‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 47 sur 86 · PR PEN RTE RE PRE LOI SAIT RUE, APT PEN · texte numérisé non relu

PR PEN RTE RE PRE LOI SAIT RUE, APT PEN

« Ces événements, remarque le capitaine Pouchot, doivent paraitre extraordinaires; mais on en concevra la possibilité si on considère que les Anglais ne se portaient on avant qu’en tremblant; que, lorsqu'ils étaient attaqués, ils ne pouvaient presque pas juger du nombre de leurs ennemis, parce que nos gens étaient toujours dispersés et cachés derrière les arbres. Les Anglais, au contraire, n’osant S’éparpiller dans un pays inconnu, demeurant toujours en corps, étaient écrasés par le peu d’hommes qui tiraient très juste. »

Les deux expéditions de Grant et d’Aubry donnent la mesure des qualités respectives des deux armées. Grant, avec huit cents hommes des meilleures troupes anglaises, est abimé et mis en complète déroute devant le fort Duquesne; Aubry, avec six cents Canadiens et deux cents sauvages, va bloquer Lovalhannon, défendu par des forces écrasantes, tue ou enlève une grande quantité d'animaux et se retire triomphant sans être entamé ni poursuivi.

Forbes venait «iors de convoquer à Easton, de concert avec le gouverneur de la Pensylvanie, William Denny, un grand conseil des sauvages, auquel assistaient les délégués des Cinq-Nations, d’une partie des Loups où Mohicans et de plusieurs autres tribus. Le dépioiement des forces que le général poussait devant lui avait produit son effet sur l'imagination des Indiens, qui, rôdant sans cesse du fort Duquesne au camp anglais, se rendaient plus que jamais compte de la faiblesse des Français et sacrifiaient leurs sympathies à leurs intérêts. Durant ies séances interminables du conseil, il v eut force discours, force protestations d'amitié, acceptation de branches de porcelaine.

Les craintes qu'avait exprimées Vandreuil au ministre! peu de temps auparavant s'étaient réalisées. Le général Forbes avait attendu, pour paraitre devant le fort Duquesne, que les sauvages, ennuyés d’un trop long séjour. s’en fussent retirés.

Les vivres et les munitions, seuls moyens de les retenir, avaient commencé à manquer depuis la prise de Frontenac. Le brave capitaine Aubry venait lui aussi de repartir avec son convoi pour les Illinois.

M. des Ligneris, qui n'avait d’autre défaut que celui de s’enivrer quelquefois, s'était montré aussi actif qu'intrépide. Mais que pouvait-il maintenant avec les trois où quatre cents soldats qui lui restaient contre une armée de six à sept mille hommes, munie d’une puissante artillerie?

Le soir du 1% décembre, la petite garniscau du fort Duquésne, entassée sur des bateaux et des canots d’écorce, remontait la Belle-Rivière, gonflée par des pluies torrentielles. Au-dessus de la flottille passaient des bandes de gibier d’automne, jetant par intervalles leurs cris stridents aux cimes des deux rives tachetées de blanc par les premières neiges. Tout à coup d’épouvantables détonations firent trembler les échos. Des Ligneris avait chargé, en partant, M. de Corbière de mettre le feu à toutes les constructions et de faire sauter le fort, puis de venir le rejoindre par terre. Il fit rebrousser chemin à l’un de ses canots pour s'assurer que l’œuvre de destruction avait été bien accomplie. Son dessein était d’hiverner au fort Machault, en échelonnant ses troupes sur la ligne des forts qui reliaient ce poste avec Niagara.

L'avant-garde de Forbes, qui n’était guère qu’à trois lieues de Duquesne, entendit distinctement les coups de tonnerre des mines. Les éclaireurs indiens vinrent avertir

Vaudreuil à M, de Massiae, ministre de la marine, 15 octobre 175$.

ce général que le fort était abandonné et incendié, et que des nuages de fumée floltaient au-dessus du promontoire. Telle était la terreur qu'inspirait encore le souvenir de la défaite de Braddock et celle de Grant, que le général n'en voulut rien dire à l’armée et continua sa marche avec un redoublement de circonspection. Le soir, la tête de la colonne, composée des miliciens, ’engagea dans la trouée ouverte dans la forêt par où Grant avait opéré sa retraite quelques semaines auparavant. Les soldats furent saisis d'horreur à la vue du spectacle qui s’offrit à leurs veux. Des cadavres restés sans sépulture, à demi dévorés par les bêtes sauvages, jonchaient le sol. De chaque côté du chemin, des bâtons dépouillés de leur écorce étaient fixés en terre, et sur chacun d’eux les sauvages, en dérision des Écossais, qu'ils avaient surnommés les guerriers en jupes, avaient planté des têtes scalpées de montagnards avec leurs kilts autour du cou. Les provinciaux, par égard pour les Higlanders, ne voulurent pas murmurer trop haut; mais quand ceux-ci aperçurent les horribles trophées, restes de leurs compatriotes, une explosion de rage partit de leurs rangs. Jetant leurs fusils et brandissant leurs claymores, ils bondirent en avant, ressemblant moins à des hommes, dit le capitaine Craighead, qu’à « des sangliers enragés » traqués par des chasseurs, et jurant d’égorger tous les Francais et tous les sauvages qu’ils rencontreraient. L'armée doubla le pas pour échapper à cette affreuse vue, el déboucha dans l’éclaircie au delà de laquelle fumaient encore les ruines de ce qui avait été le fort Duquesne. Quelques Indiens fouillant parmi les décombres étaient les seuls êtres animés sur ce coin de terre que les Anglais avaient eu tant de peine à conquérir.

M. des Ligneris s'était bien donné garde Ge renouveler la faute commise par M. de Noyan à Frontenac, en laissant quoi que ce fût derrière lui qui püt servir à l'ennemi : il avait distribué aux sauvages tous les vivres et toutes les munitions qu'il n'avait pu emporter.

Le général Forbes avait épuisé le reste de ses forces dans cette expédition. I ne s’arrêla que deux jours au fort Duquesne pour donner ses derniers ordres et confier les deux cents hommes de garnison qu’il y laissait au commandement du lieutenantcolonel Mercer. Toujours étendu dans sa litière portée entre deux chevaux, il reprit péniblement la route de Philadelphie, où il languit tout l'hiver et mourut dans les premiers jours du printemps. Sa conquète n'avait pas été plus brillante que ‘celle de Bradstreet; mais elle avait porté un coup pius décisif, en ralliant à la cause britannique les tribus sauvages. Depuis l’origine de la guerre, le fort Duquesne avait été Pépine la plus cruelle dans le flanc des colonies.

Quand Forbes l’eut arrachée, un immense sovnir de soulagement partit des bords de l'Hudson et se répéta jusqu'aux sources du Roanoke. Le nom de Forbes, rendu plus cher par une fin prématurée, fut béni dans toutes les familles et n’a pas été oublié.

La campagne de 1758 se termina avec la journée du 25 novembre. La petite armée française s'était noblement défendue sur toute la ligne des frontières, depuis Louisbourg jusqu’à Duquesne ; mais, écrasée par le nombre, elle avait été enfoncée sur les deux ailes: le centre seul avait résisté par un prodige de bravoure et un bonheur inespéré. Les trois portes par où l'Angleterre pouvait pénétrer au Canada Wen étaient pas moins ouvertes. Les petits forts de Carillon et de Niagara, abandonnés à eux-mêmes, ne pouvaient qu’arrêter quelques jours les masses qui allaient

EE 2 1 Rob ere me mi as LE

FRDOSE ES

| d EE ( :

Page 1