‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 15 sur 160 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

on T THAITE DES CIRCONSTANCES OU L'oN DOIT PI U8 SPÉCIALEMElW PRATIQUER LA VERTU D'ESPÉRANCE.

i 1 1 . — Lorsqu'on vaque à la prière et qu'on a recours à Dieu, pour lui demander humblement quelque grâce, on doit pratiquer l'espérance, ou. pour s'exprimer plus exactement, la confiance. Celle-ci, en effet, est une espérance forte et robuste, telle que l'a connue le philosophe Sénèque quand, dans sa lettre à Lucilius, il lui dit ; De te spem habeo, nondum fiduciam. J'espère, mais je n'ai pas encore confiance en vous. (E/j. 5). C'est d'une pareille confiance en Dieu que nous devons attendre principalement les grâces que nous lui demandons. On ne peut pas révoquer cela en doute , car le saint Évangile nous l'enseigne bien souvent, ainsi que je l'ai prouvé ailleurs. L'apôtre saint Jacques nous apprend cette vérité en termes clairs et précis. Si

guis indiget saplentia, postulet a Deo vostulet auteminfide,

nihil hcBsitans ; qui enim hœsitat, similis est fluctui maris, qui a vento movetur et circumfertur. Non ergo existimet homo ille, quod accipiat aliquid a Domino. {Jacob., 1, 15). Celui qui désire obtenir la sagesse, dit le saint Apôtre, doitla demander à Dieu, mais ce doit être avec confiance et sans hésitation; car quiconque vacille dans son espérance est semblable aux flots agités de la mer. Il ne doit donc pas s'attendre à recevoir de Dieu les faveurs qu'il demande.

442. — Nous trouvons un exemple de cette confiance qui anime la prière dans ce pauvre aveugle qui, aux portes de Jéricho, se mit à crier en voyant le divin Rédempteur : Jesu, fi/.i David, miserere mei. [Lucœ, d8, vers. 38). Jésus, fils de David, ayez pitié de moi. Et comme les assistants lui enjoignaient de se taire et de ne pas importuner par ses cris, l'aveugle, exalté par son espérance de recouvrer la vue, criait encore plus lort : Ipsi vero mullo magis clamabat, et il n'eut de repos que quand il eut obtenu la grâce qu'il implorait. On ne peut certainement pas douter que cette nréciouse laveur n'ait été le résultat de sa vive confiance en Dieu, lorsqu'on réfléchit sur les promesses réitérées que le Seigneur uous a lai les de nous exaucer dans nos

priôrfs, et en même temps à son ineffable bonté, plus disposée à luuis faire du bien que nous ne le sommes à recevoir ses grâces. Si le démon ou notre caractère timide et pusillanime nous empochait de recourir à la prière dans nos besoins, en nous persuadant que ces supplications sont impuissantes pour toucher le cœur de Dieu, nous devons apprendre de l'infortuné de l'ÉvaugUe que nos demandes doivent, au contraire, devenir plus pressantes, que notre foi doit s'accroître et que notre conliauce en Dieu doit donner à nos prières un élan encore plus énergique. Si l'on agit différemment, on demandera beaucoup et l'on obtiendra peu ou même rien.

1 13. — Nous devons, en second lieu, ranimer notre espérance dans certaines occasions, comme par exemple quand le désespoir ou la méfiance s'emparent de nous au souvenir de nos péchés passés et à la vue de nos tantes actuelles, ou quand nous avons l'expérience de notre propre faiblesse, de notre fragilité ou de nos médiocres progrès dans la vertu. Lorsque les pilotes se voient en danger de faire naufrage, ils jettent l'ancre et la chargent en quelque sorte de sauver le navire exposé à la fureur des vagues. Notre ancre, comme dit l'Apôtre que nous avons déjà cité, est l'espérance . Propositamspem, quant sicut anchoram habejyms aymnœ iuta)n et finnam. Ainsi donc, quand notre âme éprouve les fluctuations et les incertitudes de la défiance , ou quand elle commence à éprouver les agitations impétueuses de quelque désespoir diabolique, aussitôt elle doit saisir l'ancre sacrée de l'espérance et la jeter dans la mer immense de la miséricorde céleste, dans cet océan sans bornes de la bonté divine et s'y fixer fortement, L'âme doit alors répéter, avec toutes les forces que lui donne une vive confiance : In te, Domwe, speravi, non confundar in aternum. En vous, ô mon Dieu, j'ai placé mon espoir et je suis convaincu que mon espérance ne sera point trompée. Etiamsi occideris me, in te sperabo. Quand même je me •.vrrais sur le bord de l'abîme infernal et sur le point d'y être '.lécipité, ma confiance en vous, ô mon Dieu, n'en serait point altérée. L'âme doit renouveler ses actes d'espérance autant de lois qu'il sera nécessaire, jusqu'à ce que la sérénité soit revenue et que le calme soit rentré dans le cœur.

il4. — Un excellent moyen pour remédier à ces découragements spirituels se trouve dans le recours à la Reine du Ciel, à la Vierge Marie, cette mère des miséricordes, car c'est elle qui,

par ses douces clartés, dissipe les somhros nnagesde la tristesse et rend la paix à notre âme agitée. Les pilotes, en pleine mer, tiennent leurs regards fixés sur l'étoile polaire, et grâce â la lueur de cet astre, ils se guident au milieu des flots pour arriver au port. De même, dit saint Bernard, quand les tempêtes de la f défiance commencent à s'élever dans votre cœur et que le dé- ' sespoir s'en empare, levez les yeux vers Marie notre étoile, notre guide au milieu des flots agités, et implorez son aide. Son aspect, plein de douceur, calmera sur-le-champ la tempête. Si eriminum immanitate turbatus, conscient iœ sœvitaie confusus^ judicii horrore perterritus , barathro incipias absorberi tristitiœ, desperationis abysso, cogita Mariam.lnperrcitlis, in angustiis,in dubiis Mariam cogita, Mariam invoca ; non recédât ab are, p.on recédât a corde. (Uom. 2, super Missus). Si troublé par l'énormité de vos péchés, si rempli de confusion par le remords d'une conscience coupable, si attéré par la crainte des jugements de Dieu vous vous sentez plongé dans l'abîme de la tristesse ou dans le goufl're du désespoir, levez les yeux vers Marie. Dans les anxiétés de votre esprit, dans les doutes au sein des perplexités, pensez à Marie, recourez en toute confiance à Marie. Que le nom de Marie soit toujours sur vos lèvres, qu'il soit gravé dans votre cœur, parce que ipsntn rogans non desperas, ipsam cogitans non erras, en la priant avec une foi vive, vous ne tomberez pas dans le désespoir ni dans la pusillanimité, en élevant votre pensée vers elle, vous ne pourrez pas vous fourvoyer dans les troubles de votre esprit et d;ms vos pensées confuses et tumultueuses. Oh! quelle puiss.iute ressource contre les découragements inspirés par le démon, que cette confiance fihale en Marie !

115. — Saint Bernard nous indique encore un autre moyes très-efficace pour faire rentrer l'espérance dans un cœur batta pai' les tem[tètes de ces découragements pusillanimes et méfiants. C'est de se rappeler les plaies de noire adorable Rédempteur, ouvertes pour cicatriser celles de noire âme^ de se souvenir de ce sang précieux, versé pour pinùfier nos consciences de toutes les souillures du péché. Peccavi pcccu tum grande, turbatur conscient ia, sed non perturbabilur, qiuj/iiam vulnerum Domini recordabor ; nernpe vulneratus est jropter iniqiiitales nostras. Quid tam ad mortem, quod non C.ltn<ti morte salvelur/ Sienini tid i/-i:iii':iii ccncrU tain pulens, (ani c/Jicax médicament

(uiti, nulla jampossum mal'KjnUale morhi trrrcri, et ideo liqnet €i'ra&sc' Uiuiii qui ait: mojur est iniquitus mca, quam ut vcniam merear. (Serin. 61, in Cant.). Je suis tombé dans un grand péeU<'. (c'est ainsi que le Saint lait parler celui qui cherche un remède à son ilésespoir dans l'espérance), ma conscience est tiûublée, mais mou àme ne restera pas abattue, j'aurai recours aux plaies de mon Sauveur, puisqu'il a souficrt ces cruels traitements pour mes iniquités. Et quel est donc le crime le plus éuorme qui ue puisse trouver un remède dans la mort de mon liédempteur? Ensuite il ajoute : Si vous vous représentez vivement à l'esprit uu si puissant, un si efficace remède, vous ne Testerez pas dans l'abaltement et dans le désespoir à la vue de la grandeur de vos prévarications. Il se trompa donc évidemment celui qui disait que son iniquité était trop grande pour mériter le pardon; et c'est ce que ût l'impie Cam, meurtrier de seul frère Abel.

H6. — Un jour Notre -Seigneur dit à sainte Catherine de Sienne, que les pécheurs qui se défient de sa miséricorde à la fin de leur vie et désespèrent de leur salut , se rendent par ce seul péché plus coupables envers lui que par tous les autres crimes qu'ils ont commis durant toute leur vie passée , parce qu'ils regardent leurs iniquités comme supérieures à sa bonté infinie. Ils lui lont donc ainsi une grave injure en méconnaissant cet attribut divin {B/osius monit. spirit.cap. 1). Celuilà donc qui se trouve agité de semblables troubles doit ranimer son espérance. Il doit dire au Seigneur : Je me suis grandement rendu coupable envers vous, mais je veux me préserver du péché de défiance et surtout de ne point espérer dans votre infinie miséricorde, car ce serait le plus grand de tous mes crimes. Non, mon Dieu, non, je ne m'abandonnerai pas à de tels excès

117. — n faut en troisième lieu se munir du bouclier impénétrable de l'espérance , quand le démon vient nous assaillir de ses tentations telles que celles d'impureté, de haine ou d'amour , d'envie ou de colère, de désir de vengeance; et repousser avec ce bouclier toute laute mortelle dont nous pourrions être tentés. Tel est le conseil que nous donne le prince des Apôtres. Il nous avertit d'abord que le démon, semblable à uu lion rugissant, tourne continuellement autour de nous pour nous dévoierj si now« n'usons pas de prudence. Adversarias

rester diaholus tanquam leo rugiens , circuit gncerens qiiem devoret. Ensuite il nous met à la main l'arme avec laquelle nous pouvons terrasser ce monstre avide de répandre le sang de quiconque a été régénéré dans les eaux baptismales. Mais quelle est cette arme puissante qui abattra ce lion infernal? C'est l'espérance. Cui resistite fortes in fide. {IPelno.9.) Résistez, nous dit-il, par une vive confiance en Dieu. Car, de même qu'il cherche à vous enlever toute force en ietant la défiance dans votre âme, et s'eflorce d'y parvenir par ses suggestions, de même aussi vous devez le décourager dans ses attaques par l'espérance ; et comm e cet ennemi emploie toute sa vigueur y^o^xc vous décourager et vous abattre , de même vous l'abattrez par une confiance pleine et entière dans le secours que Dieu ne manquera pas de vous prêter.

418. — La personne tentée doit donc considérer avec les yeux d'une foi vive Dieu présent à ses combats et toujours prêt à prendre sa déiense. C'est ainsi qu'agissait le saint roi David quand il disait : Quoniam a dextris est mihi ne commovear. Dieu se tient à mes côtés et me dirige de son bras puissant, afin que je ne sois point abattu et que je me tienne toujours ferme et sans vaciller. Ensuite elle doit se jeter avec une vive espérance dans les bras de son divin défenseur en lui disant : En vous, ô mon Dieu , j'espère , je place ma confiance au milieu de ces diaboliques assauts. En employant de tels moyens elle ne doit pas craindre la délaite. Qu'elle entende sur ce point l'assurance que donne saint Jean Chrysostôme : Habes eum qui gravia alleviet , qui non vermittet te submergi ab illatis tentationibus, qui cum tentatione et exitum prœbet , et non permitlet suvra vires inferri gravia. Quid tristaris? Quid mœres? Quarô tam abjecto animo es? {Homil. 32, in Gènes.), Vous avez, dit le saint Docteur , vous avez Dieu avec vous , il rend l'assaut du démon moins redoutable , il ne permet pas que vous soyoi tenté au-dessus de vos forces, ni que ces attaques vous renveï^ sent; mais en permettant que ce combat vous soit livré, il vous accorde la grâce d'en sortir vainqueur. Pourquoi donc êtes-voo dans l'abattement? Pourquoi cette tristesse? Pourquoi ces craiates ? Pourquoi ces terreurs ? Ayez donc confiance eu Dieu ei dites avec un sentiment profond d'espérance : Si Deus pro nobis, guis contra nos ? Si Dieu se tient à mes côtés, s'il combat pour

fni)i,(liii l>oiirra me nuin'?yui pourra jamais me causer o'.ei^ que tldiiimauf ?

\l\). — l'allude raconte (Histor. Lausic. Vita 29), qu'*;'^ abbé nommé Pacon était assailli de si terribles tentations (ju'i* ne pouvait jouir d un seul instant de repos, ni la nuit, ni le jour. Enfin ne pouvant résister à tant d'assauts et à de si violentes attaques, il s'abandonna au désespoir et })rit la résolution de se donner la mort. Il sortit donc tout agité de sa cellule et s'en alla vers une caverne où il savait qu'était réfugiée une féroce lionne. 11 se dépouilla de ses vêtements et il se tint là toute la journée en attendant l'arrivée de l'animal qui dev; it, selon ce qu'il avait lieu de penser , se jeter sur lui dès qu'il tu serait aperçu et le mettre en piètes. Le soir, sur la brune, la lionne sortit avec le lion et tels que des animaux aJfamés de chair humaine, dès qu'ils sentirent l'odeur de leur proie ils s'élancèrent sur elle, car l'abbé s'était placé à l'entrée de la caverne. Mais à peine l'eurent-ils louché qu'ils tombèrent à ses pieds et, comme s'ils avaient été apprivoisés, ils se mirent à lécher ses membres avec autant de douceur que deux petits chiens tamiliers. A la vue d'un si manifeste prodige, l'abbé Pacon fut saisi d'étonnement, et reconnaissant que Dieu ne l'avait pas abandonné, comme il se l'était follement imaginé, puisqu'il en recevait un secours si inespéré, il conçut une vive confiance dans la miséricorde divine , reprit ses vêtements et s'en retourna plein de joie dans sa cellule. Mais le démon ne s'était pas pour cela découragé, comme il le croyait. L'esprit impur ne s'était que momentanément éloigné et n'avait fait qu'une trêve au lieu dune paix définitive. En eflet , peu de jours après , le démon se mit à lui susciter une tentation d'impureté plus forte qu'auparavant. Il lui apparut sous la forme d'une jeune fille Ethiopienne qu'il avait vue autrefois recueillant des épis dans un champ. Alors le malheureux moine tomba dans un désespoir encore plus grand, il se laissa dominer par une tristesse qui le consumait peu à peu. Or pendant qu'il était plongé dans cette proionde affliction, voici qu'il entendit une voix du ciel qui lui disait : J'ai permis cet assaut diabolique pour vous faire connaître votre propre faiblesse et vous déterminer à n'avoir plus confiance en vous-même, mais à vous humilier en plaçant votre espérance dans moi. Lit cognoscas infirmitatem tuam, et non in coU' versatione tua confidas j secl subditus et humilis sis in adjutorio

T)ei confidens. En entendant ces paroles, Pacon vit clairement que tout son malheur venait de ce qu'il avait compté snr ses propres forces et qu'il n'avait point mis sa confiance en Dieu au milieu de ses tentations. Il commença dès ce moment à recourir à Dieu avec une lerme espérance d'en être secouru, et par ce moyen il triompha du tentateur et passa le reste de sa vie dans le calme. Tel est donc le bouclier avec lequel nous devons repousser les assauts de la tentation, je veux dire une parfaite confiance en Dieu , en nous défiant de nous-mêmes. Telle est l'arme dont saint Paul veut que nous soyons toujours muni? contre les assauts d'un si formidable ennemi. Induite vos armaivram Dei, ut possitis stare adversus insidias diaboli.

120. — On doit, en quatrième lieu, s'exercer à la vertu d'espérance au temps des tribulations, soit qu'elles nous viennent des maux du corps, tels que les douleurs, les maladies, la pauvreté ; ou des peines morales, telles que les injures, les persécutions, les calomnies, les pertes de la fortune, des parents et des personnes les plus chères. Je ne m'arrêterai pas longuement sur ce point, puisque, dans le chapitre précédent, i'ai démontré que l'espérance fortifie l'âme et lui imprime comme une trempe d'acier {tcnrpra di acciajo) contre les coups les plus violents des calamités humaines. C'est pourquoi l'homme qui est éprouvé par la tribulation, doit être pourvu de cette force invincible et en armer son cœur s'il veut traverser intrépidement ces flots amers des calamités qui le battent de toutes parts. J'ajouterai seulement ici cette parole de saint Ambroise. Esto, sint ait qui duri ad laboreSy firmi ad injurias perferendas ; si spem auferas, non potest patirntia esse perpétua. {Serm. 16, in psahn. H 8). Supposez, dit le saint Docteur, des hommes durs à la fatigue, forts à supporter les injures, leur patiejice ne saurait durer longtemps si l'espérance leur est enlevée. Et la raison qu'en donne saint Grégoire est que l'espérance des biens éternels raffermit notre âme, afin qu'elle ne se laisse point atterrer par les cruels assauts des misères humaines. Spes cœlestium mentem consolidât, ne concutiatur fluctibus tumultuum terrenorum. {Honni. 17). Si l'espérance vient à lui manquer, l'homme doit nécessairement succomber sous le poids des infortunes terrestres. Et c'est pourquoi, pour être en possession d'une patience durable, il faut une espérance constante qui adoucisse les amertumes de l'âme et la rende résignée à la volonté divhie, selon ce que nous dit

l'Ap'Mre : Nofite amitter^ cnn/iUr/i/imn vestram, qnœ magnam habet remunerationem. Patientiu enim necessaria est, ut voluntatem Dei facientes, reportetis repromissionem. {Ad Hebr. 10. 35). Ne p^'nioz point la coiiflanco en Dieu, car elle est gr.uideiiunit méritoire j car la confiance produit la patience qui nous tient assujettis à la volonté de Dieu, et nous fait arriver à l'accoinpli?soni»'nl des divines promesses.

121. — On lit dans le? Chronitjues des Frères mineurs, cpie saint François ayant souffert pendant un long espace de cinquante ans, un mal très-doulouroux aux yeux, et une invasion très-importune de rats, qui ne lui laissaient pas un seul instant de repos, se recommanda au Seigneur pour en obtenir la gMce de la patience dans ces rudes épreuves. Pendant qu'il priait, il entendit une voix qui lui dit : Répondez-moi , François , si toute la terre était d'or, et si toutes les pierres des montagnes étaient autant de diamants; si toutes les rivières étaient des fleuves de parfums odoriférants, et si ensuite vous découvriez \n\ trésor si précieux que, mis en parallèle avec cet or et ces diamants, ceux-ci vous semblassent moins estimables, et puis encore que ces eaux parfumées vous parussent plus viles, en comparaison, q\ie les eaux communes, qu'enfin ce trésor nouveau vous fût promis comme récompense des cruelles infirmités que vous souûi-ez, dites-moi, François, est-ce que ces maux ne vous sembleraient pas bien dignes de vos prédilections ? Ne devriez-vons pas vous réjouir de les endurer? Le Saint répondit : Je ne suis pas digne. Seigneur, d'un pareil trésor. Alors le Seigneur lui dit : Eh bien ! ce trésor auquel rien ne peut être comparé, c'est la vie éternelle que je vous ai préparée, et je vous en doime en ce moment les gages par le moyen des peines que vous avez à soufirir. Le Saint, en entendant ces paroles, se sentit tout reconforté, et plein du plus grand courage dans tous les maux qui pourraient lui survenir. Enfin, se trouvant sous les étreintes de la faim, du froid, de la nudité, des maladies, des douleurs , il avait coutume de dire : Le bien que j'attenc''» est tellement grand, que toute peine m'est un plaisir. Tant il est vrai que pour endurer patiemment les maux de la vie présente, il est nécessaire d'être animé d'une vive espérance des biens à venir.

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