‹ Guerre-militarismeChapitre 5 sur 42 · ESQUIROS · texte numérisé non relu

ESQUIROS

Quel honneur y a-t-ii pour un chevalier de tuer un grand nombre d'hommes? Le bourreau en tue plus et à un titre bien plus fondé. Mieux vaudrait être le boucher de bêtes que le boucher de ses frères, car ce serait moins contraire à la nature.

WlCLEF.

Mes chers amis, après vous on trouve à glaner, mais de gloire seulement; nous voudrions quelque autre chose plus substantielle, plus palpable. Cela ne se peut derrière vous; vous faites partout place nette. Il faut se payer des lauriers qui, heureusement, coûtent peu. Pour moi, j'en quitte ma part; j'ai de la gloire m culOy comme disent les Italiens, ou plus poliment m tasca, depuis que j'entendis quelqu'un de notre connaissance dire : Je suis couvert de gloire^ et ses courtisans répéter : // est couvert de gloire,

P.-L. CpURlKR.

Il est déplorable d'être obligé de ravager la propriété de son voisin, de voir ses foyers ensanglantés par ce voisin : mais, franchement, est-il beaucoup plus humain de massacrer une famille de paysans allemands que vous ne connaissez pas, qui n'a eu avec vous de discussion d'aucune nature, que vous volez, que vous tuez sans remords, dont vous déshonorez en sûreté de conscience les femmes et les filles, parce que c'est la guerre ? Quoi qu'on en dise, les guerres civiles sont moins injustes, moins révoltantes et plus naturelles que les guerres étrangères, \ quand celles-ci ne sont pas entreprises pour sauver l'indépen- ' dance nationale; L.es guerres civiles sont fondées au moins sur

des outrages individuels, sur des aversions avouées et reconnues; ce sont des duels avec des seconds, où les adversaires savent pourquoi ils ont Tépée à la main. Si les passions ne justifient pas le mal, elles Texcusent, elles l'expliquent, elles font concevoir pourquoi il existe. La guerre étrangère, comment est-elle justifiée ? Des nations s'égorgent ordinairement parce qu'un roi s'ennuie, qu'un ambitieux se veut élever, qu'un ministre cherche à supplanter un rival. Il est temps de faire justice de ces vieux lieux communs de sensiblerie, plus concevables aux poètes qu'aux historiens : Thucydide, César, Tite Live se contentent d'un mot de douleur et passent.

Chateaubriand.

(La Révolution de juillet i83oK

H arrive que tous les hommes désirant être les premiers, une lutte s'engage, on cherche à s'opprimer réciproquement, et le vainqueur est plus glorieux du tort fait à autrui que de l'avantage recueilli pour soi.

Spinoza.

La gloire, voyez-vous, est le foin dont on nourrit les peuples. Ça ne les fait guère plus gras, c'est vrai. Les raisonner sur ce chapitre?... n'essayez pas'; le siège est fait. Ce n'est pas qu'on soit de nKBurs cruelles. Voyez pour Gouffé, sa mort nous terrifie. Nous ne pouvons pas voir sans horreur le cadavre d'un assassiné. Mais, si au lieu d'un cadavre, il y a dans le même tas des cadavres d'assassinés par milliers : la note change et l'horreur s'atténue

C'est une affaire de chiffres. Nous absolvons la guerre qui est un assassinat en grand; nous poursuivons l'assassinat qui est une guerre en petit.

La guerre ce n'est pas la même chose, dit quelqu'un. Vous avez raison, c'est pire.

1 de l'empêcher, demande "un autre. Mon ami, c'est

faire ?

en de ne pas la faire ? C'est de ne dépendre que de

févr

village, un chef malgache fait répondre qu'il restera s sa case, et que si le chef français veut sa soumisu'à l'y venir chercher.

al Galliéni s'y rend sans avertir personne, avec ties pour toute escorte, 11 est entré, seul : il tire un ia ceinture et marche droit au chef rebelle, lui brûle bout portant.

ulois de conclure :

ment, pour être fier d'être Français, il faut regarder xpéditionnaire. »

de la gloire, une vertu ! Etrange vertu que celle qui par l'action de tous les vices; qui reçoit pour stimuil, l'ambition, l'envie, la vanité, quelquefois l'avarice

Chamfort.

1 impuissante Le brigand n'est qu'un conqué-

e petite échelle; l'assassinat n'est qu'un brigandage Jegré et pour un fait isolé. 11 y a des homicides qui l'effet d'une maladie, mais de l'anomalie des posie inévitable fatalité. Condamnez à'vivre ensemble et

attachés à la même chaîne deux êtres qui s'abhorrent, le plus fort ou le plus adroit des deux tuera l'autre.

F.-V. Raspail.

Histoire naturelle de la maladie et de la santé, page 353, tome II, 1845.

Les héros ressemblent toujours par un coin aux voleurs de nuit : ils vont droit au coffre-fort.

Voltaire.

(5 novembre 1757. Les Délices.)

Le conquérant fait consister sa gloire à brûler des maisons, tuer des hommes, ou tout au moins à leur fouiller dans les poches pour en tirer ce qu'on appelle tribut, impôt, emprunt, don volontaire, etc. . ., et l'historiographe met la sienne à enregistrer le tout dans les annales de la patrie, avec autant de pages d'éloges qu'il y aura de provinces ruinées. Pendant ce temps, le bourreau rougit le fer pour marquer à l'épaule le particulier qui aura fait la même chose sur la grand route.

Boucher de Perthes.

Guerre et conquête. — Le brigandage à la tête d'une armée. (La grandeur du crime est la seule différence qu'il y ait entre* un conquérant et un brigand.)

Marat (1774).

— go —

O douleur, ô honte, de voir des humains nos frères en venir

aux mains avec leur propre espèce, comme des bêtes de sang,

pour s'égorger entre eux, armés par un homme qui reste par

derrière, à l'écart, et rit !

Shelley.

{Laon et Cythna).

Sous prétexte de liberté et de progrès, la société avait encore découvert le moyen d'aggraver la misérable condition de l'homme, en l'arrachant à son chez lui, en Taffublant d'un costume ridicule, en lui distribuant des armes particulières, en l'abrutissant sous un esclavage identique à celui dont on avait jadis affranchi, par compassion, les nègres, et tout cela pour le niettre à même d'assassiner son prochain, sans risquer l'échafaud, comme les ordinaires meurtriers qui opèrent seuls, sans uniformes, avec des armes moins bruyantes et moi-ns rapides.

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