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peu déchirés comme s’ils avaient glissé. A peu près trois cents mètres plus haut, la caravane de secours découvrit M. Bean et un autre porteur ; ils étaient assis tous deux, le premier avec la tête appuyée sur une main, et le coude sur un sac, les cordes étaient roulées, les bâtons, les piolets et les sacs les entouraient, un de ces derniers contenait encore de la viande, du pain et du fromage. On trouva sur M. Bean un calepin avec les notes suivantes, et sauf quelques suppositions, on ne peut guère ajouter grand chose aux renseignements qu’elles donnent.
«Mardi 6 septembre. Température, 34 degr. F., à 2 h. du matin J’ai fait l’ascension du Mont Blanc avec dix personnes, huit guides, M. Mc- Corkindale et M. R and ail. Nous arrivâmes au sommet à deux heures et demie. Immédiatement après l’avoir quitté, je fus enveloppé par des nuages, pleins de neige. Nous avons passé la nuit dans une grotte creusée dans la neige, qui nous offrait un abri très incommode, et je fus malade toute la nuit.
Mont-Blanc, 7 septembre. Si quelqu’un trouve ce calepin, je le prie de l’envoyer à Mme H. M. Bean, Jonesborough, Tenessee, United States of America.
Ma chère Hessie,
Nous avons été sur le Mont Blanc, pendant deux jours, au milieu d'une terrible tourmente. Nous avons perdu notre chemin et nous sommes dans un trou creusé dans la neige, à une altitude de 4571 m. Je n’ai aucun espoir de redescendre. Peut-être que ce livre sera recueilli et qu’on vous l’enverra. (Ici suivent quelques instructions d’ordre intime). Nous n’avons point de nourriture, mes pieds sont déjà gelés et je suis épuisé. Je n’ai que la force d’écrire quelques mots. Je meurs dans la foi de J. C. en ayant des pensées affectueuses pour ma famille. Mes souvenirs à tous. Mes effets sont en partie à l’hôtel du Mont Blanc et en partie avec moi dans deux porte-manteaux. Envoyez-les à l’hôtel Schweizerhof, à Genève, payez mes notes à l’hôtel et le ciel vous récompensera pour votre bonté ».
En-dessous, d’une écriture presqu’illisible :
« Matin. Froid intense, beaucoup de neige qui tombe sans interruption, guides agités. »
Les cinq corps étaient raides et gelés. On les mit dans des sacs et on les traîna au bas des glaciers. On prit six jours pour les transporter à Chamonix. Les corps des six autres n’ont pu être découverts. M. Mc Corkindale fut enterré dans le cimetière de l’église paroissiale et de temps en temps, des tiges de bruyère garnissent la tombe d’un homme- qui fut tant aimé 1 2.
En faisant allusion à cette tragédie, Sir Leslie Stephen remarqua : «’Avec un guide réellement expérimenté, je ne peux m’empêcher
1 Au début, la température 34° F. à deux heures du matin, fut sans douté prise aux Grands-Mulets, avant le départ. Tout le reste paraît avoir été écrit à l’endroit où M. Bean fut trouvé. Le paragraphe de la fin devrait peut-être porter la date du 8 septembre.
2 M. Bean est enterré près de M. Mc Corkindale. L’inscription gravée sur sa pierre tombale est celle-ci : « James G. Bean of Batt. = M. d. U. S. of America. — Perished near the summit of Mont-Blanc about the 7 tli. of September 1870, aged 54. On his person was fourni a diary and among the last words pencilled to his wife wcrc tlicse. « I die in good faith in Jésus Christ and liope we will nieet in lieaven. »
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de croire que les infortunés auraient retrouvé leur route. Ils auraient souffert sans doute des morsures du froid, les membres les
plus faibles auraient même pu mourir, mais que onze hommes aient été assez désorientés pour ne plus pouvoir revenir, cela implique un singulier manque de cet instinct nécessaire pour rendre un bon guide généralement remarquable, et que tant de guides tolérables devraient posséder. » Contrairement aux remarques de Sir Leslie Stephen, je crois qu’il n’est pas impossible que toute la caravane fut surprise par le froid, et ne put plus continuer à cause de cela.
La mort du professeur Fedchenko sur le versant du Glacier de Tacul en 1873. — Cet accident eut lieu pendant une course au Col du Géant, il fut occasionné par l’incapacité du touriste de supporter le mauvais temps, à une faible altitude, même pendant un seul jour. Une opinion injuste semble à cette époque avoir pesé sur le guide chamoniard et sur le porteur qui l’accompagnaient l. Fedchenko était d’un âge moyen, il était allé dans l’Asie centrale, et y avait acquis quelque expérience de la montagne ; il paraissait fort, mais, évidemment, n’avait pas beaucoup de résistance. Le guide, Joseph Payot, était un jeune homme de 23 à 24 ans, le porteur, son frère Prosper, avait de 22 à 23 ans.
M. Fedchenko partit de Chamonix à 5 h. du matin, il comptait visiter le col et rentrer le même jour. Il déjeuna au Montanvert d’où il partit à 8 h. du matin. Il choisit les provisions, pour lesquelles il paya 25 fr., y compris son déjeuner. La caravane prit la route ordinaire, et atteignit les pentes de neige près des séracs, sans incident anormal. La traversée des séracs nécessite toujours une grande attention, pour les détails, et ce ne fut qu’en arrivant au névé au dessus que les touristes remarquèrent que le ciel, exceptionnellement beau à leur départ du Montanvert, se couvrait de nuages. Us ne crurent pourtant pas qu’il allait faire très
1 Prenant en considération leur jeunesse et leur inexpérience, ils semblent avoir agi d’une façon remarquable.
TOMBE nu HEV. GEORGE MC COH K IN l)A LE
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mauvais temps et ils continuèrent leur chemin, mais quand ils furent presque parvenus aux rochers connus sous le nom de « la Vierge », d’où dans des circonstances ordinaires ils auraient mis une heure pour atteindre le col, un ouragan de vent, de pluie, de grésil et de neige éclata sur eux avec une violence et une rapidité extrêmes. Leur première idée fut de continuer pour traverser le col et arriver au Mont Fréty sur le versant sud, mais quelques minutes suffirent à leur montrer qu’il était inutile par un temps pareil, de peiner sur les pentes difficiles et neigeuses menant au col ; de plus l’orage les empêchait de reconnaître leur direction ; il aurait fallu une chance rare pour qu’ils touchassent exactement le point du passage, même s’ils avaient pu faire l’ascension. Ils retournèrent un peu après 2 h. du soir pour revenir sur leurs pas. Les traces qu’ils avaient faites dans la neige étaient déjà recouvertes, et ne furent jamais retrouvées sauf ici et là, au milieu de la descente des séracs. Ils furent bientôt mouillés jusqu’aux os et à moitié gelés par le vent froid. M. Fedchenko était déjà fatigué, le froid et la pluie l’éprouvèrent beaucoup. Moitié à cause de son état d’épuisement, moitié par la faute du brouillard et des tourbillons qui les enveloppaient et les empêchaient de voir les objets distants leur permettant de se diriger, ils mirent longtemps à atteindre et à descendre les séracs, il fallut sans cesse aider le voyageur qui était lourd. Quand ils arrivèrent au pied des séracs, le crépuscule tombait, c’était le 14 septembre et à ce moment, M. Fedchenko se trouvait tellement épuisé que tour à tour les deux Payot le portèrent sur leur dos. Vers 9 h. ils arrivèrent aux quelques rochers éparpillés qui composent la moraine connue sous le nom de « La Noire », une moraine tout à fait insuffisante pour offrir un asile contre le mauvais temps, mais qui permettait de se reposer sur du rocher. A ce moment, Joseph Payot, le moins fort des deux frères était presqu’aussi fatigué que M. Fedchenko, et fut lui aussi, incapable de continuer. Ils restèrent dans cette horrible position, exposés sans abri, au vent, à la pluie et à la neige, de 9 h. du soir jusqu’à 2 h. du matin. La lune n’éclairait pas et la nuit était sombre, avec des nuages et du mauvais temps. Prosper Payot, le plus fort des trois, resta tout le temps debout, marchant sans cesse, et autant qu’il le put, il obligea le touriste et son frère à demeurer sur leurs pieds, mais à la longue, leur fatigue les vainquit. Fedchenko s’affaissa sur le rocher ; malgré tous les efforts de Prosper, il tomba dans ce sommeil fatal qui provenait d’épuisement et de froid, et dont il ne se réveilla pas. Depuis longtemps il était dans cet état, quoique respirant encore, et Prosper avait dû frapper son frère, lui donner des coups de pied pour l’empêcher de faire de même ; le porteur conclut que la seule chance lui restant pour sauver un de ses compagnons était de continuer la course. Avec d’énormes difficultés, il fit remuer son frère, avec encore plus de difficultés il l’empêcha de tomber. Petit à petit, le mouvement et la chaleur revinrent un peu et le 15 entre 4 et 5 h. du matin, ils atteignirent tous deux le Montanvert dans un état pitoyable... Il est difficile d’imaginer ce que les deux hommes auraient pu faire de plus, après avoir été entraînés dans de pareilles difficultés, et de quel secours ils auraient été en demeurant davantage sur le glacier. Il est vrai que ce récit vient des hommes eux-mêmes, mais je ne vois aucune raison pour en douter. L’histoire me fut racontée par Prosper Payot, simplement, doucement et modestement, et il y a beaucoup de circonstances pour l’appuyer ». Alpine Journal , vol. vi, pp. 308-9( lettre de M. Justice Wills).
M. J. G. Marshall, avec les guides Johann Fischer, de Zaun, près Meyringen et Ulrich Aimer, de Grindenwald, en descendant le Glacier du Brouillard, au clair de lune, le Nr septembre 1874, rompirent un pont de neige près du bord du glacier, et tombèrent
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dans une crevasse. Les deux premiers furent tués. Aimer échappa avec de légères blessures. M. Leslie Stephen, qui examina l’endroit avec Melchior Anderegg, peu de temps après l’accident, prétend :
« que la crevasse dans laquelle ils tombèrent, n’était pas à plus de cinq minutes de la moraine. Fischer conduisait, Aimer était dernier, et après que l’un d’eux eut demandé l’heure et qu’on eut répondu qu’il était presque minuit, un pont de « firn » ou « névé » se rompit sous eux et tous trois tombèrent simultanément dans la crevasse. Le pont devait avoir 6 mètres de large et n’offrait aucun indice de sa présence, sauf un petit trou, par lequel Aimer s’échappa. Les alpinistes n’eurent aucun doute sur sa stabilité. MM. Marshall et Fischer firent une chute d’environ 9 mètres dans la partie la plus profonde de la crevasse, qui pouvait avoir 1 m. 50 de large et était en glace vive. Le crâne de M. Marshall fut fracturé et sa mort fut instantanée ; les blessures de Fischer furent telles qu’il ne put vivre longtemps. Aimer semble être tombé à une moindre profondeur, il resta sur une console de neige formant la plus grande partie du profil de la crevasse ; il est possible, également, que sa chute fut amortie par les fragments du pont qui glissa sous lui. Sans doute, il fut ensuite entraîné par la corde, dans la partie basse, où se trouvaient les autres. »
La catastrophe suivante advint sur "le versant méridional du Mont Blanc, en juillet 1882.
Le professeur F. M. Balfour’ de Cambridge, en cherchant à escalader l’Aiguille Blanche de Peuteret, fut tué avec son guide Johann Petrus, de Stalden. On ne connaît pas la cause exacte de l’accident. M. C. D. Cunningham, qui était dans les environs à ce moment, raconte que :
« Le 14, M. Balfour traversa le Col du Géant, et en descendant du côté italien, eut l’idée d’essayer l’Aiguille Blanche de Peuteret... Ce pic qui était encore vierge, fait partie d’un contrefort du Mont Blanc, et s’unit au massif par une pente neigeuse très rapide. Mon guide, Emile Rey, ayant déjà voulu atteindre ce sommet, put donner à M. Balfour de tels détails sur la route probable, que ce dernier nous proposa de venir avec lui. Emile, trouvant que la neige n’était pas dans des conditions favorables, me conseilla fortement de ne pas l’écouter. M. Balfour ne fut pas de son avis quant à l’état de la neige, et le lendemain matin, il partit avec Petrus pour l’aiguille. Un porteur, chargé de couvertures et de bois, les accompagna jusqu’à l’endroit où ils devaient dormir dans les rochers. Cet incident eut lieu le mardi 18 ; leur course étant une première et difficile ascension, on augura qu’ils seraient absents pendant deux nuits et ne reviendraient à Courmayeur que le jeudi après-midi. Ce jour-là, ils ne parurent pas, on supposa donc, qu’ils avaient traversé le Mont Blanc, vers Chamonix, ou qu’ayant trouvé l’ascension plus pénible qu’ils le pensaient, ils étaient descendus jusqu’aux chalets de Visaille pour s’approvisionner. Le vendredi, M. Bertolini et M. W. M. Baker, un anglais demeurant à l’hôtel, s’inquiétèrent vraiment. Le samedi, découvrant qu’on n’avait aucune nouvelle des disparus, soit à Chamonix, soit aux chalets de Visaille, ils formèrent une caravane de secours, accompagnés par le chapelain honoraire, le Rev. H. S. Verschoyle ; ils espéraient retrouver les pauvres gens encore en vie. De bonne heure, le dimanche matin, en parvenant aux rochers entre le glacier du Brouillard et le glacier du Fresnay, ils découvrirent des objets, qui paraissaient être les corps de M. Balfour et de Petrus, à moitié couverts de neige...
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Il est clair que la mort de M. Balfour fut instantanée. Comme il y avait comparativement une petite quantité de neige fraîche autour de l’endroit où ils gisaient, nous conclûmes que ce n’était pas une avalanche qui causa leur mort, mais que l’un d’eux glissa, et que l’autre n’eut pas la force suffisante pour retenir son compagnon. Les provisions laissées au lieu de repos étaient intactes, l’accident eut sans doute lieu le mercredi 19. Mais rien ne prouve qu’ils soient tombés à la montée ou à la descente. » Alpine Journal , vol. xi, pp. 90-91.
Dans une communication faite à Y Alpine Journal , par M. Walter Leaf, il est dit que « le cou de M. Balfour était rompu, et son crâne fracturé à trois endroits ; le bras droit de Petrus était cassé entre le coude et l’épaule, ainsi que les côtes à droite, il subit probablement une fracture du crame pendant la difficile et dangereuse descente des corps à Courmayeur. Les deux cadavres avaient quelques meurtrissures, mais point d’autres blessures externes, leurs mains n’étaient égratignées qu’en dehors, cé qui prouve qu’ils n’avaient fait aucun effort pour se retenir, en se cramponnant à une prise quelconque. Les vêtements étaient un peu déchirés, et la corde n’était pas cassée. Ces indices indiquent qu’une chute eut lieu dans les rochers, mais qu’elle ne fut pas très longue.
M. Guttinger, de Genève, fut tué par des pierres tombant des Grandes Jorasses le II juillet 1884. — On raconte qu’il était parti de « Courmayeur accompagné par les guides J. M. Rey et Julien Proment ; il comptait coucher à la cabane des grandes Jorasses, et terminer l’ascension le jour suivant. Vers 4 heures de l’après-midi, la caravane arriva à un couloir de 20 mètres, que l’on doit escalader pour gagner la terrasse où se trouve la cabane.. Les guides résolurent de monter par les rochers et de laisser glisser une corde, grâce à laquelle M. Gruttinger pourrait giimper sans toucher la glace. Ils recommandèrent à ce dernier de s’abiiter sous une roche surplombante, de façon à. ce que les pierres ne puissent le toucher dans le cas où il en tomberait pendant leur ascension. M. Gruttinger suivit cet avis, et Rey, aidé par Proment, commença à escalader les rochers ; mais voyant que son touriste quittait son abri pour se rendre compte de la façon dont on tournerait l’obstacle, Proment lui cria de retourner. L’infortuné alpiniste répliqua qu’il était curieux de voir comment les guides s’en tiraient. Rey continua son trajet, alors une pierre branlante en entraîna d’autres, et elles filèrent dans la direction de M. Gruttinger, malgré les efforts de Proment qui ne put les détourner. De gros blocs frappèrent le malheureux à la tête, à l’épaule et à la jambe droite. Ses guides parvinrent à l’emporter pendant quelque temps ; ensuite Rey alla chercher du secours, tandis que Proment restait auprès du blessé ; qui put faire la conversation, et qui, quoiqu’ ayant beaucoup de mal, ne paraissait pas être dans un danger immédiat. Mais, tout à coup, vers 9 heures, il fit un effort pour parler, et immédiatement poussa le dernier soupir b » Alpine Journal, vol. xn, pp. 108-9.
1 L 'Echo des Alpes dit que M. Guttinger était très fort, très ferme, intrépide, agile sur le rocher, solide sur la neige et la glace, sérieux et surtout prudent.
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On peut dire que l’abbé Chifflet, économe des Cartésiens, à Lyon, alla, comme M. Guttinger, au devant de sa mort ; elle eut lieu en juiliet 1882, sur le versant oriental des Courtes. Il quitta le chalet de Lognan le 4 juillet, avec deux guides, Joseph et Clément Devouassoux, (père et fils), il voulait traverser du bassin supérieur du Glacier d’Argentière au Glacier de Talèfre. Les alpinistes, n’arrivant ni au Montanvert ni à Lognan, on eut des craintes, et le 8 juillet une colonne de guides alla les chercher. On les découvrit tous les trois, morts sur le glacier d’Argentière : « l’abbé et le père Devouassoux étaient encore encordés quoique leurs corps fussent très mutilés, le fils Devouassoux avec un fragment de corde autour de lui, était couché à une quarantaine de mètres. » L’arête qu’ils se proposaient de traverser était connue pour sa difficulté.
Gratien Brunod, un guide de Courmayeur, perdit la vie le 12 août 1890, au sommet du Col du Géant. Il escortait deux membres du Club Alpin Italien, à travers le col ; tandis que ceux-ci restaient au sommet, il alla chercher un peu d’eau à quelques mètres de la cabane, glissa et fit une chute d’à peu près 300 mètres, d’un couloir du Glacier de Toule ; il fut tué net.
Le Comte Umberto di Villanova, disparut avec ses guides : Jean-Joseph Maquignaz et Antonio Castagneri, en août 1890, sur l’arête reliant le Dôme du Goûter à l’Aiguille de Bionnassay. Cette caravane abandonna le chalet de la Visaille (près du bas du glacier italien de Miage) le 18 août, elle comptait à ce que l’on croit, faire l’ascension du Mont Blanc par la route du Dôme. Depuis cette époque, on n’a plus entendu parler d’elle. Après le départ des trois hommes, un orage furieux éclatant sur le Mont Blanc, les bloqua. Pendant quelques jours, on ne s’occupa pas de leur disparition, et le mauvais temps continuant, on ne les chercha pas de longtemps. Des efforts prolongés, accomplis plus tard, n’amenèrent aucun résultat. Leurs traces furent suivies jusqu’à l’arête faîtière du Glacier du Dôme qui sert de trait d’union entre le Dôme du Goûter et l’Aiguille de Bionnassay, ensuite elles cessèrent. La tragédie est inconnue. Les pentes de l’arête sont très rapides de chaque côté. Tout ce qui tombe de là peut dévaler de 300 mètres d’un seul coup, et l’impétuosité de la chute le portera encore à 1000 pieds plus bas. Quelques habitants de Val Tourn anche, qui faisaient partie de la colonne de secours, pensèrent que le comte avait pu glisser, d’autres émirent l’opinion que la caravane avait été enlevée par la tourmente. Ces infortunés demeureront ensevelis au bas de la pente, jusqu’au moment où leurs restes seront sans doute découverts, soit sur le glacier italien du Miage, soit sur celui de Bionnassay \
M. Rothe et Michel Simond tués par une avalanche de glace sur le Petit Plateau (21 août 1891).
« Le 20 août, une caravane composée de M. Rothe de Brunswick,
1 Jean-.Tosepli Maquignaz et Antonio Castagneri étaient les deux principaux guides italiens. Un portrait de Maquignaz est donné dans mon Guide à Zermatt et au Cervin.
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du comte de Favernay, de trois guides et de deux porteurs, atteignit la cabane Vallot (observatoire) sur les Bosses du Dromadaire. Le mauvais état de la température ne leur permit pas de compléter le lendemain matin l’ascension du Mont Blanc et ils commencèrent à redescendre dans l’après-midi du 21. Leur caravane s’augmenta de quatre ouvriers l, employés à la construction de l’observatoire de M. Janssen. Pendant qu’ils descendaient du Grand vers le Petit Plateau, une masse de glace et de neige, tombant du Dôme du Goûter, forma une avalanche qui saisit les hommes de l’arrière-garde et en entraîna sept dans une grande crevasse. M. Rothe, son guide Michel Simond, le porteur Armand Comte, le comte de Favernay et un de ses guides. Sauf les deux premiers, tous les autres furent retirés. Comte était grièvement blessé, les corps de M. Rothe et de Simond ne purent être retrouvés que quelques jours plus tard». Alpine Journal , vol. xv, pp. 539-40.
Les avalanches tombent fréquemment des falaises de glace du Dôme du Goûter, sur le Petit Plateau, mais il est rare qu’elles le traversent complètement, et quand on passe sur le Petit Plateau, il faut tourner à l’est et s’éloigner autant que possible du Dôme du Goûter.
Le docteur Jacottet, de Chamonix, mourut assez subitement, à l’observatoire Vallot , le 2 septembre 1891, dans les circonstances mentionnées à la page 78. Le docteur Egli-Sinclair de Zurich, écrivant dans les Annales de V Observatoire Météorologique du Mont Blanc , tome 4, Paris, 1893, p. 121, attribue cette mort au mal de montagne 2.
La mort de M. Nettleship (1892). — M. Richard Nettleship, régent du collège Balliol, d’Oxford, quitta Chamonix le 23 août 1892 pour le Col de Voza, il comptait faire l’ascension du Mont Blanc par la route de l’Aiguille du Goûter et des Bosses du Dromadaire. Il prit comme guides Alfred Comte et Gaspard Simond. Ils quittèrent le Col de Voza le 24 vers 4 h. du matin, mais n’atteignirent pas l’Aiguille du Goûter avant 1 h. de l’après-midi. Quoique la matinée fut belle, les nuages s’amassaient et avant midi, il y eut des indices de mauvais temps. La caravane continua pourtant à monter, pensant s’arrêter pour la nuit au refuge Vallot. Une heure après qu’ils eurent abandonné l’Aiguille, un orage éclata, ils se perdirent, errèrent pendant plusieurs heures et à la fin s’arrêtant, creusèrent dans la neige un trou pour y passer la nuit. D’après la version des guides, Nettleship était de bonne humeur, il aida à faire l’excavation, et chanta même pendant la nuit. Ils avaient suffisamment à manger et à boire, mais ne possédaient pas de vêtements en surplus.
« L’orage continua toute la nuit. Le 25 au matin, il neigeait, et toutes les traces furent oblitérées. Les guides conseillèrent à M. Nettleship de
1 M. Imfeld prétend que « cinq » hommes descendirent. Voir page 77.
2 Enfin la mort de Jacottet n’a-t-elle pas été causée par la même maladie ? C’est mon avis. La diagnose d’autopsie annonçait le commencement d’une inflammation des poumons et celle du cerveau. J© me permets de nier l’inflammation du cerveau pour des causes que je ne peux citer ici. Le cours rapide de l’inflammation pulmonaire ne peut être expliqué que par l’influence du mal de montagne sur l’affaiblissement du cœur et sur l’énergie du système nerveux de ce jeune homme, autrefois si robuste.
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rester où il était, dans l’espoir d’un changement météorologique, mais il répliqua que c’était de la paresse de demeurer là et de mourir comme des poltrons sans faire un effort pour rentrer. Il partit donc et les guides le suivirent. Ils avaient parcouru un petit trajet, quand M. Nettleship tituba et ne se tint plus ferme. Les guides lui offrirent du vin et de l’eau de vie qu’il refusa. Alors il cria et tomba en avant, murmura quelques mots en anglais, après lesquels il donna une poignée de main à chacun de ses guides, leur dit adieu, ferma les yeux et expira. Les guides restèrent quelques moments auprès de lui, alors plantant son piolet dans la neige, pour marquer l’emplacement de son corps, ils le laissèrent. Peu de temps après, le ciel s’éclaircit un peu, les guides apercevant la cabane Vallot se dirigèrent vers elle et y passèrent la nuit du jeudi 25.
Le vendredi 26, le temps était beau et les guides retournèrent au Dôme où se trouvait le corps ; ils redescendirent ensuite aux Grands Mulets, d’où Alfred Comte porta la nouvelle à Chamonix, Simond restant aux Grands Mulets ».
Douze hommes furent immédiatement envoyés, ils emmenèrent le cadavre qui fut enterré dans le cimetière anglais, du côté sud de l’église. M. C. E. Mathews, qui écrivit au Times , la lettre d’où est tirée la présente citation, remarque « que c’était une imprudence extrême de la part des guides d’avoir quitté la cabane de l’Aiguille du Goûter au milieu de l’orage, et que ce fut une grave erreur de la part de la caravane de ne pas retourner immédiatement à l’Aiguille avant que la tourmente eût effacé les traces. » La Société des Guides ne jugea pas pourtant qu’un blâme dût être adressé à Comte et à Simond, et leurs noms restèrent inscrits sur le registre.
Signor Poggi tué par la chute d’une pierre (1893). — Le 27 août 1893, le Signor Poggi, descendait l’Aiguille Noire de Péteret avec David Proment et un des Fenoillets de Courmayeur ; au bout de deux heures de trajet, un caillou tombant près d’eux, toucha quelques pierres délitées qui furent projetées sur les grimpeurs. Proment fut blessé et son piolet se cassa. Signor Poggi fut frappé derrière l’oreille et tué net h
Signor Cumani, un artiste, essaya de faire seul l’ascension du Mont Blanc, par le côté du glacier de Brenva, en septembre 1893. On n’a plus entendu parler de lui depuis ! Alpine Journal , vol. xvn, p. 43.
Le docteur Robert Schnurdreher, de Prague, Michel Savoie (guide) et Laurent Bron (porteur) de Courmayeur, furent découverts tout près les uns des autres, dans une crevasse, en août 1905., ils étaient morts mais peu mutilés. Ils faisaient l’ascension du Mont Blanc le 17 août, pensant descendre le soir même au Refuge Vallot, pour retourner le lendemain matin, à Chamonix. Pendant quelques jours, on ne s’occupa pas de leur absence, mais quand on fit des recherches, on les trouva bientôt à peu près à 24 mètres de profondeur, dans une large crevasse opposée aux Grands Mulets, ils étaient à une petite distance au dessous du chemin ordinaire. Frédéric Payot, qui faisait partie de la caravane de secours, prétendit que la
1 Plusieurs accidents, plus ou moins sérieux, ont eu lieu dans les Alpes, par suite de chutes des pierres, mais celui-ci est le premier causant une mort subite.
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persistance du beau temps avait rendu les pentes du Mont Blanc plus glacées au moment de l’accident qu’ordinairement ; il pensa qu’ayant commencé une glissade, les alpinistes n’étant- plus maîtres de leurs mouvements, étaient tombés la tête la première. La position de la crevasse, dans laquelle ils furent trouvés, est indiquée par un astérisque sur la gravure du Mont Blanc vu de Brévent.
Emile Rey, de Courmayeur, perdit la vie sur l’Aiguille du Géant, en descendant, le 24 août 1895. Le récit suivant est principalement basé sur un compte rendu, fourni au syndicat de Courmayeur, par M. Boberts, le seul témoin de l’accident.
« M. A C. Roberts, un grimpeur anglais, engagea Rey pour quelques jours, et le 23 août, ils montèrent ensemble la pointe la plus basse de l’Aiguille du Dru: ils dormirent ce soir-là au Couvercle. Le lendemain matin, ils partirent à 4 h. 40 et atteignirent le sommet de l’Aiguille du Géant à 2 h. de l’après-midi. Commençant la descente à 3 h. 20, la base du pic fut atteinte à 4 h. 5. Bientôt après, le temps devenant vilain, Rey prétendit qu’ils iraient plus vite en étant décordés. Ils roulèrent donc la corde, et commencèrent à descendre. Rey conduisait, portant un sac léger et la corde. Vers 4 h. 30, ils parvinrent en haut des rochers qui touchent aux champs de neige inférieurs. A cet endroit, l’escalade est facile, mais nécessite le passage d’une ou deux cheminées ; au sommet de l’une d’elles, M. Roberts attendit, pendant que Rey descendait, la figure tournée en dehors. Près du bas de cette cheminée, Rey sauta, ou se laissa tomber sur une petite console de roche mouillée qui s’inclinait extérieurement et était couverte de petits cailloux. Il glissa et, pendant une petite distance, coula sur la glace recouverte de neige. Il essaya de planter son piolet qui s’échappa de ses mains et en trois bonds le malheureux fut précipité sur la neige située à quelques 182 mètres en dessous, au nord de la route de la cabane. M. Roberts pouvait voir le corps couché sans mouvement. Il essaya de l’atteindre, soit par les rochers, soit par la neige qui les borde, mais ne put pas approcher à plus de 600 mètres. Il cria plusieurs fois sans recevoir de réponse. La neige tombait par rafales et un brouillard épais rendit impossible la continuation de ses efforts. A 6 heures, il retourna aidé d’une carte et d’une boussole, à la cabane du Col du Géant, où il arriva à 7 heures. Il trouva là deux alpinistes suisses, sans guides, et bientôt après, une grande caravane composée de hollandais des deux sexes, monta du côté français avec six guides et porteurs. La neige continuant à tomber pendant la nuit, tout le monde fut d’accord que rien n’était possible avant le matin. La nouvelle de l’accident fut portée à Courmayeur par les hollandais. Une colonne de guides et de porteurs partit immédiatement pour ramener le corps, qu’elle descendit à Courmayeur le lendemain 26 août ». Alpine Journal , vol. xvii, pp. 561-2.
La mort d’Emile Rey causa une grande et pénible surprise à tous ceux qui le connaissaient. Il combinait l’adresse, le courage et la dextérité. Pendant ces dernières années, quand on demandait aux guides les plus capables, quels étaient, d’après eux, les meilleurs montagnards, le nom d’Emile Rey était toujours cité. On peut en conclure que même les meilleurs alpinistes ne sont pas infaillibles.
M. H. N. Riegel, un jeune homme qu’on prétendait natif de Philadelphie, U. S. A., mourut vers le milieu de juillet 1898, en essayant de gravir seul le Mont Blanc. Son corps fut trouvé
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le 18 juillet, par quelques guides français près de la pente supérieure du glacier italien de Miage D’après leur opinion, il avait dû tomber de plusieurs milliers de pieds. La Tribune de Genève fait les remarques suivantes sur cette affaire : « Et maintenant, que dire de cet accident, sinon qu’il ne rentre pas dans la catégorie des accidents ordinaires de la montagne et qu’il peut être considéré comme un véritable suicide. »
M. F. A. Binns ( anglais ) et Xavier Imseng (guide de Saas-Fée) furent tués le 16 septembre, en descendant de l’Aiguille des Charmoz. Leurs corps furent trouvés à peu près à 22 mètres au fond d’une crevasse située sous le couloir neigeux dans lequel ils avaient glissé tous les deux. Leurs doigts déchirés indiquaient qu’ils firent, trop tard, des efforts désespérés pour se sauver.
« Nous regrettons d’apprendre que le 25 août 1899, le fameux grimpeur M. L. Purtscheller, de Salzbourg, se brisa le bras droit à deux endroits, en descendant avec un guide et un autre touriste, les fortes pentes neigeuses, sous les derniers rochers, et au-dessus de la bergschrund, au pied de l’Aiguille du Dru. Le guide cassa son piolet et glissa, entraînant les deux touristes sur un espace d’environ 6 mètres, dans la bergschrund. » Alpine Journal, vol. xix, p. 590. M. Purtscheller, dit-on, ne guérit pas de cet accident, et mourut à Berne six mois après.
Mort du docteur Cauro sur ia Montagne de la Côte. — Le 28
août 1899, M. Lespieau et le Dr Cauro, ce dernier âgé de 35 ans, allèrent avec trois porteurs sur la Montagne de la Côte, comptant poser des lignes télégraphiques jusqu’aux Grands Mulets, par dessus l’intervalle fissuré et la glace crevassée. Quand ils furent sur la partie supérieure de la montagne, et sur un terrain nivelé, ils marchèrent en file indienne, les porteurs d’abord et le Dr Cauro le dernier. Lespieau se tournant subitement, s’aperçut que son ami manquait, et un des porteurs revenant sur ses pas vit le docteur roulant dans un torrent, seulement à 20 mètres de là. « Nous nous mîmes à courir», dit M. Lespieau, «j’estime qu’en cinq minutes nous avions descendu les 200 mètres d’où mon ami était tombé. » Il était mort quand on le ramassa. Les contusions externes n’étaient pas graves, mais il s’était, rompu le cou. La cause de la chute n’a pu être établie.
Tué par la foudre sur l’ Aiguille du Géant. — Une semaine après que l’Aiguille du Géant fut escaladée par MM. Maischberger, Pianni et Zimmer (voir chap. XIV), leur prouesse fut répétée par M. Emile Fontaine, avec les guides Joseph Simond et Joseph Kavanel. Pendant la descente un orage surprit le groupe, et Simond qui marchait en tête fut tué net par un coup de foudre, qui toucha la corde le reliant à M. Fontaine, cela causa la chute du corps du malheureux, qui tomba à une grande distance sur le glacier en dessous. Simond était le seul membre de la caravane, portant un piolet. M. Fontaine et Ravanel avaient laissé les leurs au pied de l’Aiguille, comptant les reprendre au retour.
CHAMONIV ET LE MONT-BLANC
Une autre mort produite par une chute de pierres. — Le 11 août
1901, quatorze excursionnistes de Genève partirent du Montanvert pour le pic de Tacul, ils étaient accompagnés par un seul sruide, Jules Simond. Vers 1 h. de l’après-midi, tandis qu’ils descendaient, un bruit violent fut entendu au-dessus et tous les membres de la caravane sauf un, s’abritèrent. M. Porchet, dit-on, parut fasciné et resta en arrière. Un grand rocher le frappa en pleine poitrine et le fit tomber. Malgré les efforts de ses amis, il expira sur place une heure et demie après. B a mort fut causée pai la fracture du crâne et par ses autres blessures.
Un mauvais pas. — Le 4 août 1902, une dame française, en traversant le Mauvais Pas, du côté de la mer de Glace, rencontra du monde venant en sens inverse. Elle essaya de passer en dehors et tombant d’à peu piès 30 mètres, mourut sur le coup.
Sur quatre personnes, trois sont tuées. — Le 8 août 1902, MM. Henri Mauduit, âgé de 27 ans, et Jean Btæling, 20 ans, membres du Club Alpin français, quittèrent Chamonix avec un guide nommé Blanc, de Bonneval-sur-Arc, et un porteur appelé Culet, du même village, ils voulaient passer la nuit au refuge Yallot. Un orage éclata sur eux vers 4 h. de l’après-midi ; ils se trouvaient à ce moment là au grand Plateau. Pourtant ils continuèrent l’ascension. A la longue la violence du vent les obligea à retourner, mais après avoir erré quelque temps, ils se perdirent complètement et passèrent la nuit sur la neige à seulement 20 minutes du Befuge, ainsi qu’on le vit plus tard. A l’aube, la descente recommença. Quelques minutes plus tard, M. Mauduit tomba mort et bientôt son camarade expira. Blanc et Culet retournèrent tout seuls et le premier se laissa choir dans une crevassé à une profondeur d’environ 40 mètres, il ne se fit pas grand mal. Bientôt après, le porteur dégringola la tête la première dans une autre crevasse et fut tué raide. Ces détails sont extraits du Bulletin du Club Alpin Français ,
1902, où l’histoire est longuement relatée.
En août 1903, trois jeunes gens de Genève partirent pour faire le Mont Blanc, mais ils ne dépassèrent pas l’Aiguille du Goûter. Le mauvais temps survint bientôt après leur arrivée sur ce point, et ils décidèrent de revenir. En descendant l’un d’eux glissa sur la neige à peu près à 150 mètres sous la cabane, et, tombant dans un ravin d’à peu près 300 mètres, il fut tué.
SOU IJ Kit d’kmïle u k y (1894)
I)r J. JANSSEN