ER
MONTOALM ET LEVIS 289
sades afin d'attirer l'attention de l'ennemi, Ceci ne fut pas plutôt exécuté, que la tranchée parut toute remplie d'assiégeants, qui se découvrirent jusqu'à la ceinture, La sortie n'eut pas lieu.
Un guerrier iroquois, ami des Français, qui se trouvait dans le fort, demanda et obtint du commandant la permission d'aller se mêler au combat. I traversa les
La tin du combat ne fut qu'un massacre dont les horreurs sont restées le secret Ï des solitudes de Niagara.
lignes anglaises sans être remarqué, rejoignit l'armée de Ligneris, fut témoin de sa défaite, et revint dans l'après-midi en donner la première nouvelle, Quoiqu'il donnât des détails précis et désignât les noms des officiers faits prisonniers, M. Pouchot refusa d'y croire.
Deux heures après, un pavillon parlementaire fut arboré sur la tranchée, et le major Hervey vint lui remettre une lettre de M. Johnson, dans laquelle il lui disait d'ajouter foi à la parole du gentilhomme qu'il lui députait, fils de lord Bristol, qui lui apprendrait la déroute de l’armée de secours et lui remettrait la liste des officiers français captifs dans son camp. Pouchot feignit de ne rien savoir, et
demanda qu'il fût permis à un de ses officiers d'aller parler aux prisonniers. Il confia ce message à M. de Services, capitaine au régiment de Royal-Roussillon. Cet officier vit en effet MM. des Ligneris, Aubry, Marin, blessés, gisant « dans une feuillée » avec leurs compagnons d’infortune, aup's de la tente de sir William Johnson, qui s’occupait de les racheter var des présents. Les sauvages avaient fait cent cinquante chevelures et quatre-vingt-seize prisonniers qui ne furent pas rachetés, et qui, par conséquent, étaient condamnés selon la coutume indienne soit au bûcher, soit à l’esclavage. Ce destin inspira à un sauvage un acte de pitié qui ne pouvait naître que dans la pensée d’un Peau-Rouge. Ce guerri r était l’ami intime d’un cadet de la colonie nommé Moncour. Le voyant captif, il alla le trouver et lui dit : « Mon frère, je suis au désespoir de te voir mort; mais sois tranquille, je veux empêcher qu’on te fasse souffrir. » Et d’un coup de casse-tête il l'étendit mort à ses pieds.
Dans le conseil de guerre tenu par Pouchot, il fut reconnu qu’il n’y avait plus d'effectifs que trois cent quarante hommes de la garnison; les autres gisaient dans les hôpitaux ou avaient été tués. Il n’y avait en outre que cent quarante fusils en état de servir. Une plus longue résistance n'aurait eu d’autre résultat que d'exposer tout ce qu'il v avait d’êtres vivants dans le fort à être égorgés par les sauvages.
Aux termes de la capitulation, qui fut signée ie 25 juillet, la garnison devait sortir du fort avec les honneurs de la guerre, être protégée de toute insulte de la part des sauvages et conduite à New-York. Les femmes, les enfants et l’aumônier seraient escortés jusqu’au prochain poste français.
Avant d'ouvrir les portes du fort, le commandant rangea en ordre de bataille sur la place d'armes toute la garnison, armée jusqu'aux dents, les havresacs entre les jambes de chaque soldat. Il leur fit comprendre la nécessité de celte manœuvre, s'ils ne voulaient pas se faire égorger comme des moutons, à l'exemple de la sarnison de William-Henry. S'il fallait moirir, leur dit-il, mieux valait être Lué en se battant en brave qu'au milieu des tortures. Du moment qu’un sauvage les attaquerait, ils devaient le repousser à grands coups de poing: fu de pieds dans le ventre. Es savaient qu'aux yeux des Indiens ce n’était pas une insulte, et qu’ils ne chercheraient à se venger que des coups portés avec des armes. Le mauvais temps commencé la veille ayant tourné en une tempête qui dura jusqu’au 26 et empècha toute embarcation de sortir sur le lac, la garnison déjà exténuée fut près de trente heures en bataille. Les Anglais, qui avaient pris possession du fort, auraient voulu que la garnison livrât ses armes, sous prétexte qu'ils auraient moins de peine à la défendre. Le commandant s’y refusa obstinément, les assurant qu’ils n'étaient pas capables d'empêcher les sauvages d'entrer. Effectivement, il n’y avait pas deux heures que le fort était rendu, que les murailles étaient escaladées de toutes parts par plus de cinq cents sauvages, qui entourèrent la garnison et cherchèrent à enlever les armes aux soldats; mais ceux-ci, résolus à tout, les bousculérent si rudement, qu'ils les tinrent en respect. Dès lors ils se montrèrent paisibles et
TM, des Ligneris avait été blessé mortellement, « L'Anglais à la dureté de l'abandonner dans une cabane, seul et sans secours, et il meurt dans les plus vives douleurs. 11 emporte en mourant le regret de laisser presque toute sa famille prisonnière, » (faire du Canada; Mémoire de M. Duverger de Saint-Blin.) -— «MM, Marin et de Montigny ont reçu la bastonnade par les Agnicrs. » (Journal de Montcalm.)
nniers.
sillon.
ns une lilliam nt fait nt pas dienne le pitié t l'ami rouver quille, élendit
hit plus t dans Lsils en Pxposer xcs.
devait de la mônier
bataille s entre lœuv'e, la sar- 6 en se utaqueventre.
e cherps cOMmpêcha * trente L voulu ne à la ent pas s deux es parts érent à ‘rent si ibles et
dans une le regret verger de urnal de
essayérent plutôt à les consoler qu’à les insulter. La même chose serait arrivée à William-Henry, si les Anglais avaient montré la même énergie.
Dans l’après-midi du 25, la garnison du fort Niagara sortit de la place, « le fusil sur Pépaule, tambour battant, et deux pièces de gros canons à la tête de la colonne. » Les soldats ne livrèrent leurs armes qu'après être montés dans les embarcations, qui prirent immédiatement le large. Ils partaient plutôt écrasés par le nombre que vaincus, après s'être montrés braves jusqu’à la fin. Avec eux disparaissait la puissance française dans le pays des lacs, où elle avait régné vendant plus d’un siècle. D’autres races étaient destinées à le peupler; mais aucune n’y a laissé d’empreinte plus glorieuse ni de souvenir plus aimé.
BATAILLE D'ABRAIANM
Pendant le trajet que le chevalier de Lévis avait fait de Québec à Montréal, il avait été attristé de l’aspect désert des campagnes, où l’on ne voyait que des femmes, des enfants et quelques vieillards occupés aux moissons, dont la plus grande partie était encore sur pied et se gâtait sous les averses fréquentes qui tombaient depuis le commencement du mois d'août. Le danger de la disetie lui parut plus pressant que celui de ennemi, et il laissa à Montréal la moitié de son détachement pour y être employée aux récoltes. « Il encouragea, dit-il, les femmes, les religieuses, les prêtres, et généralement tout le monde de la ville à aider directement ou indirectement à ce travail dont dépendait le soutien du pays. »
Le chevalier fit une inspection minutieuse du Saint-Laurent jusqu’à Frontenac, pour en reconnaître les endroits susceptibles de défense. I fit immédiatement commencer, sur une île située à la tête des rapides, un petit fort auquel Vaudreuil donna le nom de Lévis. L’ingénieur Desandrouins avait été rappelé de l'ile aux Noix pour en faire les plans et en surveiller la construction. Peu de temps auparavant était arrivé au camp du chevalier de La Corne, dressé dans l’île aux Galops, M. de Langy, toujours prêt à accourir aux endroits les plus menacés. Sa présence avait communiqué une nouvelle ardeur aux partis de découvertes. Un de ces partis s'était rendu jusque sous les murs de Niagara, et en avait rapporté des informations qui avaient calmé les appréhensions qu’inspirait cette frontière. L'armée de Johnson n'avait fait aucun mouvement depuis la prise de ce fort, et ne paraissait occupée qu’à s’y fortifier.
La mission que le chevalier de Lévis avait à remplir à l’île aux Noix était assez délicate, car M. de Montcalm venait de lui écrire que Bourlamaque avait été froissé en apprenant sa visite d'inspection. « Je crois, écrivait Montcalm, n'avoir p:s besoin, mon e«*:: chevalier, de vous recommander, dans votre tournée à l'ile aux
Noix, d'agir vis-à-vis de Bourlamaque comme vous voudriez qu'un lieutenant général en agit vis-à-vis de vous s’il venait dans un poste que vous eussiez arrangé. »
Lévis, avec son tact ordinaire, n’eut pas de peine à se conformer à ce conseil; il n’eut d’ailleurs qu'à approuver les dispositions prises par Bourlamaque.
Bourlamaque était du reste un soldat aussi actif qu'intelligent. La belle retraite qu'il venait de faire devant des forces supérieures en était une preuve, et il allait se distinguer encore davantage par sa conduite à l'ile aux Noix. Cinq jours après son arrivée dans celle île, il avait écrit à son général les dangers de tout genre qui l’entouraient dans sa nouvelle position. Les retranchements commencés étaient mal faits, et il était obligé d'en modifier le plan. « Les terres, ajoutait-il, sont sèches à droite et à gauche de Pile; un chemin magnifique mêne à Saint-Jean par les profondeurs, cinq ou six lieues au plus. Le portage par la baie de Missiscouy très aisé... tombe à une lieue au-dessous de Pile aux Noix; beau chemin, trois lieues et demie d’une eau à Pautre... La pointe en avant de l'ile aux Noix fournit un beau débarquement à couvert de mes retranchements, el mène jusqu’à un endroit de la rivière du Sud enfoncé d’une licue dans les profondeurs, d’où les bateaux peuvent venir dans la rivière Saint-Jean... Voici donc trois portes pour gagner le fleuve Saint-Laurent. » Dans une lettre précédente, Bourlamaque disait au même Montcalm: € Si vous étiez sur le lae Champlain, vous connaitriez bientôt la baie de Missiscouy et cette rivière du Sud, et, en présentant une tête à l'ile aux Noix, vous réussiriez à prendre Saint-Jean sans vous embarrasser de celte ile... Mais, heureusement, ils ne feront pas ce que l’on peut faire. »
Si, en effet, Amherst eût débarqué au commencement d’août, à la sortie du lac Champlain, et marché directement sur Saint-Jean, comme le redoutait Bourlamaque, il n'aurait rencontré sur sa route qu'un petit corps d'armée de deux mille huit cents combattants, dont il n°v avait que dix-sept cent soixante-dix-huit de troupes régulières. Le reste se composait de miliciens, parmi lesquels € un grand nombre d'enfants et de vieillards ». Sur cet effectif, Bourlamaque aurait eu encore à défalquer quelques centaines d’ommes pour garder Pile aux Noix. Le camp d'observation placé à Laprairie, sous M. de Rigaud, n'était que de quatre à cinq cents homimes et quelques sauvages. La flotte en miniature jetée sur le lac n’était montée que par cent soixante -dix huit hommes, y compris les équipages. C’était avec ces moyens infimes que Bourlamaque avait à faire face aux onze mille hommes d’Amherst. I v réussit à force d'activité. En quelques semaines il eut élevé et armé de canons de solides retranchements, barré la rivière de chaque côté de Pile par de fortes estacades, en un mot mis la place en état de soutenir un coup de main. À peine prenait-il quelques heures de repos. « Afin, disent les Mémoires sur le Canada, d’être toujours prêt à la première alerte, il se couchait de travers sur son lit, pour qu’une blessure dont il se sentait encore ne le laissât pas dormir longtemps ; il faisait toutes les nuits quatre ou cinq rondes, et Lous les jours il était aux travaux; lui seul ne reposait point, ayant soin de faire relever exactement les trava leurs par ceux qui avaient pris leur repos, et qu’au sortir de leurs travaux ils trouvassent leur ordinaire prêt. »
De temps en temps un petit billet daté du camp de Beauport, et tout récemment du saut Montmorency, où Montcalm avait établi son quartier général, linstruisait des opérations du siège de Québec. Mais ce qu'on ne pouvait lui apprendre,
Ne
mme men
QUE 27 2e SMS
aite lait près qui mal iches r les très ieues beau de la uvent leuve Montle de | vous ureu-
lu lac ourlamille uit de grand ‘ncore camp \ cinq n’était C'était )mmes evé el le Pile up de res Sur rs sur dormir il était ent les ravaux
récem- |, linsendre,
| fe
c'était l’état de consternation où se trouvait l’armée assiégeante, à qui on avait vainement essayé de cacher la maladie grave dont était atteint le général Wolfe depuis sa défaite à Montmorency. Sa faible constitution, minée par les fatigues du siège, n'avait pu résister au choc qu'il avait ressenti lorsque, du haut du navire d’où il dirigeait la bataille, il avait vu tomber l'élite de ses soldats, et avec eux les espérances dont il s'était flatté jusqu’à ce jour. Il crut son expédition manquée ; il eut même l’idée d’aller se fortifier à l’île aux Coudres, et d’y laisser uns partie de son armée, dans l'intention de revenir au printemps. Après l’échec du 31 juillet, il avait eu le tort d’en rejeter la faute sur ses braves grenadiers, à qui il reprocha d’être montés à l’assaut avec trop de précipitation. La faute en était bien plus au général, qui n'avait pas suffisamment calculé les difficultés qu’il avait sous les yeux. C'était sous l'empire du même désappointement qu’il avait lancé le manifeste que les écrivains amis et ennemis lui ont reproché, et dans lequel il déclarait aux Canadiens qu’ils n’avaient plus droit à sa pitié, puisqu'ils avaient méprisé ses offres de protection et refusé d’observer la neutralité qu’il leur avait demandée. En justice pour lui-même et pour son armée, il ne pouvait, disait-il, s'abstenir plus longtemps de les châtier de leur ingratitude, et il allait déchainer ses soldats pour incendier leurs habitations, détruire leurs bestiaux et ravager leurs moissons.
À partir de ce moment, ses hordes de rangers, soutenues de l'infanterie légère et des Écossais, se répandirent des deux côtés du fleuve la torche à la main. On pouvait suivre leur marche aux nuages de fumée qui le jour s’élevaient dans les airs, et la nuit aux lueurs sinistres qui marquaient de taches rouges les maisons, les granges, les étables en feu. Les familles, retirées aux confins des paroisses, stationnaient sur les montagnes où les hauteurs qui dominent les forêts, et suivaient d’un œil de désespoir le progrès de ces dévastations. Des cris et des lamentations éclataient dans un groupe ou dans un autre, à mesure qu’ils apercevaient les flammes percer le toit de leurs habitations. Montcalm fut saisi de pitié pour les miliciens des paroisses les plus exposées. Il organisa neuf partis différents pour s'attacher aux pas des incendiaires et les décimer : un bon nombre, en effet, ne revint pas de ces incursions. Les rangers, de leur côté, sous le prétexte toujours facile à inventer que les Canadiens se déguisaient en sauvages, scalpaient ceux qui tombaient sous leu:s coups. Toutes les paroisses de l’île d'Orléans, celles de la côte de Beaupré, depuis le saut Montmorency jusqu’au cap Tourmente, tout le littoral de la baie Saint-Paul, et vis-à-vis au sud du fleuve, sur une étendue d’une dizaine de lieues, depuis la rivière Ouelle jusqu’à lislet, tout fut réduit en cendres. Malgré l’injonction faite par le général anglais d’épargner les églises, plusieurs furent détruites.
« Les Anglais, remarque Montcalm, fidèles imitateurs de la férocité de nos sauvages, ont fait la chevelure à quelques habitants de la côte du sud. Croira-t-on qu'une nation policée s'acharne de sang-froid à mutiler des cadavres? Cette barbarie aurait été abolie parmi les sauvages, S'il était possible de les corriger. On leur paye fort cher les prisonniers, très peu les chevelures. On Sv est pris de toutes les manières et sans fruit; mais on n’a pas à se reprocher d’avoir suivi leur exemple. »
Le système de stricte défense adopté par Montcalm lui interdisait de s'opposer à ces ravages autrement que par de petits partis, qui ne pouvaient qu’inquiéter les
oi | 1 18
EN DT pre
incursionnistes. [l concentra son attention sur la côte nord du fleuve, au-dessus de Québec, où la ruine des campagnes s’aggravait du danger imminent de se voir eouper sa ligne de communication avec ses dépôts d’approvisionnements, ce qui, en peu de jours, l'aurait mis à la merci de son adversaire. Il détacha le colonel de Bougainville avec mille hommes et la cavalerie de Rochebeaucour, et lui ordonna de s’échelonner le long du fleuve, d’épier tous les mouvements des ennemis, et de les repousser énergiquement partout où ils se présenteraient. Cette tâche allait être extrèmement ardue et fatigante, car les Anglais, menaçant plusieurs points à la fois, forceraient les troupes à des marches et contremarches continuelles.
Le général Murray avait été expédié avec douze cents hommes montés sur des berges transportées par terre jusqu'à l'entrée de la rivitre Chaudière. Il devait d'abord aider les vaisseaux anglais passés devant Québec à détruire la petite flotte française stationnée aux rapides de Richelieu, vis-à-vis Deschambault; puis saisir toutes les occasions d'attaquer les troupes postées le long du rivage, et y faire des incursions. À une première descente à la Pointe-aux-Trembles, il fut repoussé avec perte de quelques soldats; et à une seconde, tentée une lieue plus bas, ses premières berges avaient été criblées de balles par les tirailleurs canadiens cachés dans les buissons du rivage; une partie des hommes avaient été tués ou blessés, le reste avait regagné précipitamment le large. Murray eut un meilleur succès à Deschambault, où il eut le temps de débarquer avant l'arrivée des Français. Il mit le feu et réduisit en cendres la maison d’un des principaux habitants du lieu, le capitaine Perrot, où se trouvaient les équipages des officiers. Quinze hommes de la cavalerie, commandés par le major de Belcour, entrèrent en ce moment au grand galop dans le village, et se présentèrent hardiment malgré leur petit nombre. Les Anglais, les prenant pour une avant-garde, se rembarquèrent précipilamment avec perte de vingt-deux hommes, sans compter les blessés.
Montcalm avait été si fort alarmé à la première nouvelle de cette descente, qu'il avait laissé le commandeinent de son camp à M. de Senezergues, et élait parti incognito, décidé à tout risquer pour empêcher les Anglais de se fortilier.
Peu de jours auparavant, Montcalm notait dans son Journal: & Un vent de nord-est violent, avec un brouillard épais, a tenu l’armée et la garnison très alertes. On peut être battu, c’est le malheur ordinaire au plus faible; mais le comble de lPinfortune, c’est d’être surpris. »
On eût dit qu'il avait un vague pressentiment de ce qui devait lui arriver, lorsqu’il faisait cette interrogation à Bourlamaque : « Je ne sais qui de nous trois sera le plus tt défaitt, »
La situalion était, en efet, désespérante. Le bombardement de la ville, qui n'avait pas cessé, y avait accumulé de nouvelles ruines. En une seule journée, cent soixante maisons de la basse ville furent brûlées, et plusieurs caves voutées, renfermant une grande quantité d'objets précieux, crevées et abimées par les bombes,
19 août 4759, «Ce général, qui nhonorait de son amitié, m'a témoigné être fort occupé des différents mouvements des Ancleis el avoir des pressentiments ficheux, » (Journal de Malarlie, p. 277.) Moutealm donnait à ses presscatiments une tournure prophétique lorsqu'il éerivait de Wolfe, dont il avait compris
le caractère : @ I faut que cet homme finisse par un grand effort, par un coup de tonnerre, (Journal, 26 août.) Gette appréciation rend encore plus incompréhensible l'obstination de Montcalm à mépriser les avis de Vaudreuil,
h 4 be ÿ R | 0 MONTCALM ET LEVIS 295 | \ê.
fé de Ce quartier était le plus riche de la ville. Plusieurs citoyens opulents y avaient tout (tt QE perdu. Autour de Québec et jusqu’à vingt-cinq lieues plus bas, les campagnes pré- ill (l ul, sentaient la mème désolation. Dans l’armée, la détresse, devenue extrême, amenait il ro de le désordre et la désertion. Malgré les menaces et même les châtimeuts, une masse 11 na de Canadiens étaient retournés dans leurs foyers, pour y faire les récoltes et if de amasser quelques autres provisions, afin de ne pas mourir de faim pendant l'hiver. qu # tre Un grand nombre d’entre eux, dont les habitations avaient été incendiées, étaient Al on | la ; en outre obligés de se faire des abris pour leur famille et les quelques bestiaux A ‘| qu'ils avaient pu sauver. Plus de deux mille Canadiens, disait-on, avaient aban- k es Î donné le camp. 1 à ait L Chaque fois que le vent tournait au nord-est, quelques vaisseaux ennemis ten- M: ue : taient le passage devant Québec, et souvent y réussissaient, malgré la canonnade il isir de la ville. À la fin d'août, l'amiral Holmes se trouvait à la tête d’une douzaine de Al des vaisseaux, dont les uns ancraient depuis Sillery jusqu’à Saint-Augustin, et dont les ë A vec autres montaient et descendaient avec la marée, dans le but de fatiguer nos F ë re- L troupes. La proximité de cette flottille avait forcé les vaisseaux français de remonter | uns # le Richelieu jusqu'aux Grondines. Le fleuve était tellement infesté de berges |! ste anglaises, que les convois de vivres, qui lous venaient par eau de Montréal et des Ù 4 me Trois-Rivières, ne pouvaient continuer leur route sans un péril extrême. Le trans- î feu port par terre élait devenu si difficile et si lent, faute de chevaux, de voitures et pl ins d'hommes pour les conduire, que l’armée était à la veille de manquer de provi- * ‘4 16 V sions. Les soldats étaient réduits à trois quarterons de pain, et le peuple à un | ns quarleron, comme aux plus mauvais jours de la disette. 4 les Depuis la journée de Moutmorency, les vastes salles de l'hôpital général n’avaient 1 à de pas suffi à contenir les blessés qu’on y avait transportés, On avait converti en # { : hôpital tous les appartements disponibles, même la chapelle et jusqu'aux greniers, : 4 u'il hangars, granges, élables et appentis. Le site du monastère, au milieu de la vallée 4 | ati du Saint-Charles, le mettant à l'abri du bombardement de la ville, un bon nombre HAT de familles s’y étaient réfugiées au commencement du siège, en même temps que 008) | de i les ursulines et les hospitalières de PHôtel-Dieu. Les trois communautés réunies, f di + Irès L rivalisant de zèle et de charité, passaient les jours et les nuits auprès des malades. A 16 | le ÿ Les soins délicats qu’elles prodiguaient aux blessés anglais étaient parvenus jusqu’à k 0 | . la connaissance de leurs généraux, qui en avaient témoigné leur gratitude. : A. | La Ê Mer de Pontbriand, retiré au presbytère de Charlesbourg, où il se consumait de { pl GER F la maladie qui allait bientôt l'enlever, descendait cependant presque chaque jour °F : ; consoler les malades de lhôpital général. 13 a ( A deux lieues plus loin, dans la mansarde d'une maison de l’Ange-Gardien voi- ë Li ë sine du camp anglais, Wolfe était en proie à une fièvre qui épuisait le reste de ses à ler- forces. Le capitaine Knox, venu un malin de la pointe Lévis, afin de recevoir des 1h dis L ordres pour sa brigade, apprit qu'il n'avait pu descendre l’escalier pour prendre ù ï son diner. ; 1 Sn Depuis le commencement du siège, Wolfe avait été l’âme de son armée; il la {1 1 “lin tenait dans sa main, parce qu’elle avait une entière confiance dans ses talents mili- : ii ns ; taires. II l'avait étonnée par une activité en apparence incompatible avec sa frèle ‘à : les BA charpente. Passant sans cesse d’une rive à l'autre, il semblait multiplier sa présence. ë ‘1 h ; A l'apparition de sa longue et mince stature dans un camp, ses soldats, animés N co | ;
son impulsion, enlevaient l'ouvrage ou couraient au combat avec l'ardeur qu'inspire le dévouement.
L'arinée se sentit paralysée quand elle se vit privée de sa présence. L’inquiétude qui le tourmentait lui-même s’empara des esprits; on se répéla d’un camp à l’autre que la campagne tirait à sa fin, et qu'avant peu la flotte ferait voile pour l'Angleterre.
Wolle, ne voulant pas que sa maladie retardât les opérations, remit le commandement aux trois brigadiers généraux, Monckton, Townshend et Murray, avec un mémoire contenant trois projets d'attaque. Par le premier, il proposait de remonter de nuit le Montmorency avec une partie de l'armée, de le traverser à trois lieues dans la forêt, et de tomber sur les derrières du camp de Beauport, pendant que le reste des troupes l’attaquerait de front. Par le secand, il faisait traverser de nuit le gué du Saut au corps d'armée de Montmorency, et le faisait marcher le long des retranchements jusqu’à ce qu'on découvrit un endroit facile à escalader. Monckton, avec les troupes de la pointe Lévis, se trouverait prêt à débarquer, du moment que l'infanterie légère aurait gravi le coteau. Le troisième plan se réduisait à renouveler l'attaque du 31, par la droite du camp de Beauport.
Les trois brigadiers n’accédèrent à aucun de ces projets, parce qu’en supposant même qu'on réussit à déloger Montcalm de sa position, il se retirerait derrière les retranchements de la rivière Saint-Charles, et la campagne serait finie avant qu'on püt l'en chasser.
Chose singulière, le seul plan dont Wolfe ne dit rien dans ce mémoire était celui que le général français redoutait le plus, c’est-à-dire de couper ses communications avec ses dépôts d’approvisionnements, en jetant un corps d'armée sur la côte nord, ce qui le forcerait à livrer bataille. Ce fut le plan que proposèrent en dernier lieu les trois brigadiers.
Wolfe y donna son adhésion, plus par condescendance que par convietion; car il ne croyait pas au succès de l’entreprise. L'état d’affaissement moral et physique où il se trouvait semblait lui enlever sa lucidité d'esprit ordinaire. Dans la dépêche qu'il écrivit le 2 septembre au ministre Pitt, il disait : « J'ai acquiescé à ce projet, et nous nous préparons à l’exécuter. L’amiral et moi avons examiné la ville en vue d’un assaut général; mais, après nous être consultés avec l'ingénieur en chef, qui en connait bien l’intérieur, et après lavoir observée avec une extrème attention, nous avons jugé que, malgré la facilité qu'il y avait de réduire au silence les batteries de la basse ville au moyen des navires de guerre, l'assaut en serait peu avancé, parce que le petit nombre de passages qui conduisent de la basse ville à la haute sont soigneusement retranchés,.….. et les batteries supérieures ne peuvent être atteintes par les vaisseaux, qui en souffriraient un dommage considérable, ainsi que des mortiers. L'amiral se serait volontiers joint à moi pour cela ou pour toute autre mesure d'intérêt public; mais je ne pouvais lui proposer une entreprise aussi dangereuse et promettant si peu de succès, À la force peu ordinaire des licux, Pennemi a ajouté un grand nombre de batteries flottantes et de bateaux pour défendre la rivière. À cause de leur vigilance et des Indiens qui entourent nos postes, il est impossible de rien exécuter par surprise... Dans cette situation, nous n'avors que le choix des difficultés, à tel point que je suis en peine de savoir comment inc déterminer... Toutefois vous pouvez être assuré que le peu qui reste de la cam-
DE Re