‹ Guide a Chamonix et dans la chaine du Mont BlancChapitre 19 sur 71 · DOCTEUR JANSSEN SE DÉCIDE A BATIR SUR LA NEIGE. L’EDI · texte numérisé non relu

DOCTEUR JANSSEN SE DÉCIDE A BATIR SUR LA NEIGE. L’EDI

CULE. CONSTRUCTION DE L’OBSERVATOIRE. DES TEMPÉ- RATURES HIVERNALES. L’ALTITUDE DU MONT-BLANC.

La création de deux observatoires sur le Mont Blanc, l’un entre le Dôme du Goûter et les Bosses du Dromadaire, à 4364 mètres d’altitude, l’autre sur le sommet, ne peut être omise dans l’histoire de la montagne. La première de ces entreprises est due à un parisien, M. J. Vallot, et la seconde au Dr Janssen, directeur de l’Observatoire de Meudon. M. Vallot est un enthousiaste de la montagne ;

CHAMONIX ET LE MONT-BLANC

en 1887 il accomplit la prouesse, sans précédent, de rester sous la tente, au sommet, pendant trois jours et trois nuits. Une seule personne avait déjà tenté cette expérience. En 1859, le Dr John Tyndall fit des observations particulièrement malheureuses. Ses guides et lui, souffrant du mal de montagne, redescendirent le lendemain matin dans un état pitoyable \

On se souvenait de cela à; Chamonix, et M. Vallot eut beaucoup de peine à trouver quelqu’un pour l’accompagner. Quand il se mit enfin en route, il avait avec lui M. Richard et une caravane de guides et porteurs ; ils étaient dix -neuf en tout. Ils marchèrent très bien jusqu’au commencement de l’arête des Bosses du Dromadaire (à peu près à la hauteur de 4267 mètres) ; mais à ce moment M. Richard, qui n’était pas habitué à la marche en montagne, commença à être souffrant. Un peu plus haut, un des porteurs se sentit fatigué, et quand on arriva au sommet, M. Vallot lui- même fut saisi de vomissements ; épuisé, il dut se coucher sur la neige. Les porteurs ayant déposé leurs fardeaux sur le sommet, furent renvoyés à Chamonix, tandis que MM. Vallot et Richard, avec deux guides, restèrent durant trois jours, occupés tout ce temps par des observations météorologiques et de diverses natures. Leurs expériences détaillées tout au long dans Y Annuaire du Club Alpin Français , sont très curieuses. Ils n’avaient aucun appétit et ne pouvaient manger. U ne tasse de thé même, « produisait des effets désastreux. » La troisième nuit, un des guides sortit une minute de la tente, et revint très alarmé, disant que l’air était rempli d’électricité. Vallot alla voir, et prétend qu’ autour de la tente et de l’élévation abritant les instruments « un grand bruissement s’entendait ; il était causé par des milliers d’étincelles. Mes cheveux se dressaient, chacun semblant m’être tiré séparément. Les étincelles se ressentaient sur tout le corps, on ne pouvait rester dehors sans souffrance. Nous étions littéralement baignés dans de l’électricité. » La fondation de l’observatoire Vallot fut le résultat de ce voyage. M. Vallot pensa d’abord à faire creuser une caverne dans les plus hauts rochers, mais il abandonna cette idée, et se décida à ériger un chalet de bois un peu au-dessous du plus bas des deux entassements de neige, appelés les Bosses du Dromadaire, à 4267 mètres d’altitude. Des difficultés s’élevèrent : la commune de Chamonix réclamant le versant français du Mont Blanc, aucune construction ne put être édifiée sans son consentement ; elle ne l’accorda qu’en imposant des conditions très dures.

1 Désirant commencer Les observations à l’aurore, je portais une tente où je me proposais de passer la nuit. La tente avait dix pieds de diamètre, et nous y fûmes empaquetés tous les onze... Pendant la nuit, nous ne souffrîmes pas du froid, quoique n’ayant point de jeu, et la neige environnante avait 15° centigrade ou 27° Falir. au-dessous de zéro. Néanmoins nous étions tous indisposés. J’étais déjà très souffrant en quittant Chamouni... ma maladie étant plus accentuée qu’à l’ordinaire et elle augmenta pendant toute l’ascension. Vers le matin, pourtant, je devins plus fort, tandis que pour mes compagnons le contraire arrivait... A peu près vingt heures furent passées au sommet du Mont-Blanc en cette occasion. Si j’avais été plus satisfait par la conduite de mes guides, j’aurais eu du plaisir à vivre cet épisode inaccoutumé de la vie de la montagne. Mais un caractère nouveau pour moi, et qui ressemblait beaucoup à la mutinerie, se montra chez quelques-uns de mes hommes. Hours of Exercice in the Alps, par John Tyndall, London 1871, pp. 54-57.

Les Chamoniards craignant que M. Vallot fît de son établissement une sorte d’auberge, contrebalançant les intérêts qu’ils avaient dans l’hôtel des Grands Mulets, stipulèrent qu’il bâtirait à ses dépens, un « Refuge » comme annexe à son observatoire, lequel deviendrait leur propriété, et qu’ils auraient le droit de taxer de dix francs toutes les personnes qui s’y arrêteraient pendant une nuit. La moitié des recettes étant destinée à payer l’entretien du refuge, et l’autre moitié devant être versée au profit des Grands

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