vous assure que j'ai senti dans
\ ce moment comment je vous suis attaché, »
Le 12 au matin l'armée française, rangée en bataille sar le plateau de Carillon, chanta Phymne de la victoire au brait des fanfares, des tambours et du canon. Une grande croix, dressée par ordre de Montealm, portait cette inscription que luimême avait composée, et dont il avait écrit au-dessous li traduction en vers français :
Quid dus? quid miles”? quid strala ingentia ligna ? En signum! en victor! Deus hie, Deus ipse triumphat
Chrétien, ce ne fut point Montealm et sa prudence, Ces arbres renversés, ces héros, leurs exploits, Qui des Anglais confus ont brisé Fespérance :
Cest le bras de ton Dieu vainqueur sur cette croix.
Le temps n'a pas respecté ce monument éphémère, Le fort lui-même à été démantelé: mais le nom dé Carillon est resté à jamais inscrit dans nos fastes militaires. Le drapeau arboré par les milices canadiennes au jour de la bataille fut rapporté troué de balles et suspendu aux voûtes de l'église des récollets de Québec. Échappé presque miraculeusement à l'incendie de cette église, en 1796, il a été
conservé depuis comme une précieuse relique d'un autre âge. Aux jours des solen-
de rler QUIE é la orts lac ‘me ent true elle
Dur, en
les
nités publiques, quand les Canadiens veulent rappeler les exploits de leurs pères, ile promênent en triomphe le drapeau de Carillon.
Montcalm s'était d'abord livré à tout l'enivrement de la victoire, Sur le champ de bataille même, au moment où, à huit heures du soir, les derniers tirailleurs anglais, chassés des abatis, se repliaient sur leur arrière garde, il écrivit, probablement sans autre appui qu'un tambour, les lignes enthousiastes qui suivent, adressées À M, Doreil, commissaire des guerres, alors à Montréal, Ce petit billet, qui semble avoir gardé l'odeur de la poudre, fut confié encore humide au chevalier Le Mercier, choisi à l'instant même pour accompagner M. de La Rochebeaucour,
« L'armée et trop pelite armée du roi vient de battre ses ennemis, Quelle journée pour la France! Ni j'avais eu deux cents sauvages pour servir de tête à un détachement de mille hommes d'élite, dont j'aurais confié le commandement au chevalier de Lévis, il n'en serait pas échappé beaucoup dans leur fuite, Ah! quelles troupes, mon cher Doreil, que les nôtres! Je n’en ai jamais vu de pareilles, »
Le marquis äjoutait dans son rapport au ministre : «Le succès de la journée est dû à la valeur incroyable de Poflicier et du soldat... Les officiers qui composaien! cette armée ont donné de si grandes preuves de courage, que chacun d'eux mériterait un éloge particulier, »
L'ivresse du général et de son armée avait été d'autant plus vive, que le succès était plus inespéré, Mais quand la fomée du combat fut dissipée, quand les dernières notes de l'hymne triomphale se furent évanouies, l'enthousiasme s’affaiblit peu à peu au contact des dificultés du présent et des menaces de avenir, On en trouve l'expression dans ce passage de Montealm au maréchal de Belle-fsle (12 juillet) : a Ni jamais 1 y eut un corps de troupes digne de grâces, c'est celui que j'ai l'honneur de commander, Aussi je vous supplie, monseigneur, de l'en combler, Pour moi, je ne vous en demande pas d'autre que de me faire accorder par le roi mon retour, Ma santé s'use, ma bourse S'épuise, Je devrai à la fin de Fannée dix nulle éeus au trésovier de la colonie, Et, plus que tout encore, les désagréments, les contradictions que j'éprouve, l'impossibilité où je suis de faire le bien et d'empèchere Le mal, me déterminent à supplier Sa Majesté de m'accorder cette grâce, la seule que j'arnibitionne..
« En attendant d'obtenir cette grâce, je servirai comme j'ai fait jusqu'à présent. Si celle journée peut me procurer quelque gloire, je la partage avec MM, de Lévis et de Bourlamaque. »
La cour de Versailles connaissait déjà l'antagonisme qui existait entre le gouverneur et Montealm. Celui-ci, vainqueur dans chacune des trois campagnes qu'il avait conduites au Canada, montrait, en demandant son rappel, qu'il était aussi fin polilique qu'excellent général. Sachant bien que jamais la cour ne consentirait à l'en-
lever à son armée dans de telles circonstances, espérait qu'elle Le débarrasserait d’une facon où d'une autre de limportun gouverneur, soit en neutralisant son autorilé et confiant Le contrôle de la guerre à celui qui la dirigeait si bien, soit même en rappelant le marquis de Vaudreuil.
En attendant, la querelle qui les divisait allait s’'aggraver encore, éclater au grand jour, partager en deux camps les officiers civils et militaires, et pénétrer jusque dans les rangs inférieurs de l’armée.
Les troupes de ligne étaient justement fières de la victoire de Carillon : c’est à
elles qu'en revenait l'honneur, du moins en très grande partie; mais elles en prirent occasion d'affecter un mépris plus insultant que jamais pour les Canadiens, qui avaient contribué pour leur part au succès de la journée, et qui en réelamaient la gloire avec d'autant plus d'âpreté qu'elle leur était contestée, L'animosité, déj si prononcée entre ces deux corps, devint telle, qu'ils semblaient prêts & en venir aux mains, Vaudreuil, qui en était la première victime, s'en plaignit amérement, @ [n'a tenu qu'à lui, dit Desandrouins en se déclarant l'un des coupables, d'avoir l'original des lettres qui eussent pu perdre celui qui les avait écrites, Imprudence de nous autres jeunes gens, ajoute-t-il, excités par la jalousie que nous témoignent ceux que nous sommes venus défendre, 1est vrai que nous portons si loin cette fouguense licence, naturelle aux Français, que dans cette matinée mème où M, de Montealm a assemblé les chefs de corps à ce sujet, on a trouvé sur la table de la salle une chanson des plus mordicantes contre le gouverneur général et tout ce qui est colon, »
Desandrouins termine par cette réflexion attristée, qui aurait dû lui ouvrir les veux à lui-méme et le ranger du côté du chevalier de Lévis, le seul des commandants français qui se montràät au-dessus de ces mesquines passions © 0 Gémissons sur la désunion qui ruine les forts, el à plus forte raison les faibles!
Le commissaire des guerres Doreil, ami intime de Montealm, se signalait par son hostilité contre tout ce qui était canadien, el par son acharnement contre Vaudreuil, «La négligence, disaitil au ministre, l'ignorance, la lenteur et Popiniâtreté du gouverneur, ont pensé perdre la colonie; Pineptie, Fintrigue, le mensonge, l'avidité, la feront sans doute périr. » Après plusieurs dépêches écrites avec lt mème
violence, il erut que ses dénonciations avaient fait une assez forte impression sur
les ministres pour oser demander le rappel de Vaudreuil et son remplacement par Montealin.
« Si la guerre doit durer encore, oui où non; si l'on veut sauver et établir le Canada solidement, que Sa Majesté luien confie le gouvernement. I possède la science politique comme les talents militaires. Homme de cabinet comme de détail, il est grand travailleur, juste, désintéressé jusqu'au serupule, elairvoyant, aëtif, et n'a eu vue que le bien; en un mot, ilest homme vertueux el universel... Quand M. de Vaudreuil aurait de pareils tadents en partage, aurait toujours un défaut original : il est Canadien, »
Le gouverneur, entouré d'amis trop officieux, était instruit de toutes les intrigues qui se traunaient autour de fui, el dont Pécho arrivait jusqu'à Versailles, finit par en être exaspéré el se laissa entrainer aux mêmes réeriminations que ses adversuires.
Dans une lettre au ministre de lt manne? où éelatait sa jalousie contre Montcalm, il dénoncça la conduite du général à son égard et à lFégard des Canadiens. CIS ne peuvent qu'étre rebutés, ditit, par la facon dont iles fait servir... Hs ont rendu les plus grands services, maintenant on les avilit par a dureté avec laquelle on les commande... Hs acceptent sans murmurer les corvées dont on les charge
tan marquis de Patins peu de temps auparavant: ele ne puis toujours que me louer ee ete Ponite que MM, les marquis de Vaudreuilet de Montealin me temoignent.» 4 M. le marquis de Paul » avtil 1558 Qui sait si la colonie aurait pas ete sauvée, siees deux hommes avaient profité de ee bel exemple! M. de Massite,
MONTOALM ET LÉVIS 171 ni continuellement ; ils ne demandent pas mieux que d'être placés dans les lieux les e plus exposés, soit dans les campements, les découvertes et mème à la vue de la l'ennemi, Hs se sont distingués dans la journée du 8... M, le marquis de Montcalm, ds oubliant sans doute l'éloge qu'il m'avait fait d'eux, ne leur rendit pas la même justice dans la relation qu'il m'envoya; il prit, au contraire, un soin particulier de | se laire leurs actions, Je crois inutile de vous rapporter les propos de M. le marquis al de Montcalm à mon égard, Depuis la campagne dernière, j'ai affecté de les igno- | # rer; je l'ai prévenu de politesses; j'ai eu des conférences avec Vui pour satifaire à | e l'envie qu'il a d'être consulté, quoique j'aie éprouvé plusieurs fois qu'aussitôt que je re lui avais fait part de quelque projet, il devenait publie... Je passe sous silence toutes 7. les infamies où propos indécents qu'il a tenus ou autorisés, D'après toutes ces rai- ” sons, Monseigneur, je croirais manquer à ee que je dois au service du roi et à la | d confiance dont vous m'honorez, si je ne vous suppliais de vouloir bien demander FE à Sa Majesté le rappel de M, le marquis de Montealm. He désire lui-smémne et m'a | i prié de vous le demander, Bien loin de penser à lui nuire, j'estime, monseigneur, 5 qu'il mérite de passer au grade de lieutenant général... Personne ne rend plus de justice que moi à ses excellentes qualités, mais il n'a pas celles qu'il faut pour la Li guerre de ce pays. Iest nécessaire d'avoir beaucoup de douceur et de patience A pour commander les Canadiens et les sauvages... » lé Vaudreuil concluait en désignant le chevalier de Lévis comme le meilleur sue- 1, cesseur de Montealm : © IE réunit en lui toutes les bonnes qualités de l'officier 8 général; il est généralement aimé, et il mérite de l'être, » dé [y eut entre Vaudreuil et Montcalm un échange de lettres et quelques tentatives 1 de rapprochement, « Nous complions n'avoir tort ni lun ni Pautre, disait Montcalin, il faut donc croire que nous Pavons tous deux et qu'il faut apporter quelque | le changement à notre facon de procéder, »
5 Les tracasseries excilées entre les chefs par des subalternes intéressés à brouiller! à empéchérent le rapprochement, À À Dans les colonies voisines, la mème antipathie régnait entre les troupes d'Angle- {| 4 | terre et celles des provinces, de mème qu'entre leurs chefs. La plupart des officiers Ë d'outre-mer étaient des fils de famille, chez qui la morgue britannique était tradi- : | k lionnelle, Ces officiers devaient en général leur grade moins à leurs états de service | , F qu'à leurs privilèges héréditaires. Imbus de préjugés et d'idées exclusives puisés l d dans les cercles aristocratiques, d’où ils n'étaient guère sortis, ils regardaient avec ô un superbe dédain tout ce qui n'appartenait pas à leur caste, et plus encore ce nn qi élail étranger à leur ile. Les colons d'Amérique, d'un autre côté, non moins È | alachés à leurs préjugés et à leur esprit local, mais sentant déjà naître parmi eux un patriolisme nouveau, élaient profondément blessés dans leur orgueil démocra- 1 l loue de trouver des maitres à où ils n'espéraient voir qu: des égaux. Les chefs des troupes régulières aggravaient le mal par leur conduite au lieu d'y Î- | remédier; ils ne se donnaient pas même la peine d'inviter aux conseils de guerre Il les commandants de milices, qui n'étaient pas plus instruits des opérations que les }: derniers subalternes. On vit des compagnies entières, exaspérées du ton des officiers | anglais qu'on leur avait imposés, se débander en un jour et regagner leurs foyers. | 1 Bougainville au ministre, 10 août 1758. 4 | Fe |
Rs
172 MONTOALM ET LEVIS
Le ressentiment de ces affronts se répandit dans les provinces, où il resta gravé dans les esprits, et ne fut pas étranger à léclatante rupture qui amena l’indépendance des États-Unis.
Le 12 juillet et les trois jours suivants, les divers détachements de troupes coloniales expédiés par Le marquis de Vaudreuil sous le commandement de son frère Rigaud vinrent grossir l'armée de Carillen, qui se trouva portée à six mille six cent soixante-neuf combattants, ÿ compris quatre cent soixante-dix sauvages. Ce mouvement, nécessité par les circonstances, rendait inexpugnable pour cette eampagne la frontière du lac Champlain, mais avait complètement dégarni celle du lac Ontario, sur laqueñie marchait le général Forbes, qui allait bientôt être suivi d'une autre arrie dirigée contre Frontenae. Telle était Pinfériorité numérique de nos armes et la multitude toujours croissante des ennemis, qu'il n'y avait pas de talent militaire capable d'en arrêter le torrent, La tactique de Montealm dut se réduire & inquieter Abercromby pour le retenir dans ses retranchements et à compléter les fortilications de Carillon. L'armée travailla sans relâche, excepté les jours de pluie elles dimanches, encore pas tous, Les anciennes fortifications furent pertectionnées, de nouvelles furent construites de chaque côté de a plaine qui borde la pointe de Carillon, On fit creuser des fossés, élever des terrassements, dresser des palissades, poser des redoutes, construire des casemates, blinder des ouvrages; on établit plusieurs batteries; on fit de Carillon une position telle, qu'on pût parfaitement <v défendre en cas d'un retour offensif des Anglais.
Les troupes de li marine et de li milice avaient été formées en deux bataillons de mille hommes chacun, dont le premier, sous les ordres de M de Rigaud, campait à la Chute, Le second, commandé par M de La Corne, à a sortie du lac Seint- Nacrement, avait ordre de pousser des découvestes sur le lac pour obtenir des nouvelles de l'ennemi, et d'entretenir des patrouilles dans les bois ain d'éviter d’être surpris. Eve même temps de forts détachements furent confiés aux meilleurs coureurs des bois pour faire des incursions sur le territoire ennemi.
Le 17 juillet, M. de Courtemanche partit avec deux cents sauvages et autant de Canadiens et de soldats de a marine, remonta le lie Champlain et li rivière au Chicot jusqu'à mi-chemin entre le fort Édouard et le lie Naint-Sacrement. Les Anglais venaient d'y construire, sous le nom de Halfuay's Brook, un nouveau fort pour servir d'entrepôt et protéger leurs convois, Courtemanehe + surpritune escorte d'une cinquantaine d'hommes qui passait dans le voisinage, et lamit en fuite, Au bruit de la fusillade, trois cents hommes sortis du fort accoururent à la rescousse, C'était le moment qu'attendait le commandant pour les lisser engager dans les bois, les cerner ensuite et les écraser: mais les sauvages, à leur ordinaire, n'écourent ni ordres ni conseils, se mirent immédiatement à la poursuite, levérentune vingtaine de chevelures, firent huit prisonniers, et reprirent le chemin de Carilon, où le détachement arriva le 21 suivant, nv avait eu que doux Canadiens et deux SAUVaLes de blessés,
Les dépositions des prisonniers, parmi lesquelS avait un froquois des Cinq- Nations, révélérent li marche du général Bradstreet, détaché de Parmée d'Abercrombr avec un corps de miles considérable, douze pieces de canon et quatre cents Sages, lesquels remontaient rivière Mohawkpear se porter sur le lie Ontario. Montealhu et Lévis s'empressérent de communiquer cette nouvelle adarmante à Van
La PO Tone
dreuil, sans pouvoir détacher aucune de leurs troupes au secours de celle frontière menacce.
Le succès de M. de Courtemanche et l'arrivée d'une fouille portant quelques centaines de Népissines et d'Iroquois du lac des Deux-Montagnes, sous la conduite de M, de Saint-Luc, capitaine dans la marine, déterminérentle marquis de Montealm
Sunases el coureur des bois,
à organiser une expédition importante, destinée à aller frapper au méme endroit, après avoir suivi lt mème route, Celle expédition, composée de quatre cents san vases et de deux cents Canadiens, soldats de la marine où miliciens, fat confiée au mème M, de Saint-Luc, parent de M, de La Corne Saint-Lue, qui commandait en ce moment le corps de milice stationné au Portage.
Le départ de ce détachement, Hé au 22 juillet, fut retardé de deux jours par un incident qui peint bien les meurs des sauvages elles traits de ressemblanee qu'ils avaient avec le héros de Fantiquité. Bougamville, qui parait avoir été un des ofliciers de Parmée les mieux nourris des classiques, était extrèmement frappé de ces points de similitude, een fuit lt remarque en plusieurs endroits de son Journal.
Une joute rappelant les jeux olvmpiques allait engager entre deux tribus
A ER De Re 2
174 MONTOCALM ET LEVIS
rivales : celle des Abénakis et celle des Iroquois. Il s'agissait de l’amusement favori des sauvages, le jeu de la crosse, auquel les guerriers se livraient et se livrent encore dans l’ouest avec toute l’ardeur de leur violente nature, c'est-à-dire avec une fureur voisine de la rage, On jugera de l'importance de cette partie de plaisir par l'enjeu qu'on y avait mis, et dont la valeur s'élevait à mille écus en colliers et en grain. de porcelaine.
Aux extrémités du terrain choisi par les chefs, sont plantés deux grands poteaux qui servent de ralliement à l'un ou à l'autre des groupes rivaux. Chaque joueur est armé dun bâton recourbé en forme de crosse; au centre est placée une balle que les deux partis se disputent et qu'ils cherchent à lancer sur le poteau de leurs adversaires, en les empêchant de l'approcher du leur.
est facile de se représenter la scène curieuse et pilloresque qui animait le plateau de Carillon durant la journée du 23 juillet, Montealm et Lévis, entourés d'un grand nombre d'officiers, rehaussaient par leur présence ce tournoi d'un nouveau genre el paraissaient y prendre d'autant plus d'intérêt, que les sauvages étaient plus que jamais difficiles à retenir depuis la victoire de Carillon, qu'ils étaient extrèmenment jaloux d'avoir vu gagner sans eux. Une foule de soldats désœuvrés de divers régiments, quelques-uns en déshabillé, revenant du travail, faisaient cercle autour des joueurs. Un bon nombre d'Indiens, avec leurs femmes et leurs enfants, apparlenant à des tribus étrangères à la lutte, la regardaient en simples spectateurs. Des croupes de Canadiens, des coureurs des bois, aceoutumés à de pareilles scônes, ÿ prenaient une moindre part et restaient étendus nonchalamment sur le gazon. Les tentes dressées autour des glacis et des bastions du fort, les huttes des miliciens, les Wigwams des sauvages, les palissades, les retranchements, les redoutes qui couronnaient le promontoire, formaient un encadrement en harmonie avec le théâtre naturel où jouaient les farouches acteurs des bois.
Au signal donné, les deux partis s'étaient précipités sur la baîle, l'avaient fait rouler quelque temps à leurs pieds, puis l'avaient lancée en l'air el S'étaient mis à sa poursuite avec l'agilité et la vitesse de chevreuits traqués par une meule, Tantôt ils se groupaient pour se disputer la balle, tantôt ils S'éparpillaient pendant qu'elle volait au-dessus de leurs têtes, se bouseulant, se culbutant, se prenant corps à corps, lüttant les uns contre les autres comme pour un combat à mort, au milieu de eris, de vocilérations, d'éelats de voix inouis, Presque tous le corps nu, n'avant que le bravel autour de li ceinture, leurs longs cheveux noirs et leurs panaches de plumes flottant au vent, ils ressemblaient, avec leurs visages tatonés, leurs veux fambovants, leurs gestes forcenés, à des bandes de sorciers courant au sabbat, où mieux encore à des démons sortis de l'enfer, Les spectateurs les poursuivaient de leurs applaudissements et de leurs éclats de rire, acelamaient les plus agiles etes plus adroits, et les encouragetient à de nouvelles prouesses, Enfin, après bien des péripéties, des chances variées, la balle, lineée d'un bond irrésistible, alla frapper le poteau et mit fin à la partie. Les vainqueurs, couverts de sueur et de poussière, aceablés de fatigue, vinrent recevoir les félicitations des commandants ete prix de leur victoire, Un festin, selon la coutume, termina la fête, et les guerriers, fiers et heureux comme de grands enfants, reprirent les préparatifs de l'expédition.
Le 2X juillet, le parti de M. de Saint-Luc était embusqué entre le fort Édouard et Halluay's Brook, Vers midi, il vit venir un convoi d'une quarantaine de chariots
chargés de vivres, de boissons et de marchandises, escortés par cinquante soldats sous les ordres d’un enseigne du régiment de Blackney. Plusieurs femmes, enfants et marchands, faisaient route avec eux.
Avant qu'ils eussent eu le temps de se reconnaitre, il furent cernés, tués ou pris. La charge des chariots fut dispersée et pillée par le détachement, Trois soldats avaient été tués et un Canadien blessé. « Nous avons eu, dit Montealm, un Froquois tué et deux blessés, Toujours les Froquois perdent quelqu'un; c'est que de tous les sauvages ils sont les plus braves, Sarégoa, leur chef de guerre, est celui qui à conduit l'entreprise, Lorsque dans on détachement les sauvages sont les plus nombreux, ils font la loi et décident sans appel. Cest un bonheur quand celui d'entre eux qui est le plus acerédité à une bonne tête, et celle de Sarégoa est très bien organisée. »
En apprenant la mésaventure arrivée à son convoi, Abereromby jeta dans des bateaux un fort détachement de rangers, de miliciens el d'infanterie légère avec Rogers, et leur fit descendre le lac George pour aller couper la retraite à M. de Saint-Luc en traversant l'étroite chaine de montagnes qui sépare ee lie de la tête du lie Champlain. Mais M. de Saint-Luc, prévoyant qu'il serait poursuivi, avait précipité sa marche et dépassé ce lieu avant l'arrivée de Rogers, qui Fr attendit vainement. Comme celui-ci revenait sur ses pas, il reçut un message d'Abereromby lui enjoignant d'intercepter d’autres troupes de maraudeurs signalés aux environs du fort Édouard. Montealm avait en effet lancé dans celle direction une nouseille bande de Canadiens et de sauvages, ayant cette fois pour chef Paudacieux Marin, beau-frère de M. de Rigaud.
Joseph Marin, sieur de Saint-Martin, que ses relations de parenté avec la famille de Vaudreuil avaient rendu très influent dans li colonie, était peut-être le coureur des bois le plus brave de cette époque. était né à Montréal (719), mais avait passé presque loute si vie en des courses aventureuses, Accusé, comme son beau-frère, de spéculations véreuses dans les postes où il avait commandé, il rachetait ses pilleries par les services éminents qu'il rendait à li guerre. On ne comptait plus les actions où il s'était distingué,
I 'était en froid en ce moment avec M. de Rigaud, qui, paraitil, par un sentiment de jalousie indigne de son rang, avait choisi parmi les Canadiens les moins aguerris les soldats destinés à son expédition. Marin était parti de Carillon le # août, vers cinq heures du soir, avec M, de La Rochebeaucour, Langv Painé, quelques autres officiers el cadets, cent Canadiens, une quarantaine de soldats de la colonie et environ cent trente sauvages, en tout prés de trois cents honmnes, remonta le lac Champlain jusqu'aux Deux-Rochers, c'est-à-dire à trois lieues plus haut, débarqua sur la rive droite, où il cacha ses eanots dans un épais fourré, et continua sa marche à travers les bois, laissant à sa droite la rivière au Chicot, qu'il côtoya à quelque distance, jusqu'à trois lieues de Pancien fort abandonné connu sous le nom de fort de la reine Anne, On était au N août, à une heure du malin. La troupe, fatiguée d'une longue marche nocturne, fiune courte halte et reprit sa route tortueuse à travers le terrain inégal et les hautes fotaies dont la cime était à peine éclairée par les vagues lueurs d'une nait d'été. était grand jour quand la tête de la colonne déboucha sur lPancien chemin conduisant du fort Anne au fort
Édouard, Aucun indice ne laissait soupeonner le voisinage d’un ennemi. L'oreille
El os M éd
même des sauvages, si fine, si exercée, si attentive, n'entendait sortir des profondeurs d'alentour d'autres bruits que le chant matinal des oiseaux et la brise qui, se levant avec le soleil, secouait la rosée sur les branches, Officiers, soldats et Peaux-Rouges s'élendirent tranquillement sur li mousse el se préparaient à pr adre leur frugal déjeuner, lorsque tout à coup des détonations d'armes à feu se firent entendre à quelque distance, Nul doute que ce ne fût un parti d’ennemis ; e’était en ellet celui de Rogers, qui, revenu sur ses pas, avait campé dans la clairière ouverte autour du fort Anne. Son expédition comptait en tout sept cents hommes, dont quatre-vingts rangers, un corps de milice du Connecticut sous le major Putnann, et le reste formé de troupes légères appartenant à Parmée régulière aux ordres du capitaine Dalzell, excellent oflicier, qui, cinq ans plus tard, devait trouver une mort héroïque devant le fort du Détroit, assiégé par Pontiac.
Rogers, qui d'ordinaire était si prudent, qui pour cacher sa marche ordonnait le silence dans les rangs et faisait éteindre les feux dans son camp à la tombée de la nuit, s'était oublié ce jour-là. Crovant que les incursionnistes qu'il avait eu ordre de poursuivre étaient déjà loin sur le chemin de Carillon, il S'était amusé, avec le lieutenant Iewin, de Pinfanterie légère, à tirer à la cible sur un objet placé dans la clairière, C'étaient ces coups de fusil qui avaient douné l'éveil à la troupe de Marin, dont le plan d'embuseade avait été aussi vite exécuté que décidé, Prévoyant bien que la colonne anglaise allait S'engager dans le chemin pour retourner an fort Édouard, il avait disposé ses soldats, entremèlés de sauvages, à la droite de cette route abandonnée, qui m'était plus qu'un étroit sentier depuis que les jeunes pousses l'avaient envahie, Si dense et st sombre était la feuillée, féchissant sous l'abondante rosée, que le regard du Ivnx S'y serait perdu.
Quand le pari engagé entre Rogers et trwin eut été décidé, l'ordre dé marche fut donné. Chaque soldat endossa le havresae, et, le fusil à Pépaule, reprit son rang. La colonne traversa la clairière, et, longeant les palissades croulantes du fort \une, s'entonca, un seul homme de front, dans la trouée étroite qui marquait encore le vieux ehemin. était sept heures du matin quand les derniers soldats disparurent sous la sombre voûle, Patnar, avec ses sens du Connecticut, ouvrait la marche, suivi de l'infanterie légère de Dalzells Rogers, avec ses rangers, formait larrièrecarde. Tous marehaient sans précaution el sans défiance, les ofticiers jetant au besoin un cri en avant où en arrière, décelant ainsi d'assez loin leur présence, Cependant à deux pas d'eux, sur leur droite, le rideau de feuillage cachait des rangées d'ennemis qui, relerant leur haleine, les laissaient passer. Soudain Pair retentit d'épouvantables hurlements et de coups de fusil qui semblaient sortir de terre, Les balles déchirent le feuillage, et pendant qu'elles grêlent à bout portant sur la longue file en mouvement, une légion de Peaux-Rouges sautent comme des üigres sur le sentier, le tomahawk à la main. Ace premier assaut, un chef de Caughnavaga Sélança sur Le major Patnans qui tenait la tête de la colonne, Gelui-ei n'eut que le temps d'armer son fusil et de le diriger sur la poitrine de Pndien; mais le coup ne partit pas, et Putnam, saisi et entrainé dans le fourré, \ fut garrotté avec un lieutenant du nom de Tracy et trois soldats faits prisonniers en mème temps que fut, Les Canadien os a plapart n'avaient jumais vu le feu, lâchérent pied en grand nombre ct cdentrent por leur faite la première ardeur des assaillants. Cependant une parue dés sauvages, des soldats el des Canadiens,
fonqui,
el dre rent ten erte lont un, ‘ du une
nail de “dre ele LS la rin, bien tort ‘ete nes