C. Lemonnier
*Les ChamierSf pages 36-39, Lemerre, 2« édition, 1881.)
En travers de la route, on voyait le cadavre d'un soldat, mutilé affreusement,^ la tête à demi emportée, les épaules couvertes des éclaboussures de la cervelle. Puis on apercevait sept hommes à la file, le genou en terre, l'arme à l'épaule, frappés
mme ils tiraient; tandis que, près d'eux, un sous-officier était Tibé aussi, dans l'attitude du commandement.
La route ensuite 'filait le long d'un étroit ravin, et là, dans :te sorte de fossé, tout une compagnie semblait avoir culbuté us la mitraille, des cadavres l'emplissaient^ un écroulemeni, e dégringolade d'hommes, enchevêtrés, cassés, dont les mains "dues avaient écorché la terre jaune, sans pouvoir se retenir.
On heurtait à chaque pas des débris d'armes, des sabres, des îonnettes, des chassepots, en si grand nombre, qu'ils semlient être une végétation de la terre, une moisson qui aurait ussé en un jour abominable.
Et les terres se succédaient au travers d'une dévastation mense, les clôtures arrachées, les arbres comme brûlés dans incendie, le sol lui-même creusé par les obus, piétiné, durci js le galop des escadrons, si ravagé qu'il paraissait devoirrester amais stérile.
On rencontrait en grand nombre les corps des chevaux, les uvres chevaux sur le flanc. 11 y en avait de lamentables, dans s attitudes aff'reuses, la tôle arrachée, les flancs crevés, laisit couler les entrailles. Beaucoup, sur le dos, le ventre énorme, essaient en l'air leurs quatres jambes raidies. La plaine Sans rnes en était bossuée.
E. Zola,
[La Dëbdcle, i vol. 3 fr. 5i> clie^ CliHrpentier, [ [, rue de Grenelle.)
Yanh-Tsoum, 2Ù iiiaiî 'goi.
Cher copain,
J'ai reçu ta lettre qui m'a fait grand plaisir. Tu me dis que tu rigolé quand tu as re(;u la mienne. Ce n'est rien, ça.
Un jour, noussommes partis en colonne surPao-Ting-Fou. ;si là que les pièces 75 ont craché, depuis huit heures du matin iqu'à trois heures du soir ! Si tu avais vu ça .' ça tombait comme grêle.
On rentrait dans les maisons chinoises : femmes, honwies. faiits, on traversait ça à coupsde sabre. Moi. J'ai fait mieux
que ça ; j'ai pris un Chinois; je lui ai coupé les... ; je les ai foutues par la gueule de sa femme.
Y avait pas de pitié pour ces vaches-^là !
Enfin on y a bien manqué de laisser sa peau; maintenant c'est fini ; depuis que la paix est signée, nous sommes tranquilles.
Je vas te parler un peu du pays; tout ce qu'on voit, c'est que les maisons sont toutes démontées {démolies). Mais ce qu'on a d'agrément, c'est qu'on a monté un théâtre pour nous distraire. Même je suis employé pour faire la danse du ventre. Ça passe le temps; voilà tout l'agrément qu'on a en Chine.
Tu me demandes si je peux t'apporter un cadeau de Chine. J'en ai bien des choses : de la soie, porcelaines, pipes à opium ; si je peux faire mon possible pour les apporter, je le ferai ; mais tu auras quelque chose de moi, tu peux y compter.
J'oubliais; un jour qu'on a été dans un village voisin pour pouvoir... avec une Chinoise, comme nous sommes arrivés, nous avons à moitié tué le Chinois à coups de trique, nous avons pris sa femme, nous l'avons déshabillée à poil. »••■>. •...«*• • • •• .«•
On n'attend plus que la dépêche pour partir; ça ne tardera pas, car nous avons souffert par le froid quand il fallait prendre la garde deux fois par semaine; maintenant, nous sommes heureux, les chaleurs reviennent.
Lettre d*un soldat.
... Je te jure que nous leur passons des piquettes aux Chinetons qui tombent sous notre patte : la baïonnette rentre dans leur bedaine comme dans du beurre.
Tant qu'aux détails sur Pékin, tout est démoli, les murs en ruines, ainsi que toutes les villes conquises entre Takou et Pékin; tout a été mis au pillage.
Lorsque nous allons aux chiottes, ce qui arrive beaucoup trop souvent, car la dysenterie est à peu près générale, nous ne prenons plus de papier comme mouchoir; c'est la soie qui le remplace.
Lettre d*un soldat au i8' d'infanterie de marine.
Cher copain, ,..Je te dirai que, depuis que j'ai quitté Tîen-tsin, j'en ai é des colonnes à travers la Chine! Nous avions comme al le vieux Bailloud : j'aurais bien voulu que tu assistes à lies colonnes, je te garantis que tu aurais rentré en France ane chiée de pognon.
Nous avons bombardé trois grandesviiles, et alors le pillage lait dare-dare, tu parles, s'il y avait eu le fameux Frey, s'il t fait ses frais !
Dans une grande sous-préfecture de la Chine, à Taliko ane, on a fait 3,ooo niorts. Ce n'était plus une guerre; i un pillage ou, pour mieux dire, un massacre. Et alors, tu i, si les piastres riiaient vite dans les ceintures ! En rentrant de toutes ces colonnes, nous avons cantonnéà "ing-Fou pendant quinze jours. J'ai vendu pour 3oo francs le, et j'avais autant de piastres que j'avais eues dans les js à la hauteur [dans les maisons cossues).
J'ai aussi deux lingots d'argent, qu'un des serviteurs du arin de Hanoï-Lou m'offrait 3u piastres le lingot; mais je les emporter en France.
Si j'avais été comme toi, et avais marché comme j'ai marché, is gardé ma soie pour la vendre en France ; j'en aurais au s pour 5oo francs; j'en avais cinq coupons de dix mètres de et de la belle soie.
En ce moment, mon cher copain. j*ai deux bons sur le Trésor, o francs chaque, que j'aurai à Toulon en débarquant. Alors ries si cela fera bien dans la poche à Bibi. Je crois que l'on oucheraussi 20ofrancschacun, toutes les troupes présentes p-Fing-Fou le 2 décembre. Mais je crois que c'est tombé le lac; personne n'en parle plus. »
Lettre d'un arùlleur dt la mariiu.