NUIT A LA BELLE ÉTOILE. RENCONTRENT BOURRIT
Divers ouvrages périodiques ont appris au public, qu’au mois d’août de l’année dernière, deux habitants de Chamouni, M. Paccard, Docteur en médecine, et le guide Jaques Balmat2, parvinrent à la cime du Mont-Blanc, qui jusques alors avait été regardée comme inaccessible.
Je le sus dès le lendemain, et je partis sur le champ pour essayer de suivre leurs traces. Mais il survint des pluies et des neiges qui me forcèrent à y renoncer pour cette saison. Je laissai à Jaques Balmat la commission de visiter la montagne dès le commencement de juin, et de m’avertir du moment où l’affaissement des neiges de l’hiver la ren droit accessible. Dans l’intervalle j’allai en Provence, faire au bord de la mer des expériences qui dévoient servir de terme de comparaison à celles que je me proposois de tenter sur le Mont-Blanc.
Jaques Balmat fit, dans le mois de juin, deux tentatives inutiles ; cependant il m’écrivit qu’il ne doutoit pas qu’on ne pût y parvenir dans les premiers jours de juillet. Je partis alors pour Chamouni. Je rencontrai à Sallenche le courageux Balmat qui venoit à Genève m’annoncer ses nouveaux succès ; il étoit monté le 5 juillet à la cime de la montagne avec deux autres guides, Jean Michel Cachat et Alexis Tournier. Il pleuvoit quand j’arrivai à Chamouni, et
1 Ce récit est donné par de Saussure dans le chapitre II du quatrième volume de scs Voyages dans les Alpes ; il est intitulé : « Relation abrégée d’un voyage à la cime du Mont- Blanc en août 1787. » Il dit dans une note : « Ce récit est celui que j’ai publié en 1787,^ immédiatement après mon retour. Comme il paraissait satisfaire le public, je l’ai préservé de la destruction. »
2 Dans ce récit de de Saussure, j’ai conservé l’orthographe des noms propres qu’a employée l’auteur. Mes notes et commentaires sont entre parenthèses.
CHAM0N1V ET LE MONT-BLANC
le mauvais temps dura près de quatre semaines. Mais j’étois décidé à attendre jusques à la fin de la saison plutôt que de manquer le moment favorable.
Il vint enfin, ce moment si désiré, et je me mis en marche le premier août, accompagné d’un domestique et de 18 guides 1