DE L’AIGUILLE D’ARGENTIÈRE L’AIGUILLE DU CHARDONNET
Les courses à faire de Lognan comprennent celles qui sont dans le bassin du glacier d’Argentière ou qui en dérivent. Ce glacier, on le verra d’ailleurs sur la carte, est un des plus considérables du massif. La grandeur de l’emplacement qu’il occupe ne sera pas soupçonnée par ceux qui le verront du village d’Argentière ou même de Lognan, car on ne voit, de ces localités, que sa partie la plus basse.
Pour aller de Chamonix à Lognan, allez à Chauzalet (1167 m.), voyez p. 113 et tournez à droite en traversant le petit groupe de chalets. Le sentier prend bientôt la moraine latérale sur la rive gauche du glacier d’Argentière et continue près de la glace pendant près d’une heure. Ensuite il se porte à droite (au sud), puis reprend sa première direction et monte directement vers l’Hôtel qu’on peut voir à une distance considérable. Du Chauzalet, il faut 2 h. 10 m. b On peut aussi arriver à Lognan, du village d’Argentière ou bien y aller du Montanvert via le Chapeau et les chalets de la Pendant, un sentier existe tout le long ; du Chapeau, 2 h. seront nécessaires. L’Hôtel-Chalet de Lognan (2041 m.), Vallot, a remplacé les vieux chalets dont on se servait autrefois dans ce bassin. Le glacier d’Argentière a environ 11 kilomètres de longueur, ses trois derniers kilomètres descendent dans un lit très raide et la glace est tellement fendue qu’il est presque inaccessible. Les 6 kilomètres les plus élevés sont pourtant beaucoup moins accidentés et offrent une promenade agréable qu’on peut faire à toute heure du jour, dans un paysage grandiose. Les 1600 mètres intermédiaires montent rapidement, mais on peut les traverser et arriver au plateau si on a un guide compétent. Le sentier continue pendant quelque temps au-delà de Lognan ; après qu’il a disparu, la route suit la rive gauche du glacier. La totalité du bassin supérieur paraît, quand on arrive vis-à-vis l’Aiguille du Chardonnet.
1 Ceci concerne le trajet à pied ; mais, en prenant le train jusqu’à Argentières et en revenant quelque peu en arrière on épargne du temps.
GHAMONIX ET LE MONT-BLANC
Le glacier devient alors plat, et se couche aux pieds des falaises situées à l’extrémité la plus éloignée. Une corde est nécessaire , quoique la plupart des crevasses soient visibles et étroites. Une cabane (refuge) a été construite sur la rive droite du glacier d’Argentière à un endroit appelé le Jardin. Le bas de ce large plateau, qui est considérablement plus étendu que le Grand Plateau du Mont Blanc, est assez lisse pour qu’un bicycliste puisse y circuler, mais les pentes de chaque côté s’élèvent rapidement, surtout celles de l’Aiguille Verte, des Droites et des Courtes, et elles sont incrustées de glaciers qui envoient maintes avalanches tonner dans les profondeurs sonores. Restez au moins à quelques cent mètres loin des débris que l’on aperçoit au bas des pentes (voyez page 65), l’accident de l’abbé Chifïlet). Au sommet du Glacier d’Argentière, les falaises s’étendent de l’Aiguille de Triolet au Mont Dolent ; elles sont trop verticales pour conserver la moindre trace de neige, mais un large ravin attire l’attention par sa taille et parce qu’il conduit à l’extrémité inférieure de l’arête ; il est apparemment plein de neige. C’est le Col Dolent. Son point culminant est sur la frontière, et de l’autre côté se trouve le glacier du Mont Dolent, ou Pré de Bar. En traversant cette brèche le 26 juin 1865, nous 1 espérions trouver un passage qui rivaliserait avec le Col du Géant ; mais, quoique nous allâmes en un jour de Courmayeur à Chamonix, vers la fin de la soirée, nous sentîmes qu’il n’y avait pas grande chance pour que le Col Dolent remplace jamais le col du Géant. Partant de Courmayeur à une heure moins vingt du matin, nous passâmes à 4 h. 30, aux chalets du Pré de Bar, et à 8 h. 15 nous étions au sommet du glacier de ce nom et au pied du col.
« C’était un passage idéal. Il y avait une ouverture entre les montagnes* avec un grand pic de chaque côté (Mont Dolent et Aiguille de Triolet). Une étroite langue de neige conduisait à la brèche les séparant et le ciel bleu se trouvait au delà. Dès que vous arriverez à cet endroit, vous commencerez à descendre. Nous nous mîmes à l’ouvrage et à 10 h. 15 du matin, nous arrivâmes au sommet du col. Si les choses avaient marché comme elles auraient dû, au bout de six heures nous aurions été à Chamonix. Nous savions qu’il devait y avoir de l’autre côté, un couloir correspondant à celui par lequel nous étions venus. S’il eût été rempli de neige, tout aurait été pour le mieux, mais il était plein de glace. Croz, qui conduisait, traversa et revint disant que nous descendrions d’une façon quelconque, mais je savais d’après le son de son piolet, quelle serait cette façon. Croz fut attaché avec notre bonne corde de Manille et les 60 mètres de cette dernière furent graduellement filés par Aimer et Biener, avant qu’il eût cessé son travail. Après deux heures d’un labeur incessant, il put s’ancrer au rocher à sa droite ; alors il se détacha et la corde fut ramenée. Biener s’attacha et alla rejoindre son camarade. Cela fit de la place, je pus me tenir debout à côté d’ Aimer, et j’aperçus l’autre versant. Pour la première fois de ma vie, je contemplai une pente ayant plus de 300 mètres de long et dont l’angle était d’environ 50° ; elle formait une nappe de glace ininterrompue du sommet à la base. Pas la moindre fissure, pas l’ombre d’un rocher ne tachaient
1 Michel Croz de Chamonix, Christian Aimer de Grindelwald, Franz Biener de Zermatt et moi-même.