CHARMOZ L’AIGUILLE ET LE COL DES GRANDS MONTETS
L’Hôtel du Montanvert est quelquefois bondé pendant la saison, et les touristes ne sont pas certains de trouver des places, mais avant de quitter Chamonix, ils peuvent facilement s’informer du nombre des chambres libres, grâce aux communications télégraphiques. Les courses, ayant le Montanvert comme point de départ, comprennent toutes celles dont le but est la Mer de Glace ou ses tributaires les Glaciers de Talèfre, du Géant ou de Leschaux. Ces bassins s’étendant sur près d’un tiers de la chaîne totale du Mont Blanc, les ascensions faisables du Montanvert, sont nombreuses. Il y en a de faciles aussi bien que de difficiles. En parlant des principales, je n’entrerai pas dans les détails des plus difficiles, j’invite les personnes qui désirent de plus amples renseignements à se procurer le Guide de la Chaîne du Mont-Blanc , à V usage des ascensionnistes , par Louis Kurz, Neuchâtel 1892. On trouvera cet
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ouvrage à la librairie A. Jullien, 32. Bourg- de -Four, Genève, et dans d’autres librairies.
L’excursion la plus connue du Montanvert, est celle du Jardin (Cx. T. 23 24). C’est un îlot de rochers au milieu du Glacier de Talèfre. L’extrémité supérieure est à 2998 mètres au dessus du niveau de la mer. Il a 213 mètres de long. Il était déjà baptisé avant de Saussure ; ce savant, parlant du trajet à faire à partir du Montanvert, prétend que la route est assez facile au début, quoiqu’elle se trouve élevée au dessus du glacier, mais au bout d’un quart de lieue, elle se perd sur une pente raide.
Les deux premières fois que j’ai passé là, ou ne pouvoit placer son pied que sur quelques inégalités ou dans quelques petites cavités du roc ; et si l’on avoit glissé, on seroit tombé dans le glacier qui est au-dessous à une assez grande profondeur. Mais, en 1778, dès mon arrivée à Chamouni, j’y envoyai deux hommes, qui, pendant notre voyage au Buet, firent jouer quelques mines dans le roc et rendirent ce passage, sinon très-commode, au moins à peu près sans danger. Ceux qui iront après nous, visiter le fond du glacier, nous auront l’obligation de leur en avoir facilité l’accès.
Il y a deux passages semblables tout près l’un de l’autre ; on les nomme nomme les Ponts. Après les avoir passés, on va descendre au bord du glacier, et l’on suit pendant quelque temps sa moraine ou l’encaissement de pierres et de gravier qui l’accompagne. On passe là auprès d’une fontaine qui distille du roc sous une voûte naturelle ; son eau est d’une fraîcheur et d’une limpidité admirables...
De Saussure, Voyages § 628.
De Saussure continue à décrire comment il traversa les moraines centrales de la Mer de Glace, et escalada les rochers du Couvercle, pour parvenir aux tumultueux séracs du glacier de Talèfre, et arriva à la glace comparativement plane, qui git entre le Couvercle et le Jardin. Il dit de ce dernier qu’il est :
Il est de forme à peu près circulaire, un peu élevé au-dessus du niveau du glacier. Les frimas éternels qui couvrent toute cette région semblent respecter ce rocher ; ils ne s’y arrêtent point, ou le quittent du moins beaucoup plus tôt que le reste de la montagne. Il se couvre même d’un peu de verdure, qui, dans ce moment, commence seulement à poindre, parce que le milieu de juillet n’est que le premier printemps de ces hautes montagnes ; mais à la fin d’août, il est couvert d’un beau gazon, relevé par une grande variété de jolies fleurs des Alpes. Aussi le nomme-t-on le Courtil , mot qui, en savoyard, de même qu’en vieux français, signifie jardin. Il est même fermé comme un jardin ; car le glacier a déposé autour de lui une arête de pierres et de gravier, qui forme exactement sa clôture...
Ces passages indiquent qu’à l’époque de de Saussure, la route était la même qu’à présent ; il est évident que le chemin à suivre était connu avant 1778.
Le Jardin est au cœur du monde glaciaire et se trouve presque encerclé par des pics neigeux. La route, pour y parvenir, est indiquée sur la carte pliante. A un peu plus d’un kilomètre et demi à l’Ouest, se trouve l’Aiguille du Moine, 3418 mètres, ensuite tournant à droite, l’Aiguille Verte, 4127 mètres, les Droites, 4030 m., les Courtes, 3855 m., l’Aiguille du Triolet, 3879 m. et l’Aiguille de
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Talèfre, 3745 m. On voit une partie du versant italien du Mont Blanc, et on remarquera qu’il est beaucoup plus rapide que le versant français ; M. Venance Payot, dans sa Végétation de la Région des neiges , ou Florule de la Vallée de la Mer de Glace, (Lyon 1868), énumère 109 espèces de plantes, observées sur le Jardin. La course ne prendra qu’une petite journée. On revient souvent du Jardin au Montanvert par la Moraine, sur la rive gauche du glacier de Talèfre, via la Pierre à Bérenger, où une cabane sans tenancier sert de refuge en cas de mauvais temps. Ce chemin est plus facile que celui du Couvercle. Il faut 4 h. 45 pour aller via le Couvercle, le retour par la Pierre à Bérenger est de 4 h. 15.
Une des plus belles courses à faire du Montanvert consiste à aller à Courmayeur en traversant le Col du Géant. (Cx. T. 14, Courses ext). Quelques personnes vont seulement au sommet du Col et reviennent par le même chemin (Cx. T. 15 courses ext,). Ces deux excursions demandent une journée entière. On peut encore aller du Montanvert au pied des séracs du Glacier du Géant (Cx. T. 25) et revenir dans l’après-midi. Le Col du Géant est un des plus anciens passages, à travers le centre du massif du Mont Blanc, et c’est un des moins utiles. Dans le Journal de Lausanne du 21 juillet 1787, il y a un article intitulé : «Extrait d'une lettre de Chamonix du 8 juillet 1787, » dans lequel il est dit qu’ Alexis Tournier et Jean Michel Cachat, des Plans, partirent de Chamonix à 10 h. du soir, le 26 juin pour aller à Courmayeur via «la Plaine du Tacul » et qu’ils arrivèrent à destination à 6 h. du soir, le lendemain. Le 28 juin, M. Exchaquet, Directeur général des fonderies du Haut Faucigny, suivit le même itinéraire avec deux guides chamoniards ; il fit le trajet en 17 h. 45. A cette époque le passage ne semble pas s’être encore appelé le Col du Gréant (voyez p. 41) quoiqu’il soit certain qu’il est connu depuis longtemps. On n’a guère pu le découvrir sans avoir essayé plusieurs explorations préliminaires. Ce n’est pas un passage très visible de Courmayeur, et le sommet ne peut être vu ni de Chamonix, ni du Montanvert. Il fut traversé en 12 h. le 27 janvier 1882, par le regretté M. C. D. Cunningham avec Léon Simond, Ambroise Bossonney et Ed. Cupelin ; ils allaient du Mont Fréty au Montanvert. On prétend que ce fut la première fois qu’on le traversa l’hiver. En partant du Montanvert, la route du Col du Gréant est la même que celle du Jardin, pendant les deux tiers du trajet du Couvercle. Elle s’approche alors de la base du Tacul et reste près de la rive droite du glacier du Géant, la glace étant entièrement dépourvue de difficultés à cet endroit. Autrefois il était d’usage d’aller de ce point à la cascade de glace du glacier du Géant, soit par les rochers inférieurs de l’Aiguille Noire (voyez p. 41) ou par la glace de ce côté (la rive droite). Mais plus tard les guides prirent l’habitude de conduire leurs « Messieurs » à travers le glacier, jusqu’à la rive gauche, et de trouver un passage parmi les séracs près du Petit Rognon, Ces deux chemins sont indiqués sur la carte pliante. Cette cascade de glace est :
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«Une des plus magnifiques cascades glacées des Alpes. Au sommet, elle est sillonnée de crevasses transversales, d’une énorme profondeur et d’une grande largeur ; les arêtes entre ces crevasses se brisent encore, et forment ces blocs crénelés auxquels on a donné le nom de séracs. En descendant la cascade, la glace s’est écrasée et fendue, des tours écroulées, tombées du sommet, encombrent la pente et des parois verticales de glace lisse émergent successivement des ruines. Au bas de la cascade, les masses brisées sont mélangées, mais la confusion est encore grande et le glacier se couvre de vagues houleuses ». Tyndall.
Quand vous êtes au-dessus de la cascade de glace, dirigez-vous vers les rochers appelés « La Vierge » ; allez ensuite directement au Col, 3362 mètres. La Cabane est à quelques pas au-dessous, sur le versant sud ; elle offre un point de vue splendide sur T Italie. La descente sur Courmayeur s’effectue dans des rochers situés immédiatement sous la cabane, le chemin est tracé, et à l’Hôtel du Mont Fréty commence le sentier muletier. Pour le versant italien du Col, voyez chap. XIV. Si on est bien guidé, la traversée du Col du Gréant est très simple, par le beau temps ; on doit se servir de la corde sur ce col. (Voir p. 43) Les personnes craignant le froid doivent être chaudement vêtues (pp. 61, 62). Quoique du côté de Courmayeur, il n’y ait aucune difficulté véritable, les pentes doivent être traitées avec respect (pp. 56, 65). Dans une course aussi pratiquée que celle de la cascade de glace, on peut courir des dangers en approchant du pied des séracs. Ces tours de glace tombent souvent. Le temps nécessaire pour traverser le Col du Géant, varie considérablement. Voyez pp 40-43 Quelquefois plusieurs heures sont occupées à traverser la cascade ; dans des circonstances ordinaires, on compte 7 h. à 7 h. 30 pour aller du Montanvert au sommet et 5 à 6 h. pour revenir par le même chemin. Pour descendre en moins de 3 h. à Courmayeur, il faut marcher vite. Partez de bonne heure.
Ascension de l’Aiguille Verte (Cx. T. 32. Courses ext.) (4127 m.) — Cette aiguille est le point culminant du pâté de montagnes entre la Mer de Glace et le glacier d’Argentière. La nouvelle de la première ascension, faite par moi et Christian Aimer, le 29 juin 1865, fut reçue avec quelqu’incrédulité à Chamonix (voyez Scrarnbles amongst the Alpes , chap. XVIII).
La route habituelle pour l’ascension de l’Aiguille Verte, est la route ordinaire du Jardin, jusqu’au Couvercle. On se dirige ensuite vers la base d’un couloir de neige, conduisant du glacier de Talèfre à la crête de l’arête, reliant le sommet de l’Aiguille Verte avec la montagne appelée les Droites. La première ascension fut faite par un petit couloir neigeux, à droite (à l’est) du grand couloir. En haut du petit couloir, nous traversâmes jusqu’au grand couloir, et l’escaladâmes tant qu’il y eut de la neige. Quand la glace remplaça la neige, nous tournâmes sur les rochers à gauche (à l’ouest) et nous achevâmes l’ascension dans la neige, en prenant l’arête descendant vers le sud, (arête du Moine). L’ascension depuis le Couvercle jusqu’au sommet nous prit 7 h. et la descente, du sommet à Chamonix fut de 9 h. 15, y compris les haltes. Le chemin est tracé sur la carte pliante, et sa partie supérieure est indiquée également sur l’illustration suivante, p. 129. Un refuge a été érigé au Couvercle en 1904. Le 5 juilet 1865, MM. T. S. Kennedy, C. Hudson, et Hodgkin-
PETIT DRU GRAND DRU PlC SANS NOM AlG. SANS NOM AIGUILLE VERTE AIGUILLE DU MOINE