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vous en envoyät un ordre conditionnel, s'il n'y avait rien à craindre et que tout fût bien... » À la fin de la même lettre il ajoutait : « Je vous voudrais ici pour cette épineuse queue, où je crois à une tentative quelque part. » Et le lendemain : € Voici un travail à faire, où Lapause peut vous servir d'avance, au cas où la colonie soit sauvée, car elle ne l’est pas encore, N'en écrivez rien au marquis de Vaudreuil, mais à moi seul...
« En vérité, s'il nv a rien à craindre pour votre partie, j'avoue, mon cher chevalier, que je vous désirerais bien pour celle-ci, où tout n'est pas encore dit, »
Le jour même que le général français traçcait ces lignes anxieuses, son antagoniste exprimait des idées plus sombres encore dans une lettre à lord Holderness, écrite à bord du Sutherland, ancré vis-à-vis le cap Rouge, L'état du ciel, dans cette journée orageuse, était en harmonie avec la tristesse de ses pensées. Le vent du nord-est, qui s'engouffrait entre les deux falaises, siait lugubrement dans les cordages en blanchissant les vagues autour du vaisseau amiral, La pluie qui louettait les vitres des hublots ne laissait pénétrer qu’un demi-jour dans la cabine où Wolfe écrivait, Sa figure était d'une extrème päleur, car il était à peine rétabli d'une dernière attaque de sa maladie, Après avoir donné au secrétaire d’État un résumé des opérations du siège, des obstacles qu'il avait rencontrés, des préparatifs d’une dernière tentative qu'il croyait inutile, il finissait par cet adieu découragé : « Je suis assez rétabli pour faire ma besogne, mais ma constitution est entièrement ruinée, sans la consolation d'avoir rendu aucun service considérable à l'État, et sans la perspective d’en rendre. »
Était-ce pour s'excuser de n'avoir rien fait qu'il disait à lord Holderness n'avoir avec lui que trois mille six cents hommes, et ne parlait pas du reste des troupes stationnées à Saint-Nicolas, la pointe Lévis et l'ile d'Orléans? La semaine précédente, il avait dit à l'amiral Saunders qu'il emploierait environ cinq mille hommes pour la dernière expédition, which is all L'intend to take, ajoutait-il : ce qui mon évidemment qu'il laissait derrière lui une réserve. D’après le rapport qu'il avait adressé le 2 septembre à William Pitt, il déclarait n’avoir perdu sur les neuf mille hommes débarqués devant Québec que huit cent cinquante et un tués ou blessés, y compris les officiers, En défalquant les malades, manquants, déserteurs, ete., il se trouvait encore un effectif de plus de sept mille hommes, sans compter les milliers de marins qui montaient la flotte.
Les dernières nouvelles reçues d’Amherst ne laissaient espérer aucun secours de ce côté, el une sage précaution de Vaudreuil tenait fermé le Saint-Laurent audessus des rapides de Richelieu. Malgré les plus vives sollicitations, il avait refusé de risquer les vaisseaux qu’il y avait fai monter dans un engagement avec l'amiral Holmes. Leur présence empêchait Wolfe d'exécuter le dessein qu’il avait d'envoyer un détachement attaquer l’armée de Bourlamaque par les derrières et ouvrir le chemin du Canada à celle d’Amherst. « Tout cela, disait-il, aurait pu s’exécuter facilement avec dix batteries flottantes, portant chacune un canon, et vingt bateaux plats, s’il n’y avait pas eu de vaisseaux sur la rivière. »
Le matin du 10, le vent tourna au sud-ouest, et le soleil se levait radieux derrière les coteaux de la pointe Lévis. Wolfe, qui avait déjà fouillé de l'œil toutes les anses et les rochers de la rive nord, depuis Québec jusqu’à la Poiate-aux-Trembles, prit avec lui le brigadier Townshend, l'ingénieur Mac-Keller, quelques officiers, et
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MONTOCALM ET LEVIS 303
descendit jusqu'à une demi-lieue em mont de Québec, vis-à-vis l'anse au Foulon, mieux connue tetuellement sous le nom d’anse de Wolfe, Cet endroit Ini avait, diton, été indiqué par le major Stobo.
Wolfe examemna attentivement à l'aide d’une longue-vue une coulée par où descend le ruisseau Saint-Denis, ombragé aujourd'hui comme alors par de hautes futaies, De chaque côté, surtout à l'est, l’escarpement s'affaisse et forme une déclivité par où passe un chemin publie, Wolfe compta soigneusement les tentes dont les cônes blancs se détachaient à travers les arbres sur le penchant de la falaise. I n’y en avait qu'une douzaine, et il paraissait avoir peu de mouvement aux environs. Wolfe en conclut que le poste était peu gardé, et qu'une surprise de nuit y était peut-être possible, Mais l'entreprise semblait si téméraire, qu'il n'osa la proposer directement au conseil de guerre. I prit un moven détourné. C’est du moins ce qu'aflirment deux annalistes du siège, le chevalier Johnstone et l’auteur du Journal tenu à l'armée, tous deux servant dans le camp français, Il est assez étrange que les chroniqueurs anglais, pas même Knox, dont le récit est pourtant si complet, ne fassent point mention de ce fait. « Les manœuvres que nous voyons faire depuis quelques jours à l'ennemi au-dessus de Québec, dit le Journal, et la connaissance que nous avions du caractère de M. Wolfe, ce guerrier impétueux, hardi et intrépide, nous préparaient à une dernière attaque. La résolution en était effectivement bien prise dans l'armée anglaise. On y avait tenu, ainsi que nous l’avons appris par différents officiers anglais, après la levée du camp du saut, un conseil de guerre où tous les officiers généraux opinèrent unanimement pour la levée du siège. Les officiers de mer observaient que la saison déjà avancée rendait de jour en jour la navigation du fleuve plus périlleuse; et les ofliciers de terre, dégoûtés par la longueur d’une campagne aussi infructueuse que pénible, regardaient comme inutile de rester plus longtemps devant des retranchements qui leur paraissaient inattaquables. D'ailleurs, les uns et les autres ajoutaient que leur armée, toujours en proie aux maladies, se fondait insensiblement. Alors M. Wolfe, voyant qu'il ne pouvait rien gagner en heurtant de front l'opinion générale, prit adroitement les choses d'un autre côté : il déclara aux membres du conseil que, bien éloigné de penser autrement qu'eux, il était au contraire de leur avis sur l'inutilité de prolonger le siège de Québec; qu’aussi, dans la proposition qu'il allait faire, il voulait se dépouiller de la qualité de général pour ne rien attendre que de leur opinion pour lui.
« — Enfin, messieurs, leur dit-il, la gloire de nos armes me semblant exiger que nous ne nous retirions point sans faire une dernière tentative, je vous demande avec instance de vouloir bien ne vous y point refuser. Je veux que, dans cette circonstance, notre premier pas nous mette aux portes de la ville. Je vais dans cette vue essayer de faire pénétrer par les bois de Sillery un détachement de cent cinquante hommes seulement. Que toute l’armée se prépare à suivre. Si ce premier détachement rencontre de la part de l'ennemi quelque résistance, je vous donne ma parole d'honneur que, regardant alors notre réputation comme à l'abri de toute espèce de reproche, je n’hésiterai plus à me rembarquer. » Le zèle qui animait un si brave général passa chez tous les officiers qui l’entendaient, et l’on ne s’occupa plus dans son armée que des dispositions nécessaires pour l’exécution d’un si noble projet. »
Wolfe, qui savait combien sa présence enflammait le courage de ses troupes, alla les visiter dans chacun des navires. Il Gonna à cette occasion un témoignage de sollicitude qui fit une profonde impression. Avant appris que deux officiers du 43e régiment étaient indisposés, 11 leur exprima toute sa sympathie, leur offrit même son canot pour les conduire à la pointe Lévis. Mais ceux-ci, en lui témoignant leur gratitude de sa bonté et de sa condescendance, l’assurèrent qu'aucune considération ne leur ferait quitter leur poste tant qu'ils n'auraient pas vu la fin de cette tentative. Quelqu'un remarqua qu'un de ces officiers était fort mal et n’avait qu'une faible constitution. Wolfe Pinterrompit en s'écriant : © Ne me parlez pas de constitution; cet officier à de l'entrain, et avee de l’entrain un homme peut venir à bout de tout. »
Depuis piusieurs jours, l'escadre de l'amiral Holmes levait l'ancre devant Sillery à chaque marée et se laissait dériver jusqu’à Naint-Augustlin et souvent au-dessus, d'où elle redescendait avec le baïssant. Ce va-et-vient continuel épuisait les troupes de Bougainville, forcées de marcher jour et nuit pour se tenir vis-à-vis des vaisseaux, afin d'empêcher un débarquement.
Enfin, tout étant prèt, la nuit du 12 septembre fut fixée pour la descente. A partir de ce moment, une succession de circonstances inouïes concoururent au plus étonnant suceës, La fortune, qui jusque-là s'était montrée St hostile au général anglais, parut lui accorder toutes ses faveurs. Cette puiésance invisible que les paiens appelaent la fatalité, et que les chrétiens nomment la Providence, voulait le triomphe de sa cause. Deux déserteurs de Roval- Roussillon, échappés du camp de Bougainville dans ar journée du mereredi 42, assurèrent que le poste du Foulon était à peine gardé, et que le soir même un convoi de vivres devait descendre pour ravitailler le camp de Beauport. La difficulté des transports par terre avait contraint le munitionnaire de recourir à ce périlleux expédient, L'essai en avait été fait depuis quelque temps et avait réussi, Les bateliers choisissaient les nuits noires et se laissaient dériver en silence avec leur chargement le long du rivage nord, dans les ténèbres doublement épaisses projetées par les falaises. L'occasion ne pouvait être plus belle pour Wolle et il résolut d'en profiter, I ferait précéder le convoi et tâcherait de tromper les sentinelles en se faisant passer pour Francais.
Dés le matin de ce jour, les cétachements de Saint-Nicolas s'étaient embarqués. et le colonel Burton avait ordre de réunir à la nuit tombante tout ce qui restait de troupes disponibles, tant à la pointe Lévis qu'à Pile d'Orléans, de remonter, en suivant le pied de la falaise, jusue vis-à-vis lanse du Foulon, où il se tiendrait prèt à traverser au premier signal.
Ce même jour, Wolle lança du vaisseau amiral, le Sutherland, sa dernière proclunation :
« Les forces des ennemis sont divisées, dit-il; il v a maintenant une grande diselle de vivres dans leur camp et un mécontentement universel parmi les Canadiens, Le second commandant est allé à Montréal où à Kaint-lean, ce qui nous donne raison de penser que le général Amherst S'avance dans l’intérieur de la colonie. Un coup vigoureux frappé par notre armée dans cette conjoncture peut décider du sort du Canada. Nos troupes au-dessous de Québec sont prêtes à se joindre à nous; toute notre artillerie légère et les outils sont embarqués à la pointe Lévis, et les troupes débarqueront là où les Français semblent s’y attendre le
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