‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 45 sur 86 · ÉTAT DÉSESPÉRÉ DE LA COLONIE · texte numérisé non relu

ÉTAT DÉSESPÉRÉ DE LA COLONIE

Le fort de Frontenac était sous le commandement de M. de Noyan, gentilhomme de Normandie, âgé et infirme, mais conservant dans sa vieillesse toute son énergie et sa liberté d'esprit, capable de faire honneur à un poste qu'on lui donnerait à défendre avec des forces suffisantes

Averti par le chef iroquois de la Présentation que le puissant corps d’armée du licutenant-colonel Bradstreet n'était plus qu’à quelques jours de Frontenac, il dépêcha courrier sur courrier à M. de Vaudreuil pour lui demander du secours. L'alarme à Montréal fut alors aussi grande qu'elle avait été tardive. On baltit la générale et on ordonna une levée de quinze cents hommes de milice, dont le commandement fut confié à M. Duplessis-Fabert, major de la ville.

Bradstreet, qui était en marche sur Frontenac, avoit médilé celte revanche pendant la déroute de l’armée anglaise après la journée de Carillon. Get oflicier, qui tenait du major logers pour la hardiesse, avait déjà soumis ce projet à lord Loudon, qui l'avait accepté, puis à Abercromby, qui, malgré les instances de lord Ilowe, l'avait ajourné. Bradstreet prolila du moment où ce général dévorait en silence la honte de sa défaite à la tête du lac George pour relever par celle entreprise le moral de l'armée. Il en montra lopportunité plus grande que jamais, par le fait, reconnu de tous les éclaireurs, que les milices canadiennes accouraient en masse au secours de Montcalm. Frontenac, dont les fortifications ne valaient rien, ne devait renfermer en ce moment qu’un petit nombre de défenseurs. Le conseil de guerre réussit à vaincre l’opposition d’Abercromby, et Bradstrect partit avec trois mille hommes, la plupart miliciens, et quarante-deux sauvages conduits par Tète- Rouge, chef onontagué, Il remonta la rivière Mohawk, et le 21 août ses tentes étaient dressées dans le même désert morne et désolé de Chouaguen, où peu de jours auparavant M. de Longueuil avait replié les siennes en prenant congé d’une ambassade iroquoise.

La flottille de bateaux et de berges longea, sans rencontrer un seul ennemi, la rive sud du lac Ontario, et vint aborder le 25 dans la baie de Cataracoui, à moins d’un mille du fort Frontenac. Ce fort, bâti autrefois par le comte de Frontenac, qui lui avait donné son nom, n’était qu'une misérable bicoque formée de quatre bastions carrés, armés de quelques canons et reliés par des courtines de cent vingt pieds chacune, percées de meurtrières. Les murs, qui en étaient vieux et ruinés, n’élaient protégés ni par des fossés ni par des palissades,

Lors de son expédition contre Chouaguen, le fort Frontenac avait servi de base d'opérations à Montcalm, qui avait fait élever sous la protection du canon des remparts un camp retranché donnant sur le lac. Ce camp retranché existait encore ; mais il était plus nuisible qu’utile, faute de troupes pour le défendre. La garnison

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