‹ Guide a Chamonix et dans la chaine du Mont BlancChapitre 20 sur 71 · LE REFUGE VALLOT EN · texte numérisé non relu

LE REFUGE VALLOT EN

Mulets, pour compenser le préjudice que l’on supposait que cela leur causerait. Ces conditions furent modifiées dans la suite l.

Les matériaux de construction furent prêts à Chamonix au commencement de juin 1890, et on entreprit la tâche difficile de les transporter à une élévation de 4358 mètres. On les hissa pour la majeure partie, à dos d’homme. Cent dix guides et porteurs acceptèrent de monter une charge au point désigné, mais quand tout fut arrangé, le temps se gâta, rendant le départ impossible. Quand il s’améliora, les guides étaient trop occupés à conduire les touristes. Pourtant à la fin de juillet, le bâtiment se dressa sur le rocher solide, à l’emplacement choisi. Tout d’abord il était très petit, d’environ 4 m. 85 X 3 m. 65, et de 3 m. 04 de haut ; une partie servait d’observatoire, l’autre de refuge ; mais plus tard il fut agrandi. Le transport des matériaux et leur érection furent bien plus oné-

1 Dans le premier projet, le Refuge fit partie des bâtiments de l’Observatoire. Plus tard, il fut élevé, ainsi qu’il est montré dans la gravure ci-dessus, à quelques cents mètres de l’Observatoire. Les deux constructions furent distinctes pendant plusieurs années, mais comme la neige s’accumulait on masse autour de l’Observatoire et en rendait l’accès difficile, M. Vallot le fit démonter pièce par pièce et remonter un peu en-dessous du Refuge, en juillet-septembre 1898. Voyez l’illustration suivante.

reux que les matériaux eux -mêmes. Les Chamoniards, considérant que 35 livres étaient la charge maximum qu’un homme peut porter au Mont Blanc, toute l’attention se concentra sur ce point. Aucune grande boiserie, ni un seul poids lourd ne put être amené là. Pendant là semaine de la construction, tout le monde campa sur la neige. Le thermomètre descendait dans les tentes, de 15 à 16 degrés audessous de zéro, et l’on eut les ennuis ordinaires de mauvais temps et de mal de montagne, dont nous ne parlons pas, car ils se présenteront encore tout à l’heure, à propos de l’érection de l’Observatoire Janssen.

Le docteur J. Janssen, président de l’Académie française des sciences, et directeur de l’Observatoire de Meudon, visita l’Observatoire Yallot quelques semaines après son inauguration, afin d’y faire des observations au spectroscope. Il y fut retenu pendant plusieurs semaines par le mauvais temps, mais ensuite il fit l’ascension du Mont Blanc, et descendit sans accident à Chamonix. Ce voyage lui prit du 1 7 au 23 août. Il fut frappé par les avantages procurés à la science par un travail accompli dans une atmosphère pure. Dès son retour à Paris, il communiqua un compte rendu de sa course à la séance du 22 septembre 1890, de l’Académie des Sciences. Il conclut en disant : « Je pense que, si on érige un observatoire au sommet du Mont Blanc, cela sera d’une importance de premier ordre pour l’astronomie, la physique et la météorologie. Je sais que des objections seront faites sur la difficulté de construire un bâtiment sur un point élevé que l’on ne peut atteindre qu’avec beaucoup de peine et où régnent les tempêtes. Ces difficultés vraies ne sont pas insurmontables. Je ne puis actuellement m’étendre davantage sur ces conditions, je me contenterai de dire que grâce aux moyens que nos ingénieurs mettent à notre disposition et avec des montagnards tels que ceux que nous avons à Chamonix et dans les vallées environnantes, le problème aura la solution désirée. » A partir de ce moment, le docteur Janssen fut plus ou moins occupé par la solution de ce problème. En peu de temps, les fonds nécessaires furent trouvés par des amis riches et influents. Parmi ses souscripteurs s’inscriviient le Prince Roland Bonaparte, M. Bischofisheim, le baron Adolphe de Rothschild, M. Léon Say et le président de la République. L’exécution du projet fut de la plus grande difficulté. Il n’y a aucun rocher visible sur le sommet et on proposa de construire sur la neige. Cette idée fut reçue avec une incrédulité universelle, l’opinion lui était défavorable. « Le^ personnes, » dit le Dr Janssen,» qui connaissent le mieux les glaciers de cette grande montagne, jugent qu’il est tout à fait impossible d’établir au sommet un bâtiment suffisant pour servir de résidence et de lieu d’observation. Ils prétendent, avec une justesse apparente, que l’épaisseur de la croûte neigeuse empêchera des fondations sur le rocher solide et ils n’admettent, pas la possibilité d’établir une construction sur la neige elle-même. »

M. Eiffel, l’auteur de la fameuse tour, fut consulté et se déclara prêt à construire un observatoire sur la cime du Mont Blanc, si

CHAMONIV ET LE MONT- U LA NC

on pouvait trouver, pour servir de fondations, du rocher, à moins de 15 mètres, sous la surface neigeuse.

Il exprima le désir de supporter le prix des premières opérations. Des rochers percent la neige de trois côtés différents, et à peu de distance du sommet ; ce sont de petites plaques à peine visibles d’en dessous. L’une, appelée la Tournette, est à peu près à quatre centimètres à droite du sommet dans la gravure pliante du Mont Blanc, vu du Brévent. Une autre, nommée les Petits Mulets,

se trouve environ à un centimètre sous le sommet, dans la même illustration. La troisième, la Tourette, située du côté opposé, ne peut être aperçue. Ces roches qui crèvent la glace sont ou bien des sommets d’aiguilles ou des pointes sur les arêtes des aiguilles ; mais il est peu probable que les plus hautes cimes des aiguilles soient visibles, elles sont, sans doute, sous l’arête faîtière, qui semble placée à la jonction de plusieurs arêtes rocheuses. Les petites plaques de rocher qui surgissent des trois côtés, sont seulement à : 138 m. 97, la Tournette ; 120 m. 09, les Petits Mulets ; et 59 m. 12 la Tourette, en dessous du sommet extrême du Mont Blanc. Il y avait donc un espoir d’atteindre le rocher.

M. Eiffel confia la direction de ce travail à M. X. Imfeld, un géomètre suisse très connu. On eût difficilement trouvé un homme plus compétent

Imfeld fit creuser une galerie horizontale à 49 pieds sous le sommet, du côté français, le versant représenté sur la gravure du Mont Blanc, vu du Brévent. Imfeld employa comme contre-

1 11 mourut à Zurich on 1001), Agé (le 56 ans.

LU

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