‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 39 sur 86 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

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‘Depuis la fin de l'hiver, la population de Louisbourg avait vécu dans l'attente d’une crise inévitable.

Durant les intervalles où le soleil d'avril dissipait les brumes et les brouillards de neige, plusieurs vaisseaux élaient aperçus au loin sur la ligne de l’horizon, s’'approchant ou s’éloignant au gré des vents, ct parfois venant cingler presque à portée de canon de la place. L’escadrille anglaise, aux ordres de sir Charles Hardy, était déjà prête à intercepter les secours de France destinés à Québec et à faire le blocus de Louisbourg. Elle ne put cependant empêcher quelques vaisseaux français d’v arriver.

Dans la persuasion où était le chevaiier de Drucour que la place était incapable de soutenir un siège, il adupta un système de défense qui devait servir de modèle à Montcalm devant Québec durant sa dernière campagne : celui d'empêcher une descente.

De chaque côté de la baie, le rivage de la mer est bordé de précipices et de rochers escarpés, contre lesquels grondent sans cesse les vagues, et qu’elles couvrent d’un vaste rideau d’écume aux heures de tempêtes. La côte est cependant accessible en plusieurs endroits à l’ouest de la ville, sur un parcours d’une lieue et demie, entre le cap Noir, voisin du bastion de la Princesse, et l’anse de la Cormorandière. M. de Drucour \ fit élever des travaux de défense et placer du canon sur les trois points les plus faibles : à la Pointe-Blanche, à la Cormorandière et à la Pointe- Plate, à mi-distance entre ces deux endroits. A la Cormorandière, la côte s’afaisse et se termine par une plage de gravier : c’est le lieu le plus favorable à un débarquement. L'armée de Pepperell ÿ avait abordé en 1745. Drucour y fit faire un large abatis qui dissimulait huit pièces de canon. Les arbres, renversés ia tête du côté de l'Océan et serrés les uns contre les autres, produisaient l’elfet d’un champ de verdure percé çà et là de quelques touffes d’épinettes et de sapins. Les troupes pouvaient + attendre la descente de l'ennemi sans être vues.

La garnison de Louisbourg se composait de deux mille neuf cents hommes de troupes régulières, répartis entre les régiments de Bourgogne, d'Artois, de Cambis, et des volontaires étrangers, outre les citoyens de la place et quelques Indiens. Les murs de la ville et les batteries extérieures étaient armés de deux cent dix-neul canons et de dix-sept mortiers. Cinq vaisseaux de ligne et six frégates, qui avaient réussi à échapper aux poursuites des flottes anglaises, étaient ancrés dans la rade et s'apprèlaient à prendre part au siège.

A l'aurore du 4er juin, toute la ville fut mise en émoi par la nouvelle de l’apparition de la flotte anglaise. Une foule anxieuse, accourue aux remparts, avait les veux fixés dans la même direction. La ligne de Océan était, en effet, toute blanche de voiles qui grandissaient d'heure en heure et augmentaient en nombre à mesure qu'elles approchaient.

La flotte, commandée par l'amiral Boscawen, était partie de Spithead le 19 février, sans attendre le général Amherst, retenu en Allemagne. Amherst était entré à Halifax au moment où Pamiral, lassé de attendre, appareillait pour l'expédition. Il avait été rejoint dans l'intervalle par les contingents de milices fournis par les colonies anglaises. Le 28 mai au matin, cent cinquante-neul voiles, c’est-à-dire vingt-deux vaisseaux de ligne, dix-sept frégates, deux brûlots et cent dix-huit transports, portant douze mille hommes de débarquement, sortirent du havre d’Halifax

et mirent le cap sur Louisbourg. Ils avaient été séparés durant le trajet par les vents contraires; mais, le 3 juin, les derniers transports avaient rejoint le reste de la flotte dans la baie de Gabarus.

Avant de quitter Halifax, Amherst avait pris ses dispositions pour la descente : il avait divisé ses troupes en trois brigades, dont :2 commandement, désigné d'avance par Pitt lui-même, était confié aux brigadiers vénéraux Whitmore, Lawrence et Wolfe. Le plus jeune de ces officiers, Wolfe, qui w’avait que trente et un ans, avait attiré tout particulièrement l’attention du grand ministre, Il avait connu

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A Retranchements. F Travaux de siège. K Bastion du Dauphin.

EF Débarquement. G Barachois. L Pointe de Rochefort.

€ Redoutes anglaises. H Bastion de la Princesse. M Tour de la Lanterne ou D Batteries anglaises. 1 Bastion de la Reine, Pointe du Phare,

E Étans. J Bastion du Roi.

sa belle conduite lors de l’infructueuse expédition contre Rochefort, et avait deviné en lui un capitaine capable de relever la gloire des armes anglaises.

James Wolfe était né à Westerham, dans le comté de Kent, d’une famille originaire de Limeriek. 1 avait montré dès l'enfance un goût si prononcé pour la vie militaire, qu'à l’âge de treize ans el demi il s'était embarqué avec son pire, le lieutenantcolonel Edward Wolle, pour l'expédition qui alla si inutilement se faire décimer devant Carthagène. Une maladie, due à son faible tempérament, le rendit à sa mère avant le départ de la flotte, I semble qu'une santé aussi délicate aurait dû le porter vers une carrière paisible ; mais sa jeune ambition avait été allumée par les récits de son père, qui avait conquis ses grades dans les armées de Malborough

et du prince Eugène ; il ne rêvait que la gloire militaire. Il avait seize ans lors de sa premiére campagne dans les Flandres, C’élait alors un grand jeune homme mince, d’une constitution en apparence trop faible pour le métier de la guerre. Il était d’ailleurs franchement laid, avec des cheveux roux, un front et un menton fuyants, qui lui donnaient un profil semblable à un angle obtus, dont la pointe serait au bout du nez. Son teint, ordinairement pâle, mais diaphane, s’animait facilement et prenait une teinte rose au feu de la conversation ou de l'action. Rien ne

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révélait en lui le militaire, qu’une bouche ferme et des veux d’où jaillissaient des éclairs à travers des prunelles d’un bleu d'azur. Avec tout cela, il v avait dans sa personne et ses manières quelque chose de sympathique qui attirait vers lui.

I est représenté dans ses derniers portraits en uniforme écarlate, serré à la taille, à la façon anglaise. Le col à revers laisse voir la dentelle de la chemise. Ses cheveux noués retombent entre ses épaules, et sa tête est coïffée d'un chapeau tricorne galonné d'or. Des guêtres aux pieds, l'épée à la ceinture, il porte un crêpe au bras, car il était à cette date en deuil de son père. C’est ainsi que le représente également la statue, exécutée peu de temps après sa mort, qui se voit à l’encoienure de la rue du Palais, à la haute ville de Québec.

Avec les talents et la passion qu'il avait pour son art, le jeune Wolfe ne pouvait manquer de monter rapidement en grade; il prit part à la victoire de Dettingen, et SV distingua par sa bravoure et son sang-froid. Au lendemain, il fut créé adjudant, puis lieutenant, et capitaine la campagne suivante.

Du continent, Wolfe passa en Écosse et assisla à la bataille de Culloden. Certains historiens lui font jouer après la victoire un rôle magnanime au détriment de son général. Le duc de Cumberland, traversant avec lui le champ de bataille, aperçut un Highlander qui, malgré de graves blessures, se tenait appuyé sur un bras et les regardait passer avec un sourire de défi.

« Tuez-moi cet insolent vaurien, qui ose nous regarder avee Lant de mépris, dit le due à Wolfe.

— Ma commission est entre les mains de Votre Altesse, répondit le brave officier, mais Je ne consentirai jamais à devenir un bourreau. »

A vingt-trois ans, il était déjà lieutenant-colonel, L'étude du latin, du français et des mathématiques, absorbait toutes ses heures de loisir. Il eut vers ce temps un chagrin d'amour qu’il chercha à oublier en se plongeant dans une suite de dissipations qui ne pouvaient durer, car elles n'étaient pas dans son caractère.

Stationné à Inverness, qui était alors un trou infect, au milieu d’une population vaincue d'hier et encore frémissante du joug, toujours en lutte avec une santé déplorable, il sut se mettre au-dessus du découragement et gagner les bonnes grâces de tous, même des Highlanders. Il avait un fonds inépuisable de bonne humeur, ce que les Anglais appellent good spirits. Avec cela, avait-il coutume de dire, un homme peut passer à travers tous les obstacles. Il trouva cependant longs les cinq ans qu'il passa dans les montagnes d'Écosse, car il appréhendait de se rouiller au milieu du vide intellectuel qui l’entourait.

L'hiver de 1793 le trouve à Paris, au centre de ce beau monde dont les raffinements Pattirent, I v est recherché, il s'en enivre, il fréquente la cour de Versailles, se fait présenter au roi. Il rend hommage à cette couronne dont il va bientôt, de son épée, faire tomber le plus beau joyau. Mme de Pompadour, dans tout léclat de sa honte dorée, daigne lui sourire,

« J'ai eu la bonne fortune, écrit-il, d’être placé près d'elle pendant un temps considérable. Elle est extrèmement jolie, et par sa conversation je juge qu'elle a beaucoup d'esprit et d'intelligence, »

Wolfe était devenu courtisan pour le quart d'heure. Entre les exercices d’équitation et de français il prenait des leçons de danse; il s’applaudissait de pouvoir danser passablement le menuet, au dire de son professeur, lorsqu'un ordre brusque,

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qu'il n’eut que k temps de maudire avant son départ, le ramena en Angleterre. Cela lui fit perdre l’occasion d’aller observer les armées de l'Europe, comme il le projetait, avant son retour ; il v suppléa à force d'études.

A l'ouverture de la guerre de Kept ans sa bonne étoile le conduisit devant Rochetort, où il fit éclater sa supériorité sur les commandants de lexpédition. Ce fut, comme on l’a vu, le commencement de «<a fortune militaire.

Le commandement que lui confia le ministre Pitt, en l’associant à l'expédition de Louisbourg, lui fut cependant peu sensible. Il le redoutait même, croyant y voir plus de mécomptes que de gloire, et au bout le terme de sa vie. Il était très mauvais marin, et sa santé toujours chancelante achèverait Ge se perdre sur mer. Des infirmités précoces lui présageaient d'ailleurs une vie bien courte, et il aurait voulu jouir, au moins quelques années, des joies du home qu’il n'avait pas connues, de la vie de famille pour laquelle il avait de fortes inelinations. Il aimait les enfants, et il avail un amour en tôle : miss Lowther, fille d’un ex-gouverneur des Barbades. Vivre entre elle et un berceai, dans un petit cottage, au fond d’une campagne paisible, retirée et pilloresque, comme son lieu natal de Westerham, c'était là à peu près toute son ambition. Et il croyait y dire adieu en quittant la terre d'Europe.

€ Puisque j'ai embrassé la profession des armes, mandait-il de Blackheath en faisant ses préparatifs de voyage, je dois chercher toutes les occasions de servir; el c’est pour cela que je me suis jeté sur le chemin de la guerre d'Amérique, quoique je sache que la traversée seule menace mon existence et que ma constilution en sera entièrement ruinée et abimée. Je pars cependant, sans aucun motif d’avarice ou d’ambition.

€ Toul ce que je souhaite, c’est que je sois prêt en tout temps à rencontrer le sort qu’on ne peut éviter, el à mourir avec grâce et honneur quand l'heure en viendra, soil maintenant, soit plus tard. »

Le capitaine Knox, qui vit Wolfe pour la première lois à Halifax, disait qu'il y avait de Achille dans ec jeune brigadier.

Impétueux, irascible, se laissant aller parfois à des emportements occasionnés par sa nature soufh ense, d’un esprit plutôt cellique que saxon, désintéressé, plus dévoué à sa patrie qu’à son ambition, modèle de piété filiaie, prompt aux épanchements et à l'amitié qu’il savait garder; avec cela exact au devoir, ferme sur la discipline, soldat avant tout, et sachant par suite se faire aimer de l'officier et du soldat, tel était en résumé le caractère de Wolfe.

La traversée de l'Océan avait été pour lui, comme il Pavait prévu, un supplice. Après la prise de Louisbourg, il écrivait à sa mère qu’il aimerait beaucoup mieux faire un siège que passer quatre semaines en mer.

Une partie de la flotte avait devancé le vaisseau qui le portait; enfin le ? juin, vers midi, le voile de brume épaisse qui l'enveloppait se déchira et découvrit les falaises de Pile, hérissées d'arbres coniques et sombres, avec la forteresse de Louisbourg à leurs pieds, ccinte de murailles grises au-dessus desquelles flottaient les couleurs de France. Le soir même, Amherst et Wolfe longèrent la côte pour en reconnaitre les points accessibles, et fixèrent la descente au lendemain, à l’aube du jour; mais une succession de brume et de gros vents la retarda jusqu’au 8.

La veille de ce jour, à la nuit fermée, l'amiral Durell alla examiner la mer au

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bord du rivage et s’assura que l'approche en était possible, À minuit, chacune des trois brigades prit place dans les chaloupes et attendit l'ordre d'avancer. Celles de Withmore et Lawrence devaient faire de fausses attaques : la première à la Pointe- Blanche, la seconde à la Pointe-Plate. Un quatrième corps, composé du 28e de ligne, devait achever de tromper l'ennemi en passant devant la rade de Louisbourg et simulant une descente à une lieuc plus haut, dans la baie de Laurembee, tandis que la brigade de Wolle tenterait le débarquement à la Cormorandière. Chacune de ces brigades était plus nombreuse que toute la garnison de Louisboury. Celle de Wolfe, choisie parmi l'élite de l’armée, était composée du 7Re régiment des Highlanders, qui ne comptait pas moins de mille quatre-vingt-quatre hommes, d’un corps d'infanterie légère de cinq cent cinquante hommes, outre douze compagnies de grenadiers et cinq de rangers.

Plusieurs vaisseaux étaient déjà embossés, à portée de cunon, vis-à-vis des trois endroits menacés. Dès que les premières lueurs du jour eurent dessiné nettement les lignes de la côte, ils donnèrent le signal de l'attaque par une furieuse canonnade dirigée contre les postes français. Au même instant tous les équipages des chaloupes firent force de rames vers la terre. Du haut des falaises, les détachements français échelonnés de distance en distance embrassaient du même coup J'œil tout ce mouvement. Le poste de la Cormorandière n'était défendu que par un millier de troupes régulières aux ordres du lieutenant-colonel de KSaint-Julhien, commandant du régiment d'Artois, et quelques Micmaes; les autres postes, d'un abord moins facile, étaient pour cela moins gardés, Quand ils virent s'avancer contre eux cette triple nuée d’embharcations chargées d'innombrables soldats, ils furent déconcertés. Malgré les difficultés que présentait la côte, elle était accessible sur une trop grande étendue pour qu'elle pût être bien gardée par des forces si inférieures en nombre. Les troupes le comprirent et perdirent toute confiance.

L'avant-garde de Wolfe devança les deux autres brigades, et s'approcha pour mettre pied à terre sur la grève de l’anse de la Cormorandière; mais, dès qu’elle fut à portée du fusil, elle fut assaillie par des décharges de mousqueterie et de canons si bien nourries, que Wolfe, reconnaissant l'impossibilité d’une descente en cet endroit, agila en l'air son chapeau pour signifier aux premières embarcations de reculer. Mais les lieutenants Hopkins et Brown, qui les commandaient, crurent que c'était au contraire un ordre d'avancer el pousstrent à toutes forces jusqu’à une pointe de rocher, à droite de l'anse, derrière laquelle ils trouvèrent un abri contre les projectiles. Cet escarpement, qui paraissait inaccessible, n'était pas gardé. Les braves officiers, suivis de quelques soidats, S'y élancérent, et, s'accrochant aux broussailles, commencérent à le gravir. Le vent avait fraichi, et la mer s'v brisait avec violence. Quelques embarcations Ÿ furent crevées où renversées, el quelques soldats noyés. Malgré cela, une partie de l'infanterie légère eut bientot gravi la hauteur, où elle s'établit solidement derrière les laillis et les angles des rochers. Wolfe, apercevant le succès de cette audacieuse tentative, lança toute sa brigade dans cette direction et tit prendre les devants à son canot, qui toucha un des premiers le rivage. idé d’une canne, qu'il tenait à la main, il sauta de récif en récif aux applaudissements de sa troupe, qui le distinguait à sa taille haute et mince. Il escalada la falaise et rangea ses troupes, à mesure qu'elles arrivaient, en ordre de bataille, autant que le terrain le permettait. Elles ne rencontrèrent qu'un

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pet nombre de soldats et d'Indiens, qui firent le coup de leu à travers les taillis | et leur tuërent ou blessèrent quelques hommes. Le vent, qui poussait la fumée du combat vers le rivage, avait dérobé ce mouve- ï

Le général Wolfe, Re.

FS ment aux Français. Lorsqu'ils s'en aperçurent, Wolfe avait déjà ordonné aux pre- ‘a mières compagnies de pousser de l'avant et de charger à la baïonnette.

in M. de Saint-Julhien accourut avec une partie de ses troupes, mais déjà les 1k if ; Anglais étaient en nombre maitres de la position. Les Français, qui n'étaient pas x et préparés à un combat à l'arme blanche, ne firent qu'une faible résistance et recu- il 1 lèrent jusqu'à leurs batteries. La nouvelle se répandit en ce moment parmi eux il 1 que la brigade de Whitmore avait opéré sa descente à la Pointe-Blanche et menaçait lt

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de leur couper la retraite, Cette brigade, au contraire, avait rétrogradé avec celle de Lawrence el pris terre sans beaucoup de résistance sur le côté opposé de l’anse aux Cormorans, où Amherst les suivit avec le reste de ses troupes. Le détachement de M. de Saint-Julhien, assailli de droite et de gauche, fut obligé d'abandonner ses canons et de battre en retraite. Une partie regagna Louisbourg en suivant les bords de la mer, le reste en faisant un circuit à travers les bois. Les Anglais s'emparérent successivement des batteries de la Pointe-Plate, de la Pointe-Blanche, et poursuivireni les fuvards jusqu’à l’entrée de la clairière ouverte autour de la place, où ils furent arrêtés par le feu des canons que le chevalier de Drucour fit tirer des remparts pour protéger la rentrée de ses troupes.

Cent neuf hommes tuës, noyés où blessés, du côté des Anglais; cinquante tués et soixante-dix prisonniers du côté des Français, voilà tout ce qu'avait coûté cette journée, qui décida du sort de Louisbourg.

e Triste et fatale journée pour l'État, » écrivait à Montréal un témoin de cet échec, l'ingénieur Franquet, qui, mieux que per‘onne, connaissait les défauts de la forteresse et prévoyait sa chute inévitable.

Amherst choisit pour l'emplacement de son camp une rangée de hauteurs inévales entre lesquelles coule un ruisseau qui se décharge dans la mer, au fond d’une petite anse, à l’est de la Pointe-Plate. Cette anse, d’un abord facile, moins éloignée de Louisbourg que la Cormorandière, était tout indiquée comme le point de communicalion entre la flotte et l’armée. Le débarquement des tentes, des munitions et du matériel de siège, ÿ fut commencé le jour mème.

Durant la nuit, la rade de Louisbourg fut illuminée par des jets de flammes, qui s’étendaient tout le long du rivage, depuis la ville jusqu’au delà de la Grande- Batterie. M. de Drucour avait résolu d'abandonner cette position et faisait incendier tous les édifices qui l’entouraient : maisons de pêcheurs et autres constructions qui auraient pu servir d'abri aux ennemis. Les jours qui suivirent, le débarquement fut retardé par la fréquence des bourrasques et des brumes, qui rendaient l’atterrissement presque impossible. Un grand nombre d’embarcations furent crevées ou démolies dans le cours des opérations.

Ce ne fut que le 18 que les grosses pièces d'artillerie purent être amenées. Dans l'intervalle, l'installation du camp sur une ligne irrégulière de deux milles de longueur se fit avec activité. Le terrain débarrassé des arbres fut nettoyé, et un réseau de chemins tracé du rivage aux tentes. À un demi-mnille en avant du camp, rois redoutes le protégeaient contre les sorties des assiégés ; à quelque distance de l'aile gauche, formée de linfanterie légère, deux blockaus, solidement assis sur des éminences, d'où l'œil domine au loin les ondulations du terrain, étaient gardés par des piquets de soldats qui pouvaient signaler davance l'approche des partis de Canadiens et de sauvages qu'on savait venir de Pintérieur de l'ile ; enfin une dernière redoute construite à la Cormorandière garantissait les derrières du camp contre une surprise du rivage.

La destruction de la Grande-Batterie, rendue nécessaire depuis la descente des Anglais, avait amené labandon des autres postes extérieurs, à l'exception de Pile de l’Entrée. Drucour s'était vu forcé, par la faiblesse de sa garnison, de concentrer sa défense dans l’intérieur des murs. Les Anglais se trouvaient ainsi maitres de la campagne. Wolfe, que sa bouillante ardeur recommandait pour les coups hardis,

MONTOALM ET LEVIS 491 le s’avança à l'ouest de la ville avec douze cents hommes, rangea les coteaux qui nse s’arrondissent autour de la rade et vint s'emparer du promontoite qui, au nord- LA | ent est, resserre l'entrée de cette rade. Les Français avaient construit, sur un escarses ; pement qui domine les environs, une batterie qu'ils venaient d'abandonner après rds L l'avoir enelouée. Wolfe la rétablit et en monta d'autres le long du rivage, pour pa- à canonner l'ile de l'Entrée et les vaisseanix français. La flotte anglaise, qui l'appuyait Fa et ï du côté de la mer, lui fournissait par la baie de Laurembec tous les approvi- L ce, é sionnements de bouche et de guerre dont il avait besoin; du côté de terre, une des É: chaine de postes fortifiés par des redoutes maintenait ses communications avec ‘à à l'armée. [hl (8 ués e Dans la nuit du {8, il démasqua ses batteries et ouvrit un feu formidable contre jh tte di la flotte française, qui y répondit avec une égale vigueur. Cette canonnade, dont D 4 le bruit fit trembler les échos de la rade toute la nuit et tout le jour suivant, cet * produisit cependant peu d'effet, soit d’un côté, soit de l’autre. À l’ouest de la ville, Ja le canon des remparts n'avait cessé d’'inquiéter les mouvements des ennemis, qui | à cette date n'avaient pas encore ouvert la tranchée. [ls s'étaient occupés à perné fectionner leurs travaux de défense et à ouvrir des chemins pour les pièces de Une siège, ce qui n’était pas très facile dans ce terrain rocailleux, coupé de marécages f née et exposé en partie au feu de la place. Une sortie, forte de trois cents hommes, >m- avait été dirigée en plein jour sur une des redoutes en construction et avait souons tenu un vif engagement contre des forces supérieures devant lesquelles elle avait dû se retirer. ul Les . Le gouverneur de Louisbourg fondait des espérances sur la lenteur qu'il croyait L de- remarquer dans les opérations du siège ; il se flattait que les secours qu'il avait | lier demandés au marquis de Vaudreuil arriveraient à temps. M. de Boishébert était, PU D qui en effet, débarqué au Port-Toulouse, à lextrémité méridionale de l'ile, et s’avan- al lent ait avec un corps considérable de Canadiens, d’'Acadiens et de sauvages. Mais cet { Ler- oiicier montrait en ce moment une incapacité, agissait avec une lenteur qui resou semblaient à de la trahison et ne justifiaient que trop l'opinion de Montcalm, qui, il comme on l'a vu, aurait préféré pour celle expédition un commandant d'une autre | es. trempe.

de Si Boishébert avait eu l'activité qu'on attendait de lui, il aurait eu le temps un d'arriver à Louisbourg avant la descente des Anglais, après avoir grossi sa troupe np, sur son chemin d'une foule d’Acadiens qui ne demandaient qu'à combattre, et : de qui, au dire de Pabbé Maillard, auraient porté son détachement à quinze cents sur hommes, Français el sauvages. Ce missionnaire, qui était alors sur l'ile du Capdés Breton, fait retomber en grande partie sur M. de Poishébert la responsabilité de la de chute de Louisbourg; car, si le chevalier de Drucour avait eu à sa disposition quinze À er- cents hommes de plus, il aurait pu peut-être empècher le débarquement du 1 mp 8 juin. : l Dans une lettre écrite à Québec, trois semaines après la capitulation, l'abbé 4 des Maillard à raconté les mouvements de l'expédition dont il avait été témoin et tracé île # un portrait peu flatteur de son chef.

ret À « Voici ce que c’est que M. de Boishébert, écrit-il : jeune homme de vingtde à.

lis, ÿ 1 Ce promontoire, sur lequel s'élevait un phare, était appelé la tour de la Lanterne. 14 | à

neuf à trente ans; fils unique d'une dame qui faisait dans tout le Canada li pluie et le beau temps sous le généralat de M. de Beauharnois; protégé et favorisé plus que personne, dès ses plus tendres années, pour aller commander dans des postes où il avait plus à s'enrichir par le commerce qu'à s'illustrer par des faits mililaires ; toujours et constamment favori de la fortune, jusqu'aux temps présents ; par conséquent richissime, et qui, par rapport à cet état heureux où il se trouve, passe pour Achille sans du tout l'être; d’un génie si mince, qu'à peine lui en connait-on ; uniquement appliqué à ce qui se nomme aflaire de commerce et de trafic en tout genre ; dépensant considérablement au roi, sans avoir encore réellement rien fait pour son service, »

Cinq jours après l'ouverture du siège, le chevalier de Drucour avait envoyé un exprès à l'abbé Maillard, avec une lettre dans laquelle il le conjurait de presser la marche de M. de Boishébert, ajoutant qu'à son entrée à Louisbourg il recevrait la croix de Saint-Louis, que le roi avait envoyée par les derniers vaisseaux pour l'en décorer.

€ Quand je lui eus fait lecture de cette lettre, continue l'abbé Maillard, j'ajoulai en présence de tous ses ofliciers : « Monsieur, vous voyez quelle confiance à en « vous monsieur notre gouverneur; votre faible détachement se trouve ici toul « à coup accru du triple; tous les sauvages qui vous attendent depuis longtemps « vous suivent, et tous les jeunes gens, jusques aux pères de famille du Port- « Toulouse, ete., vous suivent aussi. Nous avons eu idée que vous ne voudrez pas € autrement avoir la croix qui vous attend à Louisbourg, que comme David eut € Michol!. »

« La r'ponse qu'il me fit n'est pas digne de vous ètre écrile, »

Boishébert ne chercha que des prétextes pour temporiser et licencier son camp. Il en trouva un dans le manque de provisions, quoiqu'il en eût su ‘amment et que Drucour lui‘eût dépèché deux goélettes chargées de vivres et de munitions dans la baie de Miré, d’où le commandant lui avait écrit. Le gouverneur lui envoyait en même temps la croix de Saint-Louis, avec une lettre pressanie dans laquelle il lui annonçait une sortie du moment qu'il apercevrail certains signaux convenus en arrière du camp anglais. Boishébert n'en fit rien, malgré les murmures de ses soldats, des Acadiens surtout, dont le sort dépendait de Louisbourg, et des sauvages mêmes.

a Nous vivrons des bestiaux qu nous saurons bien trouver et qui l'ont échappé, lui dirent les Micmaes. Munis-nous de fusils, de plomb et de poudre, et laisse-nous faire la petite guerre. »

« Boishébert leur tint alors de si tristes propos, qu'ils concertérent entre eux de revenir à la mission, qui n’est qu'à huit lieues de là, mais auparavant d'envoyer ceux d’entre eux qui étaient armés à la découverte du côté de Gabarus, de Laurembec et dans le grand chemin de Miré. »

Les deux premières bandes trouvérent les Anglais si bien gardés, qu’elles ne purent faire coup; mais celle qui avait pris le chemin de Miré à Louisbourg, au nombre de trente-deux hommes, auxquels s'étaient adjoints vingt-cinq Acadiens, surprit un détachement de six cents Anglais marchant à la découverte. Elle s’était

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rangée de chaque côté d'un impénétrable taillis, les avait attendus au passage et mis en fuite en faisant sur eux une décharge qui leur avail Lué cinq hommes et blessé plusieurs autres. Les Anglais, qui appréhendaient les sauvages plus que la foudre, raconte l'abbé Maillard, s'étaient crus traqués par une armée de ces barbares et avaient été pris d'une panique irrépressible. Les Micmacs et les Acadiens s'étaient alors mis à leur poursuite et avaient fait trois prisonniers, dont un sergent, de qui ils lirèrent lous les renseignements qu'ils voulurent. Ce coup de main, rendu inutile par la lâcheté de Boishébert, servit du moins à démontrer ce qu'il aurait pu faire s'il avait voulu profiter du courage et de la bonne volonté de ses troupes.

Le jour mème que Drucour avait expédié un message à l'abbé Maillard, il avait dépèché au marquis de Vaudreuil la frégate Z'Écho, qui avait réussi à sortir du port à la faveur d'une brume épaisse, sans toutelois échapper à la vigilance des vigies anglaises. Deux des meilleurs voiliers de l'amiral Boscawen, le Scarborough et la Junon, lui donnérent la chasse, l'alteignirent et vinrent triomphalement passer devant Louisbourg avec leur prise, pavoisée des couleurs britanniques.

Amherst s'était enfin décidé à ouvrir la tranchée : 1 lui avait fallu plus de temps pour s’y mettre que n’en avait pris Montcalm pour débarquer devant le fort George, l'assiéger et le prendre. Dans la journée du 17, on l'avait vu parcourir à cheval, en compagnie de l'ingénieur en chef, le colonel Bastide, et de deux autres officiers, les environs de la ville pour déterminer l'emplacement d'une première parallèle. Le havre de Louisbourg s'étend à une assez grande distance à l'ouest du site où était la ville; il forme à son extrémité, par le prolongement d'une langue de sable, une espèce de lac appelé Barachois, Tout auprès s'élève un monticule connu sous le nom de | !auteur-Verte, que les Anglais traduisirent par celui de Green Hill. Cette collin, distante d'environ un kilomètre des remparts, fut choisie comme point d'appui pour tracer une parallèle dans la plaine marécageuse, couverte de mousse, de nénuphars et de jones, qui se prolonge à l’est et au sud. Un épaulement construit de fascines, de gahions et de terre, baut de neuf pieds, large de soixante, sur une longueur de quinze cents pieds, fut élevé afin de protéger les travailleurs.

Durant le cours de ces ouvrages, faits en grande partie pendant la nuit et les heures de brume, Wolfe, toujours de l'autre côté de la rade, avait augmenté ses balleries de grosses pièces el recommencé contre l'ile de l'Entrée et la flotte un feu destructeur qui dura nuit et jour, jusqu’à ce que la batterie de l'ile fût réduite au silence. Toutes les pièces avaient été démontées, les parapets démolis; les murailles ne présentaient plus qu'un amas de ruines. La flotte, gravement endommagée, avait été forcée de lever l'ancre et de se rapprocher de la ville, malgré les protestations et le murmure général de la garnison, qui déjà avait accusé de pusillanimité le commandant Desgouttes et ses principaux officiers, parce qu'après la descente des Anglais ils avaient manifesté lintention de reprendre la mer pour éviter la destruction de leurs vaisseaux. La rade de Louisbourg se trouvait désormais ouverte à la

flotte anglaise. IT ne restait plus qu'une dernière ressource pour larrèter : e’était

de couler des vaisseaux dans l'étroite passe qui relie le bassin à l'Océan, Drucour

profita de quelques heures de brume pour y faire amener quatre frégates : l’Apollon,

la Fidèle, la Chèvre et la Biche, qu'il fit couler bas au milieu du chenal, après

avoir lié ensemble leurs mâts coupés à fleur d'eau. Le lendemain, il y fit également

194 MONTCOALM ET LEVIS

couler la Diane et le navire la Ville de Saint-Malo, ce qui réduisit la flotte française enfermée dans la rade à cinq vaisseaux de ligne et une frégate.

L'intrépide commandant de l'Aréthuse, Vauquelin, était venu s'emhosser d, plusieurs jours prés du Barachois, d'où il entretenait un feu meurtrier sur les assiégeants, [1 leur tuait beaucoup de monde en croisant ses feux avec ceux de la place, et détruisait chaque jour une grande partie des travaux qu'ils avaient faits pendant la nuit.

Drucour essaya de tirer parti de la forte position occupée par l'Aréthuse en faisant une sortie dans la matinée du 4er juillet. H's'avancça le long du Barachois et soutint un combat acharné avec linfanterie légère, accourue en nombre supérieur sous les ordres de Wolle, qui finit par le ramener sous les murs de la ville. Wolfe, dont le coup d'œil militaire était rarement en défaut, comprit tout l'avantage qu'il pouvait tirer du moment de confusion qui s'ensuivit et de l'ardeur qu'il venait de communiquer à ses troupes, [ revint en hâte sur ses pas, tourna la pointe du Barachois et s'empara, à son extrémité nord, d’une éminence qui commande la rade et la ville, En quelques jours il y construisit une redoute et une batterie qui forcérent l'Aréthuse à abandonner sa position et lancèrent sur la ville et les vaisseaux un feu plongeant qui donna une supériorité définitive aux assiégeants. [ls allaient en prendre

une bien plus grande les jours suivants, en démasquant au sud-est de la ville de nouvelles batteries de canons et de mortiers, dont Wolfe avait surveillé l'érection, qui baltirent en brèche les deux bastions du sud, ceux de la Reine et de la Princesse, et jetèrent une pluie de bombes dans l'intérieur des murs. Le courage des assiégés n’était cependant pas encore ébranlé ; il était soutenu par l’héroïsme du gouverneur el de sa femme, non moins brave que son mari, Mme de Drucour, digne émule de Mile de Verchères, donnait l'exemple de l'intrépidité à la garnison en paraissant chaque jour sur les remparts et tirant de sa propre main plusieurs coups de canon.

Durant la nuit du 9 juillet, un détachement d’un millier de soldats sortit de Louisbourg par les portes de l’est et du sud, et, favorisé par l'obscurité augmentée le brouillards, longea la falaise entre le cap Noir et la Pointe-Blanche, s’approcha , sans ètre aperçu, de la redoute érigée près des batteries ennemies, et surprit les sentinelles. La redoute fut sur le point d’être emportée. Lord Dundonald, qui y commandait, fut tuë avec plusieurs des siens; un plus grand nombre furent blessés et quelques-uns faits prisonniers, entre autres le capitaine Bontein, du corps des ingénieurs, et le lieutenant Tew. Les Anglais, avertis par le bruit du combat, amenérent des forces écrasantes qui obligérent les Français à la retraite. Ils la firent en bon ordre, emmenant leurs blessés et leurs prisonniers. Ils avaient perdu une vingtaine d'hommes, parmi lesquels un brave officier, le capitaine Chauvelin, sans compter plusieurs blessés et cinq prisonniers.

Dans la nuit du 11 juillet, une grande lumière, reconnue pour un signal, illumina la forêt qui bordait l'horizon du côté de la route de Miré. C'était, en effet, Doishébert qui annonçait son approche. Honteux du succès obtenu par une cinquantaine d’Acadiens et de sauvages, il avait rougi de son inaction et s’élait porté en avant avec deux ou trois cents hommes. Cette tentative, qui au mois précédent aurait peut-être pu sauver Louisbourg, était dérisoire en ce moment; car les assiégés étaient enfermés dans les murs de la ville, dont les brèches béantes allaient bientôt

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être prêtes pour l'assaut. Les Anglais, qui avaient aperçu le signal de Boishébert, se pe rent à sa rencontre avec des forces supérieures, et dispersérent sa troupe 4. une légère escarmouche,

L'abandon du Barachois avait réduit à l'inaction, où du moins à peu d'utilité pour la place, l’Aréthuse, comme le reste de la flotte, dont la perte était certaine depuis que le sort de Louishourg était fixé. La plupart des officiers et des matelots débarqués à terre se battaient vaillamment à côté de la garnison, dans la seule espérance de retarder de quelques jours la capitulation. Vauquelin, incapable de rester inactif, proposa au commandant Desgouttes un coup d’audace dont le suceës pouvait sauver l'Arétuse, Durant la nuit du 15, il déploya ses voiles par une brume intense, se lança à travers la barre de chaines et de mâtures qui fermait l'entrée du port, la franchit heureusement et prit la route de France. Il n'avait cependant pu échapper à l'œil perçant des vigies anglaises, Sir Charles Hardy mit à sa poursuite plusieurs de ses vaisseaux; mais l'audacieux Vauquelin, aussi habile pilote que vaillant soldat, couvrit de toile sa fine voilitre et devança ses ennemis. On apprit plus tard qu'il était rentré sain et sauf dans le port de Brest.

Plusieurs lois, durant le siège, il y eut des échanges de courtoisie entre les deux chefs ennemis. Le chevalier de Drucour fit un jour cesser le feu et déployer le drapeau parlementaire sur les remparts. Le général Amherst, de son côté, fit suspendre la canonnade et vit venir un officier français qui lui remit une lettre dans laquelle le gouverneur, après les compliments d'usage, lui disait qu'il ÿ avait dans Louisbourg un chirurgien d’une rare habileté, dont les services étaient à la disposition de tout officier anglais qui le demanderait, En retour, Amherst lui envoya des lettres et des messages pour les parents et les amis de quelques ofliciers prisonniers dans son camp; il y joignit ses compliments pour Mme de Drucour, en lui exprimant son regret de la voir exposée aux horreurs d’un siège, el en accompagnant si lettre d’un superbe cadeau d’ananas, récemment apportés des Antilles. Mme de Drucour s'empressa de reconnaitre cette politesse par lenvoi d’un panier de champagne. Une heure après ces échanges d’amitiés, le canon grondait tout le long des deux lignes ennemies, qui échangeaient des boulets et des bombes.

Les Anglais, désormais sûrs de la chute prochaine de Louisbourg, poussaient leurs travaux avec une ardeur extrème. Chaque jour était marqué par un nouveau progrès, malgré la pluie de projectiles que jetaient les Français dans leurs tranchées. Quelques-unes de leurs batteries n'étaient plus qu’à cinq cents verges de la porte de l’ouest. A cette courte distance, le service des pièces devenait très difficile, à cause de la multitude de francs-lireurs que Drucour entretenait en avant des glacis, et qui, cachés dans les plis du terrain ou dans des trous pratiqués en terre, visaient sans cesse et souvent abattaient les canonniers sur leurs pièces. Wolfe résolut de les déloger, et le 16, à la tombée de la nuit, il s’élança dans la plaine ouverte avec un fort détachement et les rejeta dans les fossés. IT courut de là s'emparer du coteau nommé la Hauteur-de-la-Potence, qui n'était qu'à trois cents verges du bastion du Dauphin. Favorisé par la nuit qui s’'avançait et par l'abri naturel qu’offrait le coteau, il commença à sy retrancher et s’y maintint, malgré la grèle de fer et de plomb lancée des remparts. Toute une nuée de sapeurs l'avaient suivi et eurent bientôt ouvert une deuxième parallèle aux clartés intermittentes du canon et de la mousqueterie. Au jour, ils étaient à couvert et assistés de nouvelles escouades de tra-

vailleurs, qui terminèrent en quelques jours une tranchée de six cents verges de longueur avec ses bovaux de communication. Les pièces de gros calibre dont elle fut armée commencèrent à tonner contre les fortifications avec un eYet effroyable, abattant des pans entiers de murailles et ruinant les battsries. Au reste, ces fortifications étaient tellement mauvaises, que la seule commotion produite par le canon de leurs batteries les faisait crouler. Les Anglais eux-mêmes s'en étaient aperçus dés les premiers jours du siège. Leur feu devenait de jour en jour plus chaud sur toute la ligne de leurs batteries, landis que celui des Français, dont la plupart des canons étaient démontés, se faisait plus rare.

Le 21, une troisième parallèle fut commencée à l'extrémité est de la seconde et poussée obliquement vers la rade jusqu’à deux cents verges des remparts. Un des boyaux de Pextrème gauche arrivait même à cent verges de la porte de l’ouest, d'où les Français entendaient distinctement le bruit des pics et des pioches durant les intervalles des détonations.

On était à la fin de cette journée, une des plus rudes du siège. Le soleil venait de se coucher derrière les cimes vertes de l'ile. Assiésés comme assiégeants, aceablés de fatigue, laissaient tomber leurs instruments de travail et dérougir leurs pièces pour respirer la brise fraiche qui montait de la mer, lorsque tout à coup une délonation épouvantable fit trembler x forteresse et tout le rivage; un immense jet de flammes monta du milieu des vaisseaux français ancrés dans le port : c'était le Célèbre, sur lequel venait de tomber une des dernières bombes qui avait mis le feu à la soute aux poudres. L'explosion avait fait voler en éclats ses œuvres mortes el jeté une si grande quantité de débris enflammés sur l'Entreprenant et le Capricieur, mouillés auprès, qu'en un instant leurs cordages et leurs voiles furent en feu du haut en bas de leurs mäâtures, et que, malgré les efforts inouis du petit nombre d'hommes restés à bord, il fut impossible de l'éteindre, d'autant plus que les Anglais ouvrirent un feu à boulets rouges sur les trois vaisseaux pour entretenir incendie, Pendant la nuit entière, le triple brasier répandit ses sinistres lueurs sur toute la rade, et ce fut à grand’peine que les marins purent sauver les deux seuls vaisseaux restés intacts dans le port, le Prudent et le Bien-

faisant : car les canons chargés des navires en feu lançaient des boulets de tous côtés, à mesure que l'incendie les atteignait. Le vent, qui soufflait de l’est, activé par ce vaste fover de flammes, les fit dériver jusqu'au Barachois, où leurs carcasses brûlaient encore au lever du soleil, Du haut des remparts, les citoyens de Louisbourg avaient suivi d’un œil consterné les progrès de ce désastre, qui leur présa-

geait la ruine finale.

La garnison continua cependant de faire vaillamment son devoir, encouragée par Drucour et ses officiers, qui avaient à cœur de prolonger le siège jusqu’à la dernière extrémité, afin de sauver, sinon Louisbourg, du moins le Canada pour cette année: car, le mois de juillet passé, la sauson serait trop avancée pour que la flotte anglaise risquât une attaque contre Québec.

Du côté du cap Noir, les tirailieurs français tenaient encore la campagne; mais, à l'ouest, les Anglais avaient fini par se fraver une voie jusqu’au pied des glacis, d’où ils faisaient le coup de feu sur tout ce qui paraissait dans le eliemin couvert.

Une autre catastrophe suivit de près celle de la flotte. Le matin du 22, pendant que les coques des trois vaisseaux achevaient de se consumer, une bombe tomba

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