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Dans la seconde partie du mémoire, il exposait les besoins les plus impérieux pour continuer la guerre, recommandait l’incorporation de la milice dans l’armée régulière, et demandait au moins quinze cents hommes de recrues, en y comprenant des ingénieurs, des canonniers et des armuriers, avec autant de vivres et de munitions que possible. Enfin il suggérait, en prévision de l’abandon du Canada, un plan de retraite sur la Louisiane, pour conserver au moins un pied à terre en Amérique !.
On répondit à ces demandes par des éloges et des compliments aux braves soldats du Canada. On prodigua les grades et de stériles honneurs. Bougainville eut des audiences du roi. Il se mit aux pieds de Mme de Pompadour; mais il n’obtint aucun secours efficace.
Le ministre Berryer, ennuyé de ses sollicitations, lui adressa un jour cette incroyable boutade :
« Monsieur, quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas des écuries.
— On ne dira pas, du moins, que vous parlez comme un cheval, » répondit cavalièrement Bougainville.
Montcalm fut élevé au grade de lieutenant général avec de beaux appointements, et décoré du cordon rouge ; Vaudreuil fut nommé grand-croix de Saint- Louis; Lévis, maréchal de camp; Bourlamaque et Senezergues, brigadiers; Bougainville, colonel et chevalier de Saint-Louis, & On ne sait, disent les Mémoires sur le Canada, ce qui mérita au sieur de Bougainville le grade de colonel; ear il ne fit aucune action de remarque. On attribua son avancement à la faveur de Mme de Pompadour, ce qui tint lieu de mérite. »
La cour distribua beaucoup d’autres « grâces », fit un grand nomure de promolions; mais elle oublia d'envoyer du pain aux colons affamés. On annonça un envoi de vingt-cinq mille quarts de farine et d'autant de lard; mais tout se réduisit à six mille quarts; le reste était pour le compte de la Société. « Pour toutes troupes, on expédia trois cents hommes de recrues, quatre ingénieurs, vingt-quatre caronniers, ouvriers et armuriers, avec des armes et des munitions pour la campagne?. »
Bougainville, grisé par les honneurs qu'il avait reçus, quitta Paris avec Pilusion d’un beau succès. De Blaye, où il s'était arrêté en se rendant à Bordeaux, il écrivit à Montcalm une lettre confidentielle chiffrée, où il lui annonçait le résultat de sa mission : € L'incorporation de la milice approuvée et recommandée, retraite à la Louisiane admirée, non acceptée... La magie des sauvages, leur caractère, celui des Canadiens, les âneries, jalousies, intérêts, friponneries bien développées. La cour furieuse de la dépense. Lettre forte à M. Bigot. M. Péan déconcerté#, M. Vaudreuil, connu sans talents, sera soutenu par la marine,
€ Baltez-vous jusqu’à extinction; mais, si vous ne perdez pas tout, prétendez à out; vous êtes l’homme du jour... Dorcil, arrivé un mois après moi, tout étant fini, est toujours le même, à eu la croix de Saint-Louis.
«Le roi nul; Mme la marquise loute-puissante, premier ministre. On lui avait dit que vous éliez trop vif, j'ai détruit l'impression; à toutes bontés pour moi,
« Toujours à la cour, j'ai peu vu les gens de Paris... Enfin ne perdez pas tout,
l Collet. Lévis, — Bougainville, Mémoires à la cour, 42 janvier 1759,
2 Lettres de la cour de Versailles, Bougainrille à Montealne, p.112, Le chevalier Péan avait passé en France l'automne précédent,
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et vous serez tout. Vous n’avez ni ennemi, ni même aucun jaloux... Je vous nommerais toute la France, si je voulais nommer toutes les personnes qui vous aiment et vous veulent maréchal de France. Les petits enfants savent votre nom, et le Te Deum chanté pour l'affaire de Carillon doit vous faire plaisir el aux troupes, car le roi dit dans sa lettre : Mes braves soldats du Canada.
« Le roi, en me faisant le mème jour colonel et chevalier de Saint-Louis, a dit qu’il faisait là une chose extraordinaire, mais qu'il le faisait exprès. Vous portez bonheur à ce dont vous vous mêlez, »
Bougainville rédigea en même temps une autre lettre qui pouvait ètre communiquée au marquis de Vaudreuil.
Quant à son ami et son compagnon de jeux, M. Bigot, il aurait été rappelé immédiatement et mis en jugement, sans influence de M. de Puysieux et du maréchal d’Estrées, ses parents. M. Berrver envoya un commissaire, M. Querdisien- Trémais, examiner ses comptes, et lui écrivit : « On vous attribue directement d’avoir gêné le commerce dans le libre approvisionnement de la colonie. Le munitionnaire général s'est rendu maitre de tout, et donne à tout le prix qu'il veut. Vous avez vous-même fait acheter pour le compte du roi, de la deuxième et troisième main, ce que vous auriez pu vous procurer de la première, à moitié meilleur marché. Vous avez fait la fortune des personnes qui ont des relations avec vous, par les intérêts que vous avez fait prendre dans ces achats et dans ces entreprises. Vous avez Pétat le plus splendide et le plus grand jeu au milieu de la misère publique. Je vous prie de faire de très sérieuses réflexions sur la facon dont l'administration qui vous à été confiée a été conduite jusqu’à présent. Cela est plus important que peut-être vous ne le pensez... »
Le vaisseau du capitaine Canon, qui portait Bougainville et convoyait la flotte du munilionnaire, fit une assez courte traversée, échappa aux poursuiles des croiseurs anglais, mais fut retenu pendant dix-huit jours dans les brumes et les glaces du golfe. Avril, avec ses avalanches de pluie et de soleil, avec ses alternatives de giboulées et de chaudes effluves, avait gonflé toutes les rivières et amené la débâcle du Saint-Laurent, pendant que les vaisseaux, impatiemment attendus, remontaient lentement le cours du fleuve, Enfin, le 49 mai, ils jetèrent l’ancre dans la rade de Québec. La nouvelle S'en répandit en quelques jours jusqu'à Montréal et Carillon. C'était le premier événement de cette fameuse campagne de 1759, dont le dernier devait changer la face du continent américain.
€ Jamais joie ne fut plus générale, dit le capitaine de Foligné; elle ranima le cœur de tout un peuple, qui, penaant le cours d'un hiver des plus durs, avait été réduit à un quarteron de pain et une demi-livre de cheval, »
Dans quelles dispositions d'esprit Montcalm recut-il les messages de France? Il l'écrivaat à sa femme peu de jours auparavant. € L’ennui ne tue pas, et je le vois bien; ma santé à été médiocre cet hiver; quelquelois mon estomac, fluxion sur un œil, mais ce n'a élé que des mistres, de me fatte cependant de soutenir les faligues d'une campagne où il y aura travail d'esprit et travail de corps. Je voudrais avoir un grain de foi suffisant pour multiplier les hommes et les vivres, Cependant j'espère en Dieu; il a combattu pour moi le 8 juillet... Au reste, que sa volonté soit faite! Je mène ici une vie désagréable, je me ruine. Et incertain toujours si les nouvelles de France me consoleront, je les attends avec autant d’effroi que d’impa-
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tience. Etre huit mois sans en recevoir! Et qui sait si nous en recevrons beaucoup cette année? Ah! s'il m'arrive quelque récompeuse, et le triste avantage de figurer une ou deux fois par an dans les gazeltes, que je l'achète cher !... On ne peut l'aimer plus tendrement, mon cœur; et quand mon retour ?... Le moment où je vous reverrai sera le plus beau de ma vie. »
L'impassible Lévis ne laissait paraitre aucune de ces tristesses. L'extrémité du péril semblait, au contraire, le mettre en verve. C’est précisément à celte date qu’il priait sa grande amie et parente, la maréchale de Mirepoix, de lui choisir une lemme si cela lui plaisait, quoiqu'il eût, dit-il, peu de goût pour le mariage.
« J'ai appris avec un très grand plaisir que vous m’aviez fait accorder le grade de maréchal de camp, ce qui me met à portée de prétendre à tout; et je suis actuellement susceptible de plusieurs grâces, comme d'être lieutenant général, inspecteur, d’avoir un gouvernement et mème d’être fait cordon bleu; il y en a toujours eu dans ma famille, et malheureusement il n’y en avait plus. On pourrait bien s'aviser de me faire cordon rouge à la première occasion, sans que je le demande, Je vous supplie d'avance de prévenir les ministres que je n’en veux pas, parce que c’est comme une exclusion du cordon bleu. »
Au maréchal de Beile-lsle, Lévis annonçait avec une parfaite sûreté de coup d'œil :
« Quoiqu'il paraisse que nous allons être vivement allaqués, je ne crains pas que les ennemis puissent nous réduire dans une seule campagne. Nous devons tout attendre de la valeur des troupes, de la bonne volonté des Canadiens et de la bonne disposition où les sauvages sont à notre égard. Je vis dans la meilleure intelligence avec MM. es marquis de Vaudreuil et de Montcalm ; ils font l’un et l’autre cas de mes avis. Je pense qu'il faudra nous défendre pied à pied et nous battre jusqu’à extinction. »
Bougainville, en embrassant son général, espérait n’avoir à lui annoncer que des joies de famille; mais, au moment de son départ, il avait appris la mort d’une de ses filles. Laquelle? On n'avait pu le lui dire. « Je crois, écrivait le père désolé, que c’est la pauvre Miretle, qui me ressemblait et que j'aimais fort. »
Montcalm ne devait jamais éclaircir ce doute.
Le maréchal de Belle-lsle, dans la dépèche qu’il lui adressait, dissimulait mal son embarras en lui annonçant l'abandon de la France, que le petit nombre de troupes expédiées ne rendait que plus apparent.
« Outre, disait-il, qu'elles augmenteraient la disette des vivres, que vous n'avez que trop éprouvée jusqu'à présent, 1l serait fort à craindre qu'elles ne fussent interceplées par les Anglais dans le passage ; el comme ie roi ne pourrail jamais vous envoyer des secours proportionnés aux forces que les Anglais sont en état de vous opposer, les eflorts que l’on ferait ici pour vous en procurer n'auraient d'autre effet que d’exciter le ministère de Londres à en faire de plus considérables, pour conserver la supériorité qu'il s’est acquise dans ce continent. »
« Le rouge ne vous monte-t-il pas au front en lisant cette lettre, dit un écrivain français de nos jours, el croyez-vous qu'il ait pu se trouver, dans notre fier pays de France, un conseil de ministres pour la rédiger, un secrétaire d'État pour la signer |? »
1 X, Marmier, Lettres sur l'Amérique,
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« Quoique cette conduite déliât les Canadiens de la fidélité qu'ils devaient à la France, puisqu'elle reconnaissait elle-même la supériorité absolue des Anglais en Amérique, pas un cependant ne parla de rendre les armes; ils avaient encore du sang à verser et des sacrifices à faire pour celle ancienne patrie d’où sortaient leurs pères. S'il y eut des paroles de découragement, elles partirent plutôt du rang
: l’armée que des rangs des colons!. »
« Comme il faut s'attendre, continuait Belle-Isle dans sa dépèche, que tout l'eflort des Anglais va se porter sur le Canada, et qu’ils vous attaqueront par les différents côtés à la fois, il est nécessaire que vous borniez votre plan de défensive aux points les plus essentiels et les plus rapprochés, afin qu'étant rassemblés dans un plus petit espace de pays, vous soyez toujours à portée de vous entre-secourir, vous communiquer et vous soulenir.
« ILest de la dernière importance de conserver un pied dans le Canada, quelque médiocre qu’en soit l’espace que vous pourriez conserver ; car, si nous l’avions une fois perdu en entier, il serait impossible de le ravoir.
« C'est pour remplir cet objet que le roi compte sur votre zèle, votre courage et votre opiniâtreté, et que vous mettrez en œuvre toute votre industrie, et que
vous communiquerez les mêmes sentiments aux officiers principaux, et tous ensemble aux troupes qui sont sous vos ordres... J’ai répondu de vous au roi, et je suis bien assuré que vous ne me démentirez pas, et que pour le bien de l'Etat, la gloire de
la nation et votre propre conservalion vous vous porterez aux plus grandes extrémités plutôt que de jamais subir des conditions aussi honteuses qu'on à faites à Louisbourg, dont vous effacerez le souvenir. La confiance du roi est entière dans votre personne et loutes les qualités qu'il vous connait, J'y ai bien confirmé Sa Majesté par les témoignages que je lui ai rendus. »
Dans la détresse où l’on était au Canada, qu'étaient-ce que les maigres approvisionnements qui accompagnaient les recrues amenées par Bougainville? Les vingttrois navires arrivés à Québec n'avaient procuré que le tiers de ce qui avait été demandé. «& Mais le peu est précieux à qui n’a rien, » répondait Montcalm au ministre. Et il concluait avec un courage qui ne devait pas se démentir : «€ J’ose répondre d’un entier dévouement # sauver celte malheureuse colonie ou à périr. » Le gouverneur protestait des mêmes sentiments et mandait à la cour que la colonie enlitre élait prèle à mourir les armes à la main. I disait vrai; car, malgré les vices de son administration, sa popularité était immense parmi les Canadiens, et il pouvait en obtenir tout ce qu'il voulait. I £tait reoardé avec raison comme le père du peuple. On savait qu'il était le seul de tous les gouvernants qui eût pris dans toutes les occasions la cause des colons, et que c'était en grande partie pour cela qu'il s'étuit attiré l’animadversion de l’armée, L'évèque et son clergé, dont l'influence était prépondérante, parlageaient les mêmes sentiments. Mgr de Pontbriand et lui unirent leurs voix pour appeler le peuple aux armes. Tous les habitants devaient se Lenir prèts à marcher au premier ordre avec leurs armes, leurs ustensiles et six jours de vivres. Un seul officier par compagnie devait rester à domicile avec les vieillards, les infirmes et les malades.
« Celle campagne, disait le gouverneur, donnera aux Canadiens grandement
1 Garneau, Histoire du Canada, tt, p. 308.
matière de se distinguer; la confiance que j'ai en eux n'est point ignorée de Sa Majesté, que j'ai constar ment informée de leurs services; ainsi elle s'attend à ce qu'ils feront tous les eflorts qu'elle peut espérer de ses plus fidèles sujets; d'autant mieux qu'ils défendront leur religion, conserveront leurs femmes, leurs enfants, leurs biens, et éviteront le cruel traitement que les Anglais leur préparent.
« De mon côté, ajoutait-il, je suis déterminé à ne consentir à aucune capitulation, convaincu des suites dangereuses qu'elle aurait pour tous les Canadiens. La chose est si certaine, qu'il serait incomparablement plus doux pour eux, leurs femmes et leurs enfants, d’être ensevelis sous les ruines de la colonie. »
Afin de connaitre d'avance l’arrivée de la flotte anglaise, des sentinelles furent placées de pointe en pointe, depuis le bas du fleuve jusqu'à la Pointe-Lévis, avec ordre d'allumer des feux de signaux dès qu'elle apparaîtrait. Les habitants des paroisses des deux rives situées au-dessous de Québec devaient préparer des caches dans les bois, y bâtir des cabanes à la manière des sauvages pour abriter leurs femmes, leurs enfants, leurs malades, leurs bestiaux et mème leur mobilier, Les curés avaient ordre, à l'approche de l'ennemi, d'enlever le saint Sacrement des églises, avec tous les vases sacrés et les objets précieux, de les transporter dans les lieux de refuge, et d'y continuer de remplir les offices de leur ministère auprès de leurs paroissiens.
La déportation des Acadiens, en 1755 ; l'enlèvement des habitants de l'ile Rovale et de l'ile Saint-Jean qui venait d’avoir lieu; l'incendie de toutes les habitations de ces iles; celui de la côte de Gaspé jusqu'au Mont-Louis, d'où la flotte d’Amherst avait enlevé tous les habitants qui avaient pu être saisis : toutes ces déprédations faisaient craindre le même sort pour le reste du Canada. Les Canadiens se croyaient pris entre l'alternative où de mourir en combattant où d’être proscrils comme leurs frères de l'Acadie.
L'évèque de Québec, qui avait la réputation d’un saint et qu’on savait attaqué d’une maladie mortelle, avait publié un mandement qui avait été écouté comme le testament du vénérable prélat. Il ordonnait des prières publiques, el recommandait
à ses diocésains de se battre avec la même vaillance que leurs pères. IIS accou-
raient en foule dans les églises en attendant de courir sous les drapeaux.
Dès qu'on avait appris que les Anglais devaient envahir le Canada par trois côtés à la fois, en attaquant Québec à l’est, Carillon au sud et Niagara à l’ouest, on avail envoyé des ingénieurs mettre chacune de ces trois places dans le meilleur état de défense possible : Pontleroy à Québec, Desandrouins à Carillon, Pouchot à Niagara. Ce dernier avait ordre d'y relever de son commandement le capitaine Vassan.
Les séductions qu’exerçaient les Anglais dans l'Ouest pour engager les tribus sauvages à se déclarer pour eux, où du moins à rester neutres, avaient fait hâter le départ du capitaine Pouchot. Cet oflicier, qui prévoyait impossibilité de défendre le faible fort de Niagara contre les forces imposantes qu'il allait avoir à combattre, ne consentit à partir que sur les sollicitations réunies de Montcalm et de Vaudreuil. En prenant congé de Montcalm, Pouchot lui dit : « Mon général, il v a apparence que nous ne nous reverrons plus qu’en Angleterre. » Les deux soldats ne devaient jamais se revoir. Dans six mois Montcalm ne serait plus, et Pouchot, appelé après la guerre d'Amérique à se battre en Corse, irait tomber sous la balle d’un guérilla.
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I était parti de Montréal (27 mars) à l’époque la plus dangereuse de l'année, la fonte des glaces. Cent cinquante-sept Canadiens, aux ordres de M. de Repentigny, l'accompagnaient. « Les glaces, dit Pouchot, manquaient sous les pieds, plus de trente Canadiens s'enfoncèrent. Heureusement, en se retenant aux glaces, ils remontaient dessus, Il ne périt personne par une espèce de miracle. »
Cent cinquante Canadiens, commandés par M. Marin, et cent cinquante soldats de la ligne, aux ordres de M. de Villiers, les rejoignirent à la Pointe-au-Baril, trois lieues au-dessus de la Présentation, où le capitaine Pouchot hâtait l'achèvement de deux barques armées de dix canons, qu'on y avait commencées l'automne précédent, dans le but de reprendre la supériorité sur le lac Ontario. À Niagara, le commandant se trouva à la tête de sept cents hommes, avec lesquels il avait ordre de réparer le fort et d'observer les mouvements des ennemis. S'ils osaient se hasarder dans le Saint-Laurent sans l’attaquer, il devait tomber sur leurs derrières avec toutes les forces réunies des différents postes échelonnés jusqu'aux Illinois, renforcés de tous les sauvages qui voudraient les suivre. On ne désespérait pas de rassembler à la tête du lac Ontario un effectif de trois mille hommes.
Le chevalier de La orne commandait au pied du lac un poste d'observation de douze cents hommes, avec lequel il devait disputer le passage des Mille-Tes et tenir ensuite l'ennemi en échec aussi longtemps que possible, à la tête des rapides du Saint-Laurent.
Desandrouins était parti de Montréal un mois après Pouchot, Au fort Sain-Jean, il pressa la construction des quatre bateaux armés de canons, destinés à disputer aux Anglais la navigation du lac Champlain.
Lévis avait plus d'une fois attiré l'attention de Montcalm sur l'importance stratégique de Pile aux Noix, dans le cas d’une retraite de l'armée devant des forces supérieures. À quatre lieues au delà de Saint-Jean, « je reconnus, dit Desandrouins, suivant les ordres que j'en avais recus de M. de Montcalm, la grande ile aux Noix, qui est belle et bien boisée, et qui peut avoir de sept à huit cent toises de long sur cent cinquante de large. Elle est éloignée de cent toises de la côte est du lac, et de cent cinquante toises de celle de Pouest. Les bords de cette ile sont novés actuellement ; mais jamais l'eau m'arrive au milieu, qui est beaucoup plus élevé, »
Les observations de l'ingénieur Desandrouins confirmèrent Montcalm dans Pidée que lui avait inspirée Lévis de fortifier l'ile aux Noix.
L'ouverture de la campagne amenait chaque jour des renforts à Carillon. M. de Langy venait d'arriver avec un parti de Canadiens et une centaine de sauvages. Les Anglais, toujours tardifs dans leurs mouvements, n'avaient pas encore pris pied à la tête du lac George. Desandrouins fut adjoint au parti de M. de Langy, fortilié d’une escouade de soldats aux ordres de M. de Louvicourt, commandant de Partillerie, pour aller détruire où emmener un grand nombre de berges et de bateaux qu'on v avait découverts.
Arrivé à la Chute, il fut impossible de faire avancer plus loin les sauvages, qui lüinrent conseil sur conseil et s'ainusérent toute la journée « à tuer des loutres » le long de la rivière. Entin le détachement franchit le lac, où il coula à fond une barque, brüla une grande quantité de rames et d’affûts, prit cinquante berges, vingt pierriers, beaucoup de fer et d'acier, enfin causa un dommage de plus de quarante mille livres, tout cela sous les yeux des éclaireurs ennemis. La hardiesse
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