‹ Guide a Chamonix et dans la chaine du Mont BlancChapitre 4 sur 71 · LONDON · texte numérisé non relu

LONDON

Printed for Peter Martel,

And Sold by W . Me a do w s in Cornhill ; P. Vaillant in the Strand ; G . Hawkins between the 'Two Temple Gates ; R. Dodjley in Pall Mail ; J . Pallaret againft Catherine Street in the Strand ; and M \ Cooper in Pajler Nojler Row . MDCCXLIV.

(Price One Shilling and Six-pence.)

CHAMONIX ET LE MONT-BLANC

est qualifié par de Saussure de « savant bibliothécaire de notre ville »). Ce monsieur avait l’habitude d’écrire dans les journaux ; en mai et juin 1743, il envoya deux lettres au Journal helvétique de Neuchâtel; la première commence ainsi :

« Monsieur,

On vous a dit que l’on voyait à Genève, depuis une année ou deux, quelques relations manuscrites de différents voyageurs qui ont eu la curiosité d’aller examiner, dans le Faucigny, cette portion des Alpes qu’on appelle les Glacières. . Vous me demandez la copie de deux différentes relations qui ont paru là-dessus dans notre ville. Il y aurait beaucoup à transcrire ; je suis un peu paresseux et n’ai point de secrétaire à ma disposition. Vous serez donc satisfait, s’il vous plaît, d’une espèce d’extrait de ces deux écrits. Je tâcherai de refondre le tout ensemble et de vous en rapporter au moins l’essentiel. »

Ce fut de cette façon que le public apprit d’abord ces deux voyages. Le récit arrangé de cette manière par le paresseux Baulacre fut le seul qu’on publia en français jusqu’à l’apparition, en 1879, de la brochure de M. Théophile Dufour. Dans cet ouvrage, figure le texte complet des deux comptes-rendus de Windham et de Martel, d’après une des copies manuscrites qui circulaient à Genève à l’époque de Baulacre et qui fut découverte à Paris dans la bibliothèque de l’Institut.

Les recherches de Th. Dufour ont mis au jour des faits relatifs à Peter Martel. Il naquit, paraît-il, en 1701 ou 1702, et se trouvait être le fils d’un réfugié français, un cordonnier, qui se fixa à Genève au commencement du 18e siècle. Il est mentionné deux fois dans les registres du Conseil de Genève, ces deux citations sont flatteuses pour lui h On apprit aussi, grâce à des documents conservés à Genève, qu’il alla plus tard à la Jamaïque et qu’il y mourut en 1761.

Si les versions manuscrites de Windham et de Martel, imprimées par Th. Dufour, sont des transcriptions exactes des lettres originales, les traductions anglaises de 1744 sont très libres. Les écarts entre ces deux écrits sont fréquents, il y a des additions et des omissions. Ces différences ne sont pas de nature à être attribuées aux protes. Quoique très nombreuses, elles n’ont pas d’importance en ce qui concerne les faits.

L’intérêt principal de ces deux narrations réside dans les^détails qu’elles nous donnent sur la situation de Chamonix et des Chamoniards, il y a un siècle et demi. Il paraît qu’à cette époque, quoique les visiteurs ne fissent habituellement guère plus qu’inspecter les extrémités des glaciers, les guides et les porteurs existaient déjà. On ci oyait à ce moment que les glaciers augmentaient. Windham prétend que des guides lui racontèrent : « Qu’à l’époque

1 A la date du 19 février 1723, on lit cette note : « Gratification à Martel pour sa machine. — M. le sindic de la garde a fait voir au Conseil un planisfère, avec un bord d’environ demi-pied de hauteur, rempli de nombre de cercles et de machines qui représentent le mouvement des planètes, selon les différens systèmes de Ptolémée et de Copernic, composé par un jeune homme nommé Martel, fils d’un cordonnier, qui a beaucoup de talent pour le dessein et pour la mécanique, dont il a fait présent à la Bibliothèque. Sur quoi étant opiné, l’avis a été de lui faire une gratification de dix louis d’or pour l’encourager. »

CHAMONIK ET LE MONT-BLANC

de leurs pères, la Glacière (Mer de Glace) était petite et qu’il y avait même un passage à travers ces vallées, par lequel on pouvait aller au Val d’Aoste en six heures». Mais dans tout son récit, il n’est pas question du Mont-Blanc ; un oubli si étrange fait penser qu’il a du être invisible pendant toute la durée de son séjour. Cependant Peter Martel mentionne quatre fois le Mont-Blanc. Dans la brochure anglaise à la page 16, il parle de la «Montagne appelée Mont Blanc » ; aux pages 17 et 19, il le nomme le Mont Blanc ; et à la page 22 il dit « Mont Blanc qu’on suppose être la plus haute de toutes les Glacières, et peut-être de toutes les Alpes. Beaucoup de personnes du pays, qui ont voyagé, m’ont assuré l’avoir vu de Dijon et d’autres de Langres , qui est à 135 lieues de distance».

Je n’ai pas pu savoir si l’appellation de Mont Blanc a été imprimée à une date antérieure. Il paraît donc, d’après divers documents, que ce nom entra en usage à peu près vers l’époque de la visite de Martel. Il est possible qu’il ait été inventé pour satisfaire les visiteurs curieux qui demandaient : « Comment appelez-vous ceci », et « Comment appelez-vous cela ». Quelques-unes des aiguilles avaient déjà été baptisées en 1742 : Le Dru, les Charmoz (Charmeaux), la Blaitière (Blaiterie) et le Mont-Mallet (Mallay). J’imagine que peut-être, quand Martel continua ses questions et, indiquant le grand dôme neigeux, demanda i « Comment nommez-vous cela ? » , les Chamoniards répliquèrent simplement : « Oh ! nous l’appelons la montagne blanche», sans penser qu’il prendrait cette réponse pour une appellation établie. Mont Blanc fut mis sur ses notes et la montagne a gardé ce titre. Quoiqu’il en soit, Martel fut le premier à se servir de ce nom sur une carte b Le fils du savetier* eut l’honneur de présenter le Mont Blanc au monde et la renommée de la Grande Montagne Blanche s’étendit à l’étranger.

1 M. André Perrin dit dans son histoire (p. 6) que Bourrit fut le premier à mettre le nom de Mont-Blanc sur la carte de sa Nouvelle description des glacières et glaciers de Savoy e , publiée en 1786. Ceci est inexact : Martel le donne quarante et un ans plus tôt sur la carte (planche II) qui accompagne sa brochure.

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