‹ Guerre et civilisationChapitre 12 sur 17 · A GUERRE ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

A GUERRE ET LA RELIGION

Lorsqu'une guerre éclate, on décrète en général un moratorium destiné à protéger les intérêts économiques. La guerre, qui bouleverse toutes choses, entraîne de graves difficultés commerciales et industrielles; il importe, pour le bien du pays et des particuliers, que ces difficultés soient écartées aussi rapidement et aussi pratiquement que possible, et c'est à quoi contribue le moratorium, qui libère pour un certain temps le débiteur de ses obligations à l'égard de son créancier.

Mais ce moratorium juridique ne nous paraît nullement suffisant. Dans les pays belligérants, l'Eglise aurait dû suivre l'exemple donné par l'Etat. En fait, le besoin se fait grandement sentir d'un moratorium ecclésiastique qui puisse, pour la durée de la guerre, lever toutes les obligations morales et abroger les dix commandements de Dieu. La conscience de beaucoup de soldats serait certainement soulagée si un document en bonne forme leur garantissait que plusieurs actes autrefois considérés comme déshonorants et criminels sont maintenant des exploits patriotiques, que le moratorium permet le vol, le pillage, le brigandage,

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l'incendie, le viol, l'assassinat, qu'il s'agit maintenant, pour le bien de l'Etat, de faire le plus de dégâts et de maux possible, qu'on ne se bornera pas à lutter contre une armée régulière, mais qu'on torturera, qu'on affamera une population pacifique et entièrement innocente. L'Eglise doit veiller à ce que, dans l'accomplissement de la tâche que l'Etat leur impose, les soldats ne soient pas trop gênés par leur conscience. Car nous avons entendu dire que des soldats avaient des scrupules, éprouvaient de la pitié et même sentaient toute leur âme se révolter.

Dans la revue Die christliche Welt (191 5, n° 20) un soldat allemand a écrit un article extrêmement intéressant et saisissant sous ce titre : Zur Kirchenfrage ; aus der Front (Sur la question religieuse; lettre du front). Il y développe cette idée que la vie dans les tranchées est absolument inconciliable avec le christianisme. Les aumôniers militaires, dit-il, vivent en général hors de la zone vraiment dangereuse et ne connaissent pas l'état réel des choses; c'est pourquoi beaucoup de leurs sermons n'ont pas l'efficacité voulue. Il ajoute :

« Lorsque la gloire de Notre Seigneur dans sa vie et ses souffrances humaines nous est exposée de la sorte à nous, hommes de première ligne, et qu'on nous l'offre comme un exemple et un avertissement, nous ne pouvons nous empêcher de répondre que, nous autres, indignes de faire partie de la communauté des fidèles, nous ne sommes pas de vrais chrétiens.

« Au reste, des prêtres bons psychologues ont

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