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Monteahn avait repris ses assiduités au salon de Me de Beaubassin. pérait ne fut pas ensemencé; celte année-ci, il y en aura moitié. Les bœuls à la charrue enlevés; quatre à cinq cents quarts de bœuf qu’on sale pour attendre le lard de uvoir | France.
« La colonie est perdue si la paix n'arrive pas. Je ne vois rien qui puisse la sauver, Ceux qui la gouvernent ont de furieux reproches à se faire ; pour moi, je n’en ai point à me faire; j'attends avee bien de l'impatience les nouvelles de notre
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d'elle patrie; Dieu veuille qu’elles soient satisfaisantes !
mnail « Nous avons eu hier un bal, mardi le dernier; et ne croyez pas que je m'amuse beaucoup. »
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Les derniers bruits de fêtes échappés du palais de lintendant ne ‘éteignirent qu'au bruit du canon. Cette société insenste, qui jusqu'aux derniers moments avait
jeté un insolent défi à la misère publique, allait avoir un terrible réveil. Elle était restée aussi sourde aux lecons des événements qu'aux avertissements de l’Église. L'évêque de Québec l'avait dénoncée par des mandements si énergiques, qu’ils 1 avaient soulevé des protestations. Dans celui de cette année il empruntait des accents prophétiques :
« Ce qui doit nous faire craindre, disait-il, ce sont les divertissements profanes auxquels on s'est livré avec plus de fureur que jamais; ce sont les excès intolérables | | dans les jeux de hasard, ces déguisements impies en dérision ou, pour mieux dire, [a | en haine de la religion; ce sont les crimes plus que jamais multipliés dans le cours de cet hiver. Voilà ce qui nous oblige à tout craindre et à vous annoncer que Dieu lui-même est irrité; que sa main est levée pour nous frapper, et qu’en effet nous le méritons. Oui, nous le disons à la face des autels et dans l’amertume de notre cœur, ce n’est pas le nombre de nos ennemis, ce ne sont pas leurs efforts
il | qui nous elfrayent et qui nous font envisager les plus grands malheurs, tant À | pour l’État que pour la religion. Voilà la dix-Paitième année révolue que le Seil | gneur nous à appelé, quoique indigne, à la conduite de ce vaste diocèse. Nous | vous avons vus avec douleur souffrir souvent de la famine et de la maladie et ; presque toujours en guerre; mais cette année nous parait à tous égards la plus ù ni | triste et la plus déplorable, parce que, en effet, vous êtes plus criminels. Avait-on É De! jamais entendu parler de tant de rapines honteuses? Avait-on vu dans cette colonie k FOUR des maisons consacrées, pour ainsi dire, publiquement au crime Avait-on vu tant à l jo ja d'abominations? Dans tous les États la contagion est presque générale !. » à n | (à NX Mur de Pontbriand ne tarda pas à voir fondre sur son diocèse les fléaux qu'il P He ‘A LDE AL avait prévus, et il en mourut de chagrin. 4 ÿ | Après le départ de Bougainville, toute la population, dont le sort dépendait JL de son voyage, l'avait Suivi en imagination, se demandant avec anxiété “il éviterait h les croisières anglaises et parviendrait en France, Son vaisseau faillit périr avant : À ) il de prendre la haute mer el essuya une <uecession de tempêtes qui le mirent plu- :Qll l sieurs fois à deux doigts de sa perte. Bougainville ne “imaginait pas devenir le grand navigateur connu du monde entier quand il écrivait :
€ Oh! qu'Horace avait raison de dire : Z4i robur et æs tripler, circa pectus erat… de serais bien tenté de pardonner à Énée les larmes qu'il verse dans les tempêtes. Un héros peut bien l'être et avoir peur de <e noyer... 0 trois et quatre fois heureux le jardinier qui plante ses choux! car il à toujours un pied à terre, [ll | et l’autre n'en est éloigné que du fer d’une bèche.
« Le vendredi (ke décembre), l'équipage fit un vœu et se cotisa pour une messe solennelle à l’arrivée de la première terre, afin d'obtenir changement de temps. Qu'on juge, par cette démarche de cette gent indévote, combien notre situation étail mauvaise. »
Une dernière tempête fut sur le point de briser le vaisseau sur les côtes de France.
3 Mandement du is avril 1359, Montcalm se sentit piqué à la lecture de ce mandement, « Le saint | évèque de Québec vient de donner un mandement pour ordonner des priéres publiques et demander à Dieu H notre conversion. Le saint évêque aurait dû se dispenser d'y parler des masrarades indécentes qu'il prétend | ni ;
y avoir eu cet hiver à Québec, I aurait dû aussi entrer en moins de détails sur le danger où est la colonie. » (Journal de Montealn.
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« L’équipage, dit-il, voua d'aller processionnellement nu-pieds et en chemise entendre la messe déjà promise... à la première terre où le vaisseau aborderait!. »
On aperçut les côtes de France en face du port d'Ouessant. Le 22 décembre, deux jours après son arrivée à Paris, Bougainville écrivit à la marquise de Saint- Véran :
« Madame, M. le marquis de Montcalm, duquel je me suis séparé le 20 octobre, jouissait d’une très bonne santé... Dans ce moment où je ne me reconnais pas encore, je n’ai que le temps de vous faire part de l’extrème joie que j'ai de voir que tout le monde (et j'en ai déjà vu beaucoup, et à la cour et à la ville) rend justice à monsieur votre fils. Il est ici aimé, respecté; il étonne mème. Que je le voudrais à portée de jouir lui-même ici de sa réputation et de ses succès !.., Je vais aujourd’hui m’établir à Versailles. dy suivrai tout ce dont M. le marquis de Montcalm m'a chargé, et j'aurai honneur de vous instruire de tout aussitôt que je l'aurai. »
Le 16 janvier, il ajoutait :
« Depuis le moment de mon arrivée je n'ai pas quitté Versailles, et j'y ai suivi avec toute la chaleur et la patience dont jai été capable les affaires tant publiques que particulières dont mes généraux n'ont chargé. »
Bougainville déploya tout le zèle dont il se targuait; mais il fut complètement berné à la cour, et il devait l'être avec les dispositions d'esprit qu'il ÿ apportait. Au lieu d’un émissaire passionné et partisan comme lui, il aurait fallu un homme froid et impartial comme Lévis; ou du moins, puisque Lévis était indispensable au Canada, un homme de sa trempe, qui se fût mis au-dessus des querelles de partis pour r’envisager que le bien général. Bougainville songea avant tout à se faire l'avocat de l'armée au détriment de la colonie. commenca par épouvanter la cour par l'exposé des dépenses et des concussions trop réelles qui s'y faisaient. La cour, qui ne cherchait qu'un prétexte pour abandonner le Canada, saisit avidement celui-ci. Qu'étaient-ce cependant que les dépenses? Qu'était-ce même que le péculat, quand il s'agissait de garder à la France un continent? Le budget de Me de Pompadour était à lui seul plus considérable que celui du Canada ?,
Bougainville avait soumis aux ministres un exposé clair et concis, résumant les différents mémoires que Montcalm lavait chargé de présenter. IF faisait d’abord un parallèle entre les forces des deux parties belligérantes : d’un côté les Anglais, avec plus de trois cent cinquante lieues de côtes ouvertes aux secours d'Europe, allaient avoir sous les armes, au printemps, soixante à quatre-vingt mille hommes, dont vingt à trente mille de la vicille Angleterre, tous abondamment pourvus de munitions de bouche et de guerre; de l'autre les Français, à peine accessibles par le Saint-Laurent, « avec trois mille quatre cents soldats de la ligne, douze cents de li marine, et au plus cinq à six mille miliciens » manquant de lout, mème de poudre, «au point que si les Anglais viennent à Québec, on n’a pas de quoi lirer du canon six jours. »
1 Bougainville, Journal de navigation de Québec en Franre.
2 Sion y comprend surtout ee qu'a coûté sa politique, L'Angleterre n'hésitu pas à dépenser deux milliards de franes (quatre-vingt millions sterling) pour lavquisition du Canada, (Leltre de lord Chesterfield, Ya novembre 1762.) I faut ajouter à ce chitlre les dépenses faites pour le méme objet par chacune des colonies anglaises,