‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 10 sur 160 · CT · texte numérisé non relu

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ponvous faire que du mal aiuiiiel nous sommes enclins. No\î» ne pouvons donc attendre de nous antre chose que des chutes dt'^plorables (]ui nous con(hiisont à notre porte. Perditio tua ex te, Israël, tcwtummodo in wc axix'dium tmnn. {Oscœ 13^ vers. 9)*. Dans vous, nous dit Dion, par la bouche du prophète Osée, il ne se trouve autre chose que pi'chés et perdition, et en moi seul se trouve tout le secours qui peut vous aflVanchir de ces miiux. Vous devez donc vous méfier de vous-mêmes totalement^ et placer en moi seul tonte votre espérance, si vous ne voulcn point périr, mais au contraire arriver au port du salut éternel. 83. — Mais pour que Ton comprenne bien ce que nous di- 6ons en ce moment, il faut bien savoir que sur la mer agitée de la vie présente sur laquelle nous naviguons infortunés passagers, il existe deux écucils où un nombre infini d'àmos font uE) triste naufrage. L'un est l'espérance vaine et mal fondée, l'aucre est la défiance et le désespoir. On se brise contre le premier d& ces écueils quand on s'appuie avec présomption sur ses propres» forces par le secours desquelles il est impossible d'opérer quelque bien. On va heurter contre le second écueil quand on cesser d'agir et que l'on se livre à la défiance, que l'on ne va pas ei>, avant, et qu'on regarde comme impossible l'acquisition des biensdignes de notre ambition. En ce cas c'est le désespoir, comme le dit saint Thomas en parlant de cette affection vile et méfiante. Desperaiio non importât solum privaiionem spei : sed itn^portat quemdam recessum a re desiderata propter œstimatam impossibilitatem adipiscendi. (2. 2, Quœst. 40, art. 4, ad 5)> Celui qui suit la roule moyenne entre ces deux écueils voyager en pleine sécurité, quand il se défie de lui-même, et quand il place en Dieu seul sa confiance. Celui-là seul ne s'expose pas an danger de périr et parvient avec assurance au port deTéterneller félicité. C'est à cela que veut faire allusion saint Jérôme quand il dit : Salomon loquitur : Esto confidens in Domino toto cordeiitOyintua auteîn sapientia ne exalteris : in omnibus viis tut»cofjnosce eum, ut rectas faciat vias tuas. Intellige quid loquitur^ Nec in sapientia tua, nec in ullis virliiiibus confidendum, sed' in solo Domino, a quo gressus hominis diriguntur. {Lib. iiij, adversus Pelagianos). Ne vous confiez pas, dit le saint Docteur,, s'appuyant sur l'autorité des livres saints, ne vous confiez pas. 8i:r votre sagesse, sur votre vertu, sur votre habileté, mais confiez-vous en Dieu seul, parce qu'il guide tous vos pas dans Is)

▼ojragG que vous faites vers la céleste patrie. Voilà donc la première qualité de respérance théologale. Elle consiste à ne pas se fonder sur les créatures, pas même sur soi, mais à s'appuyer sur Dieu.

86. — La deuxième qualité de l'espérance est d'être ferme et solidement assise sur l'attente des biens éternels et sur les moyens nécessaires pour y arriver, car l'espérance chrétienne étant tout entière fondée sur les promesses infaillibles de Dieu, elle ne peut chanceler dans ses affections intimes. Saint Paul, afin d'animer les Hébreux convertis à la foi chrétienne à désirer ardemment les biens éternels, leur met sous les yeux l'exemple d'Abraham dont la confiance aux promesses du Seigneur était ferme et inébranlable, car le Seigneur l'en avait même assuré par un serment solennel. In quo ahundnnUusvolens Deus osteti' dere pollicitationis hœredibus immobilUatem consilii sui, interposuit jusjurandum, ut per duas res immobiles, quibus impossibile est mentiri Deum, fortissimum solatium habeamus, qui confuqimus ad tenendam propositam spem : quam sicut anchoram habemus animœ tutam, et firmam, et incedcniem usque ad interiora velaminix ', ubi prœcursor pronobis introivit Jésus, secundum ordinem Melchisedech , pontifrx factus in œternum, {Ad Hebr. 6). L'Apôtre nous y dit que l'espérance est comme une ancre ferme et assurée pour quiconque aspire ad interiora velamina, à la bienheureuse vision de ce Dieu qui est maintenant voilé et caché à nos regards ; parce qu'en effet, au milieu des vacillations de nos cœurs, elle est la seule qui fixe notre âme dans Dieu et qui puisse la maintenir dans la pratique de la vertu. Il apporte deux raisons d'une telle sécurité et d'une fixité si constante qui appartiennent à l'espérance : l'une est tirée des promesses que Dieu nous a faites; parce que, de même que l'ancre, s'enfonçant dans un fond de sable mouvant, ne peut tenir le vaisseau dans un état d'immobilité, mais le laisse aller à la dérive, tandis que si elle se cramponne à un rocher ou àla pointe d'un écueil, le vaisseau s'y raflerrait comme s'il prenait racine au fond de la mer, de môme l'espérance se fondant sur les promesses de Dieu qui sont plus immobiles que le plus terrible écueil, iût-il de diamant, donne à l'àme une pleine certitude des biens qu'elle espère, et au milieu des flots tumultueux de cette vie, la fixe au sein de son Dieu, et la rend persévérante dans le bleu.

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87. — La deuxir-inc raison iiuel'Apôlre nous donne est que Jésus-Christ est eutie avant nous eu qualité de précurseur dans «e sanctuaire voilé de la divinité ; c'est-à-dire dans cette heureuse patrie pour nous y préparer une place. C'est là qu'en sa qualité de prêtre étemel de l'ordre de Mekhisédech il intercède pour nous ; et, comme l'Apôtre s'explique encore plus clairement dans le chapitre suivant, il s'y fait notre avocat plaidant ^ toujours, s'il est permis de parler ainsi, en laveur de notre salut. IJnde salvare in pcrpeiuum potest accedentes per semetipsum ad Deutn, sewijcr vivens ad interpellandum pro nobis. (Ibid. 7, vers. 25). Et c'est encore ici un motii, comme chacun ▼oit, qui rassure grandement notre espérance, puisque nous y ▼oyons un avocat si jaloux de notre salut, et si puissant pour nous l'obtenir par la puissance de ses prières, et en montrant les plaies adorables qu'il a bien voula supporter pour notre amour.

88. — Vincent de Bcanvais [Lib. xxi, cap. 98) dit que saint Malo ou Maclou, se trouvant en mer au jour solennel de la fête de Pâques, avait un graud désir de célébrer la sainte messe , et les passagers étaient pareillement désireux de l'entendre. C'est pourquoi le saint évéque fixait les yeux sur chaque point de ITiorizou pour ficher de découvrir quelque Ilot ou pointe de focher , mais il ne voyait de toutes parts que la vaste surface des eaux et l'immensité des cieux. Tout-à-coup cependant il «perçut comme une petite île qu'on pouvait prendre pour un écueil qui dominait les flots. On jugea qu'il était possible d'y célébrer les saints mystères, et on dirigea la proue vers cet endroit. Dès qu'on eirl .Ijordé, tout l'équipage descendit, on éleva un petit autel etsai:.'. Malo commença la messe. Mais il était à peine arrivé à l'oraisou dominicale, que lllot se mit tout-àcoup à faire un mouvement, et à la manière dont il s'opéra on

Idécouvrit que ce qu'on avait pris pour une petite île n'était autre chose que le dos d'une baleine qui, s'étant arrêtée au miheu des flots qui la couvraient, n'avait laissé voir que la partie siipérieure de son corps. Les assistants, épouvantés du péril imminent qu'ils couraient d'être tous submergés, se mirent à pousser un grand en vers le ciel et se hâtèrent de regagner leur embarcation. Mais saint Malo ne se troubla point, et plein d'une ferme confiance en Dieu il envisagea d'un œil intrépide le danger où il se trouvait. Vir Dei fidens in Domino, inierriiiis

persùtit. Il exhorta même ses compagnons à mettre leur espérance eu Dieu , à l'exemple du prophète Jouas. Chose admi« rable ! Cette ferme confiance eu Dieu, fixa cette énorme masse vivante au milieu des flots, ou, pour mieux dire, en fit comme une île véritable et comme ini vrai rocher immobile sur sa base. Le saint prélat put ainsi termmer paisiblement le saint sacrifice, et tout l'équipage put rentrer sain et sauf dans l'embarcation. Lorsqu'ils furent tous revenus en lieu de sûreté, ce monstrueux cétacé plongea devant eux sous les flots et on ne le revit plus.

89. — La ferme espérance de saint Malo et de ses compagnons arrêta au milieu de l'océan en guise d'écneil immobile cette énorme baleine , quoique son naturel soit la moljihté. C'est ainsi que l'espérance fixe dans Dieu notre cœur bien que naturellement changeant, et au milieu des tempêtes de cette misérable vie, le maintient ferme et immobile dans la pratique de ia vertu. C'est pourquoi saint Augustin, pariant de cette noble fermeté de notre espérance, dit qu'en s'appuyant ainsi sur la promesse d'un Dieu qui ne peut se tromper, elle ne peut pas non plus être induite en erreur et qu'elle est aussi certaine des biens qu'elle attend que si déjà elle les avait conquis. Spes nosira tant certa est , quasi jam res perfecta sit ; neque enim time' mus promittente veritate, veritas enim nec poiest falli, nec (aller e. {In Psalm. 123).

90. — Désirez-vous avoir quelque exemple notable d'une telle assurance ? Ecoutez le saint roi David : Si consistant adversum me castra, non timebit cor meum. Si exurgat adversus me prœlium, in hoc ego sperabo. {Psalm. 26, 3). Quand même se déploierait à mes yeux, contre moi, une lorinidable armée, mon espérance assise sur un ierme rocher ne s'ébranlerait pas , parce qu'elle repose sur vous , ô mon Dieu , avec une parfaite sécurité. Ecoutez aussi le saint homme Job : Etiamsi occiderit w<?, in ipso sperabo. {Job. 13, 15). Quand même, ô mon Dieu, vous me donneriez la mort , l'assurance que verse dans mon cœur l'espoir que j'ai mis en vous n'en serait jias moins ferme. Écoutez l'Apôtre des nations : Certus smn quia neque mors , neque vita, neque principatus, etc., poterit nos separarc àcaritate Dei, quœ est inChristo Jesu. {Ad Roman. 8, 38). Je suis certain, dit saint Paul, que ni la vie, ni la mort, ni quoi que ce soit icibas, ne pourront me séparer de l'amour de Dieu. Mais d'où peut

venir \ cet ApAtre une si gniiide tissuranop , an milieu des trf nombreuses incertitudes de la vie présente? Spesenim non con* fundit, r«^pond-il; car la certitude sur laqiu-lle je me fonde ne saïu'ait jamais tromper mes espérances. Telle est l'assurance avec laquelle nous devons attendre les biens surnaturels de la grâce divine et de la gloire éternelle. Et il en sera ainsi, trèscertainement, si nous nous reposons iermement sur les promesses d'uu Uieu tout puissant et fidèle.

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