‹ Guide a Chamonix et dans la chaine du Mont BlancChapitre 55 sur 71 · LES GRANDES JORASSES VUES DU VAL FERRET ITALIEN · texte numérisé non relu

LES GRANDES JORASSES VUES DU VAL FERRET ITALIEN

CHAMONIX ET LE MONT-BLANC

et Franz Biener ; nous montâmes le Val Ferret presque jusqu’au village de Neiron. Après avoir passé à travers la forêt et une succession de hauts rochers glacés, nous nous dirigeâmes vers le centre du Glacier des Grandes Jorasses et traversant par le milieu un îlot de rochers 1 2 (rognon), nous escaladâmes la glace pendant quelque temps, nous dirigeant vers le N. O. et nous tournâmes ensuite au Nord vers le sommet, montant soit par la glace crevassée, soit par les rochers à gauche. Nous atteignîmes à 1 h. de l’aprèsmidi, le sommet le plus occidental des deux pointes les plus élevées par la crête d’une arête descendant vers Courmayeur. Nous fûmes de retour à Courmayeur à 8 h. 45 du soir. En descendant,

« Nous longeâmes tout d’abord la petite arête visible sur la gravure suivante et conduisant de notre sommet vers le spectateur, ensuite nous prîmes le haut du corridor du glacier, à sa gauche, qui est absolument blanc dans la photographie. Les pentes étaient rapides et couvertes d’une neige fraîche ressemblant à de la farine et sur laquelle il était pénible de marcher. En montant, nous nous étions rendu compte de cette circonstance et nous avions fait notre escalier avec grande attention, sachant qu’un ébranlement à sa base précipiterait en bas tout ce qui se trouverait au-dessus. En descendant, les esprits les plus audacieux conseillèrent de se fier à la chance et de tenter une glissade ; les plus prudents, au contraire, donnèrent l’avis d’éviter les pentes et de passer sur les rochers situés sur le côté le plus éloigné. Le conseil des derniers prévalut, et nous avions à moitié traversé la neige pour gagner l’arête, quand la croûte céda et nous partîmes avec elle. Nous criâmes « halte », tous les quatre à la fois. Tandis que nous glissions, les piolets firent demi-tour, mais inutilement, car ils glissèrent sur la glace du dessous. « Halte », cria Croz, en lançant contre elle son arme avec une énergie surhumaine. Aucun arrêt ne put être obtenu et nous glissâmes lentement, mais avec une rapidité croissante, amenant des vagues de neige devant nous, et derrière de vilains débris qui sifflaient à nos oreilles. Heureusement, la pente cessa à un endroit, l’homme de tête sauta avec agilité de la neige mouvante, nous l’imitâmes, et la jeune avalanche, que nous avions fait partir, continua à s’écrouler et tomba dans une crevasse béante, nous montrant où notre tombe se serait trouvée si nous étions restés cinq minutes de plus en sa compagnie. Toute cette aventure ne dura pas une demi-minute. Ce fut le seul incident de cette longue journée et, à la nuit, nous entrâmes dans l’excellente maison tenue par le courtois Bertolini, très heureux de n’avoir pas rencontré d’autres péripéties de ce genre \ S cr ambles amongst the Alps. Chap. xvi.

Les Grandes Jorasses ont trois sommets marqués A. B. C. sur le tracé ci-contre. Le capitaine Mieulet donne au sommet B. l’altitude de 4206 mètres.

Les deux autres sommets sont marqués par des triangles rouges,

1 Sur la carte du gouvernement italien, une confusion a été produite à plusieurs endroits par le changement de la nomenclature usitée. Le nom de Glacier des Grandes Jorasses a disparu, sa partie à l’ouest du rognon est appelée Glacier di Planpansière et celle de l’est Glacier di Pra Sec.

2 Le 7 août 1893, un accident pareil eut lieu au même endroit, mais il amena des résultats malheureux. Voyez Alpine Journal, vol. XVI, p. 502-3.

aA

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mais aucune hauteur ne leur est assignée. Il est probable qu’il les considéra inférieurs tous les deux à celui qu’il avait mesuré. C. est le sommet que nous avons escaladé.

Le point A se trouve à l’E. S. E. de B. et ne peut être aperçu ni du Montanvert, ni de la Mer de Glace ; on le voit bien du Val Ferret, près d’Entrèves ; c’est le vrai sommet de la montagne. Sur la carte du gouvernement italien, A est marqué 4205 mètres, B 4196 mètres et C 4066 mètres b

Mieulet traça sa ligne de frontière comme sur mon traçé et laissa en-dehors le plus haut point des Grandes Jorasses. Sur la carte italienne, la ligne de frontière passe au plus haut pic.

Ascension d’hiver des Grandes Jorasses. — C’est probablement, M. Paul Güssfeldt qui a fait la première ascension en hiver, en janvier 1891. M. Hector de Domo d’Ossola les a aussi escaladées en janvier 1901, et prétend que la température y était de — 12° C. à la cabane et — 25° C. au sommet.

Courmayeur à Orsières (ou Champey) par le Col Ferret. — Il y a deux passages appelés Ferret, ils sont numérotés sur la carte pliante n° 1 et n° 2. Le n° 1, 2492 mètres, est nommé sur la carte du gouvernement italien, Pas de Grapillon ou Petit Ferret et sur celle de Siegfried (Suisse) le Chantonet. Le n° 2, 2536 mètres, est appelé Col de Ferret sur la carte italienne, Col Ferret sur celle de Siegfried et Col du Grand Ferret sur celle de Barbey-Imfeld. Pour atteindre le sommet de l’un ou l’autre, il faut 4 h. 30 environ de Courmayeur. Au sommet du n° 1, on peut descendre soit sur le hameau de la Folly, soit par un autre passage sur le Clou. Du sommet du n® 2, le chemin conduit par les chalets de la Peulaz dans la vallée delaDrance et traverse cette rivière sur un pont à 1 kil. 500 au-dessus des chalets de Ferret. On doit préférer la route du n° 2, car on peut trouver à manger aux Chalets de Ferret, 1696 mètres, Restaurant Ferret, 10 lits ; sur l’autre route, on ne peut trouver aucune nourriture entre Courmayeur et Praz de Fort, sauf au Chalet- Cantine des Jorasses , qui est à quelques minutes au-dessous du village de Neyron.

Un bon chemin à chars mène au Val Ferret italien via les villages d’Entrèves, de Neyron, de Praz Sec, de la Vachey et de Gruetta, jusqu’à un point à 20 minutes des chalets de Pré-de-Bar, 1755 mètres. Le sentier du Col Ferret tourne à la droite de ces chalets et monte à quelques abris de vaches, malpropres, appelés Trémaille. Bientôt après les avoir dépassés, il tourne à gauche, continuant à s’élever, vers le Nord généralement, jusqu’au Sommet du col,

1 La différence de niveau entre A et B étant très faible, 9 mètres seulement d’après la carte italienne, B cache le bassin de la Mer de Glace de A. Malgré rinvasion de leur territoire par deux guides suisses et un guide français, je fus reçu à mon retour avec une grande cordialité par les guides de Courmayeur. Deux jours après, cinq d’entre eux conduits par Julien Grange partirent sur ma recommandation pour apprendre le chemin du sommet, tandis que la trace était encore fraîche. Le point A fut escaladé les 29-30 juin 1868, par M. Horace Walker avec Julien Grange, MM. Anderegg et J. Jaun.

Une cabane a été érigée sur le rognon à environ cinq heures de Courmayeur, et elle est devenue un but fréquent de courses (Cr. T. 15 fr. pour un jour, 20 fr. pour deux jours).

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2536 mètres, où l’on jouit d’une belle vue sur le Grand Combin et le Mont Vélan.

Horaire pour aller de Courmayeur a Orsières par le Col Ferret,. (Col de Ferret, ou Col du Grand Ferret)

De Courmayeur au Chalet-Cantine des Jorasses, par

Ent rêves 1 h. 10 m.

Du Chalet-Cantine des Jorasses au Pré de Bar . . . 1 h. 55 m.

Du Pré de Bar au sommet du Col Ferret 1 h. 15 m.

Du sommet du Col Ferret aux Chalets de Ferret, via

la Peulaz 1 h. 35 m,

Des Chalets de Ferret à Praz de Fort 1 h. 30 m.

De Praz de Fort à Orsières 45 m.

A Gruetta, on traverse la Doire pour aller aux cols de Triolet et de Talèfre. Une cabane (cabane de Triolet), 2584 mètres, a été édifiée par la section de Turin du Club Alpin Italien sur la rive gauche du glacier de Triolet au pied du Mont Rouge à l’usage des personnes traversant ces cols ; il sert de but d’excursion de Courmayeur. (Cr. T. 15 fr. pour un jour, 20 fr. pour deux).

Les Chalets de Pré de Bar, qu’on peut atteindre de Courmayeur, en 3 h. 5 m. et d’où l’on peut descendre en 2 h. 30 m., servent de point de départ pour l’ascension du Mont Dolent, 3820 mètres (Cr T. 40 fr.), qui occupe une position dominante à la jonction de plusieurs arêtes. Ceci amena M. Adams-Reilly à en faire l’ascension le 9 juillet 1864 pour l’aider dans le dessin de sa carte, je l’accompagnai. Quittant le Pré de Bar, à 4 h. 15 du matin, nous arrivâmes presqu’à la cime du Col Ferret n° 1 et de là sur la rive gauche du Glacier du Mont Dolent. La partie supérieure de ce dernier est un plateau à peu près de niveau. La crevasse au pied du pic fut franchie à 9 h. 20 m. et le sommet atteint à 1 1 h. du matin. La route est traçée sur la carte pliante.

« Ce fut une ascension en miniature. Elle contint un peu de tout. Nous allâmes d’abord au Col Ferret n° 1 et nous nous rabotâmes sur des rocs schisteux, ensuite une petite promenade sur l’herbe précéda une marché sur une moraine, qui, tout étrange que cela paraisse, nous offrit un sentier agréable. Après cela, nous zigzaguâmes sur le glacier revêtu de neige du Mont Dolent. Une petite crevasse fut suivie par un petit mur de neige que nous escaladâmes par un petit éperon, et, quand nous atteignîmes la crête descendant du sommet vers le S. Et, nous rencontrâmes une petite arête de neige qui nous conduisit au point le plus élevé. Le sommet lui-même était petit, très petit ; c’était le plus ravissant cône de neige empilé sur le haut d’une montagne, si délicat^ si immaculé, que le violer paraissait un crime. C’était une Jungfrau en miniature, un sommet joujou qu'on aurait pu couvrir avec la main ». Scrambles amongst the Alps, chap. xi.

Entre Courmayeur et les Cols Ferret, on rencontre une série de points de vue intéressants, à mesure que l’on traverse les glaciers de Rochefort, des Grandes Jorasses, de Freboutzie, de Triolet et du Mont Dolent ; ils sont également beaux de l’autre côté en descendant sur la partie suisse du Val Ferret, mais on se trouve trop sous les prés pour les apprécier. On peut avoir une belle vue du Mont Dolent et de la Tour Noire en montant pendant quelques 300 mètres les pentes à l’Est des chalets de Ferret, et plus bas dans la vallée, en s’élevant d’une centaine de mètres au-dessus de la

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route, on peut obtenir des aperçus admirables sur les glaciers de cette extrémité du massif.

Une route à chars, habituellement bonne, quoique un peu dure à certains endroits, descend sur la partie suisse du Val Ferret ; elle conduit en 2 h. 15 m., des chalets de Ferret à Orsières, à travers la Folly, Praz de Fort, (Hôtel Saleinaz, ouvert en 1899), et Som la Proz. Les heures nécessaires pour monter seront à peu près les suivantes :

D’Orsières à Som la Proz 20 m.

De Som la Proz à Ville d’Issert 23 m.

De Ville d’Issert à Praz de Fort 22 m.

De Praz de Fort à Praillon 1 h.

De Praillon à l’Amône 20 m.

De l’Amône à la Folly 15 m.

De la Folly aux Chalets de Ferret 25 m.

Des Chalets de Ferret à Pré de Bar 2 h. 50 m.

(Un sentier conduit de Praz de Fort à la cabane de Saleinoz, 2696 mètres, à la base du glacier de Saleinoz. Parmi les petites ascensions qui se font de cet endroit, on peut citer les suivantes : le Portalet, 3350 mètres, la Pointe des Plines, 3065 mètres, la Grande Fourche, 3617 mètres, le Darreï, 3537 mètres, la Pointe de Planereuse, 3156 mètres, sur le côté sud du glacier de Saleinoz. On peut aussi de là faire une course à travers le pays, jusqu’à la Cabane d’Orny, 2692 mètres, dans la Combe d’Orny, au pied du glacier du même nom. C’est une cabane très en faveur parmi les membres du Club Alpin suisse. On peut y parvenir par des sentiers venant de Som la Proz ou de Champey. De nombreuses petites excursions sont aussi faisables de ce point dans les bassins des glaciers d’Orny et de Trient et dans la vallée d’Arpette. Cette cabane fut visitée en 1896 par 401 personnes).

Orsières, 890 mètres; 2185 habitants. Hôtel des Alpes. Restaurant du Col Ferret. Grades : Bisselx François,

Copt Joseph, Crettex Adrienne, Crettex Etienne, Crettex Maurice, Crettex Onésime, Joris Alfred, Joris Maurice. Pour les chemins venant de la vallée de Chamonix à travers les glaciers, voyez chapitre XII. Orsières est situé sur la route du Grand Saint-Bernard. Ce n’est pas un endroit agréable ; les parfums d’ Orsières doivent être sentis pour être appréciés à leur juste valeur. Un courrier va deux fois par jour à Martigny, la place coûte 2 fr. 70 cent. (22 kilomètres).

Orsières à Chamonix par la route du Grand Saint-Bernard et le Col de la Forclaz. — Cette route traverse les villages de Sembrancher, 720 mètres, de Bo vernier, 620 mètres, et le Brocard, 535 mètres. On met environ 3 h. à pied pour aller d’ Orsières au Brocard. A ce dernier endroit, on quitte la route du St-Bernard, un chemin de traverse conduit à la route de la Forclaz et la rejoint à quelque distance au-dessus de Martigny-Combe. En arrivant à ce chemin, tournez à gauche sur la grande route du col de la Forclaz. Au milieu du jour, en été, c’est un endroit remarquablement chaud, quoique la route se trouve quelque peu ombragée. En regardant en arrière, le panorama de la vallée du Rhône est un magnifique spectacle. Dans beaucoup de passages, un piéton peut

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gagner du temps en coupant les zigzags. Au sommet du col de la Forclaz, 1523 mètres, se trouvent THôtel-Pension Gay-Descombes, et THôtel-Pension de la Fougère. De là on airive en une petite demi -heure au bas de la vallée de Trient et on tourne soit à droite pour la Tête Noire, soit un tout petit peu avant à gauche pour le col de B aime ; des deux côtés, à pied, on peut parvenir en cinq heures à Chamonix. Voyez pp. 115 à 117.

Orsières à Martigny. — Si vous allez à Martigny, continuez au Brocard, sur la route du St-Bernard. Martigny, 469 mètres. Grand Hôtel

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