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ne pouvaient y résister, et elles allaient grossir l’armée des coureurs des bois.
« On ne compte guère à Québec que sept mille âmes, écrivait Charlevoix en 1720; mais on y trouve un petit monde choisi où il ne manque rien de ce qui peut former une société agréable, On y voit des cercles aussi brillants qu'il y en ait ailleurs. On joue, on fait des parties de promenades, l'été, en calèche ou en canot: l'hiver, en traine sur la neige où en patins sur la glace. On chasse beaucoup ; quantité de gentilshommes n’ont guère que cette ressource pour vivre à leur aise. Les nouvelles courantes se réduisent à bien peu de choses, parce que le pays n’en
M. de Léry à emporté l'épée à la main, le 27 murs, un fort de pieux prés de Chouaguen,
lournit presque point, et que celles d'Europe arrivent toutes à la fois; mais elles occupent une bonne partie de l'année, On politique sur le passé, on conjecture sur l'avenir : les sciences et les beaux-arts ont leur tour, et la conversation ne tombe point. Les Canadiens, c’est-à-dire les créoles du Canada, respirent en naissant un air de liberté qui les rend fort agréables dans le commerce de la vie, et nuile part ailleurs on ne parle plus purement le français. On ne remarque même ici aucun accent.
« On ne voit point en ce pays de personnes riches, et c’est bien dommage, car on y aime à s’y faire honneur de son bien ; et personne presque ne s'amuse à thésauriser. On fait bonne chère, si avec cela on peut avoir de quoi se bien mettre : sinon on se retranche sur la table pour être bien vêtu. Aussi faut-il avouer que les ajustements font bien à nos créoles. Tout est ici de belle taille et le plus beau sang du monde dans les deux sexes ; esprit enjoué, les manières douces et polies sont communs à tous; et la rusticité, soit dans le langage, soit dans les façons, n’est pas même connue dans les campagnes les plus écartées.
« [n’en est pas de même, dit-on, des Anglais nos voisins. Et qui ne connaitrait les deux colonies que par la manière de vivre, d’agir et de parler des colons,
ne balancerait pas à juger que la nôtre est plus florissante. Il règne dans la Nouvelle-Angleterre et dans les autres provinces du continent de l'Amérique soumises à l'empire britannique une opulence dont il semble qu'on ne sait point profiter, et dans la Nouvelle-France une pauvreté cachée par un air d’aisance qui ne parait point étudié. Le commerce et la culture des plantations fortifient la première ; l'industrie des habitants soutient la seconde, et le goût de la nation y répand un agrément infini, Le colon anglais amasse du bien et ne fait aucune dépense superflue; le Français jouit de ce qu’il a, et souvent fait parade de ce qu'il n’a point. Celui-là travaille pour ses héritiers ; celui-ci laisse les siens dans la nécessitt, où il s'est trouvé lui-même, de se tirer d'affaire comme ils pourront. »
L'étiquette jouait un grand rèle dans cette colonie où les amusements prenaient une si large place. Elle avait mème certaines exigences inconnues en France. On sait que les questions de préséance avaient plus d’une fois pris la proportion d’événements.
Montcalm en fait la remarque dans sa correspondance ; il était cependant sensiblement flatté lorsqu'il écrivait : © On a tiré le canon à mon arrivée; cet honneur ne n'était pas dû en France, mais en fait d’honneurs il ÿ a des usages particuliers dans les colonies.
€ On n’espérait pas au Canad*, ajoute-t-il, que les secours que le roi y destinait celte année y arrivassent de si bonne heure.
« L'hiver n’a pas été rude, ce qui a été fort heureux pour la navigation. La saison es! très avancée, M. le marquis de Vaudreuil à déjà tout mis en mouvement : milices, troupes de la colonie avec nos bataillons et nos sauvages pour entrer en campagne. M. le marquis de Montealm part après-demain pour le joindre.
« Les opérations de l'hiver se bornent à beaucoup de courses de la part des sauvages d'en haut, qui ont réellement désolé une partie de la Pensylvanie et de la Virginie, el à un détachement que M. de Vaudreui! à fait faire par M. de Léry, lieutenant des troupes de là colonie, qui avec environ trois cents hommes, Canadiens el sauvages, et soixante soldats volontaires des bataillons français, a fait une marche d'un mois par des bois impraticables, et a emporté l'épée à la main, le 27 mars, un fort de pieux près de Chouaguen (Oswego). »
L'expédition de M. de Léry, que Montcalm signale ici en quelques lignes, est un de ces hardis coups de main comme on en trouve plusieurs exemples dans nos annales, el qui répandaient autant d'étonnement que de terreur parmi les ennemis. Celle expédition, entreprise en plein mois de février, ne dura pas moins de quarante-quatre jours, pendant lesquels le détachement parcourut plus de deux cents lieues.
fi faillit périr au retour, « faute de vivres et de souliers, et rentra à Montréal triomphant, mais exténué. »
En parlant de celte expédition, Montcalm fait cette réflexion : « Les soldats conviennent que les fatigues de la Bohème n’approchaient pas de celles de ce détachement. [ls s'y sont distingués et ont supporté ces fatigues, l'incommodité de marcher en raquettes, de conduire ses vivres sur une traine, comme les Canadiens qui y sont accoutumés.
Cet exploit avait eu le double avantage de causer des pertes considérables à l'ennemi et d'arrêter ses projets d'attaque contre Frontenac et Niagara.
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