‹ Guerre-militarismeChapitre 13 sur 42 · LA VILLE F*RISE · texte numérisé non relu

LA VILLE F*RISE

La fille était l'i sac — les obun et les balles Aruienl Irnné les murs et défoncé les toits:

La (Iiimme dévorait de noirs éclats de bois .\ii deritnl des maisons, closes comme des Inmlies.

Ati.r l'eniflres pendaient les planches des rolets;

Les faubiiurgs n'étaient plus qu'an amas de ddcoml/res.

Balafrés et aoirciSf sur leurs façades somlires

Les monuments gtu-daienl la nuuque des lioulets.

Ouelipies coups de fusils cncar par intervalles Troaldaienl l'air — raîn défi dea vaincus auj- vainipiews Des lamentations à vous fendre le cœur, Confuses, répondaient au sifflement des halles.

Des objets préciea.r, tordus, rompus, crevés. Foulés par les chevaux, écrasés par la roue.

Jonchaient le sot, — souillés par le sang et la houe. Des cadavres gisaient sur des tas de pavés.

Des innocents, surpris dans leurs jeuj- ou leur rére. Sur te sein maternel avaient élé frappés :

Les blesses fiar hasard à la mori échappés Râlaient et se tordaient, criant : Ou on nous achève !

Après s'être longtemps Itravement défendus, Deux hommes, l'un déjà vieu.r, el l'autre encor jeune. Liaient londiés — lirisés par la lutte el le jeûne, El, le front sur le seuil, demeuraient étendus.

Une femme près d'eu.r, gtsail ifevani sa porte : L'un élail son enfant el l'autre son époux; iVais ellt était sans voix, sans regard el s-ins pouls. Les balles, de la veuve, avaient fait une morte.

Les bras croisés, les yeux sers, et les poings crispés. Un enfant de douze ans, assis sur une home.

Veillait ces corps sanglants, silencieux el morne. Au milieu des débris pur l'ombre enveloppés.

carnage cessail; la nuit dans le ciel rouge vançail lentement —r Irîste et muet témoin i crimes et des pleurs du genre humain: — ou loin s cris tivinén seuls montaient du fond d'un bouge.

tne maison déserte un vieux soldai sortit.

Jusla son é/iée et boucla so ceinture, comme il s'en allait, il vil par aventure nfant, et lui cria : « Que fais-lu là, petit? <•

'le, immobile el froid, ainsi (ju'une statue, ■nfant, à celle voix, Iressaillil lout-à-coup. nivrit ses grands yeux el, redressant son cou, >i, lui répondit-il, v j'attends <]ue l'on me tue! n

Pierre Det

Journal de la fiife Cauche, ]865.>

jour-là, nous arrivions devant Bac-Ninh, d'où les Chinois it enfuis. El nos canons tonnaient pour rendre les honlu général en chef; et nos tambours ronflaient; nos claiinfaronnaient l'apothéose.

pied des remparts, il courut comme un enthousiasme sur jffées de Marseillaise: puis, par un étroit pont-levis, les s s'engouffrèrent, vibrantes du même pouls, affamées, ;es, glorieuses. Leur courant m'emporta. L'âme de îa ntrait en moi, l'âme unique de tous ces hommes. rs de la voûte, une rue s'ouvrit, droite, longue, nue, que .illottes bordaient, et des échoppes sinistrement fermées,

Devant les seuils méfiants, entre les façades muettes, per-

Vide, la ville. Vides, les maisons. Seules, des chimères egardaïent venir, du toit des pagodes. Mais il ne sortait

jappement dont nous menaçait leur gueule ouverte; et, ; lourd silence, le mystère de ces volets clos, de ces fenêtres nnées jetait sur l'hostilité des murailles la tristesse d'uneaveugle.

Pleurant en bruine, le ciel bas plombeux coiffait d'un banal désespoir le deuil de ses désolations. Personne. Pas un être. Pas une bête. Les sabots de nos chevaux sonnaient au milieu de la chaussée sur les dalles. A droite, à gauche, ils battaient à gros flics-flocs, deux lits de boue couleur de beurre. Et de ce beurre sale semblaient bâties les paillotes aux murs en pisé, la morne cité toute entière.

Dans les rangs élargis, la joie tomba. Très loin en avant, les clairons s'entendaient à peine. L'allure se ralentit aggravant les lassitudes. Il pleuvait toujours.

Longtemps on marcha, par des rues pareilles, longtemps, sans que l'horreur de ce silence et de cette solitude arriva à paraître tragique. Méchante aux vaincus, la pluie, la crotte, la laideur déjà vue des masures, étouffant les pitiés possibles, fouettaient d'ennui, nos désillusions. Des soldats jurèrent. A la fin, agacées et brutales, des crosses de fusils s'en prirent à la provocation des hermétiques clôtures, à la sournoiserie rancunière des auvents. Des hurlements de chiens ripostèrent aussitôt à l'intérieur, et cette révélation d'une vie subsistant encore et cet abandon, rendit au bataillon ses gaietés primitives.

Chaque hommeen passant décochait un coup aux devantures, éborgnait quelques volets. Sous des arbres, au milieu d'un carrefour, un autel les amusait ensuite, humble et pauvre ainsi qu'un calvaire breton,- un autel consacré aux âmes vagabondes des morts, et chargé de misérables offrandes. Avec de gros rires, les serre-file, l'un après l'autre ébranlaient le fût chétif; et l'autel s'écroula. Sur ses décombres, parmi les briques et les offrandes, des fleurs survivaient, déjà boueuses, de lamentables fleurs en papier. Un loustic les ramassa pour les ficher au bout de son fusil: son voisin qui les lui prit, se les laissa voler par un autre, et le bouquet, parmi les baïonnettes, courut comme un volant jusqu'à la citadelle, où la colonne se disloqua.

Dès lors, cherchant mon gîte, je dus battre les rues, tout seul. Disparus les troupiers, éteint le bruit de leurs pas, le navrement des choses me pénétrait plus fort. Mon cheval^ que n'entraînaient plus ses compagnons, buttait sur les pierres. Tout à coup, il fit un écart. D'un fossé quelque chose devant nous avait

surgi, des loques, et, sous ces loques un homme, un Céleste. Je reculai.

C'était un soldat. Entre ses épaules, sous des haillons je distinguais une des deux pièces rondes cousues aux blouses d'uniforme, deux lunes d'étoffe jaune, matriculant sur le dos et sur la poitrine du régulier chinois le nom de sa province ou le numéro de son régiment. Et je pensai d'abord qu'il avait peur après m'a voir fait peur. Adossé contre une case, la tête basse, il ne bougeait plus. Mais en l'atteignant, j'aperçus du sang sur sa culotte bouffante. Les deux mains contractées entre ses cuisses, comprimant en torchon la bordure de sa blouse, l'homme tamponnait une blessure.

Jaillissant des orbites; ses yeux à Témail injecté, deux yeux blancs, énormes, comme cuits, essayaient de me voir, essayaient de comprendre. Leur tension angoissée vivait seule dans la hideur àc la figure où l'agonie suait sur l'ivoire moisi du front, sur les joues cadavériques, vertes et bistrées, aux talures de fruit pourri. Car il ne criait pas, ne geignait même point. Et comment se tenait-il debout? Et comment, voulant me fuir, ma nationalité reconnue, pouvait-il marcher encore? Une seule main sur son bas-ventre, s'appuyant de l'autre aux murailles qu'il rasait, il se rapetissait, cherchant un creux.

Sous cet effort, la plaie s'était rouverte. Entre ses jambes, du sang dégoulinait, des eaux, qu'il regardait torriber de ses prunelles sans regard, se collant pour quelques secondes contre une porte, puis recommençant à se traîner. Et je le suivais, et je restais près de lui, sans parole, stupidement impuissant, cloué la par cette badauderie qu'ont les femmes devant un spectacle douloureux dont elles ne peuvent s'arracher, — curieux enfin de découvrir sa blessure.

Je la vis. H heurta des marches, tenta de les franchir, rampant presque, et l'étoffe relevée, le trou béant m'apparut par où coulaient ses forces. Sans doute l'œuvre d'un éclat d'obus. L'n grand frisson me glissa sur l'échiné; je détournai la tête et je poussai mon cheval.

Sur un temps de galop, les faubourgs autour de moi se peuplaient. Se ruant au pillage, nos Annamites, porteurs de bagages.

de vivres et de munitions, entraient à notre suite dans Bac-Ninh. Leurs bandes se faufilaient par les jardins, et du fond des logis murés, des cris déjà montaient, des lamentations de vieilles femmes, des aboiements, des écroulements de meubles, des glapissements de porcs, des chutes lourdes. Plus loin, quelques-uns de ces coolies s'attablaient en plein air. Accroupis sur leurs talons, et faméliques, ils jetaient des débrits de lits à des feux sur lesquels de gros chiens rôtissaient tout entiers, la gueule sanglante. La pluie devenait brume. Un vent rabattait sur le sol la fumée des foyers, la puanteur chaude et le grésillement de la graisse. Réveillé, notre drapeau claquait au sommet de la citadelle, sur un mirador. •

Elles m'orientèrent, nos couleurs. Je retrouvais Tâme de la foule, les camarades, et, dans la pagode qui m'était assignée, mes bagages^ la joie du tub, la caresse du linge frais, du vêtement propre, puis ayant fait peau neuve, la bienveillance optimiste issue du repos et du repas. On but à nos armes.

Du parc où s'alignaient les canons Krupp, flanqués de trophées de pavillons également pris à l'ennemi, nos flâneries avides de pittoresque nous ramenaient ensuite à la ville. Entre deux patrouilles, les coolies pillaient toujours; mais les allées et venues de nos hommes s'installant dans leurs cantonnements animaient, autour de la citadelle, la misère incolore des rues. Sur un parvis, des turcos dansaient au son de leur nouba* Chargés de pains et de quartiers de viande, des lignards, des marsouins, des matelots revenaient de la distribution. D'autres corvées entouraient les tonneaux de vin, se disputant à qui serait servie la première. Et, sur la bigarrure des uniformes, une gaieté cpurait, des chants, des cris, un joyeux brouhaha de foire.

— Tiens... un Chinois! s'écria l'un de nos compagnons, en s'arrêtant devant mon blessé, qui se traînait encore au fond d'une ruelle.

Habitué à cette agonie ambulante, les soldats, que le misérable tâchait d'éviter, ne le regardaient même plus. Nous en appelâmes deux pour les prier de le porter à l'ambulance. « Il ne veut pas», répondit le premier. « Et puis, ajouta l'autre, il a son compte. Notre major, qui Ta vu, a dit qu'il n'y avait rien à

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faire, qu'un Français serait déjà mort ». Notre pitié d'ailleurs visiblement les étonnait. Pour ces paysans en uniforme, glorieux et nostalgiques, ce n'était pas un homme, ce Fils du Ciel; et le blessé ne montrait pas pour eux moins de répugnance. Inquiet de notre rassemblement, de nos gestes, il clopinait plus vite, la terreur primait ses souffrances.

On le laissa partir. Quelqu'un expliquait la résistance des Asiatiques à la douleur, comparait leur sensibilité nerveuse à celle des Européens: « Dans nos hôpitaux, pour 1^ amputer, les chirurgiens n'ont pas besoin de recourir aux anesthésiques... » Puis, nos cigares rallumés, la promenade continua.

Mais le blessé devait chercher une issue qui ne fût point gardée, car il allait en rond, autour de la ville, comme une bête traquée, et, deux fois encore, nous le retouvâmes. Peut-être nous reconnaissait-il. Il s'inc'rustait dans la muraille; ses yeux de poissons frits guettaient nos armes. A la fin, avisant un turco qui musait, je lui offris cent sous pour qu'il achevât Fhomme. «Défendu, me répondit l'Arbi en riant, macache tirer!» Et, durant notre colloque, le blessé disparut dans la nuit tombante.

Le lendemain, je quittai Bac-Ninh. Sur le pont-levis, il me fallut fendre le flot des paysans annamites qui, rassurés sur nos intentions, accouraient, chargés de paniers, afin de piller, après les coolies, la ville abandonnée par leurs compatriotes. Un peu plus loin, au bord d'une rizière, je revis le Chinois, couché dans la verdure des jeunes épis, et plus grand.

Déjeté, les membres mous, il ne tamponnait plus sa blessure. Le trot de mon cheval fit, en passant, lever des mouches.

(L'Armée Coloniale) P. Bonnetain.

- iSy

LA OUERRE

Du fer^ du feUy du sang! c'est elle! c'est la guerre! Debout^ le bras levé y superbe en sa colère y Animant le combat d'un geste souverain.

Aux éclats de sa voix s'ébranlent les armées; Autour d'elle traçant des lignes enflammées y Les canons ont ouvert leurs entrailles d'airain.

Partout y chars, cavaliers , chevaux, masse mouvante!

En ce flux et reflux, sur cette mer vivante,

A son appel ardent l'Épouvante s'abat.

Sur sa main qui frémit en ses desseins féroces,

Pour aider et fournir aux massacres atroces

Toute matière est arme et tout homme est soldat.

Puis, quand elle a repu ses yeux et ses oreilles De spectacles navrants, de rumeurs sans pareilles ^ Quand un peuple agonise en son tombeau couché Pâle sous ses lauriers, l'âme d'orgueil remplie Devant l'œuvre achevée et sa tâche accomplie, Triomphante elle crie à la mort : bien fauché!

Oui, bien fauché, vraiment : la récolte est superbe; Pas un sillon qui n'ait des cadavres pour gerbes. Les plus beaux, les plus forts sont les premiers frappés Sur son sein dévasté qui saigne et qui frissonne. L'humanité semblable au champ que l'on moissonne, Contemple avec douleur tous ces épis coupés.

Hélas ! au gré du vent et sous sa douce haleine Ils ondulaient au loin, des coteaux à la plaine Sur la tige encore verte attendant leur saison. Le soleil leur versait ses rayons magnifiques ; Riches de leur trésor, sous les deux pacifiques. Ils auraient pu mourir pour une autre moisson.

\oi}, ce n'eut point, ù nous penseur el chantre austère, De nii-r les grandeurs de la mort volontaire. D'un (flan ijénéreux il est beau d'y cowir,- Philosophes, savants, e-rplorateurs, apôtres. Soldats de l'idéal, ces héros sont tes ndlres; Guerre, ils sauront sans toi trouver pour qui mourir;

Mais à ce fer brutal 'lui frappe et ijui inutile, Aux exploits destructeurs, au trépas inutile, Ferme dans mon horreur, toujours je dirai : non .' vous que l'art enivre, ou quelque nnide envie, Oui. débordant d'amour, fleurissez pour la vie. On ose vous jeter en pâture au canon !

Liberté, Droit, Justice, affaire de mitraille ! Pour un lamtieau d'Étal, pour un pan de muraille. Sans pitié, sans remords, un peuple est massacré: — Mais il est innocent ? Qu'importe on l'extermine. Pourtant la vie humaine es! de source divine; -V'y louchez pas; arriére! un homme, c'est sacré!

Sous des vapeurs de poudre et de sang, quand les astres Pàlissenl indignés, parmi tant de désastres, Moi-même à la fureur me laissant emporter.

Je ne distingue plus les bourreaux des riclimes: Mon dme se soulève, et devant de tels crimes

Je voudrais être foudre el pouvoir éclater.

Du moins te poursuivant jusqu'en pleine victoire, A travers les lauriers dans les bras de l'histoire Qui, séduite, pourrait l'absoudre el le sauver, O guerre, guerre impie, assassin qu'on encense. Je resterai navrée, el dans mon impuissance.

Bouche pour te maudire et cœur pour l'exécrer.

Louise ACKERMAN.

— igi

L'intendant militaire Vigo-Roussillon vient de publier la première partie des mémoires militaires de son père qui partit comme volontaire à la suite de Bonaparie en Egypte et devint depuis colonel. Ces mémoires, écrits simplement, sans prétention, nous révèlent des faits inouïs. Citons seulement celui-ci, relatif à la façon d'agir du général Bonaparte à Tégard de six mille prisonniers à Jaffa :

« Il prit une résolution terrible : ordre fut donné de passer tous les prisonniers au fil de la baïonnette. Il fallait ménager les cartouches. On partagea les prisonniers, la veille du départ, entre les demi-brigades. On fit former les carrés face au dehors, puis on attaqua à la baïonnette les masses vivantes. On tua tout. L'armée obéit, mais avec une sorte de dégoût et d*effroi. »

Il faut dix mille casiers judiciaires de choix pour rivaliser avec ce chapitre inexplicable de la vie de Bonaparte.

[Progrès de Nantes,)

Une dépêche de Simia au Daily Chronicle annonce l'arrivée du général Blood à Yeagat Killa; le général prononcera incessamment son attaque contre les Mohmands.

Le général Elles continue à parcourir le pays; il a brûlé quarante villages et détruit tous les fortins sur son passage.

Les tribus font leur soumission et paient les amendes qui leur sont infligées.

(Journaux bourgeois.)

Le gouvernement anglais prend actuellement en considération l'adoption d'une nouvelle balle que vient d'inventer une maison de Birmingham. Cette balle est en plomb, et, au lieu d'avoir un sommet conique, son extrémité est concave. Cette forme donne à la balle son maximum d'expansion. En pénétrant dans le corps, le sommet de la balle agit comme un poin-

et découpe un trou nettement circulaire qui ne se referme A mesure qu'eUe pénètre, elle atteint une force d'expansion grande et, lorsqu'elle atteint une pénétration de six pouces. produit un trou déchiqueté, ayant de trois à quatre pouces amètre.

;este à savoir si le gouvernement adoptera cette nouvelle ition. Si oui, notre armée possédera une des balles les plus aies qui soient.

iD'un journal de Birmingham.)

lui a vu, il y a quelques années, une photographie du cimede Melegnano, prise trois heures après le combat? L'insent a rendu fidèlement ce qui était devant lui. Nul arran- :nt; c'est un amoncellement affreux de cadavres entassés mêle les uns sur les autres, un- enchevêtrement de bras, de es, de poitrines défoncées, de têtes broyées par les boulets I c'est une superbe chose que la guerre maintenant surtout la philanthropie s'en mêle, qu'une commission internaiioaméliore le sort des blessés, et qu'une autre commission chargée de décider dans quels cas spéciaux et particuliers ■ait convenable d'employer les balles expiosibles, les balles ■datent dans le ventre!

A. Ranc.

e Roman d'une conspirai ion. \

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