II. S
poisonneurs italiens, que la royauté, dis-je, lui semblait moins sacrée; qu’enfm, en lui, comme en bien d’autres, croissait la pensée du Contr'un.
Bible ou antiquité, Brutus contre César, ou Elie contre Acliab, peu importait la route. Mais, par l’une ou par l’autre, les hommes les plus graves y marchaient.
L’héroïque petit livre du jeune La Boétie, Bible républicaine du temps, \e Cotitr’un, tant loué, ad- '■ miré de Montaigne, avait été écrit vers 1549 et ne fut imprimé qu’en 1576. Mais son esprit courait partout.
La seule difficulté pour prendre le roi, qui n’avait pas encore ses Suisses, c’était de garder le secret. 11 fallait pourtant mander d’avance la noblesse éloignée et lui donner le temps. La cour fut avertie. Un des Montmorency fut envoyé chez Coligny à Châtillon, et le trouva en bon ménager, qui faisait ses vendanges. On se rassura; le connétable se moquait des donneurs d’avis; et si obstinément, que l’on fut presque pris. Les Suisses arriveraient-ils à temps? il fallait gagner quelques heures. Les Montmorency y servirent. Le connétable avait deux fois jadis sauvé Guise et perdu la France. Son fils aîné rendit le même service. Lié naguère avec les protestants, mais alors refroidi et brouillé
même avec Condé, il l’amusa, lui fit perdre le temps. Les Suisses arrivent. Le roi se met au milieu de leurs lances.
Que pouvait la cavalerie contre ce bataillon massif? escarmoucher, tirer des coups de pistolet. Grand étonnement du jeune roi, et fureur incroyable, qu’on tirât là où il était! Il s’élança t
plusieurs fois, le poing fermé, au premier rang.
De moment en moment, les protestants pouvaient être joints par des renforts et écraser les .Suisses. Le connétable escamota le roi, le déroba du bataillon, par un sentier le mit droit à Paris.
Il arriva affamé, harassé, furieux de cette idée : ^ quHl avait fui I ‘
Les protestants avaient deux mille hommes. Le connétable, dix mille déjà, et il attendait un secours espagnol. Il avait cette énorme ville, fort dévouée, qui lui fit une armée de plus. Les deux i mille eurent la témérité de l’assiéger, brûlant tous ‘ les moulins, coupant les arrivages.
Tel était le mépris des deux mille pour les cinq cent mille, que, recevant le renfort des protestants normands, ils ne daignèrent les garder avec eux; ils les envoyèrent loin de Saint- ,
Denis, où ils étaient, pour affamer la ville de l’autre côté.
Malgré les Parisiens, le connétable s’obstinai* i à attendre les Espagnols et à parlementer. Cette .
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fois, Coligny ne demandait plus les conditions d’Amboise, mais runiverselle liberté de culte sans distinction de lieux ni de personnes, l’admission égale aux emplois, la réduction des impôts, enfin ce qui contenait tout, les États généraux.
Vigueur indestructible de la révolution. Tellement diminuée de nombre, elle croissait d’exigence, elle devenait politique, faisait appel au peuple.
Le connétable recula de surprise. Mais la plu- ])art des protestants ne soutenaient pas Coligny; ils se seraient contentés de la liberté de culte, ne voyant pas qu’on ne l’a guère sans la liberté politique. Us s’y réduisirent et n’eurent rien. Paris leur offrit la baUiille (10 novembre 1567).
Un envoyé des Turcs, (pii se mil sur Montmartre pour bien voir l’action, fut stupéfait de l’audace des protestants. Quinze cents cavaliers, douze cents fantassins, c’était tout contre vingt mille hommes. Notez, dans les vingt mille, six mille excellents soldats suisses et force artillerie, une grosse cavalerie des meilleures compagnies degens d’armes. Les protestants, au contraire, étaient généralement une cavalerie légère; la moitié n’avait pas d’armures, « suivant les drapeaux pour leur sûreté, remplissant les rangs avec la casaque blanche et le pistolet. »
Le connétable, fort en colère contre les Parisiens qui le forçaient de combattre, les mit au premier rang. C’était un gros corps de bourgeois galonnés d’or, couverts d'armes étincelantes. Troupe superbe, mais peu sûre, et qui, reculant en désordre, devait troubler les Suisses, qu’il mit derrière.
Les protestants étaient en blanc. Le Tirre, qui les voyait si peu nombreux charger ces profonds bataillons, dit : « Si Sa llautesse avait ces blancs, elle ferait le tour du monde, et rien ne tiendrait devant elle. »
Leurs charges, préparées par le feu de (luelques excellents arquebusiers, lurent menées avec une vaillance désespérée par Condé cl par Coligny. L’f^cossais Robert Stuart, cruellement torturé jadis, chercha le connétable, fondit sur le vieillard, qui se défendit bien et lui brisa trois dents. Mais Stuart lui cassa les reins. Anne de Montmorency meurt à soixante-quinze ans. Depuis cinquante , il encombrait l’histoire d’une fausse importance, toujours fatale à son pays.
Ses fils rétablirent la bataille. La nuit venait. Les protestants se retirent, mais n’allèrcnl pas bien loin. Coligny les ramena le lendemain à la même place et brûla la Chapelle.
Les âmes pieuses avaient espéré un miracle.
Il y en eut un. Ce fut l’audace des protestants et l’immobilité de Paris.
I La royauté avait étonnamment pâli, et par la ■ fuite de Meaux, et par le siège. « Une mouche assiégeait l’éléphant. »
C’est alors, je crois, que se place la conversation que Capilupi rapporte à 1568, entre Catherine et le nonce : « Qu’elle et Sa Majesté n’avaient rien plus au cœur que d’attraper un jour l’amiral et ses adhérents et d’en faire une boucherie mémorable à jamais. »
Autre conversation de la reine avec l’ambassadeur de Venise : « Que, revenant de Bayonne, elle avait lu à Carcassonne une chronique manuscrite de Blanche de Castille et des grands de ce temps, qui, réunis aux Albigeois, appelèrent contre la régente le secours de Pierre d’Aragon, que celte ' bonne reine fit la paix et sut les désarmer, puis les châtia selon leurs mérites. »
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