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RÉFUTATION DE LA GUERRE

Que sont devenus ces vastes empires fondés par la guerre? Où sont les conquêtes des grands capitaines, soit de l'antiquité, soit des temps modernes, Sésostris, Cyrus, Alexandre, Jules César, qui est le vrai fondateur de l'empire romain, Charlemagne, Gengis-Khan, Tamerlan, Charles-Quint, Charles XH, ' Napoléon enfin? Ces œuvres, établies à si grands frais par la violence, ont été détruites par la même cause. Les plus belles et les plus riches contrées du globe, l'Europe occidentale, TAsie occidentale et méridionale, et l'Afrique septentrionale ont été, dans les temps anciens, couvertes de nombreuses populations et de cités florissantes. Depuis longtemps, ces mêmes contrées ne présentent plus que de vastes déserts couverts de ruines, et à travers lesquels on voit errer quelques rares peuplades à demi barbares. Qui donc a semé ainsi la stérilité dans ces pays que Dieu avait ornés avec tant de prodigalité? Qui a substitué aux arts de la civilisation les sinistres témoins d'une immenr>e dévastation? Qui a réduit à un état si affligeant d'infériorité intellectuelle tant de millions d'êtres qui pourtant sont créés pour connaître la vérité et pratiquer la justice, et qui sont appelés au partage des glorieuses destinées de l'humanité? Interrogez l'histoire. Elle vous crie que c'est l'ouvrage de la guerre.

Et Ton viendra encore célébrer les louanges de cette furie digne de toutes les malédictions! 'Et l'on osera, en présence de faits si hautement accusateurs, nous dire encore qu'elle est le véhicule de la civilisation! Combien plus souvent n'a-t-elle pas été le véhicule de la barbarie, en abrutissant les vaincus par le despotisme ou en leur apportant tantôt la grossièreté, tantôt la corruption des vainqueurs? Je ne veux pas nier qu'elle ait pu i faire naître occasionnellement sur son passage quelques germes i civilisateurs, car il est dans la nature des choses que le bien i

naisse quelquefois à l'occasion même du mal. Mais à quel prix s'est obtenue cette civilisation, arrivant à la lueur des incendies et toute dégouttante de sang humain? N'y a-t-il pas d'autres voies moins coûteuses, plus sûres et plus légitimes, par lesquelles elle doit se répandre dans le monde? Bientôt un steamer pourra plus pour cela qu'une armée d'un million de combattants, et les chemins de fer agiront avec plus de promptitude et d'intelligence que le génie malfaisant et la détestable ambition des conquérants. Comparez à leurs œuvres de destruction celles qui sont fondées par les arts de la paix, par l'agriculture, le tissage des étoffes, le traitement des métaux, la navigation, l'imprimerie, et les applications multiples de la force de la vapeur et des autres agents physiques et chimiques à nos divers besoins, et dites de quel côté sont les effets bienfaisants et durables.

Je ne connais guère de sophisme plus commun et plus pervertissant que celui qui consiste à excuser et môme à justifier et à glorifier les actes les plus condamnables par cette considération qu'ils ont été l'occasion de belles et bonnes choses. On entend chaque jour des personnes d'une intelligence cultivée, mais chez qui le sens moral est en défaut, dire,, en termes manifestement approbateurs, par exemple, que l'extermination des races inoffensives du nouveau continent lors de la conquête a permis à la civilisation d'aller y établir ces nouveaux Etats, déjà si prospères, ou bien encore que les armées de Napoléon ont répandu dans toutes les contrées de l'Europe qu'elles ont sillonnées, ou plutôt foulées et ensanglantées, les principes de notre grande Révolution, comme si ces bons résultats n'auraient pas pu être obtenus. par les voies pacifiques de la vraie civilisation, et comme si les procédés barbares que Ton a substitués à ceux qu'indiquent la raison et l'humanité cessaient d'être un mal par cela seul que le bien est venu en couvrir, mais non en effacer

entièrement les lugubres traces.

Patrice Larroque.

{De la guerre et des armées permanentes, pages 256 à 259; Calmann Lévy, édîl. 3, rue Auber.)

Les peuples, plus éclairés, se ressaisissant du droit de disposer eux-mêmes de leur sang et de leurs richesses, apprendront peu à peu à regarder la guerre comme le fléau le plus funeste, comme le plus grand des crimes. On verra d'abord disparaître celles où les usurpateurs de la souveraineté des nations les entraînaient, pour de prétendus droits héréditaires. Les peuples sauront qu'ils ne peuvent devenir conquérants sans perdre leur liberté, — que des confédérations perpétuelles sont le seul moyen de maintenir leur indépendance; qu'ils doivent chercher la sûreté et non la puissance. Peu à peu> les préjugés commerciaux se dissiperont; un faux intérêt mercantile perdra Taff^reux pouvoir d'ensanglanter la terre et de ruiner les nations sous prétexte de les enrichir. Comme les peuples se rapprocheront enfin dans les principes de la politique et de la Ynorale, comme chacup d'eux, pour son propre avantage, appellera les étrangers à un partage plus égal des biens qu'il doit à la nature où à son industrie, toutes ces causes qui produisent, enveniment, perpétuent les haines nationales, s'évanouiront peu à peu; elles ne fourniront plus à la fureur belliqueuse ni aliment ni prétexte.

Des institutions, mieux combinées que ces projets de paix perpétuelle, qui ont occupé le loisir et consolé l'âme de quelques philosophes, accéléreront les progrès de cette fraternité des nations; et les guerres entre les peuples, comme les assassinats, seront au nombre de ces atrocités extraordinaires qui humilient et révoltent la nature, qui impriment un long opprobre sur le pays, sur le siècle dont les annales en ont été souillées.

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