‹ Guerre du Canada, 1756-1760 [microforme]Chapitre 68 sur 86 · II · texte numérisé non relu

II

MORTE MONTONEM = CAPETULATION DE QUEBEC

La bataille d'Abraham, considérée au point de vue du nombre, ne fut qu'une sanglante escarmouche, puisque les deux armées réunies ne formaient pas dix aille hommes, Mais, observée au point de vue des résultats, elle est un événement dans Le xvmE siéele, Elle à sonné l'heure de indépendance américaine, d'oûr est née la grande république qui tend'aujourd'hui à déplacer le centre de la civilisae on, Les Anglais n'avaient en que six cent soixante-quatre hommes tués, blessés el manquants. Les régiments qui avaient le plus souffert étaient ceux des Highlinders, du Roval-\mérieun et d'Anstruther, les trois qui S'étaient battus contre les Canadiens, La perte des Français m'avait guère été plus considérable que celle des Anglais, Elle étuit de sept à huit eentS hommes tués, pris où blessés, d'après Le Journel ten à armée seulement de Six cents soldats et de quarante ofliciers, au rapport de Vaudreuil.

Mais punis déroute avait été plus complète elle fat d'autant plus irrépres- Sible, qu'il nv avait pas de corps de réserve, eût été pourtant st facile de faire sortir cinq à SN cents hommes de la ville, où ils étaient inutiles, puisque la batulle se Hivrait sous ses murs. Mais telle avait été lt précipitation de l'attaque, qu'on avait pas mème songé à la possihiité d'un échec, L'armée avait Gé saisie d'un afolement inerovable,

«Triste spectacle pour ceux qui regardaient des fenêtres de Phôpital général, écrit M. de Folioné. Jamais je ne me serais imaginé que la perte d'un général pouvait causer une déroule que jose dire sans exemple.»

Les détachements de milices canadiennes, appelés dès le matin du saut Montmoreney pour garder Pouvrage à cornes, et qui se composaient des meilleurs coureurs des bois, avaient bondi comme des Tions dans leurs cages en voyant Parmée luliée en piéces sans pouvoir lui porter secours.

Le chevalier Johnstone, qui servait à cheval en qualité d'aide de camp, avait été entrainé par le Mot des fuvards jusqu'au penchant du coteau Sainte-Geneviève: il s'était arrêté au fond d'un ravin pour encourager des soldats à sortir d’une fon-

ses forces sur les hauteurs de Québee et aurait cetairé dectrés pres leurs mouvements dans eette partie: Silent été Panne te ta septembre 19 ie serait oppose ee que nous ttaquassions it avait dix A parier contre un que Parme athoquante serait battue ete obliiée de descendre des hanteurs quete oecupait, de traverser un éhemin eépeux qui separait les deux armées ets supposé quoi ent nécessite d'attaquer il fallait fire des dispositions, former trois colonnes avec tes ein bataillons placer tes Cane diens dans les intervalles et tes laisser rer et omareher suivant leur usages je suis persuadé que nous aurions été vainqueurs. La bataille du 2 avril suivant le prouve, Nous aurions encore pu attaquer le 14 septembre les Anglais, qui, avant perdu leur général, étient au moins aussi embarrassés que nous, » (Journal de Malartie, pe 36.)

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Marcel ajoutait en post-scriptum :

€ M. le marquis de Montcalm ne va guère mieux; cependant il a le pouls an peu meilleur à dix heures du soir, »

Le défaut d'énergie de Vaudreuil ne se fil jamais autant sentir qu'après la défaite du 43 septembre. Sans doute qu'il avait raison de ne pas renouveler la bataille contre l'avis de ses principaux ofliciers; mais il n'était pas nécessaire de combattre immédiatement : l'objet essentiel était de conserver Québec. Il ne devait donc pas camper avant d'Y avoir pourvu, d'autant plus que sa position au delà du Saint-Charles était pour le moment sans danger. Les Anglais, épuisés de veilles et de fatigues, occupés à se retrancher, ne pouvaient songer à venir l'attaquer, Une pareille témérité les aurait exposés à perdre le fruit de leur viclo à et l'espérance de prendre Québec, objet de leurs vœux. L'armée française avait encore plus besoin de repos. Une nuit de sommeil l'aurait ranimée el remise de sa consternation, La ville ne se serait pas réveillée avec le désespoir de se voir abandonnée, et l'on aurait pu prendre le temps de la ravitailler en v transportant les dix jours de vivres qui se trouvaient au camp de Beauport, et qui furent en partie perdus. Enfin, la retraite à Jacques-Cartier n'était nullement nécessaire, L'armée n'avait qu'à faire sa jonction avec Bougainville, qui se repliait sur Lorelle, et à venir dresser ses tentes à Nainte-Fove, où, adossée à de grands bois, elle aurait été en peu de temps mise hors d'attaque derrière de bons retranchements!,

Elle eût ëté plus rapprochée de ses dépôts de vivres, dont le transport n'était pas plus difficile qu'avant la bataille, Vaudreuil, avec toutes ses lorces réunies, aurait pu se tenir en continuelles communications avec Québec, que les Anglais n'étaient pas en état d'investir, La saison avancée ne leur aurait pas permis de prolonger longtemps le siège, dont les opérations auraient pu être sans cesse arrêtées ou relardées par des attaques de jour et de nuit combinées avec des sorties de la garnison, Îl est probable que ce fut l'opinion de Montcalm, jointe à celle de tous les chefs de corps ne suggérant d'autre plan de retraite que celui de Jacques- Cartier, qui lemporta sur toutes les autres considérations.

Une nuit sombre et froide succéda à la funeste journée du 13 septembre. Le silence régnait dans le camp des vainqueurs comme dans celui des vaincus. Seules les batteries de la pointe Lévis grondaient encore, lancant de temps à autre quelques projectiles qui ravaient d’un trait de feu le ciel bas et obscur. À neuf heures, l'armée <e mit en marche sur une seule colonne, au milieu d’un profond silence. Les tentes restèrent dressées, et le soldat n’emporta avec lui que des munitions et quatre jours de vivres. Le « gouvernement » de Québec, avec six cents hommes de celui de Montréal, faisait l'avant-garde, suivi de la brigade de la Sarre, formée des cinq bataillons. Enfin lPartillerie et une partie des équipages, escortés par la garde du pont, fermaient la marche. Un officier de cavalerie, laissé dans le camp avec cent trente hommes, fit enclouer les canons restés dans ies batteries, sauter un dépôt de poudre, couper les ponts et mettre le feu à la batterie flottante. La colonne s’allongea sur le chemin de Charlesbourg, où elle arriva à trois heures du matin,

1 Le Journal tenu à l'armée, rédigé évidemment par un militaire de grande expérience, insiste sur ce projet de retraite, dont ik démontre l'opportunité et les avantages.

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et à six au village de Lorelte, où elle fit halte. Une foule de miliciens affamés et découragés profitèrent de l’obseurité pour regagner leurs foyers, afin de veiller aux soins de leurs familles et de leurs récoltes, « peu inquiets, d't un contemporain, du maitre auquel ils appartiendraient désormais !. »

L'armée fit halle vers midi à Saint-Augustin, et arriva à cinq heures du soir à la Pointe-aux-Trembles, où elle fut logée dans le vulage. Elle r'atteignit Jacques- Cartier que dans l'après-midi du 15, après avoir été retardée au passage de la rivière par les réparations qui se faisaient au vont.

Eufin, épuisée par quatorze lieues de marene?, et encore plus par labattement de la défaite, elle put prendre quelque repos et sécher ses vêtements, trempés de pluie, dans les maisons et les granges du voisinage.

Le dernier billet de Montcalm écrit par son secrétaire, à dix heures du soir,

avait té remis à Vaudreuil avant qu'il eût quitté le camp de Beauport. Le porteur

de ce billet ne lui avait pas caché que le général était expirant. Montcalm avait été Lransporté dans la maison du docteur Arnoux, chirurgien du roi, lequel se trouvait alors à l'ile aux Noix avec Bourlamaque. Son frère, le jeune Arnoux, chirurgien comme lui, fut appelé à sa place. I examina attentivement la plus grave des deux blessures ; puis, hochant la tête, il regarda l'illustre patient.

« La blessure est mortelle? interrogea Montcalm.

—- Oui, répondit Arnoux sans ambages.

—- J'en suis content, répliqua Montcalm; combien ai-je encore de temps à vivre ?

— Pas vingt-quatre heures.

— Tant mieux! repartit le mourant; je ne verrai pas les Anglais dans Québec, »

Son fidèle aide de camp Marcel était accouru auprès de lui dès qu'il avait appris sa blessure. IE S’établit à son chevet el ne ie quitta plus.

Cest à Marcel que Montcalm confia ses dernières recommandations; il le chargea d'écrire à Candiae et d'aller, à son retour en France, porter un suprême adieu à sa mère, à sa femme, à ses enfants. At chevalier de Lévis, son meilleur ami, il légua (ous ses papiers.

Quand M. de Ramezas, commandant de la garnison, vint lui demander des avis sur la défense de Québec, ille congédia en lui disant: oc de n'ai plus d'ordres ni de conseils à donner ; le temps qui me reste est très court, et j'ai à traiter des afaires bien plus importantes !»

Cependant, à travers les ombres de li mort qui lenveloppaient, il entrevit un dernier devoir publie & remplir : celui d'implorer la clémence du vainqueur pour le peuple de colons dont li défense lui coûlait la vie. I écrivit au successeur de Wolle, le brigadier Townshend : € L'humanité des Anglais me tranquillise sur le sort des prisonniers français et sur celui des Canadiens, Avez pour ceux-ci les sentiments-qu'ils m'avaient inspirés. Qu'ils ne s'aperçoivent pas d'avoir changé de maitre. Je fus leur père, sovez leur protecteur. »

Un instant après entra ie vénérable évêque de Québec, dont la figure de mou-

Ü Journal de Montealre, rédigé pur son secrétaire, # Par les détours que l'armée avait faits, car il n'y à que dix lieues de Québec à la rivitre Jacques- Cartier,

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rant portait l'empreinte d’une douleur inexprimable. Il le prépara à la mort et lui administra les derniers sacrements, que le général reçut avec l’ardeur de sa foi méridionale. Myr de Pontbriand ne voulut pas le quitter avant d’avoir reçu son dernier soupir. « Je meurs content, répéta de nouveau le général, car je laisse les affaires du roi, mon maitre, entre de bonnes mains; j'ai toujours eu une haute opinion des talents de M. de Lévis. » I rendit le dernier soupir le 14 septembre, à l'aube du jour. Il n’était âgé que de quarante-sept ans et six mois.

Du rioment que Marcel lui eut fermé les veux, il écrivit au chevalier de Lévis : « C’est avec un cœur pénétré de la plus vive douleur que j'ai l'honneur de vous donner avis de la perte que nous venons de faire de M. le marquis de Montcalm, ce matin à cinq heures. Je ne lai pas quitté un moment jusqu’à sa mort, et je crois que c'était ce que je pouvais faire de mieux, surtout après en avoir eu la permission de lui. C’était une marque d’attachement et de reconnaissance que je lui devais des bontés dont il n’a honoré et des services qu'il m'a rendus; aussi ne les oublierai-je de ma vie, »

Telle était la confusion qui régnait daris Québec, qu'il fut impossible de trouver un ouvrier pour faire le cercueil de Pillustre général. « Voyant cet embarras, dit l'annaliste des ursulines, notre contremaitre, vieux Français du Dauphiné, connu dans nos traditions sous le nom de bonhomme Michel, ramassa à la hâte quelques planches, et parvint à confectionner, en versant des larmes abondantes, une boîte informe peu en rapport avec la précieuse dépouille qu’elle devait renfermer. » Le corps du brave soldat v fut déposé, et, à neuf heures du soir, le cortège funèbre se mit en marche vers l’église des ursulines, traversant des rues jonchées de débris et de pans de murs renversés Derrière le cercueil marchaient, mornes et silencieux , le commandant de la garnison avec ses officiers, suivis de plusieurs citoyens, auxquels se joignirent, à mesure qu'ils avançaicnt, des gens du peuple, des femmes et des enfants. Aucun son de cloches, aucune salve d'artillerie, n’annonçaient les funérailles d’un général, Les rares coups de canon qui éclataient lançaient des projectiles. La foule emplit l’église, dont les ténèbres n'étaient éclairées que par les cierges rangés autour des tréteaux sur lesquels la bière fut déposée. À droite, tout près de la grille de la chapelle conventuelle, une bombe avait défoneé le plancher et fait une excavation dans le sol : la cavité avait été agrandie et creusée en fosse.

Le curé de Québec, l'abbé Resche, assisté de deux chanoines de la cathédrale, entonna le chant du Libera, auquel répondiren’ les assistants et le chœur des huit religieuses restées à la garde du monastère, Pur le cercueil fut descendu dans la fosse. « Alors, dit la chronique du couvent, éclatérent les pleurs et les sanglots; il semblait que la Nouvelle-France descendit dans la tombe avec la dépouille du général. » Ses ennemis le crurent; mais ils se trompaient. L'épée de la France venait seulement de passer dans une autre main, Les vaineus devaient se relever de ce désastre, en vainere de plus grands et se fraver un nouvel avenir.

Le deuil régnait aussi dans le camp des vainqueurs, Sur la flotte, les pavillons avaient été mis en berne, et la sentinelle veillait, l'arme renversée, devant la cabine où reposait le corps inanimé de Wolfe. Parmi les blessés des deux partis transportés sur les vaisseaux gisait, frappé à mort, un des principaux officiers de l'armée française, le sage et intrépide Senezergues, trop oublié de l'histoire.

Lorsque, à la fin de la bataille, Townshend eut rejeté les Français jusqu’à la

rivière Saint-Charles, il rappela ses régiments sur les plaines d'Abraham et les remit en ordre de bataille pour faire face à un autre ennemi qui, d’un moment à l’autre, pouvait tomber sur ses derrières. La cavalerie de la Rochebeaucour et les têtes de colonnes de Bougainville commencaient en effet à se montrer à l’horizon; mais elles se replièrent avant d'en venir aux mains, et disparurent derrière le rideau des bois. Dès que le commandant anglais se fut assuré que tout le corps de Bougainville battait en retraite, il fit commencer les travaux de retranchements. Avant la nuit, il avait déjà fait enlever du plateau toutes les broussailles et les toulfes d'arbres, amener des pièces d'artillerie, tracer des routes, fortifie les maisons et armer de canons le moulin à vent de la côte Sainte-Geneviève.

Un grand nombre de blessés avaient été portés à l'hôpital général. « Nous étions, raconte la Mère de Saint-Ignace, témoin oculaire, au milieu des morts et des mourants qu’on nous amenail par centaines à la fois, dont plusieurs nous touchaient de très près. Il fallut ensevelir notre douleur et chercher à les placer.

« L’ennemi était maitre de la campagne et à deux pas de notre maison; il semblait que nous eussions tout à appréhender. La nuit, qui approchait, redoubla nos inquiétudes. »

Vers minuit, de grands coups retentirent à la porte du monastère. Deux jeunes religicuses qui portaient des bouillons passaient près de la porte et vinrent l'ouvrir. Elles reculérent de frayeur en se voyant en face d’une escouade de soldats anglais. Celui qui les commandait paraissait un officier de haut grade. « Il entra sans escorte, continua la chronique de l'hôpital, et demanda à voir les trois supérieures qu'il savait être réunies ici. Les révérendes Mères se présentèrent avec une contenance calme et digne, mais non pas toutefois sans trahir quelque peu leur surpris: au sujet de celte visite nocturne. « Rassurez-vous, mesdames, et veuillez aussi ras- « surer toutes vos sœurs; vous ne serez inquiétées en aucune sorte, leur dit avec « courtoisie le brigadier général Townshend, car c'était lui. Seulement, ajouta-t-il, « alin de pouvoir mieux vous protéger, je vais faire investir votre maison. »

« Nos Mères n'eurent qu’à s’incliner et à subir leur sort. Aussitôt un détachement de deux cents hommes se rangea en ordre sous nos fenêtres. »

Avant l'aurore du 1#, le bruit se répandit dans Québec que l’armée avait abandonné le camp de Beauport. On ne voulut pas d’abord y croire, en apercevant aux clartés du soleil levant, — un beau soleil d'automne, — les tentes dressées, comme auparavant, le long de la côte. Mais, quand on se fut assuré que le camp était désert, la panique s’empara de toute Lx population et gagna jusqu'aux officiers de la garnison. Malheureusement le commandant de la place n’était pas à la hauteur du danger. « Il ne savait pas seulement donner l'ordre, » dit le capitaine Pouchot. « La désolation fut entière, écrit Ramezay, le découragement universel et porté à l'excès; les plaintes et les murmures contre l’armée qui nous abandonnait devinrent un cri public; je ne pus, dans un moment aussi critique, empêcher les négociants, tous officiers des milices de la ville, de s’assembler chez M. Daine, lieutenant général de police et maire de la ville; là ils prirent le parti de capituler et me présentèrent en conséquence une requête signée dudit sieur Daine et de tous les principaux citoyens. »

Ce qui surtout jetait l'épouvante dans la population, c'était l’irritation des Anglais depuis le massacre du fort William-Henry, les menaces qu'ils faisaient con-

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tinuellement d’en tirer vengeance, les ravages commis dans les campagnes à la fin du siège, enfin les cruautés des rangers. (était pour soustraire la ville à ces vengeances qu’à l’ouverture du siège, Montcalm et Vaudreuil s'étaient concertés pour rédiger les articles de la capitulation remise à Ramezay le soir du 13. Une foule de familles qui, à l’approche des Anglais, s'étaient réfugiées des faubourgs dans l’intérieur des murs, avaient porté la population de la ville à six mille âmes, dont deux mille sept cents femmes et enfants, mille malades ou invalides à l’hôpital général, quinze cents miliciens ou marins et six cents hommes de l’armée régulière. Pour toute cette population déjà affamée depuis longtemps, il n’y avait que pour huit jours de vivres à demi-ration. Dans la soirée du 13, l’intendant n'avait pu faire passer dans la ville, faute de voitures, qu’une cinquantaine de quarts de farine sur le dépôt de provisions qui se trouvait au camp. Lorsque Ramezay envoya chercher ce qui en restait, il avait été pillé par les Indiens et par la population famélique du voisinage.'

Ramezay convoqua un conseil de guerre, auquel assistèrent quatorze officiers de divers corps. Il communiqua les instructions du marquis de Vaudreuil le prévenant de ne pas attendre que la ville fût prise d’assaut, et de capituler dès qu’il manquerait de vivres. Le conseil se montra aussi déconcerté et abattu que les commandants de bataillons assemblés l’avant-veille par Vaudreuil, et se prononca pour la capitulation. Un seul, l’héroïque Jacquot de Fiedmont, commandant de Partillerie de la ville, fut d’avis de réduire les rations et de résister jusqu’à la dernière extrémité. Cet officier s'était déjà distingué à Beauséjour en s’opposant à la capitulation proposée par Vergor, et avait été souvent remarqué par Montcalm.

Si, au roment du conseil de guerre, Ramezay était excusable de capituler, il ne l'était plus le lendemain; car, avant la fin de cette journée, il avait reçu de Vaudreuil deux messages : l’un verbal, l’autre par écrit, l’assurant d’un prompt secours de vivres et de troupes. Un officier d'ordonnance, le chevalier de Saint- Rome, était arrivé en même temps au cap Rouge, où il avait remis à Bougainville une lettre du gouverneur lui enjoignant de faire escorter de Saint-Augustin à Québec un convoi de soixante quarts de farine que cet officier y conduisait. « La cavalerie, mandait Vaudreuil, me parait la troupe la plus convenable. L'objet le plus intéressant est maintenant d'empêcher la ville de manquer et de s'assurer de l’objet qui occupe les ennemis. » Le gouverneur insistait dans un post-scriptum : « Donnez tous moyens possibles à M. de Saint-Rome pour exécuter sa mission. »

Bougainville écrivit en même temps à Ramezay un billet dans lequel il lui indiquait plusieurs endroits dans la ville où il pourrait trouver des farines recélées par des particuliers.

Le commandant, résolu à capituler, ne communiqua à personne les lettres de Vaudreuil et de Bougainville, Celui-ci avait exécuté avec promptitude les ordres du gouverneur. Malgré la pluie torrentielle qui tombait depuis deux jours, le capitaine de Belcour était entré dans Québec le matin du 17. A une heure après midi, ce jour-là, la Rochebeaucour écrivit de Charlesbourg à Bougainville : € Je viens d’envoyer M. de Belcour, que vous connaissez très intelligent, à la ville, dire à M. de Ramezay que sûrement je lui porterai ce soir cent quintaux de biscuits. Belcour et moi avons bien reconnu le terrain et la position de l'ennemi, et certainement il ne nous empêchera pas d'entrer ce soir à marée basse. »

En sortant de Québec, l’intrépide Belcour, qui n'avait avec lui que trente cavaliers, alla prendre possession de l'ouvrage à cornes, d’où il canonna les détachements anglais qui venaient à sa portée.

Cependant se passait à Jacques-Cartier un événement qui relevait les espérances : le chevalier de Lévis, arrivé de Montréal, prenait le commandement de l’armée, I n'avait fait qu’une course de cette ville à Jacques-Cartier, où il avait trouvé le désastre plus grand encore qu'il ne l'avait craint. À son premier mot, on reconnut l’homme supérieur, 1 s’était fait indiquer en arrivant le quartier général où Vaudreuil s’entretenait avec les principaux officiers. « On n’abandonne pas dix lieues de pays pour une bataille perdue! » leur dit-il. I bläma hautement la retraite sur Jacques-Cartier et ordonna une marche en avant. La joie de son arrivée fut immense. La confiance revint aux plus faibles, et Vaudreuil reprit toute l'énergie dont il était susceptible. Le roseau avait trouvé Pappui du chène. » Le grand nombre de fuyards que je commencçais à rencontrer aux Trois-Rivières, écrit Lévis, me prépara sur le désordre où je trouverais l’armée.

«Je ne connais point d'exemple pareil. On avait généralement tout abandonné au camp de Beauport : tentes, marmites et tous les équipages.

« La situation où je trouvai armée, manquant de tout, ne me découragea pas. Sur ce que M. de Vaudreuil me dit que Québec n'était pas pris et qu’il y avait laissé une assez nombreuse garnison, je pris la résolution, pour réparer la faute qu’on y avait faite, d'engager M. de Vaudreuil à faire remarcher l'armée au secours de cette place. Je lui représentai que c'était le seul moven pour empêcher Pévasion entière des Canadiens et des sauvages, qui se retiraient chez eux, et de ranimer en même temps le courage de tout le monde; qu'en marchant en avant nous ramasserions beaucoup de traineurs; que les habitants des environs de Québec rejoindraient l’armée; que, par la connaissance que nous avions du pays, nous pourrions nous approcher fort près des ennemis; que, si nous trouvions leur armée mal postée, nous pourrions l’attaquer, où qu'au moins, en nous approchant (de la place), nous prolongerions le siège par le secours que nous ferions passer en hommes et en vivres; que nous pourrions aussi l'évacuer et la brûler, quand nous ne pourrions plus la soutenir, afin qu’il ne restât aucune ressource aux ennemis pour s’y établir hiver. »

Lévis eut bien vite rétabli la discipline et communiqué son activité autour de lui. Dès quatre heures, le lendemain matin 13, l’armée était en marche, et Bougainville en avait été prévenu. Depuis la journée du 13, celui-ci avait tâché de réparer par sa belle conduite ce qu’il avait eu à se reprocher dans les derniers événements. Pendant que l’armée battait en retraite, il avait proposé à Vaudreuil, qui l’avai! approuvé, de garder sa posilion au cap Rouge et d'occuper Lorette pour se tenir en communication avec la ville. Le 17 au matin, le mauvais temps ayant rendu les chemins affreux et retardé le convoi de M. de Saint-Rome, il fit partir en avant ses avaliers, avec des sacs de provisions posés en travers de leurs selles. Vaudreuil, qui l'en avait informé, lui écrivait le même jour : « J'apprends aveé plaisir, par votre lettre, que la cavalerie est à Charlesbourg. J’approuve fort le projet que vous avez d'aller au camp avec sept ou huit cents hommes pour protéger le passage à Québec du biscuit qui est à Charlesbourg, et dont la cavalerie se chargera, et d’aflecter beaucoup de vous montrer dans le camp, afin de donner à croire à l'ennemi que nous l’occupons.

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« Je ne doute pas que vous n’ayez prévu à avoir de bons guides. Cependant je vous observe que vous pourriez faire votre route par Bourg-Royal. Vous ne manquerez pas sans doute de profiter du retour de votre cavalerie pour faire transporter tout ce qu’il sera possible de tirer des magasins ou du camp. »

Ramezay était infornié de ces mouvements et des secours de toute espèce qui lui arrivaient; mais, au lieu d’en profiter pour relever le moral de la garnison, il ne chercha que des prétextes pour capituler au plus vite. Un grand nombre de soldats, profitant de ses dispositions , refusaient de combattre et mettaient bas les armes. D’autres désertaient à l’nnemi ou se jetaient dans la campagne; certains officiers donnaient l'exemple de l’insubordination. Il y eut de violentes altercations, et le major de la ville, Joannès, s’'emporta au point de frapper deux d’entre eux du plat de son épée.

Bien loin de partager les sentiments de Ramezay, le brave Fiedmond redoublait le feu de son artillerie. Pendant que les canons de la basse ville tiraient à toute volée sur la pointe Lévis, les nouvelles batteries qu’il avait fait ériger du côté de terre foudroyaient les ouvrages ei le camp des Anglais. Ceux-ci avaient poussé leurs approches du côté de la porte Saint-Louis, où ils avaient commencé une redoute dont Fiedmond retardait la construction en la faisant battre continuellement en brèche.

A dix heures du matin, Ramezay ordonna à Joannès d'arborer sur les remparts le drapeau parlementaire et d’aller proposer la capitulation; mais Joannès se révolta avec indignation contre cet ordre. « Je protestai, dit-il, devant tout le monde, de l'avis que j'avais donné au conseil de guerre, puisque les choses changeaient de face; et je proposai de faire par moi-même des recherches plus exactes pour trouver de la farine. On ne parla donc plus de capitulation jusqu’à quatre heures du soir. »

Mais alors l’amiral Saunders, profitant du vent de nord-est qui soufflait depuis deux jours, avec des orages de pluie, fit avancer + * de ses gros vaisseaux, qui vinrent s’embosser en face de la basse ville. La garde de tranchée des Anglais s’approchait en ce moment de la porte Saint-Jean pour débarrasser le terrain des buissons et des abris qui pouvaient servir d’asile aux francs-tireurs. La ville crut à ‘ne attaque simultanée du côté de terre et de mer : on battit la générale. Fiedmoud et Joannès proposèrent à Ramezay d’évacuer la basse ville, « séparée de la haute par des coupures, » et de renforcer celle-ci par les troupes qu’on y ferait monter. Mais cet officier, qui, au dire de Joannès, n'avait jamais vu la guerre que dans un bois et ignorait la façon de défendre une place, refusa de suivre cet avis. Il fit arburer le drapeau du côté de la rade et de ia terre. « Je le fis arracher, continue Joannès, ne croyant pas qu’on eût changé d’avis, mais je reçus dans l'instant un ordre par écrit d’aller capituler, et le mémoire me fut remis en conséquence. » Joannès ne songea plus dès lors qu’à trainer les négociations en longueur et à faire surgir des difficultés, afin de donner aux secours annoncés le temps d’entrer en ville. « Je gagnai par là, dit-il, jusqu’à onze heures du soir, que le général anglais me prescrivit pour avoir la réponse; je rentrai done dans la ville et rendis compte à M. de Ramezay des difficultés que j'avais fait naître. » La Rochebeaucour chevauchait en ce moment avec sa cavalerie, à travers la pluie, le vent et l'obscurité, le long des battures de Beauport, et s’engageait dans le gué de la rivière Saint-Charles. Dans une demi-heure il allait pénétrer dans la ville. Onze heures sonnaient. Ramezay,

bien loin d'écouter les abjurations de Joannès, se hâta de lui donner un second ordre par écrit pour conclure la capitulation, et le renvoya au camp anglais. À peine était-il sorti de la porte Saint-Louis, que la Rochebeaucour entrait par Ja ete de la Canoterie, avec ses sacs de biscuits ruisselants d’eau. Ramezay, tout déconcerté, lui balbutia qu’il était trop tard, que Joannès était rendu auprès du général anglais pour conclure la capitulation. « Après lui avoir représenté, dit la Rochebeaucour, que certainement il allait avoir du secours, il m’a laissé entrevoir Il que si on lui refuse quelque article, il romprait tout, à condition que le lendemain (f vous lui enverriez de quatre à cinq cents hommes, chose qui peut être exécutée jusqu’à présent, quant à la communication. Je me chargerais, si vous vouliez, de les faire passer avec les vivres. »

Ramezay se débarrassa de la présence importune de la Rochebeaucour, en le bergant de promesses qu’il était décidé à ne pas remplir.

Joannès prolongea la négociation jusque dans la matinée du lendemain. Lévis était alors en marche avec toute l’armée. Il descendit de cheval à la Pointe-aux- Trembles, pour écrire à Bougainville : « Vous ne devez pas douter de tous mes regrets de la perle que nous venons de faire (de M. Montcalm); elle est des plus grandes. Je lai regretté comme mon général et mon ami. Il me laisse une besogne bien difficile à faire, et nos plus habiles en seraient embarrassés. Il faut faire pour le mieux. La position où nous trouverons les ennemis nous décidera pour le parti à prendre. »

Lévis venait d'écrire à Bourlamaque dans le même sens, en lui annonçant qu’il était en marche pour secourir Québec. Il le priait de cacher le désastre autant que possible et ménageait sa susceptibilité. L'ile aux noix, si bien défendue par Bourlamaque, ne l’inquiétait pas. Il comptait sur lui pour le seconder et l’aviser. Enfin ille priait de le tenir au courant de tout !.

Le retour du beau temps, qui rendait la marche de l’armée plus facile, la présence de Lévis, qui avait le soin de se montrer d’un régiment à l’autre, faisant paraître sur sa figure martiale un air calme et confiant, avait ramené dans les rangs la bonne humeur et l’entrain. On se rassurait sur le sort de Québec, dans la pensée que le commandant n’oserait agir sans de nouveaux ordres, puisque le gouverneur avait révoqué ses premières instructions et ordonné de tenir jusqu’à l'extrémité. L'armée marcha toute la journée du 18. Elle entrait le lendemain, au soleil couchant, à Saint-Augustin et se préparait à y passer la nuit, lorsque éclata l'incroyable nouvelle que Ramezay avait signé la capitulation. Le capitaine Daubrespy, de la garnison de Québec, expédié par lui, en remit les articles à Vaudreuil. Un cri d'indignation s’éleva dans toute l’armée. « Il est inouï, écrit le général de Lévis, que l’on rende une place sans qu'elle soit ni attaquée ni investie. »

Bougainville, qui marchait à l'avant-garde, avait dépassé Charlesbourg le 48 au

1 Bourlamaque répondit à cette lettre, le 21 septembre : « La confiance que votre arrivée à rendue aux troupes battues à passé jusqu'à celles-ci, et lon attend à vous voir bientôt rétablir nos affaires, Ce qui est sûr, et je le dis sans compliment, paree que je suis dans l'usage de m'en point faire, cest qu'elles sont en bien bonnes mains.

« Jde me ferai toujours gloire de vous seconder de mon mieux... Ce ne sera jamais par mes avis, dont vous n'avez assurément pas besoin, mais par mon attention à vous aider, encore moins comme citoyen que comme votre serviteur et votre ami. Je vous supplie de me regarder comme tel. »

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-ond soir, et n’était plus qu’à trois quarts de lieue de Québec, prêt à s’y jeter avec six lais. , cents hommes d'élite, quand il apprit la fatale nouvelle : « Telle a été, dit-il avec ar Ja amertume, la fin de la campagne du monde la plus belle jusqu’à ce moment. » tout Townshend s'était montré très facile sur les termes de la capitulation, car sa s du position était très critique, et il voulait Québec à tout prix. Il s’étonnait même de lit la la bonne fortune qui lui en ouvrait les portes avant qu’il eût tiré un seul coup de evoir canon. La garnison obtint les honneurs de la guerre : elle devait sortir de la ville main tambour battant, mèche allumée, avec deux pièces de campagne et douze coups cutée à tirer; les soldats et les marins seraient transportés en France; les citoyens ne , de seraient pas inquiétés pour avoir servi, et conserveraient leurs biens, leurs droits et leurs privilèges avec le libre exercice de la religion catholique. Les habitants des en le campagnes qui mettraient bas les armes auraient droit aux mêmes avantages !. Le 18, avant le coucher du soleil, les portes de la cité furent ouvertes. Le Lévis général Townshend, avec son état-major, suivi de trois compagnies de grenadiers et "AUX - d’un détachement de l'artillerie trainant une pièce de campagne sur laquelle flottait s mes le drapeau britannique, traversa la haute ville et s’arrêta en face du château Saintplus Louis. Le commandant de la place, qui l’y attendait, lui en remit les clefs. Les blancs sogne uniformes de France s’alignèrent une dernière fois devant les portes et défilèrent en pour silence pour faire place aux sentinelles anglaises. Un corps de marins. détaché de parti la flotte, sous le commandement du capitaine Palifer, prit possession de la basse ville. Des salves d’artillerie saluèrent le drapeau d'Angleterre, arboré à la fois sur t qu’il le sommet de la côte de la montagne et sur la citadelle, d’où il ne devait plus desat que cendre.

Bour- Restait le soin de garder cette conquête en passant l'hiver au milieu des ruines, Enfin privé de toute communication et à portée d'un ennemi actif et audacieux. L’orgucilleux Townshend, impatient de retourner en Angieterre pour jouir d’un triomphe a pré- que d’autres avaient plus mérité que lui, confia cette diflicile tâche au brigadier faisant James Murray. Les neuf régiments de la ligne, avec l'artillerie et une compagnie ns les de rangers, formant un effectif de sept mille trois cent treize hommes, restèrent , dans sous ses ordres. Les autres compagnies de rangers, avec les grenadiers de Louisque Île bourg et les marins, se préparèrent à remonter sur la flotte. Le major Elliot, avec usqu’à un corps de cinq cents hommes, alla déloger les Francais de l’ouvrage à cornes et in, au y laissa une forte garnison. En attendant qu'un nombre suffisant de maisons füt éclata réparé pour servir de casernes, les troupes vinrent camper sous les murs de la Dau- ville.

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Le 91 septembre, Murray lança une proclamation annonçant qu'il était permis aux habitants des environs de Québec de rentrer dans la paisible possession de leurs biens et de vaquer librement à leurs affaires. « Mais, dit Foligné, quels biens veut-il que nos habitants aillent occuper, après les ravages qu’il a fait commettre,

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18 au brûler leurs maisons, emmener les bestiaux et piller les meubles? C’est à partir de ce jour qu'on vit sortir du fond des bois nos pauvres femmes, trainant après elles

ner leurs petits enfants mangés des mouches, sans hardes, criant la faim. Quel coup de elles sont poignard pour de pauvres mères qui ne savent si elles ont des maris et où elles les de dust prendront, et quelle assistance elles donneront à leurs pauvres enfants à l'entrée

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1 Public Record Office, Quebec and Louisbourg, t LXNXXVIIT, Capilulation de Québec,

d'une saison pendant laquelle elles ont de la peine à se garantir, lorsqu'elles sont arrangées dans leurs ménages; les sièges de Jérusalem et de Samarie ne représentent rien de plus affreux. » Il n’y eut cependant que les familles des environs immédiats de Québec qui, n'ayant pas le moyen d'aller chercher un asile ailleurs, firent la paix avec les Anglais. A l'exception de ces inforiunés, qui n'avaient plus qu’à choisir entre la mort et la soumission, les Cunadiens en masse s’obstinèrent à vouloir combattre, à rester attachés à celte France qui ne songeait plus à eux. On ne trouve pas dans l'antiquité d'exemple d’une fidélité plus touchante, ni d'un courage plus persévérant.

Les gelées d’automne commençaient à se faire sentir. Toutes les troupes et les matelots furent mis en réquisition pour faire disparaitre des plaines les travaux d'approches, enlever les décombres des rues, réparer les maisons, compléter les fortifications, couper et transporter du bois de chauffage, enfin débarquer et emmagasiner les vivres et les munitions. Au commencement d'octobre, l'armée put être logée, tant bien que mal, dans l’intérieur des murs et dans le palais peu endommagé de l’intendance. Les ursulines et les hospitalières de l’Hôtel-Dieu rentrèrent dans leurs monastères respectifs, occupés en partie par les troupes. La plus stricte discipline fut étabi.e dans tous les postes. Jour et nuit, par le froid, la pluie ou le beau temps, des patrouilles sillonnaient les routes du voisinage, afin de prévenir toute surprise. Le commandement de la place aurait pu être confié à un plus habile lacticien, imais non pas à un homme mieux doué pour s’attirer l’estime et la confiance des Canadiens.

Dans les derniers jours d'octobre, le canon des remparts répondit au salut de la flotte qui appareillait pour l'Angleterre. Le Aoyal- William emportait à son bord les restes embaumés du général Wolfe.

Peu de jours auparavant, le capitaine Marcel, au moment de partir pour la France avec la garnison prisonnière, était allé dire un dernier adieu, dans Péglise des ursulines, aux restes de son général, qui, lui, ne devait plus revoir le beau ciel de Provence, ni ses plantalions d’oliviers, ni son moulin à huile, ni les hôtes tant aimés de Candiac!

En Angleterre, la nouvelle du succès de Wolle eut l'air d’avoir été préparée comme un coup de théâtre. La lettre désespérée qu'il avait adressée à Pitt, peu de jours avant sa mort, venait d'être publiée et causait un désappointement universel.

« Puisque le général doutait, disait-on, le public avait raison de désespérer, »

Trois jours après, on apprit du même coup la défaite de Montcalm, la mort de Wolfe et la chute de Québec.

« Les incidents d'un drame, dit Horace Walpole, n'auraient pu être conduits avec plus d'art pour faire passer un audiloire de l'abattement à une soudaine exultation. On désespérait, on triomphait, on pleurait; car Wolfe était tombé à l'heure de la victoire. »

Le jeune héros fut porté aux nues. Toute la surface du royaume parut en feu sous les clartés des illuminations. Un seul endroit, Blackheath, demeura obscur el silencieux; car lt une mère, veuve depuis peu, pleurail la mort du meilleur des fils. Ses concitoyens, respectant sa douleur, s’abstinrent de toute réjouissance publique, Lady Montagu écrivait à la comtesse de Bute :

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€ Il faut regretter le général Wolfe, non le plaindre. Je suis de votre sentiment : on ne doit avoir de compassion que pour sa mère et pour sa fiancée, »

Le grand ministre qui avait deviné le génie du héros de Québec fit son panégyrique dans la chambre des Communes, et la reconnaissance du peuple anglais lui a élevé un monument dans l’abbaye de Westminster.

La France de Louis XV se hâta d'oublier la mémoire de Montcalm, qui lui pesait comme un remords. La France d'Amérique s’en est toujours souvenue. Elle a oublié ses fautes, pour ne se rappeler que ses vertus et son héroïsme. Le nom de Montcalm est inscrit sur ses monuments et ses places publiques. L'histoire et la poésie se sont donné la main pour célébrer sa gloire, devenue un héritage national. Le mausolée élevé sur son tombeau, un siècle après sa mort, n'est pas moins honoré que celui de Wolfe à Westminster.

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