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Quand Wolfe blâmait si sévérement l’heureuse faute commise à Louisbours, qu'aurait-il pensé si on lui eût dit que lui-même ne prendrait Québec qu'à la condition de commettre une faute semblable? Le peu de jours qu'il eut encor: à séjourner en Angleterre se passèrent entre les préparatifs de lembarquement et les attentions filiales. Son père, vieillard septuagénaire, usé par la guerre; sa mère, dont la santé avait loujour: été chancelante, lui causaient de vives inquiétudes. Lu:méme en inspirait pas moins à ses parents. Les uns et les autres, réfléchissant à leurs fragiles existences, songetient au peu de chance qu’ils avaient de se revoir, et cette pensée répandait sur leurs épanchements la mélancolie des éternels adieux.
« Tout ce que je souhaite pour moi, disait-il, est d'être prêt en tout temps à rencontrer d’un œil ferme le <ort qu’on ne peut éviter, et à mourir avec honneur et grâce quand l’heure viendra. » Il fut exaucé au delà de ses rêves.
Wolle devait avoir sous ses ordres trois brigadiers : Monckton, Townshend et Murray. Chacun d’eux était plus âgé que lui, quoique dans la vigueur de la jeunesse, Pit lui avait laissé le choix de ses principaux ofliciers; mais Townshend, qui avait infrigué pour faire partie de l'expédition, lui avait été imposé. C'était un grand seigneur hautain, prétentieux, moqueur, passant une partie de son temps à faire la caricature de ses chefs. Il avait de la bravoure, du talent, ne manquait pas de bonnes qualités, mais se rangeait loujours du côté des mécontents. Walpole, dans ses mémoires sur le règne de George IT, prétend qu'il mit lout en œuvre pour traverser les plans de Wolfe. Monckton et Murray étaient d’un tout autre caractre. Monckton, esprit large, droit et modeste, passail pour un parfait gentilhomme. {avait malheureusement joué un triste rôle lors de l’expulsion des Acadiens, en 1759. James Murray s'était attiré l'admiration et l'amitié de Wolfe par sa valeur et sun activité au siège de Louisbourg. Il devint le second gouverneur anglais du Canada. Son plus bel éloge est dans la bouche des Canadiens français, à qui son nom est resté cher, malgré les temps difticiles qu’il eut à traverser. Un autre ami de Wolfe, son premier oflicier d'état-major, le lieutenant-colonel Carleton, était destiné, après la conquête, à graver son souvenir en lettres d’or dans nos annales.
Guy Carleton, plus tard lord Dorchester, sut si bien se faire aimer des Canadiens,
les cominanda avec lant de sagesse et de prudence, que l'Angleterre le nomma à quatre reprises différentes gouverneur du Canada.
Dans la soirée du 17 février, le vaisseau amiral le Neptune, de quatre-vingt-dix canons, sorti le même jour de Npithead, à la suite de la flotte anglaise, cinglait le long des côtes de l'Angleterre. Wolfe, debout sur le pont, cherchait à oublier la pensée du mal de mer qui commençait à le tourmenter, en regardant s’allumer l’un après l’autre les falols des navires qui bientôt étoilèrent tout l'horizon. Ge vaste armement, vingt-deux vaisseaux de ligne, cinq frégates, dix-neuf autres bâtiments ae guerre et un nombre immense de transports, étaient aux ordres de l’invalide officier de trente-deux ans dont Pitt avait deviné le gérie.
ia destination de la flotte était Louisbourg; mais, à son arrivée en face du Cap- Breton, elle irouva lu rade lermée par des champs de glace, qui obligèrent l'amiral Saunders d'aller, en attendant qu’elle fût libre, chercher un refuge à Halifax. Deux autres escadres élaient parties d'Angleterre peu de jours auparavant : celle de l'amiral Holmes, en route pour New-York, d’où elle devait amener des renforts à Louisbourg; celle de l’amiral Durell, qui "’enait croiser à l'entrée du Saint-Laurent,
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pour intercepler tout secours de France. Ce ne fut qu’au milieu de mai que la flotte put entrer dans le havre de Louisbourg.
A peine Wolfe y avait-il mis pied à terre, qu’il apprit la mort de son père.
« Je suis profondément affligé, écrivait-il à son oncle, qu’il n'ait pas été en mon pouvoir de l’assister dans sa maladie, et de consoler ma mère dans sa douleur, »
Dans la suite de la lettre où Wolfe annonça quel était son plan d'attaque sur Québec, on voit qu'il ne prévoyait pas la résistance qu'il allait y rencontrer, quoique peu de jours auparavant il eût écrit à Pitt que « au Canada chaque homme était soldat ».
« Nous avons ordre d’allaquer Québec : une très jolie opération. L'armée est de neuf mille hommes : dix bataillons, trois compagnies de grenadiers, quelques-unes de la marine, et six des rangers de l'Amérique du Nord nouvellement levées, incompièles et les plus mauvais soldats de lPunivers. Les troupes régulières du Canada consistent en huit bataillons de vieille infanterie, environ quatre cents hommes par bataillon, et quatre compagnies de la marine ou troupes de la colonie, quarante hommes par compagnie. [ls peuvent réunir huit à dix mille Canadiens et peut-être mille Indiens, Comme ils sont attaqués du côté de Montréal par douze mille combattants effectifs, il faut absolument qu'ils divisent leurs forces; mais, comme la perte de la capitale implique celle de la colonie, leur principale attention sera là. Par conséquent, je compte que nous trouverons à Québec six bataillons, quelques compagnies de la marine, quatre ou cinq mille Canadiens et quelques Indiens, en tout un nombre peu inférieur à celui de leur ennemi... La ville de Québec est pauvrement fortifiée, mais le terrain autour est montagneux. Pour investir la place et couper Loute communication avec la colonie, il sera nécessaire de faire camper notre droite sur la rivière Saint-Laurent, et notre gauche sur la rivière Saint-Charles. De la rivière Saint-Charles à Beauport, la communication devra être tenue ouverte par des postes el des redoutes fortement retranchés.
« L'ennemi peut passer cette rivière à marée basse, et il sera à propos de Lous établir avec de pelits postes retranchés depuis la Pointe-Lévis jusqu’à la Chaudière. Ce sera l'affaire de nos forces navales de nous rendre maitres de la rivière tant au-dessus qu'au-dessous de la ville. Si je trouve que l'ennemi est fort audacieux el bien commandé, je procéderai avec là dernière précaution et circonspection pour donner le temps à M. Amberst de faire usage de sa supériorité. S'ils son’ timides, faibles et ignorants, nous les pousserons avec plus de vivacité, afin de pouvoir, avant que l'été soit fini, venir en aide au général en chef. Je compte que nous aurons un vif engagement au passage de la rivière Saint-Charles, à moins que nous puissions faire monter à ‘a dérobée un détachement en haut de la rivière et le débarquer trois, quatre, cinq milles où plus au-dessus de la ville, el avoir le temps de nous v retrancher si fortement qu’ils n’oseront nous altaquer !. »
Des brumes presque continuelles retardèrent la flotte à Louisbourg. Enfin, le G juin, les derniers transports levérent l’äncre. Pendant qu'ils einglaient hors de la rade, les soldats attroupés sur le pont faisaient retentir les rochers voisins de leurs cris de joie ; les officiers, non moins enthousiastes, échangeaient des santés entre
1 Wrigat, Life of Wolf, pp. 497 ei suiv.
eux en saluant d'avance « les couleurs britanniques sur tous les forts, ports et garnisons de l’Amérique ! ».
| Le 11, du haut des falaises de Gaspé, les sentinelles françaises reconnurent l'escadre aux blancheurs lointaines qui éclairaient l’horizon. Avant la fin du jour, les innombrables navires aux ailes éployées comme des vautours doublérent le cap des Rosiers.
L’avant-garde, composée des dix vaisseaux de lamiral Durell, venait alors de M la jeter l'ancre an mouillage de la Prairie, entre l’ile aux Coudres et les Éboulements. il Durell n'avait réussi à capturer que trois navires et quelques chargements de pro- Lol visions.
nt I avait à son bord un pilote francais appartenant à une ancienne et honorable {: lé famille du Canada, dont le nom est resté flétri comme celui d’un traitre. Jean- | | Denis de Vitré avait été pris en mer, et, s’il en faut croire son propre témoignage, ; 4! Ë } | forcé sous peine de mort de diriger l’escadre. Au reste, il n’était pas le seul à subir LA [1 4 cette dure nécessité; car en entrant dans le fleuve l'amiral avait arboré le pavillon |à | (al français et fait les signaux d'usage pour appeler les pilotes. Ceux-ci avaient aussitôt HE là lancé leurs chaloupes à la mer et ne s'étaient aperçus de leur méprise que lorsque, à LE montés sur les navires, ils avaient été faits prisonniers.
A sept heures du soir, le 22 mai, Montcalm était descendu à son hôtel de la | rue des Remparts, harassé d’une marche de <oixante lieues qu'il venait de faire
qu tout d'une haleine, et irrité plus que jamais contre Vaudreuil, qui l'avait retenu F “| { pi malgré lui à Montréal, jusqu'à l'arrivée des dernitres dépêches de la cour. « Il eut L AS [ sur-le-champ une conférence avec lintendant, dont il résulta qu'il n°v avait rien de A Al prèl ?. »
F TH Dès l'automne de 1757, Montcalm avait fait, comme on la vu, en prévision 2.1" ht! d'un siège, l’inspection des environs de Québec, des deux côtés du fleuve jusqu’au Qi LL cap Tourmente, car les fortifications de la ville n'étaient pas même € à l'abri d’un ê "AL coup de main ». Sa situation, dit-il, « aurait dû inspirer à tout autre ingénieur que din | M. de Lérv des ressources admirables pour en faire une bonne place; mais il semble qu'il s'est attaché, en dépensant des sommes immenses, à détruire les avantages que la nature avait prodigués à sa situation. » 4 Les remparts du côté de la campagne n'étaient formés & que d’un très faible ‘ mur » sans parapels, sans un seul canon qui pût battre la plaine. On n'avait pas ’ + même songé à les protéger à l'extérieur par des ouvrages avancés. Le plan de ue jh Montcalm avait été dès lors d'empêcher une descente de l'ennemi au seul endroit s
qui lui paraissait accessible, la côte de Beauport, où la rive nord s'allonge en pente
| douce, coupée à droite par la rivière Saint-Charles, à gauche par la rivière et la (N chute de Montmorency, d’y masser ses troupes et d'y établir un camp retranché,
Vaudreuil avait écrit à peu près dans le même sens au ministre, le {er avril
précédent :
lhnoï’s Journal, p. 279.
Î 2 Journal de Montealn. Montealn en rejette à tort la faute sur Vaudreuil et en appelle aux témoisuages de l'ingénieur Pontleroy, qui, ditil, n'a rencontré que des obstacles, » Or Pontlerog dit Iui-méme : «Le marquis de Vaudreuil m'a laissé le maitre de faire ce que je jugerais nécessaire, «Je vais, ajoutet-il à M. de Morus, faire travailler à Findispensable en attendant vos ordres, » Lettre au ministre, 15 mai 175.)
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« Suivant ce que j'aurai, tant en troupes, milices, sauvages et gens de mer, je ferai mes dispositions, soit pour m’opposer à une descente de Pennemi à l'ile d'Orléans, ou pour me réduire à l’attendre au passage de la rivière de Montmorency jusqu'à Québec, et depuis Québec jusqu’à la rivière du Carrouge.…
Hôtel de Montealhm, rue des Remparts, à Québec,
« Quelques eflorts que fassent les Anglais, je me flatte... que la valeur des troupes, les intérêts personnels des colons, leur attachement au roi, le nombre de sauvages que nous aurons, toutes ces forces réunies et animées du mème désir, rendront la conquête de cette colonie bien difficile, pour ne pas dire impossible. »
Le K mai suivant, Vaudreuil ajoutait :
« Quelque triste et critique que soit notre situation, je n'ai pas moins de confiance en mes dispositions pour faire face à l'ennemi de tout côté, autant que nos moyens peuvent le permettre. Le zèle dont je suis animé pour le service du roi me fera toujours surmonter les plus grands obstacles. Je prends les plus justes mesures pour bien recevoir l'ennemi, quelque part qu'il veuille nous attaquer.
« Permettez, monseigneur, que je vous supplie de vouloir bien assurer Sa Majesté qu'à quelque dure extrémité que je puisse être réduit, mon zèle sera aussi ardent qu'infatigable ; que je ferai jusqu’à l'impossible pour que nos ennemis ne fassent aucun progrès nulle part, où pour du moins le leur faire acheter extrèmement cher. »
Si Vaudreuil ne gardait pas devant l'ennemi la résolution qu’il avait dans son cabinet, il est certain du moins qu'il exprimait celle de la colonie entire.
Le lendemain de son arrivée, Montcalm convoqua au palais de Pintendant tous les capitaines de frégates et de navires, avec les officiers du port. A leur tête, on remarquail le capitaine Vauquelin, le héros de Louisbourg, aussi habile dans les conseils qu'intrépide au combat.
Là aussi se trouvait le vieux capitaine connu de tout le monde sous le nom du bonhomme Pellegrin, un peu sourd, mais encore actif et d'une expérience consommée, C'était lui qui avait servi de pilote à lescadre sur laquelle étaient venus Montcalm et son corps de troupes. Toujours en mer depuis lors, il était devenu l’homme de confiance de tous les ofliciers, qui le chargeaient de leurs messages pour leurs familles, et qui en recevaient les réponses à son retour.
A la première demande qui fut faite par le général dans le conseil, tous décidérent d’un commun accord de mettre trois cents matelots à la disposition du génie pour travail : aux lignes de défense tracées le long de F1 rivière Saint-Charles. Le capitaine Duclos se chargea de construire une batterie flottante, des carcassières et des bateaux armés chacun d'une pièce de canon. Quatorze cents marins feraient le service de cette petite flotte.
1 fat proposé de fermer le chenal le plus étroit du fleuve, celui de la Traverse, entre l'ile d'Orléans et l’île Madame, en y coulant bas dix des plus gros navires, et d’ériger aux environs deux batteries, lune au cap Tourmente, l’autre au cap Brülé; mais ni l’un ni l’autre de ces projets ne fut exécuté, parce que le capitaine Pellegrin, avant été envoyé peu de jours après sonder le chenal de la Traverse, Pavait trouvé bien plus large qu'on ne le disait.
Le même jour, Montcalm écrivit au chevalier de Lévis :
« Nous venons d'apprendre par deux capitaines marchands qu'ils ont vu à Saint- Barnabé sept ou dix vaisseaux. Ce pourrait être lavant-garde des Anglais. Cependant on n'a point fait de signaux, et nous n'avons point d'avis; ce qui m’empêche, vu la nécessité de ménager nos vivres, de faire avancer nos bataillons. Mais faites-les tenir prêts, car avant vingt-quatre heures vous recevrez peut-être un gaud aura la bonté de faire
second courrier pour les mettre en mouvement, M. li tenir prêts les Canadiens que M. de Vaudreuil destine à la défense de cette partie. J'envoie des ordres pour que le bataillon de Languedoc marche.
« Je compte M. le marquis de Vaudreuil parti; s’il ne l’est pas, vous lui communiquerez ma lettre. »
Vaudreuil était en marche et Lévis devait le suivre de près.
Le soir du mème jour, à minuit, toute la rive droite du Saint-Laurent fut illuminée de cap en cap jusqu’à Québec, d’où l’on répondit par les signaux convenus, Un courrier dépèché de la baie Saint-Paul apprit en même temps l’arrivée de l'avant-garde anglaise au mouillage de l'ile aux Coudres.
Les derniers doutes étaient dissipés. Les optimistes, comme il s’en trouve tou-
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jours, s'étaient flattés que la flotte anglaise ne pourrait franchir les cifticultés de navigation qu'elle rencontrerait dans le fleuve. L’escadre de l'amiral Walker s'était perdue, de leur vivant même, sur les rochers des Sept-Îles. Il fallut bien se rendre à l'évidence.
Une agitation et une activité fiévreuses régnaient dans la ville et dans les campagnes, d’où affuait vers la capitale la population en armes,
Un dernier billet de Montcalm trouva Lévis en route pour Québec.
« J'ai encore moins de temps, mon cher chevalier, pour écrire depuis l’arrivée de M. le marquis de Vaudreuil; car il faut lui faire jouer le rôle de général. Je lui sers de secrétaire et de major. Il me tarde que nous vous ayons et de vous embrasser, »
C'était la première fois que Vaudreuil se trouvait à l’armée à côté de Montcalm, dont la position était devenue plus que jamais difficile par son élévation au grade de lieutenant général. Le gouverneur n'avait pas un grade élevé, et cependant le commandant en chef de l'armée était obligé de lui rendre les honneurs du généralat. Cette dualité dans le commandement était, comme on l’a vu, un vice inhérent au système colonial, et reparaissait dans l’ordre eivil entre le gouverneur ct lintendant. Elle avait amené de tout temps et devait fatalement amener des conflits. La cour n'avait su comment v échapper dans la derniére crise : Montcalm s’imposait par ses victoires, Vaudreuil par son influence auprès des colons. Remplacer le premier, c’étail peut-être perdre la colonie; remplacer le second, c'était peut-être amener la défection des Canadiens, que le roi était Eonteux d'abandonner après avoir tant exigé d’eux. Il crut tout concilier en donnant à Montcalm la direction des opérations militaires, et à Vaudreuil le droit d'être consulté : c’était consommer la discorde.
Les troupes furent campées, à mesure qu'elles arrivaient, en arrière de l'Hôpital sénéral, sur la rive droite de la rivière Saint-Charles, où elles furent “uployées d’abord à terminer cette ligne de défense, qui devait servir de retraite à l’armée au cas où elle serait forcée dans ses retranchements de Beauport. Le colonel de Bougainville se porta en avant avec les compagnies de grenadiers placées sous ses ordres, et les échelonna depuis la rive gauche de la rivière Saint-Charles jusqu’au ruisseau de Beauport, pour y travailler au camp retranché, Le nombre des travailleurs augmentait chaque jour par la rentrée des miliciens, qui accouraient en plus grand nombre qu'on avait osé Pespérer.
€ On vit arriver au camp des vivillards de quatre-vingts ans et des enfants de douze à treize ans, qui ne voulurent jamais profiter de l'exemption accordée à leur âge !. »
Montcalm s'était senti soulagé en serrant la main à son cher chevalier, tant il avait de confiance dans son expérience militaire. Sa présence lui rendait moins importune celle du marquis de Vaudreuil.
Lévis, au reste, toujours en bons termes avec le vouverneur, adoucissait avec autant de tact que de prudence les rapports des deux ennemis. Montcalm et lui élaient montés à cheval dès le moment de leur réunion, et suivis de Pontleroy, avec quelques autres officiers du génie, ils avaient parcouru toute la rive du fleuve jusqu'au saut de Montmorency, et avaient fixé l'emplacement des batteries et des redoutes à construire de distance en distance.
1 Extrait d'un journal tenu à l'armée que commancait feu M, de Montcalm, lieutenant général,
M. Jacquot de Fiedmont se chargea de fortifier les têtes de ponts de la rivière Saint-Charles, pendant qu'un autre ingénieur, M. de Caire, arrivé de France depuis peu de jours, surveillait les travaux qui se poursuivaient le long de cette rivière. Deux autres ponts furent construits à son entrée et défendus par des ouvrages couronnés. On y éleva aussi, sur deux navires coulés à fond, deux batteries de dix pièces de canon. Enfin l'embouchure füt fermée par une forte estacade. Le palais de l'intendance allait être entouré d’une double enceinte de palissades, et le quai construit en face armé de plusieurs pièces de campagne. Autour de la base du cap régnaient quatre grandes batteries, que le chevalier de Bernetz, nommé second commandant de la ville, faisait perfectionner. Une partie de ces batteries donnait sur la rade, le reste sur le cours du fleuve. Tous les édilices qui pouvaient en sôner le feu étaient démolis, tandis qu’on bouchait toutes les ouvertures des maisons adossées au cap, et qu'on barrait toutes les rues montant à la haute ville, hormis celle du Palais. À partir de ce dernier endroit, le sommet du promontoire, dont les fortifications n'étaient pas terminées, fut couronné de palissades crénelées de trois en trois pieds, se prolongeant jusqu’au delà de la porte de la basse ville, et les différentes batteries réparées ou munies de nouvelles pièces d'artillerie. Deux batteries à barbettes, placées dans la côte de la basse ville, en défendaient Paccès. Le palais épiscopal avait été abandonné par lévèque pour servir de redoute.
Durant cet intervalle, on voyait s'élever comme par enchantement sur la côte de Beauport les lignes du camp retranché. « Jamais, dit le capitaine de Foligné, ouvrages ne s'élevérent plus vivement; de sorte que nos généraux avaient la satisfaction de se voir bientôt en état de recevoir les ennemis. »
Le capitaine Dueclos recut le commandement de la batterie flottante nommée le Diable, dont il avait donné le plan et surveillé la construction. Elle était de forme hexagonale, et ne Urait que trois où quatre pieds d’eau, quoiqu’elle portät douze pièces de canon de gros calibre, Huit brûlots et cent vingt ecajeux, chargés de malitre combustible, devaient ètre lancés sur la flotte ennemie dès qu’elle paraitrait devant la rade. Les navires chargés de vivres reçurent l’ordre de monter aux Trois-Rivières, d’où l'armée tirerait ses approvisionnements. Les deux frégates du roi, mouillées à l’anse des Mères, à une demi-heue de Québec, y empècheraient une descente. M. de la Rochebeaucour formait un petit corps de cavalerie de deux cents hommes pour se porter aux endroits les plus menacés.
Montcalm, qui, malgré des occupations sans nombre, dictait ou écrivait luimème son Journal, \ mèlait des réflexions mordantes comme celle-et :
« Les voitures manquent pour les fortifications, mais non pour voiturer les matériaux nécessaires pour faire une casemate chez Mme Péan, Quelque tragique que puisse et doive être le dénouement de tout ceci, on ne peut s'empêcher de rire. »
A la première visite de Vaudreuil aux travaux du camp retranché, il remarque ironiquement :
« M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur général, et en cette qualité général de l’armée, a fait sa première tournée ; il faut bien que la jeunesse s’instruise. Comme il n’a’ait jamais vu ni camp ni ouvrage, lout lui à paru aussi nouveau qu'amusant. Il à fait des questions singulières. Qu'on s’imagine un aveugle à qui l’on donne la vue. »
Une nouvelle source de discorde avait surgi depuis la verte réprimande que le
ière puis ère.
’oudix ilais quai Cap ond nait | en des ille, ire, ces ille, Jeux