‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 18 sur 160 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ON T rAIT RESSORTIR PLUSIEURS PRÉROGATIVES DB LA. CHARITÉ ENVERS DIEU.

142. — Le Docteur angélique attribue à la charité divine une grande qualité, en disant qu'elle n'est pas seulement un amour pour Dieu, mais une amitié véritable qui nous unit à lui. Dicendum, quocl caritas non solum significat amorem Dei, sed etiam amicitiam qiiamdam adipsum, quœ quidem super amorem addit mutuam redamationem , cum quadam communicatione mutua. (i. 2. Qmpst. 6r>, art. 5, in Corp.). Les raisons qu'il en donne sont d'une grande valeur, quand il dit que l'amour réciproque qui est indispensable dans une vraie amitié se rencontre dans la charité: car celui qui la possède aime Dieu et en est aimé, selon la parole du divin Sauveur lui-même. Qui diligit me, diligetur a Pâtre vneo , et ego àiligam eum. {Joan. 14, 21). Si nous l'aimons, il nous rendra, ainsi que son Père, amour pour amour. L'apôtre chéri, nous en rend encore ce témoignage. Deus cari--

tas est , et qui manet in caritaio , in Dro ivnnrt , et Dciis in eo. (I Juan. A, IG). Celui qui possède la charilé demeure en Uieu, et Uieu par uu amour réciproque demeure en lui. En outre il n'est rien qui soit mieux le propre de l'amitié que la communication des biens, coulormément à cette célèbre maxime : Amieorum omnia sunt communia. Et cette amitié se trouve cerlainemi'ut dans la charité, puisque Dieu par le moyen de la grâce habituelle , laquelle probablement ne se distingue pas de la charité habituelle, prend possession des âmes aimantes, et les âmes aimantes prennent comme luie certaine possession de Dieu dès cette vie, en participant à sa nature divine, divinœ consortes naturœ, comme dit le prince des Apôtres, (ii. Petr. 1, 4) et par le moyen de celte même grâce et de cette charité, ces âmes acquièrent un véritable droit à la possession parfaite de Dieu en l'autre vie. De là le Docteur angélique conclut, que l'amitié entre Dieu et l'âme qui est animée par la charité commence dès ici-bas pour se prolonger dans la vie future au sein de l'éternelle lélicité. Hœc aulem societas hominis ad Deum , quœ est qnœdam familiaris conversât io cum ipso, inchoatur quidem hic in prœsenti per gratiam , perficietur autem in future per gloriam. [Eodem loco).

143. — Cette doctrine ne doit pas sembler nouvelle au lecteiu:, car elle était enseignée avant saint Thomas. Eusèbe dit que l'âme en se dévouant à Dieu par le moyen de la vie chrétienne et de la charité qui y est toujours unie, contracte avec Dieu une amitié véritable qui unit la créature au Créateur. Per conversioneni ad Deum , et christianam vitam amicitiam inter Deum et hominem constitua. {De Prceparat. Evangel. cap. 1). Jésus- Christ lui-même voyant ses disciples ornés des beaux vêtements de la charité divme, leur dit qu'il ne voulait pas les appeler du nom ignoble de serviteurs, mais qu'il voulait les appeler ses amis : Jam non dicam vos servos... vos autem dixi amicos». {Joann. 15, 15). Et dans un autre endroit il leur donne le même titre honorable : Dico autem vobis amicis meis. {Lucœ 12, 4).

144. — Mais si les mondains font un si grand cas, je ne dirai pas de l'amitié des princes, puisqu'il n^estpas possible à des sujets d'occuper une si haute place dans le cœur des souverains, mais seulement de leur faveur, de leur protection, de leurs bonnes grâces, combien donc on devra estimer la charité qui nous élever jusqu'à l'amitié du monarque des cieux et étabht entre nous

et le roi des rois une communication si intime et plus élevée que celle qui existe entre le ciel et la terre ? Et si Aman était si fier des bonnes grâces du roi Assnérns dont il se plaisait à l'aire le récit à ses amis et à son épouse,, en leur disant qu'il était auprès

de son prince le plus accrédité des courtisans : Exposuit illis

quanta eum gloria super omncs principes et servos suos rex elevasset ; en ne manquant pas surtout de leur apprendre que la reine Esther n'avait invité que lui seul au festin qu'elle devait donner au roi : Et post hoc ait : Regina quoque Esther mil/um nlium vocavit ad convivium cum rege, prœter me, {Esther 5, 1 \ ) on voit d'après tout cela quel grand cas doit taire un chrétien de la charité, qui non-seulement lui procure l'amitié du Roi de l'univers, mais le rend semblable à lui-même, pendant qu'il répand dans notre âme un je ne sais quoi de divin qui nous élève à la dignité de son être et nous rend même participants de la qualité de Dieu , car c'est bien là la propre expression du Prophète royal : Ego dixi, DU estis et filii excelsi omnes {Psalm, 82, 6). Et pourtant, qui le croirait? Il se trouve des créatures assez insensées pour sacrifier l'amour de leur Créateur à celui dont elles s'enflamment pour des êtres qui leur sont semblables, et rompent avec leur Dieu ces liens d'amitié qui constituent la plus magnifique prérogative dont puissent se glorifier ses séraphins dans le ciel ! Malheureux qui, vouant leur amour à la terre, se font eux-mêmes terre et qui s'avilissent d'autant plus que sont méprisables les objets auxquels ils s'attachent si étroitement par leurs afîections rampantes.

145, — Il est une autre pi-orogalive qui donne un grand lustre à la charité. C'est celle que lui attribue l'Apôtre des nations, quand il dit que la perte seule delà charité nous fait perdre tout fruit méritoire pour la vie éternelle, de quelque autre vertu que nous soyons ornés ; tandis que la charité, si elle règne dansnotre cœur, fait revivre toutes les vertus dans notre âme. En ce qui touche le premier point, saint Paul s'exprime avec tant de clarté qu'on ne peut pas révoquer en doute cette vérité sans encourir le reproche de témérité. Quand même, dit-il, je parlerais nonseulement les plus savantes langues du monde, mais celle même des anges , si je n'avais pas la charité, toute cette sublime éloquence ne serait qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante. Quand même je s-erais doué du don de prophétie et qu'il me serait donné de pénétrer les mystères les plus proiouds

do notre rolit;ion ft d'en avuir rintcUigeiict^ la jiliis Iika-ic; quand luèuie j'aurais uiu; ii)i si héioinue qu'elle pounait liauspoiier les moulagiies daus la mer, si j'étais déuué de charité, la grâce extraordinaire de la loi ne me servirait à rien, le don de prophétie tout élevé qu'il soit se réduirait à néant. Quand même je distribuerais aux pauvres toutes les facultés de fortune dont ji' jouis , et que je livrerais mon corps aux flammes, si je me trouvais dépouillé de la riche parure de la chanté, mes aumônes ne me serviraient de rien , le sacriflce de ma vie ne me serait d'aucun profit. Si linr/uis hominum loquar, et anyelorum, cariiaiem autem non habeam, factus sum velut wssonamaut cymbalum tinniens. Si hubucro prophetiam, et noverim tnysteria omniaf et omncm scientiani,ct si habueruomnem fidem Haut montes Ircnsferam, caritatem autem non habucro,nihH sum. Etsidistribuero in cibos pavoerum omnes jacul laies meus ; cl si tradidero corpus weum ita ut ardcam , caritatem autem non habuero , nihil mihi prodest. (i ad Corinth. 13, 1).

146. — Saint Augustin , parlant des scliismatiques de son temps, se sert des mêmes expressions que l'Apôtre , en disant que quand même ils distribueraient aux pauvres leurs richesses, et quelques-uns mêmes d'entre eux le faisaient quelquefois , néanmoins parce qu'ils étaient séparés du corps des fidèles et qu'ils pratiquaient ces œuvres eu dehors de la charité, leurs aumônes les plus splendides ne leur seraient d'aucune utilité. 11 ajoute que si, daus une persécution, ils sacrifiaient leur vie dans les flammes pour soutenir leur loi (ju'ils partagent avec les vrais fidèles, ce généreux martyre ne serait pour eux d'aucun profit et qu'ils ne pourraient point par ce moyen obtenir le bonheur éternel; parce que ces malheureux, ayant rompu le doux lien de la charité, ne sont plus capables d'avoir part aux récompenses éternelles. Si dispertiant ipsi etiam substantiam suam pauperibus, sicut multi, non solum in calholica Ecclesia, sed etiaui in diversis hceresibus faciunl: Si aligna ingruente persecutione , tradant ad flammas nobiscum corpus suum pro fide, quam pa* riter confitentur : tamen quia separati hœc agunt, non su/ferentes invicem in dilectione , neque studentes servare unitatem spiritus in vinculo vacis, carilatem utique non habendo, ellam cum illis omnibus, quœ nihil eis prosunt, ad œternam salulem pervenire non possunt. {Lib. i, de Bovtismo contra DonalL^tas cav. 9). Saint Cyprien partage l'avis de saint Augustin, en al-

Crmant que tout chrétien, privé de charité, peut bien sans doute souûrir la mort pour le soutien de sa foi, mais ne peut pas pour cela mériter le nom de martyr. Exhibere se non potest martyrem, qui fraternam nontenet caritatem. [Lib. devict. Ecclesiœ). Si donc le martyre lui-même, qui est l'acte le plus héroïque et le plus généreux que puisse faire un chrétien, perd tout son lustre, s'il est séparé de la charité, quel éclat peut donc rester aux autres vertus d'un rang inférieur , si elles sont pratiquées de quiconque est dénué de cette noble vertu ?

147. — Le grand Apôtre ne parle pas avec moins de précision, en ce qui regarde la deuxième partie de notre proposition, puisqu'après avoir dit que sans la charité il n'y a aucune valeur dans l'éloquence, dans les prophéties , dans les hautes conceptions, dans les miracles, dans les aumônes, dans le martyre, il ajoute aussitôt que quand la charité entre dans une âme, toutes les autres vertus y germent avec vigueur et s'embellissent de tout l'éclat qui leur est propre : Caritas , contiuue-t-il, patiens est, henigna est. Caritas non œmulaiur , non agit perperam, non infiatur, non est ambitiosa, non quœrit quw sua sunt, non irritatîir, non cogitât malum, non gaudet super iniquitate, congaudet autem veritati , omnia su/fert , omnia crédit, omnia sperat , omnia sustinet. ( i ad. Corinth. 13, 4). La charité, dit-il , marche en société de la patience, de la bénignité , de l'humilité , du désintéressement ; elle n'est pas jalouse , elle n'aime pas les dissensions , elle n'est pas orgueilleuse, elle n'est pas ambitieuse, elle ne s'irrite pas, ne pense pas à mal, ne se réjouit pas de ce qui arrive de fâcheux au prochain ; mais au contraire elle se complaît au bien des autres ; elle croit tout , elle espère tout, elle supporte tout , elle tolère tout, et pour tout dire en un mot, elle marche toujours environnée du cortège de toutes les vertus ; car , étant la mère de toutes les vertus, elle les entraîne toutes à sa suite et s'en compose ime noble et pompeuse cour.

-148. — En résumé, on peut comparer la charité au soleil. Quand cet astre se cache sous notre horizon, les fleurs perdent leur beauté, les colUncs leurs charmes, les prés leur verdure, les eaux leur éclat limpide, les neiges leur blancheur, et tout ce qu'il y a de beau dans la nature s'assombrit. Mais quand il revient avec sa splendeur briller sur notre hémisphère, les prés tetrouvent la fraîcheur de leur verdure, les fleurs leur couleur.

les eaux leur limpiilité, les ueigos lo.tar l)laiichoiir éblouissante, les cuMix lour azur, tout enfin retrouve ses premiers cliainies. De même quaud l'àme est dénuée de la charité , touies les vertus perdent leur beauté surnaturelle, tout leur éclat se fane, quel que soit d'ailleurs leur charme intrinsèque qui n'est d'aucune utilité pour l'acquisition du bonheur éternel. Mais si la charité revient encore pour embellir notre àme , toutes les vertus reprennent leur caractère de sainteté , toutes redeviennent surnaturelles, divines et méritoires pour réternellc récompense. C'est donc avec raison que saint Bernard s'écrie : felix amor , ex quo oritur strenuitas morum, puritas affeciionum , subtilitas intellectuum . ^^esideriorum sanctitas, openim claritas, virtutum fœcunditas, ineriiorum dignitas, prœmiorum sublimitas! {Tract, de diligendo Deo.). 0 heureux amour de Dieu ! d'où l'on voit naître l'énergie des bonnes mœurs , la pureté des afifections, la pénétration des intelligences, la sainteté des désirs, le lustre des bonnes œuvres, la técondité des vertus, Texcellence des mérites, la sublimité des récompenses !

i49. — Le Docteur angélique nous iournit la raison powr quelle toutes les vertus dépendent de la charité. C'est, nous t-il, parce que toutes la reconnaissent pour leur mère, la rane d'où elles germent, la source d'où elles découlent, et qu'elle imprime sur toutes un cachet divin qui les rend méritoires pour le ciel. Caritas est mater omnium virtutum , et radix, in quantum est omnium virtutum }orma. (2. 2, Quast. 62, art. 4^), Or, cette puissance de formation consiste en ce que la charité dirige toutes les vertus vers Dieu , et c'est ce qui la remd une vertu générale qui règle et ennoblit toutes les vertus. C^esteacore ce qu'enseigne le même Docteur. (2. 1, Quast. 58, art. 6). Caritas dici potest virtus generalis in quantum scilicet ordinat actus omnium virtutum ad bonum divinum. On peut expliquer encore dans un autre sens la manière dont la charité préside à la formation de toutes les vertus morales et les rend méritoires pour le ciel, si, avec la majorité des théologiens on admet qu'elle n'est pas distincte de la grâce sanctifiante; parce que cette grâce, donnant à l'homme un caractère divin , imprime le même sceau à tous les actes de vertu qui en sont produits et les rend dignes de la récompense éternelle ; or, cela n'arriverait pas si la personne qui émet ces actes , n'était point placée par la grâce sanctifiante dans une situation aussi élevée. Il en est

de ceci comme d'un acte d'hommage qui part d'une personne royale , et qui, à cause de cela , est d'un prix tel qu'il n'aurait pas ce grand mérite s'il partait d'une personne du peuple. On n'estime pas dans la pourpre la laine vile dont elle est tissne; mais ce qu'on y admire c'est la cochenille qui, par l'éclat de sa couleur et sa cherté lui donne du prix et la iait rechercher pour sa beauté. De même ce que Dieu estime le plus dans les actes produits par les vertus morales, c'est la charité et la grâce qui leur donnent la splendeur et les rendent précieux et méritoires pour le ciel. Malheur donc à celui qui ne possède pas la charité ; car il est dans une complète indigence des biens surnaturels! Heureux celui qu'elle enflamme, parce que selon le degré auquel il possédera cette vertu, il acquerra toutes les autres ! Quiconque a pu s'emparer de l'abeille-mère est bientôt en possession de toute la ruche , et celui qui se iait possesseur de la charité reine des vertus iait par cela même la conquête de toutes les vertus.

130. — Arrivons maintenant aux faits qui confirment nos raisonnements et prouvent d'une manière pratique, que bans la charité, il n'}^ a dans l'âme aucune vertu; et que quand la charité y rentre, toutes les autres vertus reviennent pour y fixer leur demeure. Raymond Lulle (surnommé le docteur illuminé), issu d'une noble famille, s'était dévoué au service de son roi, et était parvenu aux postes les plus honorables de la cour. [Causino, imperio délia ragione, dist. 15). Il n'y eut jamais un homme plus esclave de l'amour prolane que Raymond Lulle; car, épris tantôt d'un objet, tantôt d'un autre, il ne cessait de l'obséder de ses regards , de ses galanteries , de ses poursuites, de ses paroles doucereuses, tel qu'un papillon qui voltige autour d'une bougie allumée. Il n'avait pas d'autres pensées, il ne parlait d'autre chose que de l'obiet aimé; il n'y avait pas pour lui d'occupation plus agréable que celle d'exprimer, dans des compositions poétiques, l'ardeur de ses vaines afîections. Il fhiit décidément par tomber dans les filets d'un amour si violent, qu'il ne pouvait goûter aucun repos, ni le jour, ni la nuit. Il avait conçu une passion des plus vives pour une dame de la cour, non moins honnête que belle. Il la suivait partout et se livrait à de tels accès de frénésie qu'il semblait avoir perdu complètement tout bon sens. Celte passion lui iit commettre de telles impertinences que, se trouvant un jour revêtu d'un somptueux habit et monté sur sou cheval, en voyant sa dame entrer

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dans nno »\Q,liso, il (loiiiia un coni» (lV'[)crnn à son conrsîor et, sans égard pour le lieu sacre, sans aucun respect ponr les saints autels, pour les prêtres et ponr les augustes mystères, il ];cnctra dans le saint tem[de pour faire voir à sa dame avec quelle adresse il savait manier un cheval. Mais tout d'un coup un cri s'éleva parmi le peuple , et on le chassa de réylise comme un énergumène. Déjà le lecteur voit dans ce cavalier un homme aussi dénué de l'amour divin qu'il était rempli de l'amour proiaue, et par conséquent un homme qui ne possédait aucune antre espèce de vertu. Voyons maintenant comment la charité, en entrant dans son cœur, y introduisit toutes les vertus.

iSl. — La dame ne fat pas moins affligée que surprise d'une conduite aussi étrange; elle en eut honte pour lui, et comme elle songeait aux moyens adroits dont elle pourrait faire usage pour ramener au bon sens son amant qui lui en semblait privé, elle crut en avoir découvert un qui ne pouvait pas manquer de produire un bon efïet. Elle l'attn'a dans un endroit où nulle autre personne ne pouvait voir ce qui se passerait. Là, s'étant découvert le sein, elle le lui fit voir tout rongé par un afltreux ulcère, et joignant à l'action les paroles, elle lui dit : Voyez, malheureux, où vous avez placé tout votre amour; voyez à quoi vous avez attaché votre cœur ! A cette vue , à ces paroles, Raymond fut frappé de stupéfaction, il devint pâle, un froid glacial circula dans ses veines, il n'eut pas la force de proférer un seul mot, et plein de confusion, il rentra chez lui. Pendant qu'd réfléchissait sur l'honnêteté de cette dame et sur ses iûlies passées. Dieu daigna éclairer son esprit d'un de ses rayons et déposa dans son cœur une étincelle de son divin amour. Cela suffit, chose admirable, pour lui faire fouler aux pieds tout amour profane dont il avait été Jusqu'à ce moment esclave, et on le vit aussitôt orné de toutes les vertus. Sur le champ il distribua toute sa fortune aux indigents et, dépouillé de tout bien terrestre, il alla dans le fond d'un désert mener nmi vie pénitente. Là, cette étincelle d'amour divin, se développant tous les jours, devint un incendie si vaste de charité, qu'on eût dit qu'il ne respirait que l'amour de son Dieu, que cet amour était tout son aliment. Si durant le jour il contemplait le soleil, si dans la nuit ii considérait les étoiles , s'il portait ses regards sur les prairies, sur les lorèto, sur les bosquets, il lui semblait que toutes ces beautés naturelles Imvitaicut à aimer Dieu. Les

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jetinesnelui semblaient pas difficiles, ni les oraisons fastidieuses, ni les austérités insupportables, car tout cela se parait de charmes, grâce à l'amour divin dont il était animé. Il ne savait parler que de cet amour. Quand il venait à la ville , si quelqu'un lui disait : D'où venez-vous? il répondait : De l'amour. De quoi vous nourrissez-vous? De Famour. De quoi vivez-vous? D'amour. A quoi pensez-vous? A l'amour. Où demeurez-vous? Dans l'amour. Plein de ces inquiétudes du saint amour, il allait par les champs à la recherche de l'objet aimé et, semblable à un prisonnier retenu par les liens les plus étroits et les plus douloureux, il soupirait pour sa liberté, et n'avait d'autre aspiration que vers le bien suprême. Un jour que, se livrant à ses plaintes, il parcourait la lorèt, il rencontra un ermite endormi près d'vme fontaine ; il l'éveilla et lui demanda s'il ne pourrait pas lui indiquer un moyen pour s'échapper de sa prison. L'ermite, comme un homme semblablement frappé de la blessure du même amour, comprit aussitôt le sens de la demande qui lui était adressée, et répondit : Non, mon ami, il n'y a pas moyen d'en sortir, mais livrons-nous à l'allégresse de que ce notre prison est une prison d'amour. Les liens et les chaînes qui nous attachent à cette misérable chair sont d'un or pur. Et ensuite tous les deux, soupirant ensemble après la possession de leur Dieu, se répandirent eu larmes délicieuses auprès de cette fontaine. Raymond fut frappé mortellement par un esclave turc, en haine de la foi. Ses amis accoururent pour venger, par des représailles bien légitimes, un attentat aussi grave, mais il s'entremit en faveur de l'assassin , en disant que l'amour défendait la vengeance. Il parcourut, après sa guérison, la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce, l'Afrique, en prêchant, en instruisant, en procurant la gloire de Dieu. Et enfin, après une vie «ainte, dont je uai point à raconter ici les événements divers,, il fut lapidé par les Sarrasms, et son tombeau fut glorifié miraculeusement de Dieu par une pyramide de feu, symbole de l'ardeur de sa charité. Le lecteur peut donc considérer d'abord Raymond privé de l'amour de Dieu, et de là reporter ses regards sur le même Raymond, enflammé de l'amour divin, et il comprendra de suite combien il est vrai que sans la charité il n'y a point de vertu surnaturelle dans un chrétien, et que, quand culle-ci a pénétré un cœur, toutes les vertus viennent •'unir avec elle.

CIIAIMTIIR Iir.

BlFFtnENTS MOYiAS l'oiii At:yi i:uin la chaiutû.

152. — Le premier de ces moyens c'est de la désirer avec ardeur et de la demander sans cesse. Quis dabit , disait le roi prophète, mihi pcnnas sicut colnmbœ, et volabo et rcquicscam ? Qui me donnera des ailes de colombe afin de pouvoir m'envoler vers les hauteurs et pouvoir enfin goûter le repos dans le sein du divin amour? Dieu seul peut nous donner ces ailes par le moyen desquelles notre cœur, appesanti et courbé vers la terre dont il est formé, puisse acquérir une agilité capable de l'emporte* vsrs les hautes régions, afin d'y reposer avec amour dans le cn'iT de Dieu.- Mais afin de se pourvoir de ces ailes légères, il iss ; ds3 désir, ardents et des prières ferventes. Dieu veut allume " dans nos ccetirs ce feu sacré et il nous le déclare : Ignem veni iniitere in (e-mrn et qukl volo nisi nt accendatur ? {Lucœ, 12, 4V). Je suis de^rcndu du ciel sur la terre pour allumer dans vos caars l'incendie de la charité, mais ie veux que vous m'en fassiez de tréqnentcs demandes et qu'elles soient animées d'une pressai'.te ardeur, en répétant au fond de vos âmes ces paroles : Accendf lumen sensilms, infunde amorem cordibus. Car si Dieu n'accorc'e pas sss dors ordinairement, si ce n'est à ceux qui les demandi>ntj il accordera beaucoup moins encore sans prière ce don de crt&rité, qui est le plus haut et le plus précieux de tous.

153. - Le recoud moyen, c'est de vaincre par une mortification coLîdnuelle lenuemi de la charité divine, et ce n'est autre que l'amour de soi ; c'est là ce qui a été l'objet des deux précédentsTraités. Mais sous le nom d'amour de soi-même ou amourpropre, je ne prétends point désigner cette afiection raisonnable et bien réglée par laquelle nous nous aimons nousmêmes, nos parents et nos amis, car l'Apôtre nous dit que nemo ttnquam carnem suam odio habuit, sed nutrit et fovet. [Ad Ephes. 5, 29). Je veux parler de cet amour déréglé qui ne pense qu'à ses avantages personnels, à ses propres satisfactions, à son propre honneur, à ses profits individuels, sans s'occuper de Dieu ni des inspirations d'une droite raison. C'est ici l'amourpropre qui est ennemi juré de Dieu et qui le chasse d'un cœur. C'est pourquoi la mortification doit être chargée de l'abattre en

le combattant sans paix ni trêve. Saint Augustin nous fait comprendre cette importante vérité par ces éloquentes paroles : {De Civit. Dei, lib. xix, cap. 28). Fecerunt civitates duas amores duo, terrenam scilicet amor sui, iisqiie ad contemptum Dei, cœlestem vero amor Dei, usque ad contemptum sui. lUa in se ipsa , hcec in Doynino gloriatur. Deux amours, dit-il, ont élevé au dedans de nous deux cités ennemies. Uamour de soi y a bâti une cité de boue qui va jusqu'au mépris de Dieu. L'amour divin en a construit une toute céleste qui va jusqu'au mépris de soimême ; celle-ci glorifie Dieu. Il n'est donc pas possible que deux affections si opposées l'une à l'autre puissent régner ensemble dans une même àme.

loi. — Les raisons sur lesquelles se fonde cette implacable inimitié qui règne entre les deux amours, l'un bv.!::iaii; ;;i . mtre divin, sont de difiérentes sortes. L'amotir dhin reqnî^r. une lumière intérieure qui lui lasse connaître les perfestk is divines ; mais au contraire l'amour-propre obscurcit et plonge dans les ténèbres une âme qui en est possédée et renapôci e d'acquérir cette connaissance. C'est ce que nous dit saint G 'égoire {Homil. 4, in EzechX Scimus quia velienivJiler claudii oculum cordis privatus amor. C'est chose certaine ^ dit-il, que /amour de soi aveugle considérablement une àme,. [larce que C't amour ne nous fait pas agir selon les lumières de la ioij O022ï-Jie le fait le saint amour ou même la seule raison, ! ..ais sa'aiezfie" it d'après l'impulsion du plaisir, des satisfactions ) n^sonnôlleg,* des avantages particuliers, des honneurs chiim riqueSj, cbi \~;2iUi et en un mot, de tout ce qui tient à notre uti' '■'; teîiipG3*s!".e. Il n'est donc pas étonnant que cet amour de soi éLciguo L^iT^i notre âme toutes les pensées salutaires qui allument et nourrissent dans nos cœurs ce feu sacré. En outre, l'amour de Dieu exige une volonté maniable et docile qui puisse iacilement recevoir les impressions de la grâce, précisément en sens contraire de l'amour-propre qui l'endurcit. Le premier veut un cœur docile à la volonté de Dieu; le second, l'y rend récalcitrant, puisque cette afïection est une idolâtrie de notre volonté propre. Le prophète Ezcchiel exprime cela merveilleusement, quand il dit que les affections de l'amour-propre se constituent les divinités d'elles-mêmes et mettent le cœur de l'homme sur l'an tel destiné au cœur de Dieu, car ces alicctions donnent aux penchants déréglés une injuste prciérence sur la volonté divine : Dixisti'.

Deus ego sui/j et dedisti cor tuum quasi cor Dci. {Ezech.,

155. — Si doue l'amour déréglé de soi et le saiut amour de Dieu sont deux enuemis irrécouciliables, il faut absolument que l'auiour pernicieux soit abattu, anéanti, mortifié, et, s'il est possible, il laut qu'il soit complèrement éteint, afin que dans notre cœur puisse entrer et s'établir l'amour divin qui doit l'embraser de ses saintes ardeurs. Les Pliilistins portèrent l'arcbe du Seigneur dans le temple où s'élevait l'idole de Dagon. Mais qu'arriva-t-il? Le lendemain, quand on ouvrit le temple, on trouva l'idole renversée de son autel et brisée aux pieds de cet adorable sanctuaire. Ecce Dagon jacebat pronus in terra, ante arcam Domini. Mais que voulait donner à entendre le Seigneur par ce prodigieux événement, sinon que dans le temple de notre âme ne peuvent subsister ensemble l'idole de l'amourpropre et l'arche du saint amour? Mais pour que cet amour de Dieu puisse pénétrer dans ce temple de notre cœur et s'y fixer, il iaut nécessairement que l'amour désordonné de soi-même soit abattu et brisé par une incessante mortification.

156. — C'est pour cela que Saint Augustin a dit que de la diminution de l'amour de soi dépend raccroissement de la chanté, et que celui dans qui cet amour-propre est éteint complètement, possède la charité parfaite. ISutrimentum charitatis est imminutio cupiditatis ; perfectio nulla cupiditas. {Lib. lxxxiii. Quœst. 36). Il conclut en disant, que quiconque désire de nourrir dans son cœur cette flamme céleste, doit travailler à déraciner de son cœur, par la mordfîcation constante, toute inclination vicieuse. Quisquis igitur eamnutrire vult, insiet imîninuendis cupiditatibus {Cap. 27). Les progrès que Ton fera dans l'école du divin amour seront d'autant plus grands, que la guerre faite à soi-même, en contre-carrant sa volonté propre, sera énergique. On ne peut remplir d'un parfum des plus suaves un vase dont on n'a pas eu soin préalablement de faire écouler tout autre liquide. De même Dieu ne peut verser le baume dèhcieui de la charité dans nos cœurs, si d'ab )rd on n*a eu soin, par la mortification, d'en expulser tout amour impariait, et surtout celui que nous avons pour nous-mêmes qui, y étant plus enraciné, y produit les efiets les plus déplorables.

157. — Il est pourtant utile de remarquer ici que les efi'ets ùki Tamour-propre ne sont pas tous d'une même nature. Il en

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est qu'on peut reconnaître très-aiséineut à cause de la diE.i> inité et de la laideur morale qui les accompagne. Tels sont tous les péchés graves qui germent en quelque sorte de cette mauvaise racine dont parle saint Paul : In novissimis diebus erunt hommes seipsos amantes. Vers la fin des temps, on verra des hommes qui s'aimeut eux-mêmes. Ensuite il explique les effets que doit produire cet amour de soi : Cujndiy elati, superbi, blasphemi, parentibus non obedientesy ingrati, scelesti, sine affectione, sine pace, criminatores, incontinentes, voluptatum amaiores magis quam Dei. (2. Ad Timoth. 3, >). Ce seront, dit-il, des hommes avides, superbes, altiers, blasphémateurs, sans affection, sans paix, désobéissants, ingrats, criminels, murmurateurs, impudiques, et s'aimant mieux qu'ils n'aiment Dieu. 158. — Outre ces détestables effets de l'amour-propre dont l'Apôtre fait une si déplorable énumération, il en est encore d'autres dont cet amour est la cause productrice et qu'on ne peut point si aisément découvrir, parce qu'ils consistent en des iautes légères , eu des imperfections que les personnes spirituelles elles-mêmes ne reconnaissent pas bien facilement. Tels sont par exemple, le manger, le boire, le dormir, se récréer, se livrer à des occupations convenables à son état; mais ne pas faire tout cela par un motif honnête, et moins encore pour accomplir la volonté de Dieu, tandis qu'on le fait pour satisfaire ses propres goûts et pour se procurer des jouissances matérielles , pour tirer vanité de ses occupations habituelles, pour s'entendre avec plaisir exalter par des éloges. Ces mauvais effets de l'amour se produisent dans notre conduite, quand nous nous attristons des blâmes dont nous sommes l'objet, quand nous conservons de la rancune pour les offenses reçues, qumd nous mettons de la lenteur à les pardonner, ou bien en ne les pardonnant pas sincèrement. Puis encore recevoir de mauvais gré les réprimandes, s'attacher à quelque personne, honnêtement sans doute, mais avec trop de sensibilité et d'affection individuelle, négliger les bonnes œuvres par respect humain, mettre un soin trop minutieux dans ses habits, dans ses appartements, dans ses meubles et dans d'autres choses de ce genre, c'est encore là de l'amour-propre raffîné. En un mot, il n'est pas d'action, je ne dis pas indifférente, mais encore sainte et pieuse, où ne vienne se mêler cet amour de soi pour la souiller de son contact pernicieux. Cet amour-propre

▼a, dit saint Augustin, jusqu'à se mêler au mépris de la vaine gloire, et jusqu'à reudre vain le mépris de la vanité : Sœpe komo (le ipso vante gloriœ contemptu vanius g/oriatui\ ideoque non jam de ipso vanœ gloriœ cunlempiu glorietur. ISon enim eam contemnit, cutn gloriatur in(us. {Confcss., lib.x, cap. 3S). C'est ainsi qu'il nous arrive souvent de tirer vanité du mépris même que uous faisons de la vaine gloire, et alors nous avons grand tort de nous savoir bon gré de ce prétendu mépris. Car, est-ce mépriser la gloire que de se glorifier dans le fond de son cœur du mépris que l'on en iait ? {Iraduclion desConfcss. 1686).

139. — Nous disons donc, d'après ce qui vient d'èlre exposé, que ce n'est point assez pour la personne qui veut s'unira Dieu par la cliai'ité parfaite, de mortifier sou amour-propre en ce qui regarde les actes pervers et les péchés graves auxquels cet amour déréglé nous excite , mais il faut encore vaincre ce aième amour daus les fautes légères, dans les imperfections et les manquements habituels que cet amour nous porte à commettre. Pour qu'un miroir ne réfléchisse plus les objets qu'on lui présente, il n'est pas nécessaire qu'on le couvre de fange et d'ordure, il suffit qu'un peu de poussière, et même un souffle léger en ternisse l'éclat. De même, pour que notre âme perde l'éclat surnaturel de la grâce actuelle, qui est le véhicule des ardeurs de ce feu divin qui enflamme notre cœur pour Dieu, il n'est pas besoin qu'elle soit enlaidie de graves souilliu'es, il suffît qu'elle soit ternie par des fautes légères et des imperfections peu notables. Joignez à cela que Dieu est un amant non moins jaloux que tendre et ardent qui, même pour des manquements très-peu considérables, se refroidit, et qui, en pmiition de petites infidéUtés, refuse à une âme un amour plus intime, plus délicat et plus enivrant de délices.

160. — Mais vous me direz que c'est luie chose trop pénible que de se tenir constamment sur les armes pour réprimer tout mouvement de l'âme qui ne se règle pas sur les enseignements de la foi, ou du moins d'après toutes les lumières de la raison. Je l'avoue, comme en convenait aussi saint Grégoire : Portasse laboriosum non est hondni relinquere sua ; sed va/de laboriosum est relinquere se ipsum. Minus guippe est abnegare guod habet, valde autem mulitan est abnegare guod est. [Homil. 32, in Evang.).^^\xà.Qim.&£ ce qui nous appartient, peut n'être pas une

chose difficile^ dit le saint Docteur, mais s'abandonner soi-même, c'est bien là, sans nul doute, un pénible sacrifice ; il convient cependant de le faire, ce sacrifice, pour arriver à la possession parfaite du trésor inestimable de la charité divine ; car Jésus- Christ nous a déclaré, de sa propre bouche, que toute personne qui veut s'unir à lui et devenir son amie dévouée, doit continuellement se renoncer à elle-même : Qui vult venire post me.^ abneget semetipsum {Matth. 16, 24). Pourtant ne perdez pas courage et ne vous livrez pas à un abattement excessif; car c'est le propre de la grâce divine de rendre aisé ce qui est le plus difficile, de rendre souple ce qui est dur, d'adoucir ce qui est amer, La grâce nous rendra la guerre pleine de charmes, cette guerre que vous ferez à cet amour immodéré de vous-mêmes ; elle vous rendra délicieuses vos mortifications, agréable votre abnégation de la volonté. Il vous arrivera enfin de surmonter avec une satisfaction inouie ce grand et terrible ennemi de l'amour divin.

161. — J'aime à penser que vous en serez pleinement convaincu, lorsque je vous aurai fait part d'une supposition que je me suis faite à moi-même. Vous savez que Marie Égyptienne, avant sa conversion, était comme un filet dont le démon se servait ponr prendre les âmes et les enchaîner dans ses liens, afin de les précipiter dans l'abîme infernal. Or, supposez que saint Zozime, cet illustre abbé qui l'assista au lit de la mort, eût rencontré cette pécheresse à l'époque oii la malheureuse se livrait éperdùment à de honteuses débauches et se plongeait dans le libertinage, et que, plein de l'esprit prophétique, il lui eût adressé ces paroles: Ayez courage, Marie, car, sous peu de temps, viendra le jour où vous tournerez le dos à vos amants et à vos impures Uaisons, et que vous irez vous séquestrer dans mie solitude pour y mener la vie cénobitique. Vous quitterez la ville, n'emportant avec vous que trois pains, et, après que vous les aurez consommés, votre nourriture ne sera que l'herbe de la forêt, et votre boisson qiie l'eau des fontaines. Au milieu des rigueurs de la saison, vous n'aurez aucun toit pour vous mettre à l'abri, aucun vêtement pour vous couvrir. Au milieu des ardeurs du soleil, vous n'aurez aucun asile pour vous dérober à ses brûlants rayons. Votre tète, qui est maintenant si bien parée, sera, en ce temps là, battue par la grêle et par les orages, pour redevenir ensuite exposée aux leux de l'astre du

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)onr. Votre poitrine, que convient en ce moment de précieux joyaux, vous la frapiterez avec des cailloux, de vos propres maius. Ces deux yeux, qui lancent aujourd'hui de si vils regarils, se changeront en deux sources de larmes. A ces prédictions, Marie n'aurait pas manqué de répondre: Quoi, j'irais me perdre dans un désert? J'irais m'exposer à de si rudes austérités? Je choisirais plutôt la mort qu'une vie abreuvée de tant d'amcïijimes! — Mais non, rassurez-vous, car eii ce temps là vo^ goûterez de plus doux plaisirs dans vos mortifications que vous n'eu savourez maintenant dans vos délices. Les ieîmes vous sembleront alors plus doux que ne vous semblent exquis les mets dont vous vous nourrissez. Vous goûterez un sommeil plus paisible sur la dure que vous n'en goûtez sur vos lits de plume. — Oh! taisez-vous, aurait-elle répliqué, ce sont là des iohes, des songes, des déhres. Et pourtant, Marie Égyptienne, après avoir mené pendant plus de quarante ans une vie si austère, lorsqu'elle lut à l'heure de la mort, se vit contrainte d'avouer au même abbé Zozime ce qui d'abord lui aurait semblé impossible, qu'une vie si rigide lui avait paru pleine de douceur et de plaisir, que tout lui avait semblé empreint d'une indicible suavité, mortifications, pénitences, larmes, et qu'elle avait été plus joyeuse et plus satistaite en vivant au milieu des peines, avec Dieu , que dans les plaisirs avec le monde.

162. — Il faudra doue bien se rallier à la doctrine de saint Augustin , quand il nous afSrme que c'est le propre de la grâce divine d'adoucir admirablement tout ce que notre amour-propre nous lait envisager comme plein d'amertume, de rendre aisé ce que ce même amoiu* nous lait considérer comme très-pénible. Du moins , si nous ne voulons pas ajouter foi à son enseignement, faudra- t-il se rendre aux leçons de sa propre expérience. Il confesse, pour ce qui le regarde, qu'il eut à essuyer de rudes combats de l'amour charnel de son propre corps, qui lui rappe» lait les voluptés de sa vie passée , en faisait à ses yeux briller toutes les illusions et la liberté qu'il avait goûtée , et employait tous les moyens possibles pour le détacher de Dieu. Mais après avoir foulé aux pieds tous ces plaisirs mensongers, il éprouva par la suite plus de contentement, et goûta plus de douceur à contredire ses penchants déréglés ; il en vint à se délecter d'avoir perdu toutes ces délices, dont il craignait si fort auparavant de se voir sevré. Quam suave, dit-il /?/îîAt subito [actum est ca-

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rere suavîtatihus nugarum : et quas amitterû metus fuerat , jam diwitfere gaudium erat. {Lib. \x, Confession, cap. 2). Mais qu'estce q'ii procura à saint Augustin une si grande facilité et tant de douceur dans cette abnégation de lui-même et dans cette mortificalrion de sa chair et de ses sens, qui, auparavant, le tenaient dans l'esclavage ? Ce ne fut pas autre chose que la grâce divine, et c'est ce dont lui-même nous donne l'assurance. Ejiciebas enim eas {Domine) a me, vera tu et sumnia suavitas; ejiciebas, et intrabas pro eis omni voluptate dulcior. {Eodcm loco). Le lectear ne doit donc pas se décourager, mais il doit an contraire s'animer de plus en plus à combattre cet ennemi déclaré du divin amour, je veux dire l'amour-propre , et opposer une généreuse résistance à ses inclinations désordonnées, en se persuadant bien qu'avec l'aide de la grâce de Dieu, tout lui deviendra lacilp et agréable.

163. — Le troisième moyen, c'est de méditer souvent, surtout dans l'oraison habituelle , sur les motifs qui déterminent la volonté à l'amour du bien suprême. Telle était la conduite du saint roi David, qui nous assure que, dans des méditations de ce genre, il sentait se réveiller dans son cœur le feu de la sainte charité. Concaluit cor memn intra me, et in medilalione mea exardescet ignis, {Psalm. 38, 4). Pour que le bois s'enflamme, il ne suffit pas qu'on le dispose à s'allumer, et il ne suffit pas non plus que le feu soit voisin, il faut encore le rapprocher du combustible. De même, pour que notre cœur s'enflamme de l'amour di\an, il ne suffit pas de le disposer par la mortitication, et, en abattant l'amour de soi, ni que Dieu soit un feu capable de consumer tous les cœurs, il faut de plus que l'âme se rapproche de ce teu divin par les méditations qui lui dévoilent les grandeurs et les perfections de ce Dieu.

lC-4. — Ces divers motifs, quelque innombrables qu'ils soient, peuvent, ce me semble, se réduire à deux : Dieu est aimable—* Dieu est aimant. Ces quelques paroles gont courtes , mais elles contiennent une matière si vaste que les anges mêmes, avec tout leur génie céleste, ne pourraient l'épuiser pendant tout le cours de l'éternité. L'amabilité est digne d'amour, et elle en mérite d'autant plus qu'elle est plus grande. L'aimant attire le fer, et l'amabilité d'un objet attire l'amour de nos cœurs. Et comme plus la pierre magnétique a de l'araplenr et plus aussi elle est douée d'uiiic vertu attractive, de même plus l'iuiiabililé d'uo

ohjet est consifl<5rr>ble, et plus aussi elle exerce d'influence sur notn* coMir ot in contiuiert los aflcotions. Mais corament, nous, qui, SLMuhlables à ces animaux qui rampent priv«^s de la vue sous la couche terrestre, sommes malheureusement plonpos dans ce limon, pourrons-nous parvenir à comprendre quelle est la nature, quelle est la grandeur de cette amabilité divine, pnisqne nos yeux sont impuissants pour admirer la bonté, les charmes ■ et la beauté de l'être divin ? Néanmoins, selon la règle que nous en trace TApôtre , en procédant par voie de proportion d'aiirès le peu de bien que nous voyons sur cette terre, nous pouvons nous former quelque idée grossière et imparfaite de ce bien suprême, qui nous rend souvei-aiuemeut aimable le Dieu que nous adorons,

165. — Tâchez donc de vous figurer tout ce que votre vue peut vous présenter de beau et de bon. Joignez-y tout ce que votre faible imagination peut concevoir de meilleur et de plus beau, et puis dites-vous à vous-mêmes dans l'intimité de votre esprit : Toutes ces choses bonnes et belles émanent de Dieu ; car il en est le créateur; elles se retrouvent donc toutes en lui. Mais cela est peu de chose , puisqu'en lui se retrouve une beauté, «ne lu tut é incomparablement plus grande, qu'il peut produire des créauires encore plus belles et toujours meilleures , sans jamais cesser et sans relâche pendant toute l'éternité. Donc en lui est lenfermé ce comble infini de beauté et de bonté qu'il pourrait faire jaillir hors de lui. Et puis encore la bouté, et U beauté qui sont en lui, sont infiniment supérieures à cette beauté et à cette bonté, puisque la bonté et la beauté de Dieu surpassent infiniment la beauté et la bonté qui peuvent exister dans les créatures.

166. — Raisonnez maintenant de la même manière sur la sainteté de Dieu. Rappelez à votre esprit tout ce que vous avez vu, et tout ce que vous avez lu dans la vie des Saints en fait de pureté , de candeur sans tache , de perfection , d'héroïsme, et dites ensuite : Toute cette sainteté existe dans Dieu , puisque c'est lui qui l'a communiquée à ses serviteurs. Mais comme il pourrait créer des hommes une lois plus parfaits, une fois plus saints, il renferme donc eu lui ces perfections à l'infini, ainsi que cette sainteté qu'il pourrait successivement départir à ses créatures. Mais la sainteté de Dieu est encore infiniment supérieure.

puisqu'entre la sainteté qu'il possède et qu'il pourrait accorder à ses créatures, existe une distancje infinie.

167. — Ensuite allant plus avant, raisonnez ainsi : Quelle est cette puissance que nous admirons dans les monarques d'ici-bas, puisqu'ils ne peuvent pas même créer le plus vil insecte, ni tirer du néant un seul grain de sable ? C'est une puissance sans bornes cpLe celle de Dieu qui, du néant, a fait sortir cette grande mar (hme de Tuniver», et qui, par un simple aete de Sa volontiô^ pourrait créer d'autres mondes innombrables et plus yastes^, et plus beaux et plus riches. Qu'est-ce que cette majesté qui attire les hommages rendus aux souverains de la terre , puisqu'ils ne sont comme nous que des repaires de vermine et des vases de putréfaction que recouvre seulement une enveloppe embellie par l'art de l'homme ? Une majesté réelle et vraiment souveraine c'est celle de Dieu, devant lequel tremblent les colonnes du ciel; car cette majesté divine l'est par essence et non point en simple apparence. Qu'est-ce que cette libéralité dont les hommes se montrent si avides et qui leur plaît si lort, puisqu'ils ne peuvent donner que très-peu de choses, et qu'en donnant ils s'appauvrissent; car enfin ce qu'ils donnent aux autres ils doivent s'en priver eux-mêmes? La libéralité, la bienfaisance de Dieu est vraiment celle qui ne connaît aucune borne ; elle donne tout, elle dispense toutes choses, et en donnant elle ne se dépouille pas , mais le donateur reste toujours infiniment riche, infiniment opulent. Qu'est-ce que cette science qui est si hautement estimée par les savants , puisqu'il y a infiniment plus de choses que ces hommes doctes ignorent, qu'il n'y en a dont ils ont la connaissance ; et encore ce peu qu'ils savent est plein de fausseté , de ténèbres et d'incertitudes ? Une science immense c'est celle de Dieu, qui sait tout, qui voit tout, qui comprend tout, sans danger d'erreur, et sa science s'étend à tout ce qui est possible et dans tous les cas et dans toutes les conditions et suppositions imaginables. Poursuivez de cette manière votre méditation sur les autres perfections divines, et, en raisonnant de la sorte, pénétrez-vous d'une douce admiration et d'un sentiment d'amour à la vue de ces perfections, qui ne connaissent aucune borne. Et comme , malgré tous les moyens que votre imagination pourra vous suggérer, vous n'arriverez jamais à sonder à fond ces profondeurs sublimes, réjouissez-vous de vous voir égaré dans cette mer infinie d'amabilité.

les, — Mais ne manquez pas en même temps de vous remplir de confusion, en considérant combien peu vous avez aime un être si digne de votre amour. Si une reine paraissant en public paiée de ses plus ricbes atours, vous aperceviez un homme du peuple qui ne daignerait pas jeter les yeux sur elle, mais (jui ae bornerait à contempler son ombre et qui, épris d'amour pour cptle ombre, s'écrierait : Oh ! quelle ravi-ssante beauté ! Qua THi'iez-vons ? Fou que vD«s êtes, vous mettrrèz-vous à lui dire, vous vous laissez séduire par une ombre obscure, et vous restez insensible à la beauté de cette princesse qui brille comme l'astre du jour? Et qu'est-ce tout ce qu'il y a de bon et de beau dans toutes les choses créées, si ce n'est une ombre des perfections divines ? Et vous êtes épris de l'ombre en refusant votre amour à ce soleil de beauté infinie, de bonté sans bornes, et de perfections incommensurables. Rougissez donc eu faisant ces réflexions, et que cette boute soit pour vous un aiguillon qui vous excite à aimer imiquement et ardemment le bien suprême qui mérite toute raiit'ction de votre cœur.

169. — Mais Dieu n'est pas seulement aimable, il est encore aimant; non-seulement il mérite notre amour, il le provoque par l'amour qu'il a lui-même pour nous, et nous devons par conséquent y répondre par un juste retour, car l'amour ne peut se payer que par la réciprocité. La règle qui nous sert à mesurer la grandeur de l'amour de Dieu pour nous, se trouve dans les bienfaits dont il nous gratifie. Et c'est pourquoi, nous dit si bien saint Basile, il n'est rien qui, mieux que ces bienfaits nous fasse comprendre l'intensité de son amour pour les créatures. Caritas erga Deum conficitur datis ab eo beneficiis, recto judicio opquitatequeœstimandis, iisque grato animo persequendis. {In RegiiL hreviori. Quœst. 212). Il en donne pour preuve l'exemple des animaux qui aiment ceux qui leur font du bien, qui manifestent leur attachemeLt et leur tendresse à celui qui leur donne quelques morceaux de pain. C'est pour cela que Dieu, voulant reprocher au peuple dlsraël , dans les livres saints , l'ingratitude dont il s'était rendu coupable à son égard, le compare aux bœufs et aux bêtes de somme qui connaissent leurs maîtres dont elles reçoivent la nourriture, et puis il se plaint de ces populations ingrates, en leur disant : Je vous ai engendrés et nourris comme mes enfants chéris , je vous ai honorés des plus hautes fa- Yeurs et vous m'avez méconnu et m'avez refusé votre amour.

Quod qidâem etiam naiuraliter inesse in brutis animalibus videmus : Siquidem animadvertimus etiam canes eos diliyere qui sibi imnem administrant. Inielligimus autem hoc etiam in ils qîiœ criminatorie dicta sunt ab Isaia propheta hoc modo: Filios genui et exaltavi, ipsi autem spreverunt me. Cognovit bos 2)ossessore)n sumn et asinus prœsepe domini siii ; Israël autem me non cognovit, et populus meus me non intellexit. {Eodem loco). Donc, s'écrie en concluant le saint Doctenr, si les bêtes de somme sans un libre choix de la volonté , mais par le seul instinct de la nature, éprouvent de Tamour pour quiconque les nourrit , combien mieux conviendra-t-il que notre cœur s'embrase d'amour pour un Dieu dont un jugement droit et une âme reconnaissante, nous auront fait comprendre les nombreux et grands bienfaits dont il nous comble ? Gela ne doit-il pais arriver, quand il est certain qu'une afiection de cette nature n'a pas besoin de raisonnement pour naître dans un cœur humain, et qu'elle doit exister par une sympathie innée et naturelle dans tout esprit raisonnable ? Quemadmodum autem bovi et asino, ex beneficio ejus unde aluntur , naturaliter sua sponte adversus ipsum amor excitatur; sic nos quoque, si recto judicio, gratoque animo Dei in nobis bénéficia tôt, tantaque susceperi7mis , fieri non poterit quia ipsum eorum auctorem diligamus , quod secundum naturam, ut ita dicam, et sine ulla docirina , per se hujus modi affectio sanis animis ingeneratur. {Eod. loco). Il faut donc bien dire que refuser son amour à Dieu , ou n'en avoir qu^m bien faible pour lui , cela ne peut provenir que d'un déiaut de rép flexion sur ses grands bienfaits et sur le grand amour qu'il a pour nous, et dont il np cesse de nous donner des preuves.

i70. -^ Pour ce qui est de ces bienlaits, les uns appartienneut à rordre naturel, comme la création , la conservation, la santé, la force , la fortune , toutes les qualités du cori)s , toutes les facultés de l'esprit et tous les autres biens matériels dont Dieu »ous gratifie tous les jours. Les autres se réfèrent à l'ordre de la grâce, comme la rédemption par laquelle au prix de ses souffrances , de son sang , de sa mort si douloureuse, Dieu nous a délivrés des peines éternelles, le don ineffable de son corps sacré dans l'Eucharistie, la grâce sanctifiante qui élève notre âme jusqu'à ressence divine, les secours de la grâce actuelle que Dieu nous arcorde par tant de saint»'S inspirations , tant de lumière% tant d'impulsions rùtimes (jui nous porttiiit au bien et par tant de

moyons qu'il nous fournit pour opérer notre salut. Tons ces bienfaits spirituels ne sauraient être ici énu murés , car il faudrait pour cola îles volumes entiers. Je me borne (i dire avec saint BeiTiard que, parmi ces bienfaits émanés de Dieu, le plus ellicace de tons est celui par lequel notre cœur s'enflamme des ardeurs de la charité, c'est-à-dire la passion de notre aimable Réileinpteur ; car il n'est pas de bienfait qui prouve mieux que celui-là combien grand et excessif est ramour de Dieu pour les hommes. Ce doit donc être le sujet ordinaire des méditations de quiconque aspire à une charité parfaite. Sitpcr omnia reddit amabilem se niihi, Jesu bone , calix quem bibisii, opus nostra redemptionis. Hoc omnino amoremnostmmvindicat sibi. Hoc, inquam, est, quodnostrayn devotionem et blandius allicit, et fustius exigit , et arctius stringit, et afficitveJiementius. [In Cantic.Serm. 20). Pardessus toutes choses, ô mon bon Jésus, le caUce amer de votre passion douloureuse vous rend digue de mon amour. C'est ce qui absorbe toutes mes affections. C'est là , je le répète, ce qui enlève avec plus de facilité toute l'ardeur de mon amour, qui me ravit avec plus de suavité , qui exige de moi cette afiection avec plus de justice, qui m'attache plus étroitement, qui m'embrase d'un feu plus vif, d'une Uamme plus expansive.

471. — Un militaire , parti de son pays natal, entreprit un long voyage en qualité de pèlerin pour visiter les saints lieux de la Palestine. {Spec. Exemp. dist. 9, exempt. 79). Là il visita avec de grandes marques de piété tout ce qui pouvait raliûienter dans cette contrée si pleine de pieux souvenirs. Lorsqu'il fut arrivé sur la cime de la montagne des Oliviers, d'où Notre-Seigueur s'éleva glorieusement au ciel, eu voyant ces vestiges sacrés qu'y laissèrent les pieds du Sauveur , il se mit à méditer profondément sur les souffrances de Jésus-Christ, sur sa bonté, sur son amour, et en allumant dans son cœur ime ardeur réciproque, il se mit à verser un torrent de douces larmes. Puis , donnant par cette méditation une intensité plus ardente aux flammes de son amour, et ne pouvant plus en con-tenir le feu dans l'étroite enceinte de son cœur, il lui donna un si large essor qu'il rendit le dernier soupir, victime de l'amouf divin. Ses amis, étonnés d'une mort si inopinée, voulurent qu'on procédât à l'ouverture de son corps, et on trouva gravées sur son cœur ces belles paroles : Amor meus Jésus Christus. Jésuschrist est mon amour. Si, à notre tour, nous fixons souvent

notre esprit sur le» souôrances atroces du Rédempteur et sui la grandeur de son amour, je ne dis pas que notre cœur se brisera , car nous ne devons pas prétendre à une si précieuse faveur, mais l'e dis que sa dureté s'amollira, et qu'enfin nous commencerons à payer du retour d'uu amour ardent , un Dieu qui oous a tant aimés.

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