‹ Guerre sud-africaine [microforme]Chapitre 4 sur 6 · DCE HT ET RE SE · texte numérisé non relu

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Dâût cette Chambre se trouver dans une situation analogue, je ne voudrais pas, M. le Président, que cet exemple vous servit de précédent !

La discussion se poursuivit pendant quelques jours; un député alla jusqu’à dire qu'il prendrait les armes plutôt pour les Boers que pour les rapaces Uitlanders. On adopta finalement la proposition à une majorité de six voix, tandis qu’au conseil législatif, elle ne dût son succès qu'au seul vote prépondérant du président,

On a offert d'envoyer un deuxième régiment. Voyons comment la proposition fut accueillie là-bas. Au commencement de novembre—coïncidence étrange—le ou vers le même jour où lord Minto télégraphiait à M.

Chamberlain que son gouvernement offrait un autre régiment. M. Lyne tentait une démarche analogue en Australie. Il rencontra l'approbation de sir Georges Turner. Mais.

l'Australie du Sud et Queensland répondirent assez froidement. M. Dixon, le premier ministre de cette dernière colonie, envoya le télégramme suivant:

Nous avons déjà assez prouvé notre loyauté ; nous ne sommes pas tenus d'en faire davantage maintenant.

Au nom de son gouvernement, le trésorier de l'Australie du Sud répondit :

Nous croyons avoir fait jusqu'ici assez ample preuve de notre loyauté, pour ne pas envoyer d'autre régiment. D'ailleurs, il n'est rien survenu depuis qui soit de nature à nous faire voir qu’il en est besoin. C’est pourquoi nous croyons ne pas devoir nous joindre à l'action proposée.

Evidemment, ces deux gouvernements ne tenaient pas à tenter de nouveau l'épreuve que leurs parlements venaient de leur faire subir,

Je crois avoir démontré sans conteste combien fausse est la légende de cet enthousiasme délirant qu'on attribue à toutes les autres colonies, Ilest bien vrai que les gouverneurs généraux parlent souvent dans leurs dépôêches, d’explosions d'enthousiasme et de patriotisme ; mais, à mon avis, les discours et les votes des représentants du peuple traduisent mieux les sentiments du peuple que les communications officieuses des gouverneurs, Même à leur point de vue impérialiste, nos grands patriotes canadiens commettent une erreur profonde lorsqu'ils prétendent que toutes les autres colonies ont devancé le Canada. Si notre gouvernement n été le dernier à offrir le premier régiment, il a, le premier, offert le second, et il reste seul, premier et dernier, à offrir, équiper et envoyer deux régiments sans le concours ni l'autorisation des Chambres,

Je crois avoir réussi également à faire voir de quelle façon extraordinaire Île secrétaire colonial an mené toute cette affaire, et avec quel zèle l'ont appuyé les représentants du glais dans chacune des colonies, Si nous connaissions la correspondance secrète échangée entre Downing street et les

gouverneurs de toutes les colonies, nous y |

verrions d'étranges choses, Mais nous en

gouvernement an- |

connaissons assez pour nous permettre de dire que M. Chamberlain a protité de l'explosion de patriotisme qui s’est produite dans toutes les parties de l'empire, pour activer la réussite d’un projet depuis longtemps caressé : la participation du Canada aux guerres de l'empire ; ou, en d’autres termes, la fédération militaire de la Grande-Bretagne et de ses colonies, Que notre gouvernement a hésité à subir cette pression, je l'admets et je l'en, approuve. Je ne m'étonne pas d'ailleurs, que les chefs du parti et les héritiers politiques des grands hommes qui ont si longtemps combattu pour la conquête et la conservation du gouvernement autonome, soient entrés à contre-cœur dans cette voie nouvelle. Sans égard à cet article de l'arrêté ministériel, qui veut que leur action ne soit pas considérée comme un précédent, le premier ministre a avoué que cette voie venait d'être ouverte et que l'air ambiant nous forçait, en quelque sorte, à y entrer, Il a, d'ailleurs, ajouté que le Canada doit garder son indépendance d'action et le droit d'apprécier chacun des conflits qui pourront surgir.

J'applaudis ces paroles, et je sais qu’en les prononçant, l'honorable ministre est sincère, Du reste, elles sont conformes aux doctrines qu'il a prôchées toute sa vie.

Mais comment va-t-il résister à l'influence de Downing-street? Il était sincère aussi, lorsque, le 3 octobre, il déclara qu'il ne prendrait aucune part à cette guerre : et dix jours après, son gouvernement décidait d'y participer, Et puis, les gouvernements changent ; si celui-ci n'a pas été capable de résistance, un autre le sera-t-il davantage ?

Mais enfin, admettons que l’on nous laisse le droit d'exercer notre discrétion dans chaque cas ;.comment le cas nous serait-il soumis et la décision rendue? La procédure sera-t-elle celle que nous avons suivie dans le cas actuel? La cause sera-t-elle soumise un vendredi après-midi, et jugée sans contestation le lundi suivant, par un arrôt dicté par un agent de Downing-street? Et cet arrôt sera-t-il exécuté pendant la vacance, par un décret ministériel qui décidera d'une dépense de plusieurs millions, ne laissant au parlement que le privilège illusoire de ratifier l’action lorsqu'il n'est plus temps de l'empôêcher ?

Est-ce bien sur ces bases que la Grande:

Bretagne et ses colonies autonomes vont conclure cette glorieuse alliance de nations libres, unies pour la paix et pour la guerre? Ces conditions, M. le Président, je les trouve également indignes de la mère patrie et de ses enfants : elles constituent à mes yeux un outrage à l'intelligence, au :aractère et à la [fidélité des hommes libres qui ont fait du | Canada le joyau le plus précieux de la Cou- |ronne britannique, ;

Je ne veux pas m'étendre sur cette ques- {tion de l'impérialisme : c'est un vaste pro- |blème que l'on ne saurait résoudre avec |cette désinvolture qui caractérise les disclples que la presse ‘Jaune’ compte dans cette Chambre, Mes opinions à ce sujet se

rapprochent beaucoup de celles de M. Mor:ley, et, je pourrais ajouter, de celles de l’honorable député d’'Elgin-ouest (M. Casey). Je n'aime pas le mot empire, Il évoque l’idée de Césarisme, de Napoléonisme, de domination et de régime militaires, toutes choses qui frappent désagréablement mon oreille de libéral britannique. En outre, il nous annonce les corvées du militarisme. Le militarisme! Le plus grand malheur qui ait fondu sur l'Europe moderne! A quoi attribuer le merveilleux développement des Etats- Unis, et l’arrivée sur leur sol de ces millions de cultivateurs et d'ouvriers européens fuyant la conscription et l'impôt militaire? C'est Sans contredit la situation particulière de la République Américaine, mise à l'abri de ces calamités par son éloignement des rivalités constantes qui tiennent suspendue sur la tête de l'Europe une perpétuelle menat+ de guerre ?

Aujourd'hui, les Etats-Unis regorgent de capitaux et de population, et de plus ils

s’orientent vers le régime militaire, eux aussi. Nous étions à la veille de leur suc-

céder dans l'importation d’immigrants et de capitaux. Mais si, avant d'avoir atteint notre entier développement, nous prêtons nos épaules au joug du militarisme; trop lourd pour les nations qui jouissent de leur pleine vérilité, nous mettons des entraves à notre progrès. Et certes, ce n'est pas là le meilleur service que nous puissions rendre, ni à nous-mêmes, ni à l'Angleterre, ni à ce qu'on appelle aujourd'hui l'empire.

Mais, pour déterminer notre participation aux guerres de l'Angleterre, on présente assez souvent un argument que je veux combattre immédiatement, On dit que nous avons atteint cette phase de notre existence nationale où nous devons rendre à l’Angleterre un peu de ce qu'elle a fait pour nous.

On m'a accusé d'égoïsme, on a dit que je voulais tout recevoir et ne rien donner. Un journal d'Ottawa a même prétendu à ce propos que ce n'était pas ma fidélité mais mon sentiment d'honneur qui était discutables, S'il s'agit du passé, je ne crois pas qu'il soit opportun d'en faire le bilan aujourd'hui. Je ne sais encore quel résultat j'y trouverais; mais il me semble que mes conclusions ne s'éloigneraient guères de celle de l'honorable ministre du Commerce qui trouve que l'Angleterre doit au Canada plus que le Canada ne doit à l'Angleterre, A tout événement, ce que je sais, c'est que le Canada, depuis qu'il est colonie anglaise, n'a jamais été pour la Grande-Bretagne une cause de guerre ; mais, par contre, une mauvaise politique anglaise, sévèrement condamnée par les plus grands hommes d'Etat de la Grande-Bretagne, a jeté le Canada dans deux conflits armés contre les Etats-Unis et fait de son territoire le théâtre des hostilités,

Nous avons 6t6 menacés d'un autre conflit durant la guerre de sécession, grâce aux déprédations cominises par des vaisseaux anglais ; et lorsqu'on régln le différend, les dommages furent soldés en bonne partie à nos dépens, C'est du moins ce que sir John

Macdonald déclara, et on en trouve la preuve évidente dans sa biographie et sa correspordanuce,

Parlons maintenant de nos frontières : une portion notable de notre territoire a été cédée aux Etats-Unis ; et le diplomate anglais qui signa le traité d'abandon aurait dit, ‘apporte-t-on, qu'il n'entendait pas chicaner au sujet de quelques degrés de latitude.

Nous ne connaissons pas encore ce que les amendements au traité Bulwer-Clayton nous feront sacrifier sur l’autel de l'impérialisme ; mais nous savons que la définition des droits de la France sur les côtes de Terreneuve, menace constante contre la paix dans le golfe Saint-Laurent, est ajournée dans l’iutérêt de la ‘“ Greater Britain”. La population de la Colombie Anglaise se plaint de l'invasion chinoise et japonaise, mais l'honorable leader de l'opposition (sir Charles Tupper) lui a conseillé de ne pas contrarier le Japon tant que la guerre africaine de M.

Chamberlain ne sera pas terminée.

On nous dit que l'Angleterre a sauvé les Etats-Unis d'une coalition européenne durant là guerre hispano-américaine ; de là la neutralité actuelle de la république dans l'Afrique australe ; de là, aussi l'acquiescement des Etats-Unis au règlement par atbitrage des questions du Vénézuéla et de

Samon, Nous avons fait notre petite manifestution d'amitié lors de cette guerre.

A la demande du ministère des colonies, nous avons permis aux cannonnières améri- ‘nines de traverser nos canaux et nos trivières, contrairement aux traités existants.

Nous nous sommes constitués les gendarmes de M, McKinley, en expulsant des fonctionnaires espagnols, réfugiés sur notre territoire, Cependant, chose étrange, la gratitude de la république voisine, si manifeste envers sa sœur impériale, ne peut aller, non pas au point de nous accorder des faveurs-nous n’en demandons aucune,—mais seulement jusqu'à confier à un tribunal impartial l'interprétation d'un traité existant,

Mais, reprennent les impérialistes, qu'est tout cela en face de la protection constante que l'Angleterre nous accorde ? Jille taxe son peuple pour maintenir, à notre intention, une armée et une marine, Nous lui sommes un lourd fardeau ; ce serait une honte que de lui refuser notre aide,

Je nie que nous soyons un fardeau pour l'empire. Si, demain, le Canada entrait dans l'union américaine, l'Angleterre n'en serait pas moins obligée de garder tout son effectif de terre et de mer, Bien plus, pour garantir la stabilité de son prestige, il lui faudrait augmenter cet effectif, Si cet immense continent devenait inaccessible À ces navires, comme il le serait dans les circonstances que je viens de signaler ; s’il leur était impossible d'y aborder, ne fusse que pour y prendre une tonne de charbon ou un espar, blen loin de se trouver en meilleure condition, l'Angleterre n'en serait que plus faible, Sa puissance sur le Pacifique, ses possessions dans la Chine et dans l'Inde seraient mises en danger et son prestige comme nation subirait une très grave atteinte, Si le Canada

cessait de lui appartenir, non seulement l'Angleterre ne dépenserait pas moins pour le ser-

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