ON Y EXPOSE LA TROISIÈME QUALITÉ DE L'ESPÉRANCE
91. — Cette troisième qualité consiste à unir à la ferme attente des biens surnaturels une crainte salutaire. In timoré Du)iiini fiducia {ortitudinis. (Proverb. 1-4, 26). La confiance qui est jointe à la crainte du Seigneur, dit Salomon, est pleine de force. Et l'Ecclésiastique exhorte à l'espérance celui qui a la crainte : Qui timelis Dominun^ sperate in illum. {Eccli. 2, vers. 9). C'est pour marquer que la crainte du Seigneur dispose à l'espérance , et que celle-ci n'exclut pas la crainte. Cela est si vrai que le Prophète royal pour nous exciter à l'espérance, et en même temps à la crainte, nous assure que Dieu se complaît dans les âmes qui le craignent, et qui en même temps espèrent en sa miséricorde, et savent unir dans leur cœur ces deux saintes affections. Beneplacitum est Domino super timentes eum, et in eis. qni sperant super misericordia cjiis. {Psalm. 146).
92. — Ceci ne doit pas nous surprendre, parce que, si en réalité ces deux afioctious dii jrent entre elles, elles ne sont pas néanmoins opposées' l'une à l'autre, mais elles peuvent former dans un cœur une belle alliance, parce qu'elles sont excitées par des motifs divers. L'espérance provient des promesses infaillibles de Dieu ainsi que de sa souveraine bonté infiniment portîe à nous faire du bien, et de ces motii j si attrayants elle tire sa source et nous fait soupirer pour les biens suprêmes. La crainte nait de la considération de notre propre néant, de notre faiblesse personnelle, de nos prévarications, de notre amour du [ilaisir, et de l'inclination que nous avons au mal. Ce sont là tout auLiut
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4tc motifs qui rendent notre àme timorée et la maintiennent dans im sentiment de bassesse et d'humilité. L'espérance élève l'âme à Dieu, la crainte la fait rentrer dans sa bassesse naturelle. La première inspire à l'âme un grand zèle pour le bien, la seconde la retient dans une prudente circonspection. Quiconque espère •et ne craint pas , dit saint Augustin , tombe dans l'apathie à cause de son excessive sécurité. Quiconque craint et n'espère pas se livre au découragement , perd toute énergie et se met «lans le péril de tomber dans le profond abîme du désespoir. O spes , tu omnia facis portare dulciter et suaviter ! Eia ergo , fratres, hanc amate, hanc tenete, non tamen sine timoré ; quia qui sperat et non iimet, negligens est : qui autem timet, et non sperat, depressus est , et descendit in profundum quasi lapis. (Serm. 10, ad fratres in eremo). 0 sainte espérance, vous laites endurer tout avec douceur et suavité ! Courage donc, mes frères, courage, chérissez une si belle vertu, efforcez-vous de l'acquérir, mais faites en sorte de ne jamais la séparer d'une sainte crainte, afin que si la crainte ne vous possède pas vous ne tombiez point dans la négligence et que vous ne vous découragiez pas, ou bien que si vous n'avez pas la vertu d'espérance vous ne tombiez point dans la pusillanimité et l'abattement, avec un grand danger de vous précipiter dans l'abime. Que le lecteur ▼oie donc combien la possession de ces deux vertus est nécessaire «t combien en s'associant au fond de notre cœur elles se tempèrent mutuellement , afin de marcher en société de l'une et de l'autre avec une pleine assurance dans la route qui conduitaii ciel.
93. — Saint Bernard nous donne les mêmes enseignements spirituels , lorsqu'en parlant des deux affections, il dit que la crainte seule des jugements de Dieu , sans l'espérance, nous pousse dans l'abîme du désespoir, et que l'espérance indiscrète, qui n'est point tempérée par une juste crainte produit une assurance singnhèrement pernicieuse. Allerum sine altero osculari non expedity quia et recordatio solius judicii in baratrum desperationis prœcipitat et misericordia fallax expedatio pessimam gênerai securitatem. {Serm. 6, inConlica). Tandis qu'en unissant ces deux vertus, l'âme marche en pleine sécurité dans le chemin du salut et de la perfection ; car l'esiwrance lui donne des forces pour avancer, et la crainte la rend circonsp(îcte tians ses voies pour ne pas tomber dans quelque vainc prcsomiUit)n.