‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 26 sur 160 · Mais ce qui est d'une importance encore plus grande · texte numérisé non relu

Mais ce qui est d'une importance encore plus grande

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et qrii mt^rito plus d'atluiition, c'est que la sntimission à la volonté divine accomplit d'une manière pins eilicace ce qui est pi'oiluit par les autres actes de charité, parce que cette conformité no se borne point aux seuls ac(es intérieurs, comme tous les autres actes d'amour qui sont renfermés dans l'àme;, mais qu'elle s'étend t»ux actes extérieurs et arrive à l'exécution des œuvres. Tout le monde peut facilement reconnaître; cette vérité. L'àme ne saurait s'assujettir pleinement à la volonté de Dieu, si elle ne voulait pas tout ce que Dieu veut. Or, comme Dieu ne veut pas uniquement les afiections du cœur, mais celles des œuvres , il s'ensuit que les unes et les autres doivent être dans la volonté de quiconque veut faire celle de Dieu. Saint Jérôme dit donc avec beaucoup de raison, que la charité parfaite en laquelle consiste l'amitié de l'àme avec Dieu , se réduit finalement à conformer notre volonté à la sienne : Idem velle, et idem noUe, ea dem.um firma amicitia est. {Epist. ad Démet.).

224. — Mais laissons les raisonnements à part, et attachonsnous à l'autorité des saintes Écritures et à celle des Pères, qui, dans des matières relatives à la spirituahté, sont d'un plus grand poids. Il est certain que la première et la principale volonté de Dieu, par rapport à nous, qui sommes ses créatures, c'est l'accomplissement parfait de sa loi; parce que, non-seulement il l'exige rigoureusement de nous, mais qu'encore il nous j invite par l'alternative des récompenses et des châtiments. D'aiitre part, il est certain que l'amour de charité consiste dans l'exacte observation des lois divines : Qui diligunt illum conservabunt viam illius. {Eccli. 2. 18). Ceux-là, dit l'Ecclésiastique, aiment Dieu, qui marchent fidèlement dans la voie de ses préceptes, et qui, dans le pèlerinage de cette vie, ne font point un seul pas qui ne soit réglé par la volonté du Seigneur. Ensuite, J dit plus clairement : Qui diligunt eum replebuntur lege ipsius. 'Ibid. 2, 19). Ceux-là aiment véritablement Dieu, qui sont pleins de sa loi, c'est-à-dire qui n'ont d'autres pensées , d'autres désirs , d'autres afi"ectious que l'accomplissement total de la loi divine, et qui l'observent avec un soin si scrupuleux, qu'ils ne s'en écartent pas d'un seul point , jaloux qu'ils sont de se conformer parfaitement à sa très-sainte volonté.

225. — Voyons maintenant quel est, sur ce point, l'avis du plus aimant et du plus chéri disciple de notre divin Rédempteur, ce disciple qui, en reposant sa tète sur cette poitrine de

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Jésns, véritable fournaise d'amour, y puisa la pure doctrine de la cliarité. Hœc est caritas Dei, ut 7nandata ejus custodiamus. ( I Joann. 5. 3). Le disciple chéri ne pouvait pas mieux exprimer renseignement que nous présentons en ce moment. La charité pour Dieu consiste à garder ses commandements. Il ne dit pas qu'elle consiste dans des sentiments extatiques , dans des affections temlres, mais dans l'observation complète des préceptes qu'il nous impose. Celui qui veut conserver un habit richement brodé, ne se borne pas à ne point le souiller dans la iange, à ne point le déchirer en mille pièces, à ne point le jeter au feu, mais il en prend un soin tout particulier, et cherche, par ce moyen, à le préserver de la moindre tache. Voilà ce qui fait entendre le sens de ces paroles : Celui qui aime Dieu garde ses commandements. De même, celui qui est pénétré de la vertu de charité envers Dieu ne se borne pas à ne pomt violer ses commandements, à ne pas les mettre, pour ainsi dire, en pièces par des fautes mortelles, mais il les garde, il prend soin de ne pas les transgresser, même par des iautes légères et par de petites imperfections. Et comme si l'apôtre saint Jean craignait de n'avoir pas suffisamment fait connaître son sentiment, il y revient encore, et emploie une expression plus énergique, en disant que celui-là est un fourbe, un menteur, qui, en n'accomplissant pas les commandements de Dieu , se glorifie encore de l'aimer. Qui dicit se nosse Deum, et mandata ejus non cuslodii , mendax est, et in eo veritas non est. [Ibid. \, 2). Il conclut que la charité de Dieu est parfaite dans celui qui exécute toute parole par laquelle la volonté de Dieu se manifeste .- Qui autem servat verbum ejus, vere in hoc caritas Dei perfecta est.

226. — On doit bien être convaincu que le disciple chéri apprit une si belle doctrine en reposant sur le sein de son maître et en l'entendant de sa propre bouche, car les enseignements de l'un s'accordent merveilleusement avec ceux de l'autre. Si diligitis me, dit Jésus-Christ, mandata mea servate. Qui habet mandata mea, et servat ea, ille est qui diligit me. Qui non dilif/it me, sermones meos non servat. {Joann. 14. 15). Si vous m'aimez, dit notre doux Rédempteur, observez exactement mes préceptes. Celui qui agit de la sorte m'aime tendrement. Celui qui fait le contraire ne doit pas se laire illusion, car il ne m'aime pas. Jésus-Christ pouvait-il nous faire mieux coin-

rjron<lre que l'amonr ("m'on a pour lui ne consipte point dan"» 5flR utrertions seules, mais bien à aecoiuplir vu toute [»eii'ecti(Mi. s«i sainte volonté, qui est manifestée dans les comniandem£tjlE; qu'il nous impose? Non, sans doute, dit saint Grégoire. (!»• Iloniil. evang, 30). Ecce si umisquisque vestrvm requiratur am (Illi(/at Deum. Tota fiducia et secura mente respondet : DUiffst*. In ipso autem lectionis exordio audistis, quid veritas dUatz. si quis diligit me sermonem meinn servabit. Probatio enim diiee^ tioriis est exhibitio operis.... Vere enim diligimus, et mandoÊm ejus custodimus , si nos a nostris voluptatibus coerceamus. Namt. qui adhiic per illicita desideria diffliiit , profecto Deum nom amat ; quia et in sua voluntate contradicit. Interrogez, dit Bb Saint, le premier venu, s'il aime Dieu. Il vous répondra sineftrement: Oui. Mais, avant de le laisser répondre, avertissezrte de réfléchir sur la parole de Jésus-Christ, qui nous assure q,a« celui qui l'aime doit obéir à ses préceptes , qui sont TexpressioiB de sa volonté. Qui diligit me, sermonem meum servabit. Diteshii ensuite de bien réfléchir si, pour s'assujettir aux volontés doî Seigneur, il s'abstient des plaisirs, s'il réprime sa colère, s^ dompte son orgueil, s'il méprise les richesses, s'il foule aTrx: pieds les honneurs, s'il pardonne les oS^enses , s'il fait du bicaaa à ceux qui l'ont offensé, s'il tait encore d'autres choses que Dieus exige de lui , ainsi qu'il l'a déclaré de sa bouche divine. S'il œ fait pas tout cela, il oppose sa propre volonté à celle de Dieiïj, et, par conséquent, ne peut dire qu'il l'aime. Il se donne uia démenti à lui-même, et déclare ouvertement qu'il n'aime poiiiR par ses œuvres.

227. — La personne spirituelle peut donc se répandre toule' entière en eflusions d'amour, verser des larmes de tendresse-^ brûler de douces flammes ; que si , av'ec tout cela , elle ne fsàl\ pas des œuvres coniormes à la volonté divine, elle est dùmenfe convaincue de ne pas aimer. Ad vosmetipsos ergo, fratres ets^ rissimi, introrsuj redite, si Deum vere amatis exquirite. N&e: tumen sibi aliquis credai , quidquid sibi animus sine operis atiestatione responderit. De dilectione conditoris lingua, mens, viim. rcquirantur. {Eod. loco). Que chacun donc rentre en lui-même^,, conclut le saint Docteur précité, qu'il s'interroge lui-mêm« 8î?t se demande s'il aime véritablement Dieu. Mais qu'il se gardais* croire au témoignage de son cœur, quelque réponse qu'it eau reçoive, s'il ne s'y joint le témoignage de ses œuvres. Qo^aS

«'informe intérieurement du langage qu'il tient, des pensées qui agitent son esprit; qu'il examine s'il modère ses afitjctions; qu'il passe en revue toute sa conduite, pour voir si elle est conforme aux enseignements du divin Rétlempteur. Ceux qui agissent de la sorte peuvent seuls se rendre compte de l'état de leur amour.

228. — Quel nom donnerait-on à l'amour d'un fils qui ne Tondrait pas se soumettre à ce que son père lui commande ? A celui d'un sujet qui refuserait d'observer les lois de son prince ou qui secouerait le joug d'une soumission légitime ? A celui d'un militaire qui se montrerait rebelle aux ordres de ses chefs î Qui voudrait ajouter foi à leurs paroles lorsqu'ils jureraient qu'ils aiment du fond de leur cœur un prince, un père, un général? Comment donc qualifier un chrétien qui proteste de son amour pour Dieu et qui peut-être, en effet, est plein de tendres affections pour lui, mais qui ne produit aucune des œuvres agréables à son Créateur et conformes à sa volonté divine? C'est bien là un amour complètement anormal et qui est en contradiction avec lui-même.

229. — Quand Jésus-Christ voulut s'unir à l'esprit de sainte Thérèse par le lien le plus étroit, par l'alliance la plus auguste de l'amour et de l'amitié qu'il soit possible à une créature de former ici-bas avec son Créateur, et qui puisse ressembler le plus parfaitement à ce lien éternel et indissoluble qui recevra dans la patrie bienheureuse le dernier sceau, Notre-Seigneur fit avec elle un pacte d'échange d'un amour le plus intime et le plus fidèle qu'il soit possible d'imaginer. Mais quelles conditions pensez-vous que le divin Rédempteur stipula , en se montrant visiblement aux yeux de la Sainte , pour établir à perpétuité cette sainte alliance d'amour réciproque? Voulut-il qu'à l'avenir sainte Thérèse brûlât, comme une heureuse salamandre, dans une fournaise de charité? Point du tout. Notre-Seigneur lui dit seulement que le moment était arrivé pour elle de prendre les intérêts de son époux, comme si c'étaient les intérêts propres de l'épouse, et que lui-même prendrait de la même manière les intérêts de son épouse. [Mansione 7, cap. 2), Voilà le véritable amour; il consiste à ce que l'un prenne les intérêts de l'autre, comme si c'étaient les siens propres, en se conformant réciproquement à leurs volontés, et en soignant mutuelleaxent leurs avantages. Tel est l'amour superfîn {soprafjîno) , l'amour dans

gaporffction, car il est fondé sur les œuvres qui sont agréab à l'objet aimé. Telle lut aussi ralliauce d'amour que fit Jés Christ avec sainte Catherine de Sienne , lorsciue se montrant elle sous une forme visible et attrayante, il lui adressa ces douces paroles : Filia , cogita tu de me ; et ego cogitabo continenter de te. Pensez touiours, ô ma fille, à ce qui m'intéresse, et je penserai continuellement moi-même à vos avantages. Tant est vrai ce que dit saint Grégoire, que probatio dileciionis, exhibitio est operis, c'est à dire, que la pierre de touche d'un amour sincère, n'est autre que l'accomphssement des œuvres conlormes au goût et à la volonté de la personne qu'on aime.

230. — Je ne crois pas qu'il existe un modèle plus parfait d'une ardente charité iondée sur la conformité aux volontés divines , que celui qui nous est ofiert dans la personne du père Diego Saura, religieux de la compagnie de Jésus. Le vif et ardent désir que ce Père nourrissait dans son cœur, d'accomplir en toutes choses la volonté de son Dieu , et de n'agir que sous son bon plaisir, lui avait inspiré une haine implacable pour sa volonté propre , puisqu'il la regardait , comme cela doit être , comme l'ennemie de celle de Dieu, et toujours opposée à la volonté divine, par l'influence de ses inclinations désordonnées. n se détermina donc à enchaîner sa volonté , par de forts et étroits liens, au moyen des vœux qu'il fît en nombre considérable, afin qu'elle ne pût plus se mouvoir au gré de ses caprices, mais exclusivement selon l'impulsion que lui donnerait la volonté divine. Et afin que les engagements qu'il prenait par ces vœux eussent plus de ténacité pour assujettir fortement sa volonté à celle de Dieu , il voulut que ces engagements fussent pris pour les choses les plus parfaites qu'il soit possible de s'imaginer. Je vais mettre sous les yeux du lecteur, ces vœux tels qu'il les avait écrits de sa propre main, et qu'on les a retrouvés dans ces papiers : « Pour l'amour de la très-sainte Trinité, de Jésus et de JMarie, ainsi que de tous les Saints, je fais vœu de travailler pour arriver à la plus grande perfection. Vous savez, mon Dieu , quel est mon désir de souffrir la mort, s'il le faut, pour vous servir. 0 mon Dieu, mon amour, recevez votre serviteur qui se consacre à vous , et pardonnez son indignité. Jo fais vœu de conserver une pureté angélique, et d'y aspirer de tout mon cœur, de ne m'afïectionner à rien autre qu'à vous et pour vous, ô mon Dieu, d'obéir eu tout ce qui ne vous oflfensera

pas à mes supérieurs, et d'agir conformément à leur volonté avec le plus de zèle et de perfection qu'il me sera possible, de faire tout ce qui a rapport à mes actions, à mes paroles, à mes pensées, à mes désirs , pour l'amour de la très-sainte Trinité, de mon seigneur Jésus-Christ, de ma reine la Vierge Marie, de mon saint patriarche saint Ignace et de tous les Saints, d'observer les règles de mon institut et de ne commettre à ce sujet le moindre péché, ni même la plus légère imperfection, de m'eCorcer avec la grâce de Dieu de conserver mon âme dans les sentiments d'amour actuel, de conformité et de désir de plaire à mon Dieu, et de m'occuper sans relâche , du soin de me maintenir continuellement en la présence de Dieu. »

^31. — Nous ajouterons que le sentiment affectueux avec lequel ce bon religieux offrit à Dieu l'holocauste de ces vœux si difficiles à tenir, fut tellement intime et sincère, que ne se bornant pas à les tracer avec de l'encre , il voulut encore qu'ils fussent écrits de son propre sang, et même d'un sang puisé aux veines les plus rapprochées du cœur. Il se fit donc à la poitrine une blessure si profonde, que la cicatrice lui en resta jusqu'à sa mort, et avec le sang qui en découlait, il traça sur le papier les vœux que nous venons de reproduire.

"-23^. — Dans la suite, ce bon religieux de plus en plus enflammé du désir de plaire davantage à son Dieu, fit vœu de procurer par ses prières et par tous les moyens qui seraient en son pouvoir la conversion des pécheurs, des païens , des hérétiques, la perfection des justes et la conversion du monde entier» le salut de toutes les âmes , de faire tous les jours dans cette intention l'oûrande de son sang , de son honneur et de sa vie. Non content encore de tout cela, il ajouta à ses premiers vœux de nouveaux engagements, tels que ceux de s'exercer à la perfection de toutes les vertus, de s'élever au plus haut degré de l'humilité, de la modestie, du silence, de la chasteté, de la pureté angélique, de l'obéissance, de la miséricorde, de l'aumône, de la patience, de la bénignité, de la force, de la justice, de la dévotion, de la piété, de la reconnaissance, de l'oraison, de la présence de Dieu , de la mortification , du zèle pour le salut des âmes, de la charité, etc. Mais le plus riche ornement dont il para la couronne de tant de vœux si difficiles , et qui lui mérita une mémoire immortelle, fut la fidélité qu'il fit éclater à les maintenir, car il put en touie vérité tracer les paroles suivantes :

Je n'ai jamais de propos délibéré laissé passer une occasion de me morlifier, et n'ai, en aucune époque, négligé de prati(picr un acte de vertu, quand je le i)Ouvais.

"233. — J'avoue que je suis dans l'admiration du d(''sir si ardent qui enflammait ce saint religieux, pour rccherchor en toute chose ce qui pouvait plaire à Dieu, et de ne s'écarter jamais d'un seul point de sa très-sainte volonté, de lier sa volonté propre par des vœux aussi étroits, afin qu'elle restât constamment enchaînée sous celle de Dieu ; car on y voit le caractère bien prononcé d'une sublime et éminente charité. Mais je n'ai pas mis ces traits édifiants , sous les yeux du lecteur, afin qu'il marche sur les traces de ce grand serviteur de Dieu, et qu'il se lie lui-même, à son tour , par des vœux de cette nature. Je regarde même comme im excès de témérité, de contracter des engagements si supérieurs aux forces humaines, sans une inspiration très-spéciale de Dieu, sans l'assistance d'une grâce trèsextraordinaire , et sans le jugement réfléchi des directeurs spirituels. Je veux dire seulement que, si un chrétien désire aimer Dieu parfaitement, il doit au moins accomplir avec ponctualité toiit ce que lui impose la loi divine, et se conformer à sa juste volonté dans tout, sans exception, quelque dur, quelque difficile, quelque pénible que soit ce qu'il ordonne. C'est un devoir qui doit s'accomplir par une généreuse abnégation de notre propre volonté, en la forçant de se soumettre.

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