‹ Guerre-militarismeChapitre 15 sur 42 · C. VOGT · texte numérisé non relu

C. VOGT

(Cité par W. Vogt, dans La Vie d'un homme, pages 238-239; i vol. chez Sch'eicher; i5, rue desSainis-Pères.i

Les hommes apprécient ceux qui les mènent en raison du mal qu'ils font. L'homme bienfaisant ne s'impose pas. On le critique, on le ridiculise, pourquoi se gênerait-on avec lui. Le savant qui trouve remède à des maladies réputées incurables; le voyageur qui acclimate la plante qui nourrira des millions de pauvres gens; l'inventeur qui met aux mains de l'ouvrier un instrument de travail plus producteur et moins pénible; le particulier qui fonde des institutions devant atténuer les injustices et les cruautés du sort — tous ces hommes vivant pour le bien sont à peine connus des foules. Mais celui qui ruine, torture, massacre, celui-là est vraiment populaire ! Les fronts s'inclinent devant lui et alors même qu'il tombe du pouvoir, il reste encore auréolé de gloire. Ce qu'il coûte de labeur, de souff'rances, de vies, on le calcule, on le dit, mais qu'importe, les masses sont moutonnières; elles tendent le dos aux ciseaux et la gorge au coutelas; elles gravissent, éternelles résignées, les mêmes voies douloureuses. C'est à peine, si, parfois, quelques mouvements de résistance, ondulations à peine visibles, frissons bientôt réprimés apparaissent sur l'immense cohue. On peut changer de berger non point de méthode. On donne d'autres noms aux stations du même Calvaire;. cela suffît à l'impuissance, à la vanité humaine, et les empires s'écroulent, les peuples se dispersent, les doctrines se succèdent, les civilisations se superposent, laissant des vestiges dont le sens et la portée finissent par ne plus être compris;

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et nous en sommes toujours à dire avec le plus ancien des poètes de la Grèce : « La terre est pleine de maux, pleine de maux est la mer ! »

C'est la lecture d'un article de VÈconomhie Européen ç\}i\ me ramène à Hésiode! Quelle singulière machine que le cerveau. Sait-on jamais où s'accrochent les fils qui le font mouvoir? Ils sont d'une si extrême ténuité qu'on ne les sent ni ne les aperçoit. Avant la théorie des microbes, ne nous a-t-on pas fait celle des atomes crochus; mais il semble aujourd'hui que les causes premières ont, elles aussi, des véhicules plus rapides qu'au temps des coches.

Notre excellent confrère Edmond Théry a fait le compte des dépenses militaires que vaut à l'Europe, depuis i865, le génie de M. de Bismarck. Le tableau comparatif dressé pour les cinq années qui depuis cette époque sont comme les premières stations du calvaire, est plus éloquent que tous les discours.

DÉPENSES TOTALES (guerre et marine) Nations 1865-66 1869-70 1880-81 1886-87 1892-93

France 536.1 . 549.3 1.016.1 904.7 890.0

Russie 601.2 615.6 872.8 982.3 . 1.107.1

Allemagne ) 501.4 599.4 822.7

Autriche-Hongrie..) ' 311.4 342.2 421.4

Italie 247.4 184.4 237.0 342.6 355.1

Angleterre 632.0 6a5.6 760.6 978.4 832.4

Belgique .34.9 36.8 44.1 45.6 47.0

Espagne 142.3 127.8 . 154.0 200.3 170.3

Hollande 45.3 50.5 69.7 69.4 17.3

Suisse 4.8 4.8 14.1 17.2 36.7

Ce n'est pas tout. Il n'y a là que les dépenses directes, mais faut-il bien faire entrer en ligne de compte les pertes qui, de cet état de choses, résultent pour l'économie générale.

« En résumé dit E. Théry, on peut affirmer que la politique bismarkienne vaut à l'Europe une augmentation de pertes ou dépenses improductives de plus de 3 milliards 5oo mille francs par an. Si Ton admet — ce qui est d'ailleurs rigoureusement

vrai — que ces nouvelles pertes et augmentations de dépenses improJuctives sont, pour une très lourde part, supportées par les classes laborieuses..., on comprendra mieux la cause du progrès des idées socialistes en Europe. Le socialisme européen s'est développé en raison du militarisme : il serait facile de le démontrer en analysant les conséquences de l'augmentation des impôts nouveaux sur le budget d'une famille qui n'a que son travail pour vivre. »

Et maintenant, admirez, glorifiez M. de Bismarck, vous voyez ce qu'il coûte au monde. Cet état d'efforts de tous contre tous qu'on appelle la Paix, c'est encore la France qui en souffre le moins, mais il en est qui pour s'arracher aux intolérables douleurs d'une misère croissante pourraient être tentés de faire comme les loups en hiver et de s'aventurer jusque dans les rues des villages cherchant qui dévorer, au risque de tomber sous les coups du chasseur.

Cependant Bismarck est grand; sa politique est glorieuse, c'est l'envie qui seule empêche les Welches d'en convenir; s'il mourait on lui élèverait aussitôt des statues, et ceux-là mêmes auxquels ses doctrines finiront par coûter le plus cher, tous les Allemands qu'il a courbés sous le joug prussien, porteraient son deuil. Le genre humain, comme la gent batracienne, n'estime que les dévorants!

(Echo de Parais) A. Saissy.

L'augmentation du capital nominal des dettes publiques de

1870 à 1887 est l'objet du tableau suivant :

Millions Millions

de francs. de francs.

France 12.000 Allemagne ........ 0.520

Russie 11.000 Saxe 0.388

Prusse 3.217 Grèce 0.270

Italie 3.132 Serbie 0.244

Hongrie 2.249 Wurtemberg 0.194

Autriche 1.077 Suède 0.181

Espagne 1.300 Hambourg 0.24

Belgique 1.089 Finlande 0.20

Houmanie 0.701

D'après la Ga<;ette de Cologne, pour l'exercice 92-g3, l'armée la marine ont coûté à l'Angleterre 36,9 o o de la totalité de n budget; à la Russie 28,7; à la France 37,1 ; à l'Italie 22,4; à Allemagne 17,8; à l'Autriche-Hongrie 17,6. Les dépenses pour ntérêt de l'amortissement des dettes publiques comportent en Uie 43,8 0/0 du budget; en Autriche-Hongrie, 29,5; en France. .4; en Angleterre, 27,9 en Russie, 25,7; en Allemagne. 19,9.

G. DE MOLINARI

{Grandeur et décadence de la guerre, pa^es a37-25J<; Guillaumiti, éditeur.)

A la date du i5 septembre, un bataillon, le i'^'' du 200= retient, était réduit à 12 hommes. Tous les autres étaient mons ; encombraient les hôpitaux.

Le 40' bataillon de chasseurs n'avait plus personne: il n'a Sme pas pu être représenté dans la colonne volante qui est rtie le i5 septembre d'Antriba pour Tananarive.

A la même date du i5 septembre, les hôpitaux établis aux fférents points de l'île accusaient les chiffres suivants:

Malades

Hôpital de Majunga 987

Transport-hôpital Vinli-Long 400

Sanatorium de Nossi-Comba 480

Dépôt des convalescents de Majunga. . . 400

Dépôt des Kabyles 1 . 100

Dépôt des isolés de la i" brigade .... 5oo

Dépôt des isolés de la 2* brigade. ..... . 220

Hôpital d'Ankaboka 1 . 100

Hôpital d'Ambato 35o

Hôpital de Marololo 800

Hôpital de Suberbieville 800

Total 7- '3?

En outre, la mortalité y est d'environ 60 à 70 par jour.

A ce chiffre déjà si formidable de 7.137 malades sérieuseent éprouvés, il faut ajouter 2.000 convalescents ou moribonds

rapatriés au i5 septembre par des transports et les affrétés que l*on sait.

A la même date, il était mort près de i.5oo hommes au bas mot, sans compter ceux qui sont décèdes parmi les convoyeurs kabyles, somalis ou autres.

La colonne volante qui a été à Tananarive n'ayant pu disposer que de 3.5oo hommes, on voit qu'en tenant compte d'un millier d'hommes répartis sur la ligne d'étapes, noiis arrivons à peu près au chiffre du corps expéditionnaire.

L'hôpital de campagne n** i dispose de 25o lits et il y a 987 malades. Les hommes n'ont qu'un infirmier pour 80 malades et la suveillance n'est pas assurée.

Les malades meurent dans la brousse, et le soir, dans les promenades à cheval que font les officiers, l'odeur nauséabonde qui se dégage sur leur route révèle la présence de quelque cadavre.

«Renseignements fournis par le Ministère de la Guerre, reproduits d'après V Éclair),

Chiffre définitif çt tristement éloquent relevé par les Archives de médecine navale: 22.85o hommes ont donné 7.498 décès, c'est-à-dire une proportion d'un tiers. *

Le corps le plus éprouvé a été celui des sapeurs du génie, qui ont travaillé à la construction des routes et des ponts. Les. deux tiers sont morts.

Vient ensuite un bataillon de chasseurs (63,2 pour 100), décimé après la marche forcée sur Tsarasotra.

Les troupes indigènes fortement encadrées par les Européens ont été les plus résistantes, mais les auxiliaires, soit indigènes comme les Sakalaves, soit originaires de l'Afrique du Nord ou de l'Ouest, comme les Kabyles et les Sénégalais, ont été fort éprouvés- Tfois mille décès sur huit mille hommes.

{Le Gaulois.)

•- Av^i:' '• •

L'état sanitaire des troupes espagnoles à Cuba, l'année dernière, a été déplorable, et les pertes qu'elles ont subies par le fait des maladies seules dépassent, semble-t-il, toute proportion imaginable.

En effet, d'après le rapport du docteur Brunner, médecii\ de l'armée espagnole, le nombre des morts se serait élevé, en 1897, à 82.534 dont :

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