PRÉFACE
ri 'était en 191 1, au mois de mai. Le profesv j seur de langues et littératures romanes à l'Université de Copenhague, M. Nyrop ('), devait faire trois conférences publiques au Collège de France. Le sujet pouvait sembler un peu spécial : « L'euphémisme en français. » Dès la première fois, cependant, il vint des auditeurs en grand nombre, attirés par la renommée du savant Danois, par la sympathie que nous inspire communément son pays, par la curiosité. Quand parut l'orateur, quand il prit la parole en excellent français, on fut surpris, surpris et charmé : il y avait — malgré les verres noircis qui cachaient les yeux presque éteints par la maladie — il y avait dans ce visage au teint frais tant de vie et de
(1) Né à Copenhague en i858, étudiant à Paris en 1877-1878 (cours de Gaston Paris, Paul Mcyer, etc.), docteur es lettres (Co-
Îenhague) en 1886, maître de conférences à l'Université de Copenague en 1888, professeur titulaire en i8g5, membre correspondant de l'Institut en 191a. — En 1906, il était frappé de cécité à peu près complète.
VI PREFACK
souriante jeunesse! il y avait tant de vie et d'aisance dans cette voix et dans cette pensée, claires toutes deux, souples et riches, en même temps que nettes et fermes! Ingénieux et joliment tourné, sans rien sacrifier de l'ordonnance et de la rigueur scientifiques, l'exposé intéressait vivement tout le monde, captivai! l'attention, souvent même amusait par quelque rapprochement inattendu, quelque remarque spirituelle, qui projetait sur la question un gai rayon de lumière. A la deuxième conférence, la salle était comble ; à la troisième, elle était plus que bondée, et les applaudissements de la fin prirent un caractère d'ovation.
Combien il y a de vie chez M. Nyrop, ceuxlà s'en rendent compte qui ont eu l'avantage de le fréquenter pendant ses nombreux séjours à Paris; ceux-là seuls le savent bien qui ont passé de longues heures dans son hospitalière demeure de Copenhague, — où son admirable compagne, toujours vibrante, elle aussi, de vie et de jeunesse, l'aide avec tant de grâce et d'intelligence à recevoir et à travailler. C'est là qu'il faut l'avoir vu et entendu, soit dans le tête-à-tête, soit plutôt encore au milieu de ses élèves et de ses amis, surtout quand il parle de la France.