‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 9 sur 160 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

pcs rnopRiÉTÉs de la vertu d'espérance ou de ses qualités.

79. — La première qualité de l'espérance théologale consiste à se ionder sur Dieu seul qui est le dispensateur de tout bien. Mon Dieu est mon appui, disait le saint roi David; il est mon libérateur, mon reiuge, mon aide, mon secours, et c'est

pourquoi je veux espérer en lui seul. Dominus firmamentum tneum et refugium meurn, et liber ator meus, Deus meus, adjutor meus y et sperabo in eum. [Psalm. \% v. 3). Et ailleurs, en excluant de notre espérance tout secours quelconque tiré des créa- +ures il déclare qu'en Dieu il a mis sa coufiuuce et non point dans les hommes, qu'en Dieu seul il espùie et qu'il n'attend rien de toutes les créatures, même les plus puissantes, les plus élevées, les plus honorables. Bonwn est conjidere in Domino, quam confidere in homine. Bonum est sperare m Domino y quam sperare in principibus. {Psalm. 117, v. 8 et d).

80, — Le Docteur angélique demande s'il est permis de mettre dans les hommes notre espérance , et il répond que cette vertu, n'ayant pour nous d'autre objet ijue le bonheur éternel et les moyens qui peuvent nous y iaire parvenir, ainsi que nous Tavons démontré dans les chapitres précédents, il ne nous est pas permis d'attendre des hommes de grands biens, comme s'ils en étaient les premiers auteurs, mais qu'on peut seulement les attendre d'eu? comme en étant les instruments , comme les intermédiaires dont Dieu se sert pour nous conduire à la bienheureuse éternité. C'est comme si Ion disait que toutes nos espérances doivent se placer dans Dieu , [larce que tout espoir que l'on met dans l'instrument repose ur celui qui en est le moteur. Pion licet sperare de aliquo homine, vel de aliqua creortura, sicut de prima causa movente in bcuLitudinem. Licet aî<tem sperare de aliquo homine, vel de alu/ua creatura, sicut de aliquo agente secundario, et instrume/ildli , ver quetn aliquis adjuvatur ad, quœcumque bona conseqw.-uda ad beatitudinem ordinata. (2, 2. Quœst. 17, art. 4). Dites-moi, ne regarderaiton pas comme un insensé celui qui, du jiuceau d'Apelles, croirait pouvoir tirer un excellent tableau? N ;iccuserait-ou pas également d'extravagance celui qui, en eiiiployant le ciseau de Phidias, croirait pouvoir produire une .^uperbe statue? On ne \ saurait en douter. En cfiet, le ciseau et c [)uiceau n'étaient que des instruments, ils n'étaient pas les auteurs principaux des

i œuvres de ces deux éminents artistes. C'est ainsi qu'on peut bien regarder comme atteint de lolie celui qui met son espoir 4ans les hommes et non dans Dieu, qui est le moteur principal o't la première cause de tout ce qu'il y a île bien dans nous.

81 — Ne venez point m'objecter que saint Thomas parle de l'espérance théologale, qui a seulement pour objet les biens du

fijel , «t non pas de l'espérance naturelle , quî envisage les biens d'ici-bas; car les raisons que donne le saint Uocleur s'appliquent à ces deux sortes d'espérance. Dieu est non-seulement le dispensateur des biens surnaturels, mais encore des biens temporels, et il se sert de ses créatures comme d'instruments, p(jur distribuer les uns et les autres. Il s'ensuit donc que Dieu étant Tauteur de tous les biens, soit de la grâce, soit de la nature, tout bien doit s'attendre de lui seul, comme de la première source d'où découle tout ce qui est bon. C'est pourquoi saint Basile, parlant généralement et sans restriction, dit que, de même qu'un homme est digne du plus grand blâme et est même un être abominable s'il met toute son espérance dans les créatures, de même aussi, tout homme qui met en Dieu seul son espoir, est digne des plus grands éloges, et jouit du bonheur même en cette vie , s'il fait dépendre du suprême arbitre tout ce qui lui arrive sur la terre, et adore en toutes choses sa juste providence. Bcalus qui omni spe rerum hujusniodi seipsum orbavit, in solo Dca otnnem spem fixit atque locavit suam. Sicut enim exsecrandus est ille homo, qui spem suam habet in homine, ita omni Imide dignus^ qui ex Dec totus pendet. {Orat. 7, de Virt. et Vitiis).

82. — L'évêque saint Front, devenu l'objet des persécutions du président Squirius, ennemi de la loi chrétienne, fut obhgé de quitter sa ville ( Périgueux ) avec soixante et dix moines, et de se retirer dans un endroit sohtaire. Ces bons religieux s'étant trouvés là réduits à manquer de tout, n'ayant pas même de quoi satisfaire les premiers besoins, se mirent à se plaindre du saint évêque, qui les avait, disaient-ils, conduits dans ce désert pour y mourir. Mais le Saint, ne se laissant nullement troubler de leurs murmures, plaça toute sa confiance en Dieu, et excita ses moines à ranimer leur espérance en la providence divine. La nuil suivante, Dieu envoya un ange à Squirius pour lui ordonner de faire parvenir les secours néces- ; saires à ses serviteurs retirés dans le désert, en le faisant me- j nacer de châtiment s'il ne s'empressait pas d'accomplir les | ordres qui lui étaient intimés. Squirius, épouvanté, fit toute l diligence pour découvrir l'endroit où s'était retiré l'évêque avec ses compagnons, mais n'ayant pu obtenir aucun renseignement, il abandonna tout dessein d'envoyer à ces fugitifs les provisions dont ils avaient besoin. Mais la nuit d'après, l'ange revint en

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"lui donnant les mêmes ordres et en lui faisant les mêmes menaces. Alors Squirius résolut de charger de vivres soixantedix mulets ;, et de les laisser aller sans conducteurs et sans guide à l'endroit vers lequel devrait les diriger Celui qui lui avait donné ses ordres. En eflet, ces animaux, cheminant longtemps dans ces vastes solitudes , arrivèrent tout seuls à l'ermitage qu'habitait le saint évèque avec ses moines. Ils s'arrêtèrent ià, semblant déposer aux pieds de ces fugitifs les vivres qu'ils

'leur apportaient, et dont le gouverneur de la cité leur luisait envoi. {Vinc. Bellovac. Hist. lib. ix, cap. 24).

83. — Dans cette circonstance, la provision de vivres provenait immédiatement de Squirius; mais qui ne voit que Dieu

"l'envoyait à ces solitaires? Squirius (ut l'instrument, mais Dieu fut le promoteur tt la première cause d'un si abondant secours. La même chose nous arrive quand nous recevons de notre prochain quelque bien spirituel ou temporel, quoique ce ne soit point par un mii-acle aussi évident que cehii qui éclata en faveur de ces religieux. Les hommes viennent à notre secours, les iiommes nous accordent des bienlaits et des laveurs. Mais par qui sont-ils excités à cela ? Quel est celui qui, par une providence admirable, dispose tout de telle manière que les hommes nous accordent ces biens? N'est-ce pas Dieu? C'est donc lui qid eu «st le premier moteur et la première cause. C'est donc à Dieu que nous devons rapporter tout ce qu'il y a de bien dans nous; «c'est donc aussi en lui que nous devons placer toute notre espérance, en nous jetant dans les bras de son admirable providence , comme saint Pierre nous l'enseigne : Omnem sollicitiidi- ^em in eum prnjicienies, quoniam ipsi cura est de vobis, (i Petr. 5, V. 7).

84. — Nous avons encore bien moins à placer notre espé- Tance dans nous-mêmes, comme si nous pouvions, par nos propres forces, éviter toute faute, conserver notre innocence, pratiquer la vertu et acquérir la gloire éternelle. Aussi l'Apôtre ^eut-il que nous n'ayons pas confiance en nous, mais en Dieu, Non simus fidentes in nobis, sed in Deo. (ii ad Corinth. 1,9), parce qu'espérer en soi n'est autre chose que s'appuyer sur un roseau fragile qui se brise aussitôt et nous lait tomber. Je veux dire que nous ne devons pas nous appuyer sur nous, cvv do nousmêmes nous ne pouvons faire aucun acte saint et nu'ritoire, quelque minime qu'il soit. Par nos forces naturelles nous ne

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