CE QUE COUTE LA GUERRE
...Nous avons la guerre permanente, à l'état latent, mais pas moins dévastatrice. Ce que l'agriculture, l'industrie, ce que toutes les activités humaines créatrices produisent, s'engloutit dans les armements, poussés à l'excès. Il semble que l'Europe continentale entière ne travaille que pour* entretenir des millions d'hommes dans la force de l'âge, lesquels n'ont d'autre besogne que de détruire les valeurs créées par les travailleurs. C'est pour la minorité armée que s'échine la majorité travailleuse. Les sacrifices excusés par le prétexte spécieux de leur nécessité pour la conservation de la paix, augmentent d'année en année. Qui peut entrevoir la limite où s'arrêteront ces armements insensés et ruineux.
Un puissant homme d'État que l'on célèbre encore aujourd'hui à outrance, mais qui nous aura laissé, comme son héritage le plus incontestable, cet armement progressif à perte de vue, a prétendu que les états et les nations n'étaient respectés qu'en raison de la force armée qu'ils pouvaient mettre en ligne. Il paraît que ce mot est devenu l'Évangile des États de l'Europe; chacun cherche à surpasser le voisin et les petits États s'épuisent également pour ne pas rester en arrière.
Je me suis quelquefois demandé ce qui pouvait être plus désastreux pour un peuple, d'une guerre malheureuse ou d'un état de paix armée permanent. La guerre de sécession en Amérique s'est continuée pendant plusieurs années; sa durée a été plus longue, si je ne me trompe, que celle des guerres européennes de 1866 et 1870 ensemble. Les Européens avaient leurs armées permanentes, équipées et instruites d'avance; l'Amérique a été obligée de créer tout pendant la guerre même, pour laquelle elle n'était préparée en aucune façon. Nos guerres ont englouti des milliards ainsi que des millions d'hommes; la création d'une
ée, sa- mise en campagne et en action n'ont anéanti,' auii s-Unis, pas moins de vies humaines, ni coûté moins d'ar- , Nous avons comme conséquences des deux guerres, des ements prodigieux et progressifs qui ont continué et qui inuent en sourdine l'œuvre des guerres en créant des dettes santés qui augmentent sans cesse et dont il faut payer les ■êts. Qu'a-t-on fait au delà de l'Océan? Les États-Unis, sortis :ur guerre avec une dette non moins forte, ont congédié leur he, cessé leurs armements et, en appelant la jeunesse au lil et non au service militaire, ils ont passé par une période aix non armée féconde et payé leurs créanciers (i). Jous ne savons que faire, de nos dettes, eux ne savent que
de leur argent On dit bien : Plaie d'argent n'est pas
telle ! La question change de face lorsqu'on considère qu'une : est un accident temporaire, mais qu'une phtisie est un étai lanenl. Elle change encore lorsqu'on réfléchit que nous ne mes pas seuls sur terre et que notre civilisation a non seu- :nt entamé mais envahi les autres continents. L'Australie. ndés, suivront les Etats-\'nis et entreront en lice pour toutes iranches de l'activité humaine. Ces pays ne connaissent pas îix armée et n'ont aucun souci d'en faire la connaissance. ■ population entière peut produire sans interruption. Notre armée frappe de stérilité une partie importante de la popun active et productive des richesses, pendant l'époque de eilleure validité. Croyez-vous que des pertes pareilles, durant lurs des années, ne finissent pas par devenir éminemment ibies?
..L'n dernier point que je ne ferais qu'effleurer. L'armée est ée sur l'obéissance passive et sans réflexion. Peut-on croire cet état, par lequel chaque homme valide doit passer, dans ;rands États, pendant plusieurs années de sa vie, n'exercera son influence sur les facultés intellectuelles? On s'évertue lant des années à étouffer chaque individualité, pour la ire à ne plus être qu'un instrument passif, sans volonté.
> Depuis lu folie dfs coiiquélts a aussi entamé les Éiais-Unis, et les voilà en
— igS —
doué seulement d'obéissance soumise sajis réflexion et on voudrait que ce traitement laisse intact la volonté, la réflexion,. Tessor individuel !
Et Ton voudrait nous persuader que ces ressorts, plies à outrance, cassés même, pourraient se redresser plus tard et engendrer des descendants doués d'une élasticité individuelle?...