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Wolfe avait ordonné dès le matin à Carleton d'aller établir un camp fortifié à l'extrémité occidentale de l'ile d'Orléans, et il partit lui-mème pour la pointe Lévis, précédé d’un nouveau corps de troupes, avec lequel il S'avança jusqu’en face de la ville. Le capitaine Knox, qui sv trouvait le mème jour, ne fut pas moins frappé que son général de l'aspect que présente de ce côté le cap Diamant.
€ Nous avons eu, dit-il, la plus agréable vue de la eité de Québec. Le fleuve n'a ici qu'un mille de largeur et vient battre la base du promontoire, qui d'aucun côté ne parait aussi formidable, »
Wolfe avait en face de lui le château séculaire des gouverneurs de la Nouvelle- France, auquel se rattachaient tant de faits importants de lPhistoire d'Amérique, C'est de là qu'était partie l'impulsion qui avait poussé La Salle aux bouches du Mississipi, d’Iberville à la baie d'Hudson, La Vérendrye aux Montagnes-Rocheuses. C'est de là que Frontenac avait dit à l’envoyé de Pamiral Phipps cette fameuse parole : « Allez dire à votre maitre que je lui répondrai par la bouche de mes canons. »
A sa droite, le général anglais avait une vue plongeante sur le camp de Beauport, où il voyait les troupes françaises occupées sur toute la ligne à compléter des retranchements bien plus formidables que les abatis derrière lesquels Montcalm avait repoussé à Carillon, l'année précédente, avec une poignée d'hommes, l'armée d’Abercromby. A la couleur des uniformes, il croyait remarquer qu'il n°v avait qu'un cinquième des soldats appartenant aux troupes régulières. Toutes les ouvertures des maisons de Beauport, formant une ligne ininterrompue le long du chemin, étaient barricadées pour servir à la mousqueterie. Le rideau d'arbres qui: bordait le Montmorency, et qu'il avait en ce moment en pleine vue, paraissait rendre impralicable le passage de cette rivicre, Après ce dernier examen, Wolle hésita plus que jamais à risquer une descente sur Beauport. Mais par quelle manœuvre dissimuler son inaction? Îl n'en voyait d'autre que de bombarder la ville, C'était un moven aussi inutile que barbare, qui, sans le rapprocher de son but, ne ferait qu'exaspérer la population: mais il satisferait ses soldats en les tenant occupés et en leur donnant l'illusion de quelques progrès. I fixa done l'emplacement des batteries et fit immédiatement couper des fascines, faire des gabions, élever des parapets et trainer du canon, Les Français, qui de leurs remparts suivaient ces mouvements, essayérent de les inquiéter ; mais leurs canons, d’un trop faible calibre, atteignaient à peine les ouvrages et ne faisaient aucun mal à l'ennemi,
Montcalm, toujours préoccupé de sa position, dont il erovait le centre trop faible, avait incorporé trois cents Canadiens dans les bataillons de la ligne, qui en avaient déjà reçu un bon nombre. I fit un corps de réserve du bataillon de Guyenne, qui dut se tenir prêt à se porter à droite ou à gauche, depuis le ruisseau de Beauport jusqu'à la rivière Saint-Charles, L'armée passait la nuit aux retranchements, et le marquis s'étonnait de l'activité du chevalier de Lévis, qui, robuste et plus jeune que lui, supportait sans paraitre s'en apercevoir les fatigues et les veilles : « Vous êtes heureux d’être infatigable. C'est toujours au mieux... Avant de vous coucher, je serai bien aise d’avoir de vos nouvelles. Tout ce que vous faites, mon cher chevalier, est toujours très bien. S'il ne fallait que votre vigilance pour sauver le pays, la besogne serait sûre; mais il faut autre ehose. »
La flotte anglaise, qui à son arrivée s’étendait sur deux lignes immenses entre
l'ile d'Orléans et la côte du sud, s'était rapprochée chaque jour et ancrait maintenant à l’entrée de la rade de Québec. Le capitaine Knox, qui était très sensible au côlé piltoresque des choses, en était dans Padmiration : elle avait, disait-1l, une .pparence superbe sur la rivière, L’impression que sa présence produisait sur Îles Canadiens était bien différente : pour eux, c’était comme un nuage sombre recélant la tempête. De ces casernes flottantes sortaient les hordes étrangéres et les engins de guerre qui allaient porter parmi eux la destruction et la mort.
Le 5 juillet, à l'heure où le soleil de midi éclatait sur la rade, on vit s'avancer une berge portant le pavillon parlementaire. Un bateau canonnier, expédié à sa rencontre, rapporta un message de l'amiral Saunders, demandant un échange de prisonniers, parmi lesquels plusieurs dames ct des religieuses prises dans le bas du fleuve sur un navire qui les ramenait en France. Le lendemain, le chevalier Le Mercier fut chargé d'aller porter la réponse du gouverneur. Parmi les prisonniers échanges se trouvait le petit-fils de l'amiral Durell, pris à l'ile aux Coudres. A la vue du pavillon blanc, la frégate le Trent arbora les mêmes couleurs au mât de misaine, monter à son bord le chevalier, qui fut reçu avec beaucoup de
distinction et de politesse. Wolle, qui s'était rendu sur la frégate pour lui faire
accueil el sans doute aussi pour essaver d'en tirer quelques renseignements, se montra trés aimable et Pinvita à déjeuner. Une berge anglaise, conduite, dit-on, par le capitaine Ccok', ayant profité de ce moment pour sonder le chenal au nord de Pile d'Orléans, fût aperçue par un des canots d'écorce qui faisaient la garde nuit et jour autour de la baie. L'équipage d'Indiens outaouais qui le montait s’élança à sa poursuite avec la supériorité de vitesse que connent ces légères embarcations, rejoignit la berge avant qu'elle eût touché le rivage, et fit une chevelure. Les sauvages, glorieux de ce premier succès accompli en présence des deux armées, descendirent sur la grève, où ils furent bientôt suivis de plusieurs canots chargés de guerriers.
Pendant près d'une heure, ils échangèrent des coups de fusil avec un détachement anglais venu à leur rencontre, tuérent ou blessérent une vingtaine d'hommes, et se rembarquèrent sans avoir perdu un seul des leurs. Cet incident, rapporté à bord du Zrent pendant que le général Wolfe était à table, entouré de <es principaux officrers, obligea le chevalier Le Mercier de se lever et de dire adieu à ses hôtes. Il rapporta qui avait environ cinq mille hommes au eamp de Pile d'Orléans, et trois mille à celui de la pointe Lévis.
L'indécision de Wolle tenait les généraux franeais dans une incertitude qui, pour le moment, était leur principal embarras.
Plusieurs vaisseaux entourés de berges vinrent s'embosser en plein jour près du saut et canonnéremt le camp de M. de Lévis, La batterie flottante, échouée alors au rivage, rejointe bientôt par les chaloupes canonnières, leur répondit avec une vigueur qui les força de s'éloigner. Am soleil couchant, les berges, chargées de troupes, descendirent le long de l'ile d'Orléans, On crut à une fausse attaque de ce côté pour surprendre l'aile droite du camp; mais durant la nuit trois où quatre mille hommes, sous les oydres de Townshend et de Murray, traversèrent de Pile
1 James Cook, commandant An Mercury, qui devait s'immortaliser par ses voyages autour du monde,
Tous les historiens ont renmge que dans le camp français se trouvait en meme temps Bougainville, son rival en eireumnavigation,
d'Orléans, et vinrent occuper la rive gauche de la rivière Montmorency, où ils commencérent à se lortifier, De cette position, qui domine la rive droite, ils pouvaient inquiéter le camp du chevalier de Lévis, Montealm cependant, contre l'avis de Vaudreuil, ne erut pas prudent de faire traverser un gros détachement pour les déloger, Dés le 7 juillet, il avait envoyé M. de Lapause explorer les gués de la rivière pour v élever des épaulements, Le brave capitaine de Repentigny, avec ses onze cents Canadiens d'élite, en eut la garde.
Le chevalier Johnstone, officier jacobite que Lévis venait de prendre pour aide de camp, à prétendu sans aucune vraisemblance que son commandant n'avait reconnu qu'au dernier moment que la rivière Montmorency était guéable!, et que ce fut lui-même qui lui en donna le premier avis. Gette histoire, répétée par les historiens, est une pure invention contredite par Montealhm et par Lévis même. Tous deux savaient, depuis leur arrivée. qu'il v avait non seulement un gué, mais plusieurs, dont le principal, distant de pres d'une Tieue, était connu des habitants sous le non de gué où passage d'Hiver.
Quatre cents sauvages, li plupart Outaouais, commandés par M. de Langlade, avec quelques Canadiens, les franchirent, descendirent Le Tong de Ktrive alors eouverte de forêts, et se jetérent, Le casse-tète à la main, sur un détachement de quatre cents hommes qui protégenent le travailleurs du camp anglais Les hurlements de eette bande répandirent kt terreur parmi les soldats, qui se repliérent en désordre sur le gros de Parmée, après avoir perdu quatre-vingts à cent hommes
Lués où blessés. Repoussés à leur tour par des forces supérieures, les suvages
perdirent une quinzaine de guerriers qui S'obstinérent à lever des ehevelures, Cette perte causa la mort de cins prisonniers, qui farent hnmolés sur-le-champ. Les Sauvages revinrent épuisés, avec trenteesix chevelures. Les rangers rivalisèrent de cruauté avec eux, He avaient fuit prisonniers deux enfants de Kit paroisse de l'Anse- Gardien, Ces petits malheureux leuraient et se lamentaient, pendant que les soldats poursuivis par quelques Indiens les entrainaent avec eux il les tuérent pour Sen
débarrasser.
Us Dit cries (TR uchee prot uisaut (El Si eu d'eflet sur des OUVPFALES OC oi (Es Les bat le Québec prod Usi peu d'effet ces de fr point
Lévis, que Montealm, qui eraignait de manquer de poudre, ordonna d'en esse
le feu. L'alarme état déjà grande parmi les citoyens, à ke veille de voir leur ville
bombardée et réduite en cendres. Hé murmaraient hautement contre les cénéraux,
qui ne faisaient rien pour déloger les ennemis. Les principaux se réumirent en
assemblée el décidérent d'envoyer une députation au camp de Beauport Le Heu
tenant de police de Québec, M. Dane, au nom du peuple. et M. Taché, au nom
Le chevalier dohnstons était un esprit na quitil inquiet et peu tete Dans une lettre 4 Bou gainville co avril 60, Vandrouil disait de fui
eu Je suis tres surpris de fa beerete et de lineonstanee de M de Johnston ame denunder aujourd'hui a joindre Me de elevator dé Levis a Quebec, ne tai avant aceordé dater a Fe axe Noix queapres les sollicitations qu'il fait faire pou M le ehevadies de Levis et Vous, de a aucun ecard a ses représentation.
Le chevalier Johnstone a eerit trois memoire sur de Gand Malgré di tome ete Gtre fantaisistes de celui qu'il a intitulée 5 4 Decdogue on Hodes Dialogue des Morts ia une valeur historique. Lauteun
met en préesenes, dans des ChmpsÆlrsces es ombres de Monte et de Wolfe et tes faiteauser ensemble nya de hetit dans ee dialogue que lomise en scene: Les evenements dont les deux héros Sentretiennent sont les éampagnes auxquelles ils ont pris part, Les deux autres mémoires ont pour titre The Coompaiqu of Louisbouruy, LOS LT SNS = Tu Compriqn of 60 un Canada,
“ASIP[ÉUR JOULIE TL 9D JDIJO Un Ad ÉGCLE 09 st ojutod ef op osuid ‘9oqon() ap onA
du commerce, demandèrent qu’il fût permis aux citoyens de traverser le fleuve et d'aller détruire les batteries de la pointe Lévis. Montcalm venait de conseiller cette opération.
Le détachement se composait d’un ramassis de bourgeois de tout âge et de toute condition, n'ayant ni expérience de la guerre ni discipline. Ils avaient même admis dans leurs rangs les élèves du séminaire, formant un piquet de trente hommes, que les badins avaient baptisé du nom de Royal-Syntaxe. En un mot, c'était un assemblage réunissant tous les éléments propres à amener un désastre. Une centaine de volontaires, tirés des bataillons de la Sarre et de Languedoc, leur furent adjoints, ainsi que quelques sauvages. Ils partirent, le soir du 12 juillet, au nombre de quinze cents, sous les ordres de M. Dumas, l’un des meilleurs officiers de la colonie, à qui était échu le dangereux honneur de commander cette expédition. [ls remontèrent jusqu’à Sillery, où des bateaux rassemblés d'avance les transportérent à l’est de la rivière Etchemin. Dumas y laissa cinquante hommes à la garde des bateaux et mit sa troupe en marche sur deux colonnes par une nuit très obscure. À une petite distance du camp anglais, il fit halte près de la maison d’un nommé Bourassa, d'où il envoya quelques Canadiens et sauvages à la découverte, qui trouvèrent la campagne déserte devant eux. Le détachement s’ébranla de nouveau; mais, les guides s'étant égarés, on s'arrêta pour se reconnaitre. Ieureusement que quatre-vingts habitants de la pointe Lévis arrivèrent en ce moment, qui rassurérent M. Dumas sur sa marche. Comme l'avant-garde du détachement se relevait pour partir, elle fut entrevue dans l'ombre par l’autre colonne, qui s'était avancée le long d’une clôture et qui la prit pour un parti d’ennemis. Une terreur panique courut dans leurs rangs; ils se débandèrent et prirent la fuite. Une fusillade, partie en cet instant du corps des étudiants, mit les deux colonnes en déroute. Tous les efforts de M. Dumas et de ses officiers pour rétablir l’ordre furent inutiles. Le vertige s'était emparé de cette foule, qui fuyait vers les bateaux. Deux autres décharges de mousqueterie, tirées pendant qu'on faisait la descente de la falaise, tuèrent deux hommes et en blessèrent trois. Quand M. Dumas arriva au lieu de l’'embarquement, les deux tiers de la troupe étaient déjà dans les bateaux prêts à s'éloigner du rivage. Il eut des peines infinies à les faire débarquer et à rétablir un peu d'ordre. Il les gourmanda sévèrement, mais ne jugea pas prudent de retourner sur ses pas, de crainte que la fusillade n’eût donné l’éveil aux Anglais. D'ailleurs le jour approchait. I était à peine huit heures du matin quand le détachement rentra en ville, couvert de honte et de confusion. Gette équipée fut appelée le « coup des écoliers ».
Ce fut le signal d’un déménagement général dans toute la ville. La plupart des familles s’'enfuyaient vers la campagne ; le reste s’entassait le long des remparts de l’ouest, hors de portée des bombes et des boulets, où dans les faubourgs. Les rues étaient encombrées de voitures chargées de meubles et d'objets de ménage, dont on vidait les maisons. Bientôt la porte du Palais ne suffit plus à la circulation; on dut ouvrir celles de Saint-Jean et de Saint-Louis. I ne resta à la basse ville, et dans la partie exposée de la ville haute, que la garnison et les hommes organisés en compagnies de sapeurs-pompiers, occupés à faire des approvisionnements d’eau dans les différents quartiers. Les ursulines et les hospitalitres laissèrent leur
s monastères à la garde de quelques-unes de leurs sœurs et allèrent se réfugier à
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l'Hôpital général, On retira la poudre des magasins. et on en fit un dépôt à Nainte- Foye.
Déja quelques bombes et boulets avaient été lancés sur la ville. A neuf heures du soir, sur un signal donné par une fusée partie du vaisseau amiral, les mortiers et les canons des batteries de la pointe Lévis commencèrent à tirer à la fois. Toutes les bombes étaient dirigées sur la haute ville, aux endroits où s'élevaient les plus grands édifices et les pâtés de maisons les plus compacts. Le dommage fut très considérable dès cette première nuit. Plus de trois cents bombes et pots-à-feu furent lancés en moins de vingt-quatre heures, Cette pluie de fer et de feu ne cessa que lorsque la malheureuse cité ne fut plus qu’un monceau de ruines et de cendres. La cathédrale, une grande partie de la haute ville et toute la ville basse devinrent la proie des flammes. On pouvait compter les maisons qui n'avaient pas été trouées ou endommagées par les projectiles. Plusieurs personnes furent tuées. Les citoyens, dont un grand nombre élaient ruinés par cette mesure aussi cruelle que vaine, regurdaient avec désespoir les nuages de feu et de fumée montant nuit et jour au-dessus de leurs remparts.
Le lendemain du bombardement, Montcalm écrivit dans son Journal: «M. de Pontleroy, sensible au sort des malheureux, à ouvert toutes les poternes aux femmes et aux enfants; et notre regret, à lui et à moi, était de n'avoir pas de pain à donner à tant de misérables :
… Quiequie ipse miserrima vidi, Et quorum pars magna fui!»
L'aile gauche de l’armée française se trouva dans une position inquiétante du moment que les Anglais se virent solidement retranchés sur la rive opposée du Montmorency. Les deux camps n'étaient séparés que par l’étroit chenal de la rivière, qui, aprés avoir formé les rapides des Marches naturelles, va se jeter dans un abime de plus de deux cent cinquante pieds de hauteur, d’où elle traine ensuite languissamment jusqu’au fleuve ses eaux qu’on dirait étourdies de l'énorme bond qu’elles viennent de faire. Les deux rochers qu’elle divise par sa nappe mince et blanche, d’où monte sans cesse un nuage de vapeur irisé par l’arc-en-ciel, s'ouvrent en un entonnoir qui se prolonge jusqu’à la rencontre du rivage. À marée basse, un guë y est pralicable pendant quelques heures. Les deux armées s'étaient abritées à portée de la voix par un fort épaulement, d’où les franes-tireurs échangeaient des balles d’une rive à l’autre. Chaque jour quelques-uns étaient tués ou blessés. Montcalm fut obligé de calmer lardeur de ses gens * @ Il faut lâcher, écrivait-il à Lévis, que nos sauvages, nos soldats el nos Canadisns se ménagent un peu en fusillant; car, quoique nous leur tuions du monde, je regrette bien les nôtres. » Plusieurs batteries, érigées de distance en distance sur chacune des deux rives, lanaient d’un camp à l'autre des bombes, des boulets et des grenades. Le capitaine Knox, qui, après un premier aperçu de la cataracte, s'était promis d'aller l’observer de près et d’en donner une description, s’y trouvait par une journée claire et ensoleillée qui la faisait voir dans loute sa beauté. Si le brave Ecossais, avec sa vive imagination, avait eu la tournure d’esprit classique de Bougainville ou de Montcalm, il n'aurait pas manqué de la comparer à la robe blanche d’une naïade. Il ne
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MONTCALM ET LEÉVIS 261
put résister au plaisir d'y jeter un coup d'œil. Pendant qu'il se livrait à cet imprudent examen, la sentinelle voisine qui l'aperçut lui cria de s'éloigner s'il ne voulait pas être Luë, car elle venait de voir un franc-tireur se glisser de l’autre côté, entre les jeunes pousses de sapins, et lever vers lui son fusil. Déjà une fois l'arme avait alé, Knox achevait à peine de descendre le talus, qu’une balle sifflant au-dessus de sa Lèle faillit interrompre brusquement son intéressant Journal.
L'infatigable et vigilant Lévis parcourait nuit et jour, d'un jarret aussi solide que celui d'un coureur des bois, la ligne qui s'étendait depuis sen camp jusqu’à celui de M. de Repentigny, qu'il avait relié par un chemin de communication ouvert dans l'épaisseur du bois, Cette ligne étant devenue trop dangereuse pour être laissée à la garde des mêmes troupes, l'armée avait été divisée par détachements de quatorze cents hommes qui se relevaient toutes les vingt-quatre heures.
Les bataillons de la Sarre, Béarn et Guyenne, avaient été rapprochés de la gauche, afin de border plus vite les retranchements dans le cas où les Anglais tenleraient le passage de la rivière. Le bataillon de Languedoc et les milices de Québec et des Trois-Rivières, aux ordres de Bougainville, étaient restés à la garde de l'aile droite. De temps en temps un drapeau blanc, agité au-dessus de l’épaulement, faisait taire la mousqueterie et les canons, et, pendant quelques heures d’armistice, les parlementaires échangeaient des poignées de mains, des politesses ou des prisonniers.
Un des parlementaires français dit au général Wolfe :
« Nous ne doutons pas que vous ne détruisiez la ville; mais nous avons résolu que votre armée ne melle jamais le pied dans ses murs, »
A quoi Le général répliqua :
« Je serai maitre de Québec si je reste ici jusqu’à la fin de novembre. »
Un autre oflicier français disait à Knox que Lévis avait sollicité Montcalm de déloger Wolfe du saut Montmorency. Montcalm lui aurait répondu :
« Si nous les chassons de là, ils nous donneront plus de trouble ailleurs; tant qu'ils seront là, ils ne peuvent pas nous faire de mal; laissons-les s'v amuser. »
L'inaction dans laquelle l’armée française avait été tenue depuis l’ouverture de li campagne, le manque de vivres, lt nécessité de couper les foins, qui en plusieurs endroits étaient déjà trop mûrs, et plus que tout cela l'habitude des miliciens de faire ce qu'ils appelaient « un coup » puis de rentrer dans leurs fovers, commençaient à occasionner des désertions que les commandants essayaient d'arrêter par de sévères exemples, Il ne se passait guère de jours non plus sans qu'on vit arriver quelques déserteurs anglais, de qui on Lirait parfois d’utiles révélations. Un de ces déserteurs avait fait partie d’une garde placée en face de Québec, Il avait prétexté d'aller voir une pêche tendue au bas de la côte, el S'v était jeté à la nage. Quelques canonniers français l'aperçurent à mi-chenal, se lancérent dans un canot et le hissérent à bord, Après l'avoir interrogé, Montcalm écrivit à Lévis : € Je suis d'avis de garder strict un homme qui nage si bien et que je soupconne déserteur-espion pour s’en retourner. :
À mesure que les jours s'écoulaient, les hésitations de Wolle devenaient plus apparentes. Les Français s’étonnaient de voir qu'un général aussi actif passät son temps à tâtonner. L'armée régulière ne s’en impatientait pas moins que les milices. Plus que tout autre, Montcalm avait peine à contenir son ardeur, et il avait besoin
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de toute sa raison et de l'avis des autres commandants pour continuer à se tenir sur la défensive, « En général, disait-il, tout le monde désire la fin de tout ceci. L'ennemi hérisse de canons et de mortiers lous les points du saut qui en sont susceplibles.. Ces travaux, de la part d’un ennemi qu'on disait extrêmement expéditif, nous font soupeonner qu'ils veulent nous épuiser à tous égards, Je le soupçonne actuellement de n'avoir d'autre but que de nous lasser et nous faire quitter notre position, On doit envoyer ce soir un gros détachement de sauvages. Je crois qu'on ne peut trop en envoyer à la guerre : sauvages, Canadiens, soldats, Français, seul moyen de les tenir en haleine et d'empêcher les désordres qui naissent de l'oisiveté, On en tirerait encore un bon parti en hareelant l'ennemi et en augmentant la crainte qu'il a des sauvages, Car, ajoutait-il à Lévis, ils ont diablement peur des sauvages... M. de Lusignan me relève ce soir au camp, et je vais passer mes huit jours en ville. »
Chemin faisant, il remarquait le soin que prenait le général Wolfe d'organiser ses marins en armée régulière, & Quinze cents matelots, dit-il, descendent tous les jours à la pointe Lévis et y sont exercés au maniement des armes et à tirer; le soit ils retournent à bord. »
Les chaleurs étouffantes du mois de juillet amenaient de brusques changements de température : des orages chargés de tonnerre et d'éclairs montaient à l'horizon, jetaient un voile noir sur le disque du soleil et enveloppaient bientôt dans la mème obseurité le cap de Québec, Pile d'Orléans et les deux rives du fleuve. Alors un singulier concert commençait entre le ciel el L erre : les coups de canons tirés entre la pointe Lévis et la ville, et à deux lieues plus loin, d'une rive à l’autre du Montmoresey, répondaient aux éclats de la foudre roulant au-dessus du bassin ave des éblouissements d’éclairs et des sillons de feu, coupant le ciel en deux, quand le tonnerre tombait quelque part. Les déluges d’eau qui éclataient ensuite faisaient taire les canons et rentrer les soldats sous leurs tentes menacées d'inondation. Le tonnerre s'éleignait peu à peu dans le lointain, et durant quelques heures le calme et la paix de la nature remplacaient le tumulte de la guerre. Après ces orages, quand le soleil percait les nuées et que l'atmosphère redevenait sereine, les monlagnes semblaient S'être rapprochées, lant les objets y apparaissaient nets et distincts sous le ciel éclatant de l'été. Le bassin de Québec était devenu comme un amphithéâtre aux proportions gigantesques avec ses coleaux pour gradins, où stationnaient des multitudes attentives aux divers combats qui *e livraient, tantôt sur l’eau entre les canonnières et les vaisseaux anglais, tantôt sur terre, d'un côté ou de l’autre du littoral.
Les nuits ne faisaient que changer le genre du spectacle : la flotte, qui s'était encore rapprochée avec ses transports, illuminait la rade d’une multitude de falots; les bombes traçaient dans l'obscurité des courbes de feu, et les incendies qui con- Linuaient à consumer Québec donnaient au cap Diamant l'apparence d’un volcan en éruption.
La ville presque déserte était devenue le repaire des voleurs, qui Ÿ commellaient toute espèce de désordres. À peine une bombe avait-elle brisé une porte ou les fenêtres d’une maison pendant la nuit, qu’elle était pillée ou dévastée. Pour arrèter ces désordres, on publia une ordonnance de peine de mort contre les voleurs, et,
pour effrayer plus par la menace que par la réalité du châtiment, on dressa deux
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potences prés des remparts, Des patrouilles furent organisées pour faire la dans les différents quartiers.
Les nouvelles qui arrivaient fréquemment de Carillon inspiraient peu d'inquiétude, car le général Ambherst opérait avec la mème lenteur qui avait désespéré Wolte à Louisbourg. Mais celles venues de Niagara au milieu de juillet furent des plus alarmantes. M. Pouchot s'y était cru trop peu menacé, et avait eu l'imprudence de diviser ses forces en envoyant un fort détachement à la Belle-Rivière. « Ainsi que je l'avais prévu, mon cher chevalier, malgré les raisonnements canadiens de Pouchot, les ennemis out débarqué, le #, trois mille hommes sans qu'il s'en soit douté. Il à envoyé des courriers pour ramener son armée du fort Duquesne. Va-t'en voir, Jean, s'ils viennent. Il était plus simple de ne pas les v faire aller, Je vois le Canada attaqué par six endroits : le saut Montmorency, la pointe Lévis, Carillon, la tête des rapides, Niagara et le fort Machault. Le bel er-voto si nous en sauvons une partie celte campagne! »
Quelques familles affamées descendaienr de temps en temps aux camps anglais pour s’y faire nourrir; d'autres, surprises dans les bois et amentes prisonnieres, étaient reraises en liberté avec des préserts et des copies de la proclamation de
Wolfe. Mais ces invitations ne produisaient pas plus d'effet que la première; car, si la population gémissait du joug présent, elle redoutait encore plus celui de l'Anglais.
Dans la nuit du 18 juillet, les sentinelles en faction sur les remparts de Québec crurent reconnaitre, à de vagues blancheurs glissant sur l’eau, l'approche de quelques vaisseaux anglais : c’étaient, en effet, le Sutherland, vaisseau de cinquante canons, une frégate et cinq autres voiliers, qui cherchaient à remonter le fleuve A peine pouvait-on les distinguer, car la nuit était très obscure. Une fraiche brise de nord-est avait couvert le ciel de nuages. Toutes les batteries de la basse ville et des remparts firent leu; mais, avant qu'elles eussent causé aucun dommage, les aisseaux, favorisés par la marée montante et le vent, eurent dépassé la ville,
Le lendemain matin, les Anglais, stationnés à la pointe Lévis, purent remarquer deux cadavres suspendus à un double gibet, vis-à-vis la terrasse du château : c’étaient ceux de deux marins faisant partie de la © patrouille flottante » , condamnés pour mulinerie et pour défaut de vigilance. Le châtiment avait été sommaire, mais le mal était fait. Jusque-là on avait espéré pouvoir arrèler tout vaisseau qui tenterait le passage.
Maintenant le siège entrail dans une nouvelle phase : pour la première fois, Montcalm se voyait contraint de diviser ses forces. La communication avec ses dépôts de vivres et de munitions de guerre était menacée, et son armée pouvait ètre prise à revers : « Nous serions serrés de trop près, disait-il, et hors d'état de tenir, si jamais l'ennemi s'établissait sur les hauteurs qui dominent du côté de la terre. »
Cette dernière manœuvre de Wolfe était un nouveau lâtonnement qui faisait dire à Montcalm : « Tout ceci devient tous les jours plus obseur. » L'armée anglaise, déjà dispersée sur trois points difliciles à secourir : le saut Montmorency, lile d'Orléans et la pointe Lévis, se trouva occuper une quatrième position. I fallait, pour se justilier, que Wolle comptàt sur la détermination bien arrètée des Français de rester sur la défensive. L'extrémité où était la colonie leur imposait cette tactique.