‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 52 sur 86 · SIÈGE DE QUÉBEC, — VICTOIRE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

SIÈGE DE QUÉBEC, — VICTOIRE DE MONTMORENCY

Le 16 évrier 4799, durant une de ces soirées froides et brumeuses qui pèsent habituellement sur la ville de Londres à cette époque de l'hiver, le général Wolfe était descendu à la résidence de William Pitt, qui venait de lui confier l'expédition prète à faire voile pour mettre le siège devant Québec. La veille de son départ, Pitt, qui voulait lui réitérer ses dernières instructions, Pavait prié à diner en compagnie d'un seul autre convive, lord Temple. À la fin de la soirée, Wolfe, surexcilé sans doute par ses propres pensées, par les grands intérêts en jeu et par la présence des deux hommes d'État avec qui il était en tête-à-tète, se laissa emporter à son impétuosité naturelle, et, quoiqu'il eût été très sobre de vin durant le repas, il finit par se livrer à d'étranges bravades. IE se leva, sortit son épée, en frappa du pommeau la table, la brandit en faisant le tour de la salle et en disant les grandes choses que celle épée allait accomplir. Les deux ministres restèrent confondus de cette sortie si inusitée chez un homme de sens et de raison. Quand Wolfe fut parti, et que le bruit de sa voiture se perdit dans la rue, Pitt parut un instant ébranlé dans la

‘tes lats ou-

au res,

on,

lac ous tla lle.

aire des élai

ord e la rage cal, à se

rois

sent 'olfe tion Pit, gnie sans ‘des npé- | par eau que orlie he le ns la

haute opinion qu'il s'était faite du jeune général. Levant les veux et les mains au ciel, et s'adressant ensuite à lord Temple :

€ Grand Dieu! s'écria-t-il, dire que j'ai confié le sort du pays et de mon administration à de telles mains! »

Lord Mahon, qui rapporte cet incident dans son Histoire d'Angleterre, assure l'avoir appris de lord Grenville, son parent, homme doux et bienveillant, à qui lord Temple lui-même l'avait raconté... Ge trait, ajoute l'historien, confirme le propre témoignage de Wolfe, lequel avoue qu'il ne paraissait pas avec avantage dans les circonstances ordinaires de la vie. Partois l'excès de la timidité fait tomber dans l'excès contraire ; aussi, conclut Mahon, faut-il être indulgent pour un écart momentané qui peut très bien s'allier avec une vraie habileté et un mérite réel.

Serait-ce la rumeur de cet incident qui aurait fait dire au duc de Newcastle, en présence de George IF, que le nouveau général de Pitt était un fou enragé?

€ S'il est enragé, repartit le vieux roi, j'espère qu'il mordra quelques-uns de mes généraux, »

Quelques jours après son retour d'Amérique, Wolfe était all prendre les eaux de Bath pour refaire sa santé plus que jamais compromise,

« Je me suis établi en face du square, écrivait-il à son père, pour avoir plus de tranquillité, plus d'air, et être plus près de la campagne. Les femmes n'ont rien de remarquable ici, les hommes non plus. I faut toutefois qu’un homme soit bien difficile à plaire pour ne pas trouver quelqu'un qui lui convienne. »

Wolfe ne tarda pas à aimer le séjour de Bath : c’est là, parait-il, qu'il renouvela ses intimités avec Mlle Catherine Lowther. I lui offrit sa main; elle l'accepta.

Elle lui donna son portrait, qu'il emporta en Amérique et qu'il porta sur lui jusqu'à la veille de sa mort.

Les heures dévouées au sentiment ne détournaient nullement le jeune officier de son devoir militaire, Peu de jours auparavant, écrivant à son ami le lieutenantcolonel Rickson, il découvrait le fond de sa pensée sur la dernière expédition.

«Je ne trouve pas que nous avons été heureux cette année en Amérique. Nos forces étaient tellement supérieures à celles de l’ennemi, que nous pouvions espérer de plus grands succès... Il me semble que ce n'aurait pas été une tâche bien difficile d’obliger le marquis de Montcalm de mettre bas les armes, et conséquemment de livrer tout le Canada... Entre nous soit dit, notre tentative de débarquer là où nous l'avons fail était téméraire et sans jugement; notre succès, à mes veux, a été inattendu et immérité. Il n’y à pas eu de prodigieux efforts de courage dans cette affaire; un officier et trente hommes auraient rendu impossible notre débarquement là où nous l’avons exécuté. Nos autres opérations ont été lentes et trainantes autant que cette tentative avait été malavisée et désespérée; mais ceci est pour votre information particulière seulement.

€ Nous avons perdu du temps au siège, encore plus après le siège, et fait des bévues depuis le commencement jusqu’à la fin de la campagne.

« J'ai écrit aujourd'hui à M. Pitt qu'il peut disposer de mon fragile squelette comme il lui plaira, et que je suis prêt à toute entreprise à la portée et dans les limites de mon habileté et de mon adresse. Je suis dans un très mauvais état de santé, pris à la fois par la gravelle et par le rhumatisme; mais j'aime mieux mourir que de refuser aucune espèce de service qui se présente. »

Page 1