‹ Guerre-militarismeChapitre 16 sur 42 · par autres maladies diverses · texte numérisé non relu

par autres maladies diverses

En outre, M. Brunner estime à 3o.ooo le nombre des convalescents évacués de Cuba -sur TEspagne, et on peut penser que, de ces 3o. 000 convalescents, 10 pour 100, soit au moins 3.ooo, sont certainement voués à une mort plus ou moins prochaine, ce qui donne environ 35. 000 décès dans l'année.

Si cet état de chose eût dû continuer, Cuba aurait été le tombeau de l'armée espagnole tout entière, et Ton comprend que, dans ces conditions, les Américains ne se hâtent pas de s'installer sur une terre aussi dangereuse.

(L'IUustration, 4 juin iSg8.)

Extrait d'un rapport de MM. Burot et Legrand, médecins de marine, sur l'expédition de Madagascar. Je cite :

« La mortalité a dépassé dans le corps expéditionnaire toutes les prévisions. En dix mois, de mars à décembre, sans rencontre sanglante avec l'ennemi, l'armée a perdu presque autant d'hommes, toutes proportions gardées, que pendant les cinq années de la campagne du Mexique, de 1862 à 1867! Pourtant, nos soldats avaient eu également à lutter contre un climat terrible, contre les fièvres redoutables des terres chaudes, et, en outre, contre un ennemi implacable et bien armé.

« La mortalité, pour cause de maladies, dans l'armée anglaise, durant la campagne contre les Achantis, prise comme terme de

comparaison, avait été de i homme sur 60; dans l'expédition française de i885, elle avait été de 1 homme sur 20; en iSgS, elle a atteint le chiffre de i sur 3 ! »

4,189 décès sur i2,85o hommes de troupes de la guerre et de la marine, sans un engagement de guerre, sans qu'un seul de nos soldats soit tombé sous le feu de Tennemi! Ces chiffres sont officiels. Qui diable s'en préoccupe? Les sapeurs du génie, qui ont travaillé à la fameuse route dont il n'existe plus de trace aujourd'hui, ont perdu les deux tiers de, leur effectif. Le 40^ bataillon de chasseurs à pied voyait tomber 682 hommes sur 1,000 dans sa marche forcée sur Tsarasotra, et pas un de ses soldats ne put arriver à Tananarive. L'escadron du train des équipages perdit plus de la moitié de son effectif : les hommes employés comme porteurs de bagages faisaient office de bêtes de somme. Le 200*, sans avoir tiré un coup de fusil, ne se composait que de i63 hommes à l'entrée dans Tananarive.

Clémenxeau. — (Aurore.)

L'extravagance humaine de cette planète est ainsi faite qu'au lieu de mener une vie tranquille, laborieuse, intellectuelle et heureuse, elle se suicide perpétuellement en s'ouvrant les quatre veines et en jetant son meilleur sang dans ses convulsions frénétiques. Voyez-la à l'œuvre, cette humanité : elle choisit ses enfants les plus forts, les allaite, les nourrit, les entoure de soin jusqu'à la plénitude de leur âge viril, puis les aligne méthodiquement. Comme il n'y a que 36,525 jours par siècle et qu'il lui faut poignarder 40 millions d'individus, elle ne lâche pas un seul instant son couteau, en égorge sans fatigue 1,100 par jour, presque i par minute, 46 par heure! Il n'y a pas de temps à perdre, car, si par hasard on se repose un seul jour, c'est 2,200 condamnés qui attendent leur tour pour le lendemain.

Voilà à quoi les hommes s'occupent. Apprécions dignement ce haut degré d'intelligence par quelques comparaisons.

Le glaive de Mars tire sans trêve le sang des veines de

l'Humanité : dix-huit millions de mètres cubes ont déjà été répandus, etc.

Qu'ajouterons-nous encore à ces tableaux incomparablement moins hideux que la réalité? Une remarque seulement : cesi que les divers gouvernements de V Europe aeuls tuent, chaque mois, pour leur bon plaisir, plus d'hommes quon ne voit à Vœil nu, d'étoiles au ciel par la plus belle nxi,it, etc.

En fait, Tétat de paix avec Tarmée permanente, le militarisme européen est la cause principale de la stérilisation des campagnes et la ruine des pays.

Les ressources gagnées à grand peine par les travailleurs ne suffisent plus depuis longtemps. Il faut emprunter, emprunter encore et escompter l'avenir. La dette publique de l'Europe et de l'Amérique s'élève aujourd'hui à quatre-vingt-dix-huit milliards! Elle continue de s'exagérer, et continuera jusqu'à ce que tous les peuples fassent faillite. La dette publique des diverses nations de l'Humanité entière s'élève actuellement à cent trente milliards, que l'Humanité se doit à elle-même!... Aucun problème de l'Astronomie n'est de cette force-là, et aucun observatoire n'est comparable à une Chambre des députés.

Et ces dettes, ces sacrifices, ces impôts de tout genre, cet accroissement constant de la gêne publique pour qui? pour quoi? — Pour enlever les bras à l'agriculture, pour stériliser la Terre, pour préparer la famine universelle et pour s'entre-détruire inexorablement.

Mieux encore! Notre intelligente Humanité n'a eu jusqu'à présent de la reconnaissance que pour ses spoliateurs, des honneurs que pour ses bourreaux, des lauriers que pour ses assassins, des statues que pour ceux qui l'écrasent sous les talons de leurs hottes.

Que conclure de cet examen? Pouvons-nous sérieusement espérer qu'un jour l'Humanité reconnaîtra sa sottise, que les peuples atteindront l'âge de raison et que la guerre infâme cessera enfin de souiller cette planète, mieux éclairée sur les véritables conditions de son bonheur? Non pas! Les hommes sont ainsi faits : ils ont besoin de maîtres, ils ont besoin de bourreaux, ils ont besoin de malheurs. On verra pendant de longues

années encore, quatre-vingt-dix-neuf hommes sur cent éprouver la nécessité de se poignarder et le centième qui les traitera de fous, sera longtemps lui-même considérée comme un utopiste. Supprimer toutes les armées du monde? Y songez-vous? C'est impossible !

Flammarion.

^Dans le Ciel et sur la Terre.)*

Nous extrayons de la Nature les renseignements suivants relatifs aux documents que M. Bodio a pu réunir sur ce qu'a coûté, en hommes et en capitaux, la guerre de 1870-71.

En France, d'après le D^ Jules Richard, les pertes subies par 1 armée française sont les suivantes :

Hommes

Morts en France de blessures 80.000

iMorts en France de maladies, d'accidents, suicides, etc. . . 36. 000

Morts en Allemagne, prisonniers ... ^ ... . 20.000

Total des morts 1 36. 000

Blessés sur les champs de bataille qui ont survécu. 1 38. 000 Blessés dans les marches, accidentellement, contusionnés, etc 11.421

Malades de maladies communes, d'exténuation, de

froid, etc 328.000

Total. . . . • . 477.421

Le nombre de Français morts de blessures serait de i55.ooo, d'après le D^ Puget, et de 158.871, d'après le D^ Chenu.

En Allemagne, d'après les rapports officiels de l'État-major de Berlin, il est mort, du côté des Allemands, 40.877 hommes, dont 17.255 sur les champs de bataille et 26.025 dans les ambulances. 18.545 hommes ont été blessés, mais.ont survécu.

Les chiffres ne sont pas moins édifiants sur ce qui concerne les capitaux.

Les pertes suubies par la France sont les suivantes, d'après M. Bodet, ancien ministre des Finances :

Francs

Dépenses militaires \ 2.586.412.558

Sommes payées à l'Allemagne 5.742.938.814

Emprunts et primes i . 156.327.955

Travaux publics occasionnés par la guerre. 207.239.800 Indemnités payées par TÉtat aux départements et aux particuliers , . 604.622.425

Perles subies par l'État 2.833.939.000

Dommages supportés par les communes et

non remboursés par l'État 535. 007. 000

Total 12.666.487.552

. Et dans ce chiffre, ne sont pas comptées les pertes résultant de l'arrêt de production, de la perte du capital « homme » et de l'incapacité de travail des blessés ou malades !

En ce qui concerne les pertes pécuniaires subies par TAIlemagne, on est loin d'être d'accord. D'après M. Blenck, elles seraient inférieures aux 5 milliards versés. Pour M. Meitzen, au contraire, les frais auraient dépassé 8 milliards. Et tout cela,. pourquoi faire?

\Sîém'/riai de la Librairie, 22 octobre 1896.)

...Après urt fusil tirant dix coups par minute, on en inventera un qui tirera vingt coups; après les canons portant à deux kilomètres, on en imaginera qui porteront à quatre kilomètres, et, dans cette sorte de frénésie de destruction, on devra maudire le génie meurtrier des peuples, au nom de l'humanité.

Et alors il arrivera que les nations s'armeront pour ne pas combattre; on aura des armées nombreuses, bien vêtues, bien équipées, mais comme les armées coûtent cher et «puisent les peuples, il y aura à côté d'elles des populations misérables et dont les souffrances finiront par faire explosion.

Jules Favre.

{Corps législatif, séance du 23 décembre 1867.)

Voyons maintenant ce que coûte cette aberration insensée. Commençons par les pertes directes.

Un continent entier de notre globe, deux fois grand comme notre continent, ayant 19.800.000 kilomètres carrés et 80 millions d'habitants, l'Amérique du Nord, est partagé en trois dominations politiques : le Canada, les États-Unis^ le Mexique. Comme aucun de ces pays ne convoite le territoire de l'autre, sur ce vaste continent il y a seulement 1 14.453 soldats et marins, soit un militaire par 700 habitants, tandis qu'il y en a chez nous un par 108. La proportion américaine donnerait pour l'Europe 514.286 hommes. Comme nous n'avons pas d'éléments sauvages à contenir par les armes, la moitié du contingent de l'Amérique du Nord nous suffirait certainement pour maintenir l'ordre intérieur. L'Europe a besoin de 3oo.ooo soldats au plus. Tout le feste est entretenu, grâce à l'idolâtrie des kilomètres carrés. Ce reste dépasse 3 . 3oo.ooo hommes et coûte 4 milliards 5o8 millions de francs par an. Telle est la perte directe provenant de l'esprit de conquête. C'est un joli denier. Mais c'est encore bien peu de chose en compagnie des pertes indirectes.

D'abord il y a les 3.5oo.ooo hommes qui sont sous les drapeaux. S'ils n'étaient pas soldats et se livraient à des besognes lucratives, en gagnant seulement mille francs par tête, ils pourraient produire 3 milliards 800 millions de francs. Les 4.500 millions absorbés aujourd'hui par les dépenses militaires rapporteraient bien 5 0/0, s'ils étaient placés en entreprises agricoles et industrielles. Cela fait encore 225 millions. Les vingt-huit jours des réservistes peuvent bien s'évaluer à 200 millions au plus bas mot. Voilà donc 4.225.000.000 absolument palpables. Mais combien de pertes colossales échappent à toute évaluation ! Les capitaux produisent des capitaux. Si 9 milliards étaient économisés tous les ans sur les dépenses militaires et versés dans des entreprises nouvelles, ils produiraient des bénéfices qu'il est absolument impossible d'évaluer.

l'our se rendre un compte exact des maux provenant de l'esde conquête, il faut jeter un regard sur le passé. Vous ne remonterons pas au-delà du moyen âge et nous don- )ns quelques exemples peu nombreux pour ne pas abuser de atience du lecteur.

L'Artois fut saccagé de fond en comble, plus de trente fois, s le courant du dixième siècle. A l'époque des croisades, les ts souverainsde l'Europe et même les républiques se crovaieni gés de faire une expédition de pillage tous les printemps (]). "Julie part la destruction des richesses produites par la guerre étéaussi épouvantablequ'en Espagne. En 1078, les Castillans lurent prendre Tolède. Avec lesengins militaires de l'époque, ait absolument impossible de venir à bout, par une attaque erte, d'une place aussi admirablement fortifiée par la nature ïr les hommes. Alors le roi de CastîUe, .■\lphonse VI, ravagea ays pendant trois années consécutives. Ildétruisit les récoltes sacra les habitants et le bétail, en un mot, fit le désert autour 'antique capitale des Wisigoths.

Jette manière de faire la guerre devint systématique chez leS agnols. Les campagnes de l'Estramadure furent si bien igées, qu'elles n'ont pas pu se relever jusqu'à nos jours, a/»réi siècles f

K De [ I ro à i8i5, sur yo5 années, il y en a eu 272 de guerre e la France et l'Angleterre (2). » Voilà près de quatre-vingts que ces deux nations vivent en paix. Cela ne les empêche pas prospérer. Quelle meilleure preuve que toutes les guerres pré- :ntes étaient inutiles?

Sous ne parlerons pas des massacres de la guerre de Trente qui firent périr le tiers de la population d'Allemagne, ni des ivantables hécatombes de Napoléon 1". Ces faits sont dans es les mémoires.

Essayons une évaluation des pertes causées par l'esprit de quête, au moins depuis la guerre de Trente ans. Ici encore

r la Lombflrdie, Sismondi, Histoire des républiques italiennes, Paris.

ivelcve. Les causes de guerre en Europe. Paris, Guillaumin. 187-',

nous procéderons par analogie. De 1700 à 181 5, TAngleterre a dépensé 175 millions de francs pour la guerre (i). Supposons que les frais des autres grandes puissances : Allemagne (y compris la Prusse), Autriche, Espagne, France et Russie, aient été analogues. Cela ferait (sans compter les petits États, comme la Savoie, Venise, etc. j un millliard 5o millions pour l'Europe entière. Comme la guerre ne coûtait pas aussi cher à la Russie et à la Prusse qu'à l'Angleterre, diminuons ce chiffre d'un quart. Cela fait, pour la période de 1700 à i8i5, une dépense annuelle de 787.500.000 francs (2) et une dépense totale de 90.562.500.000 fr. Évaluons les frais de guerre du dix-septième siècle à une somme encore inférieure; portons-les seulement àSoo millions de francs par an, pour toute l'Europe. Cela fait encore 41 milliards, so»t, pour la période entière de i6i8à i8i5, 1 3 1. 562. 5oo. 000 francs.

Nous avons des données plus certaines pour le dix-neuvième siècle. Les guerres de Crimée, d'Italie, de Holstein, d'Amérique et de 1866 ont coûté 48.880.000.000 de francs (3). La guerre de France a coûté i5 milliards au plus bas mot. Celle de 1877 au moins 4 milliards. Ajoutons pour la guerre d'indépendance de la Grèce, pour les expéditions française et autrichienne en Espagne et à Naples, pour la guerre de Pologne, en i83o, pour 1^ guerre turco-russe de 1828-29, enfin pour les guerres de 1848, encore 3 milliards, ce qui est bien modeste, il faut en convenir. Nous arrivons déjà à un total de 68 milliards 83o millions. Aucune des compétitions extra-européennes n'est comprisedans ce chiffre: la guerre entre la Russie et la Perse en 1827, celle de Méhémet- Ali contre les Turcs, la lutte contre les montagnards du Caucase et contre les Arabes de l'Algérie, les campagnes des Anglais dans l'Afghanistan, etc., etc. Sur tout cela nous manquons absolument de chiffres.

Mais en comptant seulement ceux que nous avons pu obtenir.

(1) VoirSeely, Expansion nf England, Londres. Macmilan, i885, p. 21.

(2) Ce chiffre est très modéré; de 1802 à i8i3, la France seule a dépensé 498 millions par an. Voir Laroque, La guerre et les armées permanentes, Paris, M. Lévy, 1870, p. 2o3.

(3) Voir P. Leroy-Beau lieu, Recherches économiques sur les guerres contem- ;?orat>ie5, Piiris, Lacroix, 1.SÔ9 p. 181.

nous avons, pour la période de 1618 jusqu'à nos jours, 200,392,000,000 de francs. Et ce sont là seulement les pertes indirectes! Entre 1618 et 1648, TAllemagne a perdu 6 millions d'habitants. La destruction des richesses a été prodigieuse, les ravages épouvantables. Comment les déchiffrer en argent? C'est absolument impossible. Il y a certaines dépenses provenant de l'esprit de conquête qui échappent presque complètement à robservation. Nous en donnerons seulement deux exemples.

Au moyen âge, Terreur ctésohédonique ( i) sévissait entre les plus proches voisins. Aucune ville ne pouvait offrir quelque sécurité, si elle n'était entourée de fortes murailles. Comme elles exigeaient de grosses dépenses, on ne pouvait pas les rebâtir tous les jours. Pour ce motif, on ménageait la place dans les villes et les rues y étaient très étroites. Plus tard, quand la sécurité s'établit, les murailles furent démolies. De notre temps, les besoins de Fhygiène et du luxe ont poussé à ouvrir de larges voies dans les vieilles villes européennes. Il a fallu acheter des maisons et les démolir pour établir les grandes avenues modernes. Sans l'esprit de conquête, il n'y aurait pas eu de murailles au moyen âge et l'on aurait établi de larges rues dès cette époque, comme on le fait dans les nouvelles villes de la Russie et de l'Amérique. Or, pour percer ces nouvelles avenues, Paris, par exemple, a dû contracter des dettes dont les intérêts annuels montent au moins à 5o ou 60 millions de francs. Cette dépense doit être mise au compte de l'esprit de conquête. Mais personne n'a jamais attribué aux gaspillages militaires 5o ou 60 millions de francs sur le budget de la ville de Paris. Et combien d'autres villes sont dans le même cas!

Autre exemple. Pendant six siècles, la France et l'Angleterre ont voulu s'enlever des provinces. De là une hostilité permanente entre les deux nations. Plus tard, les circonstances ont changé; mais, grâce aux routines inhérentes à l'esprit humain, les vieux ressentiments, désormais sans motifs, sont restés. Contrecarrer les progrès de la France était considéré comme un

(i) L'auteur donne ce nom à la folie de croire que c'est l'étendue d'une nation qui fait sa richesse.

devoir patriotique par des ministres anglais du genrç de lord Palmerston. En i855, M. de Lesseps forma une Compagnie pour percer le canal de Suez. Comme M. de Lesseps était Français, lord Palmerston et le Parlement britannique se crurent obligés défaire de l'opposition à son projet. Cette opposition coûta environ 200 millions de francs. Le canal de Suez aurait pu se faire alors pour 200 millions. Par suite des machinations de TAngleterre, il en a coûté 400. Qui a jamais pensé mettre cette pertes au compte de Tesprit de conquête? Elle en provient cependant (i).

Les pertes indirectes de la guerre échappent à toute évaluation. Mais il faut considérer encore un autre point de vue : celui des profits qu'elles empêchent de faire. Ainsi la guerre de la sécession américaine a coûté 35 milliards de francs aux trésors des deux confédérations. Mais, sans parler de la destruction des propriétés (2), si Ton considère les bénéfices non réalisés, Tévaluation la plus modérée les porte déjà à 60 milliards de francs (3) pour Tannée 1890 et ce chiffre va augmenter tous les ans en progression géométrique.

De plus, il faut prendre nos dettes en considération. La plus grande partie en provient de l'idolâtrie des kilomètres carrés. Cela fait encore une dépense de 3,224 millions de frants que nous n'aurions pas à supporter sans l'erreur ctésohédonique (4).

(i) Signalons-en une encore, à laquelle personne n*a songé jusqu'à présent. L'action la plus avantageuse finit toujours par être admirée, parce que le beau n'est qu'une manifestation du bien. La gloutonnerie est laide, parce qu'elle détruit la santé. La richesse a toujours été enviée par les hommes. Longtemps on s'est imaginé qu'on pouvait l'acquérir plus vite par la guerre que par le travail. Par conséquent, la conquête paraissant le procédé le plus rapide {donc le plus efficace) a été honorée, et le travail paraissant le procédé le plus lent a été méprisé. De nos ,'ours, un grand nombre de descendants des preux du moyen âge conservent les idées de leurs ancêtres et tiennent le travail pour dégradant. Aussi des milliers d'aristocrates ne font-ils rien. Ils restent donc des non-valeurs sociales qui ralentissent par leur inactivité le taux d'accroissement de la richesse.

(2) Shernnan, dans sa marche d'Atlanta à Savannah, en a détruit pour plus de deux milliards de francs. La famine de coton produite par la guerre d'Amérique a lait perdre à la Grande-Bretagne 2,400 millions de francs. Qui a jamais mis cette somme au compte du militarisme?

(3) Voir E. Reclus, Nouv. Géogr. univers. y t. XVI, p. 810.

(4> Voir la justification de ce chiffre dans nos Luttes entre les sociétés humaines, p. 226.

El nous n'avons pas parlé jusqu'à présent d'un autre facteur :

hommes. Les guerres des trois derniers siècles ont fait, au i mol, 3o à 40 millions' de victimes. C'est un chiffre bien )déré. Quelques auteurs le portent à 20 millions par siècle. ns parler des épouvantables souffrances de ces malheureux,

représentent un capital énorme 111. Ajoutons, de plus, que -hommes, s'ils n'avaient pas été massacrés, auraient fait des Fants qui n'existent pas aujourd'hui. Sans les guerres de poléon l^r et de Napoléon III. l'Europe aurait eu 45 millions labitants de plus qui auraient pu produire i3,5oo millions Je ncs par an 121.

J. Novicow.

(Les Giispilliiiri-s .les sociilis miidernes, i vol, 5 fr., cWr. Alcan, i cN, bouleï.ii J

La semaine dernière, j'indiquais, comme cause de la dépresn constatée en notre siècle, de l'art général, réparti dans toute nation, pour tous les métiers, celte cause première : la dépresn vitale amenée par les saignées fréquentes, et de plus en plus )ndanles, des guerres.

Cela,, en dehors de tout jugement historique et politique, oi que l'on pense' de la guerre en elle-même, ou de telle guerrt ■ticulière, étrangère ou civile, il va un fait que l'on est bien

Tes de irjbu» qui oni aussi pour cause l'erreur tiésoliédoiiique. Supposon,- qnt ;un d'euï élit pu «a^jner loo fram's par an. Cnpilaliséc à ^ o o,,cent somiiii int deux milliards de francs.

(21 Voir nos Luttes, p. 228. Disons, , en passant, que c'esl à l'erreur ctésolwJL" je que nous devons, tn partie, noire snuïiif;ene actuelle. Quand on pense que 1^ en le plus rapide de s'enrichir esc de s'emparer du territoire du voisin, inoinî -■rrimiri: a de délenseurs, mieui cela vaut. Aussi tous les prétendus génies poli' es se font-ils gloire d'avoir tué le plus firand nombre de leurs semblables. Ctsjf

: écrites, un épouvantable accident s'est produit à Santander. 1,'explosion d'ui au chargé de dynamite a tué quelques centaines d'individus. La piiié a i'-^ ide pour les victimes. Kn France, on a fait des collectes pour leur venir en ^iJ<. poseï maintenant la France et l'Kspapne en guerre. Si l'on avait fait sauter Jf iers d'tspagnols dans une place forte, on aurnii ch.iiité des Te Deum. O logiant

obligé d'admettre : c'est la suppression, par la victoire comme parla défaite, de milliers ou de millions de vies humaines. Il laut bien voir que, non seulement la période qui'suit la guerre est appauvrie par la disparition subite de ces énergies, de ces activités, mais encore toute la continuité de la vie sociale et humaine. Les vides peuvent se combler avec le temps, la sève peut redevenir forte et vivifiante. Il n'y en aipas moins de la vie abolie, et de la vie qui aurait créé de la vie. Avec les hommes disparus a disparu une descendance à venir.

Il est également acquis, à première réflexion, que la perte d'une foule, la perte d'une collectivité n'est pas la seule à enre- ^Mstrer. Dans le hasard de la guerre, par la fatalité de la bataille, ce qui a pu également disparaître, c'est telle énergie particulière, telle individualité, qui serait devenu représentative, dans le domaine de la pensée ou de Taction, d'une foule de désirs, de vouloirs, qui peuvent se trouver, sinon annulés, du moins retardés et affaiblis, faute de moteurs utiles, prêts à Theure juste.

De combien de grands, beaux et bons esprits, de combien

d'œuvres à jamais fécondes» l'humanité a-t-elle été privée par les

catastrophes qui font entasser les morts dans les plaines, au soir

des combats, cela, c'est la question sans réponse, l'affreux et

insoluble mystère.

Gustave Geffroy.

{Journai, 22 février 1895.)

On a consacré des millions à. transformer la tunique des soldats en veste, après avoir consacré quantité d'autres millions à transformer la veste des soldats en tunique.

Nous aurions eu de quoi faire des Littrés de tous les Français avec l'argent que nous avons dépensé en passepoils.

Je ne puis voir une nouvelle culotte à l'armée sans songer qu'elle est faite de l'étoffe de plusieurs savants.

Edouard Lockroy.

ous nous bornerons a rappeler que les différents États de ope ont accumulé une dette de i3o milliards, dont i lo enviepuis un siècle, et que cette dette colossale provient presque sivement des dépenses de guerre; qu'ifs tiennent sur pied, :mps de paix, plus de 4 millions d'hommes, et peuvent r ce chiffre à 19 millions en temps de guerre; que les deux de leurs budgets sont absorbés par le service de la dette et etien des armées de terre et de mer. Si l'on recherche quelle la progression des charges publiques dans le courant du ;, on trouve que le montant des contributions en argent élevé dans la proportion d'un à quatre et mênie cinq, et 'impôt du sang dans les pays du continent a suivi la même •ession. Pour ne citer que la France, le budget de l'État y nté depuis la Restauration de. i milliard à 4, et le continannuel de l'armée de 40,000 hommes à 160,000. La proion a été à peu près la même dans les autres États, et elle partout aussi, sensiblementaccéléréedans la seconde moitié ècle.

G. DE MOLINARI

squîsse de l'organisation politique et économique de la société Julurt,

. Jadis un véritable jardin, la chaîne de la Moucondoncoua. ujourd'hui le théâtre de luttes sanglantes et d'un pillage nu, La violence et la cruauté des agresseurs ont transformé ractère des habitants, devenus cruels à leur tour, et leur ont is à se venger sur les faibles des maux qu'on leur inflige.

uvages du capitaine Blrton.|

Je suis persuadé que la plupart des conflits entre nations soni le résultat des manœuvres et de l'ambition de quelques ministres qui usent de ces moyens criminels à seule fin de conserver le pouvoir et d'accroître leur popularité... Je désirerais que les ministres fussent seuls obligés de terminer par les armes les différends qu'ils ont provoqués.

Guillaume IL

(Extr. de Guillaume //, par François Aymé, p. i53, Paris, 1897.)

Essayons de donner une idée de ce que lui coûte l'abus du pouvoir illimité que possèdent les gouvernements sur la vie et la propriété individuelles et qu'ils mettent au service des classes dont ils dépendent. Si Ton considère les deux gros chapitres des budgets de la généralité des f tats civilisés, ceux de la guerre et ceux de la dette, on constate, non sans surprise, qu'ils absorbent les deux tiers des revenus publics.

Sans doute, il faut, sous le régime actuel de l'assurance isoléç, que chaque nation se prémunisse contre le risque de guerre; mais n'est-il pas manifeste que la prime qu'elle paye de ce chef dépasse le risque? Si des millions d'hommes sont soumis en Europe à la servitude militaire, n'est-ce pas surtout parce que les armées offrent un débouché avantageux aux professionnels qui se recrutent, pour le plus grand nombre, dans les familles influentes de Taristocratie et de la bourgeoisie? Et la plupart des guerres qui ont ravagé inutilement le monde depuis un siècle ont-elles été entreprises pour satisfaire à la demande de la foule laborieuse qui fournit, qu'elle le veuille ou non, le sang et l'argent nécessaires pour les soutenir? Que l'on calcule enfin ce que coûte le renchérissement des produits et des services que les gouvernements ont enlevés au domaine de l'activité privée •: postes, chemins de fer, télégraphes, téléphones, etc., etc., et celui que cause la protection des rentes des propriétaires fon-

des profits ou des dividendes des entrepreneurs d'indus- ! de leurs commanditaires, on trouvera que i'ensembie des directs et indirects de gouvernemeat absorbe au moins la é des revenus de la multitude qui vit du produit de son il quotidien. Sous le régime du servage, elle travaillait trois

par semaine pour le seigneur : elle travaille aujourd'hui autant pour le gouvernement et ses soutiens privilégiés, |ue les services qu'elle reçoit en argent valent à peine une ■journée.

Dt; MoLiNAi-i.

uand la grande armée de Napoléon a passé le A'iémen, en aot le nombre des soldats qu'il avait pu réunir, on arrive ,000. Et là-dessus tous tes auteurs poussent des cris d'admi- 1. Sept cent mille hommes! Quelle mer\eille! quelle belle iomphante conquête sur les difficultés matérielles que de >ir faire vivre sept cent mille hommes, assurer lecomma'nde- , les services des munitions et de l'intendance. Quel prodige :e recrutement de Français et d'Italiens, de Bavarois et do lais, de Sa.vons et de Danois, d'Espagnols et de Flamandsl a pas assez de dithyrambes pour glorilîer ce miracle. Or on ;e qu'il est devenu, ce miracle. Six mois après, combien nmes survivaient de ces sept cent mille? Trente-trois mille; trente-trois mille à peine. Les autres étaient morts, dans 5ces souffrances, après des misères effrovables, mutilés, , froissés par la mitraille, agonisant dans ia neige, dévorés as corbeaux, ou disséqués par le typhus. Voilà ce que c'est

t, si les historiens se permettent quelques critiques, ce n'çst lu tout parce que sept cent mille hommes ont péri, c'est des raisons de stratégie et de politique. A supposer que la tagne de Russie eût amené l'éct'asement de la puissance , même avec cette effroyable hécatombe humaine, l'histoire ■ait que des applaudissements, et peut-être ne trouverait-on

pas, dans un seul livre, une parole de réprobation ou de blâme.

Récemment, dans la guerre entre les Etats-L'nis et TEspa il va eu l'écrasement de la flotte espagnole. Cinq ou six navin guerre ont été brûlés, torpillés, coulés, et il y a eu trois mille limes. La mort de ces malheureux a passé presque inaper tandis que le naufrage, presque simultané, de la Bourgogne il y eut près de quatre cents morts, provoqua une générale é| vante et une émotion extraordinaire.

Est-ce que par hasard les braves marins espagnols ne n tent pas autant de compassion que les passagers de la 6

Les historiens et les journalistes sont responsables de i aberration qui fait considérer comme toutes simples les morts soldats. Ce sont faits de guerre, voilà tout ! Il est inutile de s loyer sur leur compte.

De là cette. indulgence pour les grands mangeurs d'homi comme .Alexandre, César, Attila, Napoléon, Bismarck. Il ser qu'ils aient droit à des ménagements particuliers.

Lorsqu'un misérable père martyrise son petit enfant, le de coups et le fait périr de faim, un cri d'horreur s'élève, foule entoure la voiture qui le conduit au tribunal, en s'éçri. «.A mort l'assassin! A morti » Et, s'il n'est pas condami l'échafaud, toute la presse s'indigne! Le pauvre enfant m; risé trouve des millions de défenseurs. Cela est bon, Ceh juste, .Mais pourquoi celui qui. au lieu de martyriser un enl en martyrise cent mille, ou quinze cent mille, pourquoi cel est-il un grand homme?

L'horrible Vacher, cette brute sanguinaire, irrespons sans doute, qaî a commis une trentaine de hideux assassii est un affreux monstre. .Mais qu'on mette à ci'ité de ces tr victimes les deux millions d'hommes qu'Alexandre a fait péi je n'hésite pas, et je préfère Vacher à Alexandre le Grand!

Peut-être dira-t-on que la mort des soldats sur un cham bataille est glorieuse et digne d'envie; que mourir pour la p. ou pour le maître, les armes à la main, le front à l'ennemi, un honneur incomparable. Hélas! combien de ces pauvres

— ai6 —

s tombent sans avoir connu l'orgueil de la lutte, pourrissant is un hôpital, ou dans une étable, du typhus, du scorbut, de /aride, du choléra, de la fièvre jaune, de toutes ces infâmes ladies qui accompagnent la guerre et lui font un cortège digne lie! Ceux qui chantent la gloire de la guerre, savent-ils que les ladies font cinq fois plus de victimes que le feu de l'ennemi. Aux temps d'Homère, ou même au temps de la chevalerie, ind deux héros en venaient aux mains, avec leurs épées, rs cuirasses, leurs lames, c'était la vaillance et l'adresse qui :idaient de la victoire. Il y avait quelque honneur à combattre, riompher, peut-être même quelque sauvage plaisir dans cette aille. Mais quelle noblesse d'âme, quel succès de l'énergie ysique à râler sur un grabat infect, quand le choléra ou le ihus nous dévore? Si hideux que l'aspect d'un champ de aille, ce n'est rien à côté du spectacle que donne l'hôpiial- ■aquement où sont soignés les malades. Rien n'est plus abomi- Dle; et tous ceux qui ont vu de pareilles scènes, pour peu qu'il r reste encore quelque parcelle de cœur ou d'intelligence, ne ivent plus considérer la guerre et l'ambition des souverains e comme la plus abominable des aberrations humaines. Il est impossible de donner en chiffres le nombre des victimes la guerre.

Mais il n'est pas du tout nécessaire de chercher une irréali- )le précision.

Nous pouvons faire alors à peu près le compte suivant pour guerres de ce siècle.

îrres de Napoléon (1799-1815) Français .' 3

— — — Etrangers. 5

:rre de Russie (L8S4)

:rre d'Italie

;rre de Prusse

;rre de sécession

;rre de 1870

;rre turco-russe

erres civiles de l'Aniérique du Sud

:rres coloniales (Indes, Mexique, Algérie, Abyssinie, Transvaal,

Java, Madagascar) 3. 000.0

Total 14

Charles Rechet.

i5. rue d

L'Origine des Armées permanentes

Sous le régime féodal, la force armée consistait principalement en cavalerie. Les seigneurs, assistés de leurs principaux vassaux et tenanciers, combattaient à cheval et n'étaient suivis que d'un petit nombre de fantassins, qui étaient plutôt des sortes devalets flue de vrais combattants. Il fallait du temps pour rassembler ces petites armées, qui, après avoir tenu la campagne et bataillé pendant quelques semaines, pillé et incendié les habitations, foulé et détruit les récoltes, rentraient dans leurs foyers; et les rois eux-mêmes, qui n'étaient guère alors que les premiers des barons, n'étaient pas exempts de ces embarras de longs et difficiles préparatifs. C'était heureusement une compensation à tout ce qu'avaient de meurtrier ces continuelles dissensions entre de hauts seigneurs qui ne connaissaient, hors des temps de guerre, d'autre occupation que les exercices de la chasse, d'autre distraction que de vexer impunément les vilains, se retranchant ensuite derrière les fossés et les tours de leurs châteaux forts. Rien n'était moins doux ni moins protecteur que ' ces chevaliers féodaux, si vantés pour leurs exploits et leur vaillance par les poètes et les romanciers, qui se sont bien gardés de nous les montrer sous le côté prosaïque de leur vie grossière. 11 en est résulté qu'on ne les connaît guère aujourd'hui que comme le naïf bourgeois de Paris ou de Londres connaît les innocentes bergères et les paysannes à la blanche main, qu'il a étudiées à l'Opéra ou dans les idylles. On n'a fait voir ces nobles preux qu'avec leur costume de parade et dans ces moments où sous le regard de leurs dames, ils faisaient de faciles prouesses, y mêlant, par-ci, par-là, quelques traits de générosité dont ils gâtaient le mérite par leur jactance. Il fallait aussi les voir dans le désabillé de leur existence journalière. Il fallait surtout montrer, au pied du donjon féodal, repaire formidable du seigneur et de sa petite cour, ces huttes qui l'entouraient dans un vaste

Wf

PIr

rï£* S'

rayon et où la majeure partie de l'espèce humaine végétait misérablement dans la servitude et l'ignorance. Le libertinage des chevaliers a été décoré du nom de galanterie^ et leur brutalité de celui de courage. Le tout était assaisonné de dévotion • superstitieuse, qui tournait vite à la férocité quand on Tanimait contre les mécréants et les hérétiques : je n'en voudrais d'autres preuves que ces guerres abominables qui, sur la fin du douzième siècle et au commencement du treizième, inondèrent le Midi de la France du sang des Albigeois, et surtout ces folles expéditions en Terre sainte, dans lesquelles, pendant près de deux siècles, la chevalerie traîna à sa suite les populatigns européennes, expéditions qui furent punies de tant de désastres. Si je disais, sans citer mes autorités, de quel vil ramas se composaient les armées des croisés et quelles horreurs elles commirent, on me taxerait de partialité philosophique et d'exagération. On peut voir ce que raconte le moine bénédictin Roger de Wendover de leurs débauches, de leurs fourberies et de leurs cruautés, mêlées de prières, et de processions. Dans la description de la prise de Jérusalem, à laquelle je renvoie particulièrement le lecteur, on voit Godefroi, le comte de Toulouse, Tancrède et leurs compagnons, égorgeant sans distinction tout ce qu'ils rencontrent, encombrant les rues de monceaux de cadavres et de têtes coupées, inondant la ville et .les contrées environnantes de flots de sang. Immédiatement après ce récit vient la description delà visite que les vainqueurs rendent aux lieux saints, pieds nus, les larmes aux yeux, et poussant des soupirs vers la Jérusalem céleste. Écoutez maintenant saint Bernard, exhortant le clergé et le peuple de Spire à s'armer contre l^is infidèles. Il les appelle homicides^ ravisseurs, adultères, parjures, et les engage néanmoins à être pleins de confiance en Dieu, dont ils sont les serviteurs privilégiés et qui veut être leur débiteur» II va jusqu'à leur présenter l'expédition sainte comme une foire où ils iront gagner, en se confessant avec un cœur contrit, l'absolution de tous les crimes dont ils se sont rendus coupables.

Patrice Larroque.

(De la guerre et des armées permanentes, c\\ez Calmann-Lévy, 3, rue Auber, pages 9-i3.}

l'ne armée, dans les temps anciens, pour origine une bande de pillards, ou, ce de gens ne voulant pas travailler et résoli des autres. Naturellement, ces brigands, reconnue, devenaient les protecteurs nés c pour eux. C'est ainsi que l'ordre a été en le brigand devenu gendarme.

La caserne est une invention hideuse Elle ne remonte qu'au dix-septième siècle le bon corps de garde où les soudards jou saieni des contes de MeriuSine. Louis Xl\ la Convention et de Bonaparte. Mais le ma depuis l'institution du service pour tous.

tion aux hommes de tuer, c'est la honte républiques, le crime des crimes. Aux â; les villes et les princes confiaient leur dél qui faisaient la guerre en gens avisés et parfois que cinq ou six morts dans u quand les chevaliers allaient en guerre, d pas forcés; ils se faisaient tuer pour lei n'étaient-ils bons qu'à cela. Personne, au n'aurait eu l'idée d'envover à la bataille l d'entendement. Et l'on n'arrachait pas n la glèbe pour le mener à l'ost. Maintenant un pauvre paysan d'être soldat. On l'exil toit fume dans le silence doré du sqir, a paissent les bœufs, des champs, des b enseigne, dans la cour d'une vilaine cas ment des hommes; on le Vnenace, on 1' prison; on lui dît que c'est un honneur s'honorer de cette manière, on le fusille.

sujet à la peur et, de tous les animaux domestiques, le plus doux, le plus riant et le plus docile. Nous sommes militaires en France, et nous sommes citoyens, autre motif d'orgueil que d'être citoyen^! Cela consiste pour les pauvres à soutenir et à conserver les riches dans leur puissances et leur oisiveté. Ils y doivent travailler devant la majestueuse égalité des lois, qui interdit au riche comme au pauvre de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain. C'est un des bienfaits de la Révolution. Comme cette révolution a été faite par des fous et des imbéciles au profit des acquéreurs de biens nationaux et qu'elle n'aboutit çn somme qu'à l'enrichissement des paysans madrés et des bourgeois usuriers, elle éleva, sous le nom d'égalité, l'empire de la richesse. Elle a livré la France aux hommes d'argent, qui, depuis cent ans, la dévorent. Ils y sont maîtres et , seigneurs. Le gouvernement apparent composé de pauvres diables piteux, miteux, marmiteux et calamiteux, est aux gages des fins renards. Depuis cent ans, dans ce pays empanaché, quiconque aime les pauvres est tenu comme traître à la société. Et l'on est un homme dangereux quand on dit qu'il est des misérables. On a fait même des lois contre l'indignation et la pitié. Et ce que je dis ici ne pourrait pas s'imprimer.

Anatole France,

{Le Lys rouge, pages il6 à ii8;.i vol., 3 fr. 5o, chez Calmann Lévv.}

LES îSOJL«X>.4.TS

A litre fols, nous avions des casques et des ares.

De noirs chevaux et des trompettes éclatantes.

\os rêves s'éployalent dans les toiles des tentes

Et nous traînions Vor^des vaincus dans de grands chars,

Nous jjortions le soleil dans nos cirurs héroïques Et la gloire vibrait sur le luth dé nos rois. Les peuples s'enfuyaient lorsque le vent, le soir. Agitait sur les monts nos (bannières tragiques.

L'âme sainle des feux qui veillaient dans les camps Enseignait aux vainqueurs l'amitié de la terre. Ils plantèrent un jour les grands glaives brillants Et connurent la joie des rêves sédentaires.

Oh ! Budes jours vécus dans des années de fer, Sang qui coulait avec les ruisseaux des montagneSy Souvenirs de héros mourant les i)ras ouverts Et de flambeaux levés sur des champs de bataille!

Guerre de nations, d'esclaves et de cultes!

Quand nos âmes luisaient vers les étoiles d'or, Les cantiques sacrés étaient des chants de lutte Et Dieu dans les clochers faisait sonner la mort.

Les cuirasses étaient fleuries de croix dorées ; Des prêtres^ après les comltats, augustemenl, JPromenaient dans le soir au-dessus des armées Les rouges crucifix de soleil et de sang...

* Goût de mort ! Durs instincts! Amertume des siècles ! En d'infinis troupeaux où luisaient les aciers,

• jyous marchions derrière les rois, graves bergers. Et les drapeaux claquaient au haut des citadelles.

Temps épique dont la ruhieur résonne encore ! Les panaches 'étaient couleur de lil)er*té, Les cavaliers qui galopaient dans les aurores Semblaient tendre leurs mains vers des fleurs de clarté.

\ous Qvons combattu sous la lueur des astres, I^oussés sur des remparts et des ponts qui tremblaient. Chanté des chants de joie quand les cités brûlaient Et gémi de douleur aux heures de désastres.

EJt nous avons dressé comme une œuvre immortellcy Un jour, aux dieux de la patrie et du hasard. Sous des deux inconnus où flottaient de grands aiglesy Des trophées de fusilsy de morts et d'étendards.

Vaine pierre jetée dans le temps éternel!

Et maintenant les jours sont comptés, ô Victoire! Tu ne t'étendras plus dans la couche c/es chefs Pour enivrer lew^snuits avec la chair de gloire;

Tu ne lèveras plus vers le soir les prunelles Oii venaient i e mirer l'éclat des fers levés Et tu ne riras plus de tes lèvres cruelles Quand ton char triomphant sonnait sur les pavés.

Dans nos cœurs, le dégoût des idoles aimées Est passé comme un flot plus vaste que la mer; Nous maudissons le Dieu qui lève les armée.^ Et qu'honore le flottement des drapeaux claire;.

Nous ferons des bûchers sur les places publiques Pour l'or et les statues, les épées et les croix. Les laiu*iers tomberont du front des républiques Et le veni soufflera dans la barbe dés t^ois...

— Nous pleurons le péché d'avoir porté des armes, Nous, les vainqueurs enfin vaincue par le remords, Pour avoir trop compris la souffrance des larmes Et quelle angoisse était sur la face des morts...

Donnez-nous les rameaux de paix^ les fleurs d'amour. Voici le glaive impur à la lame sanglante. Quelle vigne sacrée, quelles roses puissantes Pourront lui dérober la lumière du Jour ?

Quelle eau pure saura laver nos mains coupables? Pour que le poids de tant de fautes et de sang * N'augmente le fardeau des hommes misérables, Pour que la pureté vienne au cœur des enfants.

Il faudra que nos fils, par les printemps vermeils, Retournant les sillons de la glèbe vivante, Dans les siècles futurs, sous de nouveaux soleils^ Fassent monter la vie de la Terre clémente.

Maurice Magrp:.

{La Chanson des hommes, pages 134 et suiv.; i vol., chez E. Fasquelle, éditeur, éditeur, 11, rue de Grenelle.)

Page 1