‹ Guide a Chamonix et dans la chaine du Mont BlancChapitre 22 sur 71 · FRÉDÉRIC PAYOT AUX ROCHERS ROUGES · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC PAYOT AUX ROCHERS ROUGES

terminale appelée la Calotte, grâce à un petit cabestan, tel que celui tenu par Payot dans la gravure. La construction ne fut pourtant pas terminée avant la fin de 1894. Quand j’allai la voir au mois de juillet de cette année-là, elle était à moitié remplie par la neige, et il fallut deux jours de travail pour la rendre habitable. Voyez l’illustration à la page 81. A ce moment-là, aucun instrument n’avait encore été envoyé. Le Dr Janssen a montré de l’énergie, du courage et de la ténacité dans l’accomplissement de son œuvre, qui serait déjà remarquable chez un autre, mais qui l’est doublement chez un homme de soixante-et-dix ans, incapable de monter un seul mètre et qui boîte tellement qu’il lui est impossible de

INTÉRIEUR DE L’OBSERVATOIRE DU Dr JANSSEN, AU SOMMET DU MONT-BLANC (26 juillet 1894).

CHAMONIX ET LE MONT-BLANC

et le minimum de température, la direction et la force du vent, etc., etc. Un poids de 100 kil. , descendant à peu près à 6 mètres le met en mouvement ; il est calculé pour faire marcher l’appareil pendant huit mois, le temps pendant lequel il peut arriver qu’on l’abandonne à lui-même. En présentant son çnorme instrument à l’Académie des Sciences, le 13 août 1894, le Dr Janssen dit : « Je ne me cache pas, que sans compter les précautions minutieuses qui ont été prises, il doit y avoir quelqu’incertitude à propos du résultat. » Une possibilité doit seulement être admise. Le baromètre employé est du modèle de Gay-Lussac, au mercure.

Jusqu’à maintenant, la température minimum du Mont Blanc était inconnue. Dans l’hiver de 1894-5, des thermomètres furent placés à l’intérieur et à l’extérieur de l’Observatoire, le premier

marcher sans difficulté sur un terrain plat. Il s’est fait hisser trois fois en traîneau au sommet. La seconde fois, il économisa la force de ses hommes en se servant du cabestan dans les pentes rapides.

Le principal instrument de l’Observatoire est appelé un météo rographe, il a été construit par Richard, de Paris, et a coûté 18.750 fr. Il enregistre la pression barométrique, le maximum

L’OBSERVATOIRE DU Dr JANSSEN ET L’ÉDICULE, EN 1894

CHAMONIX ET LE MONT-BLANC

enregistra — 35,2 centigrades et le second — 43 c. comme maximum de froid. Ces températures égalent — 31,36 et — 45,4 Fah. La première, celle de l’intérieur est bien proche du degré où gèle le mercure, ( — 40 Fah), et, si jamais la température, dans l’intérieur de l’Observatoire tombe encore, le baromètre cessera d’agir au moment le plus intéressant1. L’installation de cet instrument compte parmi les ouvrages les plus importants entrepris à l’Observatoire du Mont-Blanc en 1895. Un large télescope y fut envoyé en 1896.

Parmi les nombreux résultats que l’on peut espérer obtenir tôt ou tard, grâce à l’Observatoire Janssen, on peut placer la connaissance de l’altitude exacte du Mont Blanc, quoique d’après le rapprochement des plus récentes mesures 2, un nouveau travail de ce genre, ne paraisse pas nécessaire. La première mensuration soignée du Mont Blanc fut faite par Sir Oeorge Shuckburg, Bart 3, en 1775 4. D’après dix-huit observations au baromètre à, mercure, il trouva que le niveau du lac de Genève était à 374 m. 38 au dessus de la mer, et par la triangulation, que le sommet apparent 5 du Mont Blanc était à 4398 m. 78 au-dessus du lac Léman ou de 4773 m. 09 au-dessus de la mer. La mensuration suivante fut faite par de Saussure en 1787, grâce au baromètre à mercure qu’il observa pendant son séjour de 4 h. et demie au sommet. Il calcula de différentes manières et son résultat fut que le sommet du Mont Blanc était à 2450 toises au-dessus de la mer. Ces deux mesures s’approchent de très près de l’altitude indiquée pour le Mont Blanc sur les cartes officielles de France, de Suisse et d’Italie. Voir l’appendice D.

1 La plus basse température enregistrée en dehors do l’Observatoire est de — 48° c. (ou — 54°, 4 F.).

2 Voyez le tableau des altitudes dans l’appendice.

3 Les mensurations antérieures étaient très éloignées de la vérité. Peter Martel crut qu’il avait mesuré l’altitude du Mont-Blanc. Il dit, à la page 28 : « Nous trouvâmes que la hauteur de la plus haute montagne était de 2,076 toises au-dessus du lac de Genève. » D’après une erreur dans son identification du Mont-Blanc, dans la planche 3, à la fin de son ouvrage, je crois que Martel se trompe en croyant mesurer le Mont-Blanc.

4 Voyez The Philosophical Transactions ofthe Royal Society of London, vol. LXVII part II ; pp. 518-597.

5 Je dis le sommet apparent pour la raison suivante : L’arête véritable du sommet du Mont-Blanc, quoique presque de niveau, est légèrement plus haute à l’ouest qu’â l’est ; il est possible que sir George Shuckburgh ne vit pas, ou n’identifia pas, le plus haut point, du Salève et du Môle, ses points d’observation. Ceci peut expliquer pourquoi sa mesure est un peu en-dessous de la réalité. Il se peut aussi que la hauteur du Mont-Blanc ait légèrement augmenté depuis ce temps, quoiqu’il ne paraisse pas qu’il ait sensiblement changé dans le cours du dernier demi-siècle. Quelques-unes des autres mesures de sir George Shuckburgh s’approchent beaucoup de celles acceptées actuellement.

Bonneville Chamonix Le Montanvert Sommet du Môle » du Buët

Sir George Shuckburgh 1,475 pieds 449m53

6,113 » l,863ra20

Etat-major français 1,476 pieds 449m83

10,200 » 3,108ra90

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