‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 27 sur 160 · O» T EXPLIQUE 8LR QUEL FONDEMENT REPOSE CETTE CONFORMITÉ · texte numérisé non relu

O» T EXPLIQUE 8LR QUEL FONDEMENT REPOSE CETTE CONFORMITÉ

234. — Parlons maintenant de la base sur laquelle doit s'appuyer notre volonté, afin qu'elle soit docile à la volonté divine, et des motifs qui doivent corroborer dans notre cœur celte coniormité. Ce fondement, à mon avis, est une ferme, forte et vive persuasion, que rien n'arrive dans ce vaste univers , que par mie disposition de la volonté divine. Je donne à cette persuasion le nom de fondement, parce qu'il est évident que rien ne peut arriver que Dieu n'ait voulu comme créateur et suprême régulateur du monde, et que l'homme ne peut se conformer à cette volonté souveraine, s'il n'est pas prolondcmcnt convaincu

de cette vérité. Il me semble donc, que l'on doit voir dans cette croyance, le fondement de cette vertu. Car, eu efïet, de même que, si un édifice pèche par le fondement, il ne peut plus rester debout ; de même aussi cette conviction de foi ne peut être la base de la conformité dont nous parlons, si elle n'est pas solidement assise, et c'est cependant sur elle, comme on Va vu, que reposent les plus précieux mérites de la charité divine. Le présent chapitre traitera de ce qui se réfère à ce fondement, en réservant poiu* les chapitres suivants ce qui concerne les motifs.

235. — Tout ce qui arrive dans le ciel et sur la terre , est l'effet d'une cause ou nécessaire ou libre. Les causes nécessaires sont celles qui agissent sans choix , ni libre arbitre, et leurs effets sont pareillement nécessaires. Tels sont ceux qui résultent du soleil, de la lune, des planètes, des étoiles, de la terre, des herbes, des plantes, de l'air, des vents, de la mer. A cette catégorie d'effets, se rapporte tout ce que la nature produit en nous ou autour de nous de fâcheux et d'agréal)le. Or, Dieu est la cause de tous ces effcite , puisqu'il les veut tous , puisque tous ont été établis de Dieu de toute éternité, par un décret positif, sans <JD excepter un seul. Il concourt directement à la production de tous ces effets comme première cause de laquelle il faut que tout relève. Omnia opéra nostra operatus es nobis. [Isaiœ. 26, 12). Dieu, de toute éternité, a décrété tels enchaînements de causes naturelles, d'où résultent la fertilité des champs, ou leur stérilité; une température atmosphérique utile aux vivan's ou une intemuérie qui leur est pernicieuse. Tantôt soufflent des Tents qui ravagent les campagnes et font surgir des tempêtes lunestes aux navigateurs et à leurs cargaisons, tantôt la saison est belle et favorable , et tantôt elle est pluvieuse et froide , et quelquefois chaude et aride., De toute éternité il a réglé notre naissance, que nous sortions d'une race noble, ou d'une maison pl'béienne ; que nous ayons des parents riches ou des parents pauvres. 11 a voulu qu'il y eût dans nos corps , ou une juste proportion d'^>umeurs qui les rend sains et vigoureux, ou un excès lymphatique d'où provient la maladie. On peut raisonner de même sur toutes les autres choses qui se manifestent accidentellement durant le cours de notre existence. Il s'ensuit qu'en ne voulant pas se soumettre à la volonté divine dans tous ces efieti uaturela qui nous sont pénibles et fâcheux, on se reu-

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drait coupable de ivbellioii contre Tordre établi de Dieu. Ce^ serait vouloir substituer à lu sagesse éternelle notre volonté aveugle et dcsordonuée.

23G. — Je sais bien que plusieurs de ces effets naturels sont> appelés du nom de maux, parce qu'ils nous affligent, mais aulond ce ne sont point des maux véritables ; car ils ne rculerment eu eux aucun mal moral, qui seul est digne de ce nom , et que Dieu les fait servir à noire plus grand bien qui n'est autre que le bonlieur éternel. Tels sont les grêles, les orages, leô rencbérissements des vivres, les tremblements de terre, leS' maladies pestilentielles, les mortalités extraordinaires. A ces divers maux il faut rapporter les chaleurs excessives, les froids exorbitants, les pluies trop abondantes, les sécheresses de longue durée, les pertes de fortune, les iaillites, la pénurie des subsistances, la pauvreté, la misère. Tout cela s'appelle mal, mais au fond tout cela est un grand bien ; parce que Dieu l'a réglé ainsi de toute éternité pour le salut de nos âmes, afin que^, frappés de ces diverses calamités, nous reconnaissions nos fautes et que par cette expiation nous puissions mériter les récompenses éternelles. Dieu l'a voulu encore, afin que, par notre résignation à ces dures épreuves, nous puissions recueillir un trésor <le mérites qui serviront à nous tresser des couronnes et à nous mettre en main des palmes immortelles dans le ciel, C^est ce que nous assure le prophète Amos, quand il nous dit qu'il n'y a dans la vie aucun mal , aucune peine que Dieu ne nous rende souverainement utile, selon la fin qu'il s'est proposée. Si erit malum in civitate, quod Dominus non fecerit ? (Amos. 3, 6). Ainsi donc, tout chrétien éclairé du flambeau de la foi, doit dans tous ces maux se conformer avec paix à la volonté du Seigneur, et baiser cette main bienfaisante qui le frappe et cette verge intelligente qui le flagelle, en répétant ces paroles du Prophète royal : Virga tua et baculus tuus, ipsa me consolata sunt. {Psalm. 22, 4).

237. — Passons maintenant à la seconde partie que nous avons annoncée , je veux dire aux efiets qui sont produits par des causes libres, telles que les actes des créatures raisonnables douées du libre arbitre, comme les hommes, les anges et les démons. Et comme nous voyons assez ïréquemment que les actes nous causent quelque affliction, voyons quelle est leur dépendance de la volonté divine, afin, qu'à leur occasion, nous

çnissious agir selon les lois d'une iuste conformité. Il est certain «l^e ces actes dépendent de la volonté des créatures qui les proifiaisent, de telle sorte aussi qu'ils pourraient n'en être pas l'effet: flOttals ils dépendent aussi de la volonté positive et négative de iiicn, selon le langage de lascholastique. Si ces actes, procédant oies créatures douées de raison, sont vertueux et saints, Dieu (ifô a voulus d'une manière positive ; puisqu'il les a ordonnés ou scoîiseillés, et ils s'harmonisent, en ce cas, avec son concours •particulier. Si ces actes sont pervers, ils n'émanent pas de la ■«^olonté divine; elle ne fait que les permettre en tant qu'elle n'y anet point obstacle, quoiqu'elle le puisse, et cela pour des fins sablimes et impénétrables à notre iulelligence. Dieu 3' concourt, il est vrai, mais à regret, parce qu'il y est en quelque sorte contîaiut par notre obstination, comme il s'en plaint de la propre isouclie de son prophète Isaie : Servire me fecisti in peccatis £îiis, prœbuisti mihi laborem in iniquitatibus tuis. [Is. 43, 24). Ainsi ces actes pervers dépendent, en quelque sorte, d(î la volonté divine.

238. — Il faut encore observer, dans l'intérêt de notre discussion, deux choses relatives à nos actes iniques. Premièrement, la malice de l'acte ; et celle-ci n'est pas un effet de la volonté «SseDieu. Secondement, certains effets qui résultent de l'acte acauvais. et, comme ceux-ci ne sont pas moralement pervers, Uieu les veut pour des fins très-saintes qui ordinairement regardent nos avantages spirituels. Je m'explique. Un ennemi 5P»orte dommage à votre honneur par ses médisances ou ses «calomnies, ou bien il vous outrage par des injures. Il faut ici aximaripier deux choses, savoir : la calomnie et l'outrage que liien ne veut pas, mais qu'il abhorre et qu'il punit, et pourtant Ki. les permet. Il faut ensuite considérer le déplaisir que cela "w^oiis fait ; ceci. Dieu le veut pour exercer votre humilité, votre ^a[tience et votre chanté envers ceux<iuivous outragent. Unvo- Ijcur vous soustrait furtivement quelque objet précieux, un juge jçorte contre vous un arrêt injuste, une personne de votre mai* «son vous fait de la peine par une conduite dij:^ie de blâme. âJieu, dans ces circonstances, ne veut pas l'injustice, ni les mau^ '^vais procédés, mais il veut vous affliger, il veut les peines qui ^yous arrivent de la malice de votre prochain, il veut tout cela r^our le salut, pour la perf(,'ction de votre âme, et, par couse* tjueut, vous devez, eu laissant à part les actes pervers d'artriii^

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vous conformer à la volonlé divine en tout ce qui vous survient d'aflliij;eant et du pénible.

230. — Apprenons d'un des plus illustres lnJros de l'antiquité comment doit se pratiquer cette très-importante doctrine. Je veux parler du saint homme Job. Au moment où il se trouvait à l'apogée de ses prospérités, on vint lui annoncer de divers côtés les nouvelles les plus sinistres, les plus imprévues. Voici un messap^er qui arrive dans sa maison et qui lui apprend que dos Chaldéens ont enlevé tousses troupeaux. En voici un autre qui vient lui dire que les Sabéens ont massacré ses nombreux serviteurs. Un autre vient le prévenir d'un accident bien plus douloureux, et lui dit que deux vents opposés ayant fondu sur sa maison, l'ont renversée, et que tous ses enfants ont péri sous les décombres. Que fait Job au récit de tous ces malheurs? Que dit-il en réponse à l'avis de ces cruelles catastrophes? Job ne dit que ces paroles : Dominns dédit, Doriiinus abstulit. Dieu me l'avait donné. Dieu me l'a ôté. Mais qu'avez-vous dit, saint Prophète? Dieu vous a ôté ces biens? Mais vous êtes dans l'erreur. Ce n'est pas Dieu qui vous a ravi vos troupeaux, ce sont les perfides Chaldéens qui vous les ont enlevés. Ce n'est pas Dieu qui a massacré vos serviteurs, mais ce sont les barbares Sabéens qui en ont fait un horrible carnage. Ce n'est pas Dieu qui a ruiné votre habitation, qui a lait périr vos chers enfants, mais c'est bien le démon conjuré pour votre perte. Ah ! ne parlez pas ainsi, répond ce modèle de patience, je sais prendre les tribulations par leur vrai côté. C'est Dieu, oui, c'est Dieu qui m'accable de tant de maux. II est bien vrai que Dieu n'a pas voulu les rapines des Chaldéens, la barbarie des Sabéens, la malice des démons, mes persécuteurs ; mais il a voulu m'afïliger, il a voulu mes cruelles peines, il a voulu mes tribulations. Il permet à tous ces emiomis les péchés qu'ils ont commis, afin de me tourmenter moi-même. Il se sert de la méchanceté des autres, comme d'un instrument pour me flageller. Voici le raisonnement très-solide, que fait saint Augustin sur ces paroles : Non dicit Job; Dominus dédit, diabotus abstulit. Mais il dit: Domînus dédit, Dominus abstulit. Sit nomen Dominibenedictum. {In Psalm., 31). Ce ne sont ni le démon, ni les Chaldéens, ni les Sabéens qui m'ont ravi mes biens, c'est Dieu qui m'en a dépouillé Que sa volonlé soit donc faite, qu'il soit à jamais béni.

240. — Qne l'on considère mainieiiant la folie de tant de chré* tiens qui, en recevant quelque injure de la pai^t des hommes, ne se figurent pas que ces peines, dont ils sont intérieurement affligés, leur viennent de Dieu. Mes tribulations, dit l'un, ne m'arrivent pas de Dieu, mais de la méchanceté d'un ennemi qui, par ses paroles, déchire mon honneur, et, par ses actes, vient se mettre à la traverse de mes avantages temporels. Mes peines n'ont pas Dieu pour auteur, dit un autre, mais elles ne m'arrivent que d'un voisin malicieux qui me pique par ses propos oflensants, d'un fils égaré qui me fait cruellement souffrir par sa mauvaise conduite, d'une femme d'humeur insupportable qui me fait vivre dans imétat d'impatience et d'irritation. Cette autre vous dit : ma tribulation ne vient pas de Dieu, mais des extravagances de mon mari, de ses déportements, de ses prodigalités. Ces personnes-là, dit saint Dorothée, ressemblent à des chiens qui, assaillis de coups de pierre, mordent ces innocents projectiles avec rage, et ne font pas attention à la main qui les lance et leur cause des meurtrissures. De même ces personnes dont nous parlons se livrent à des transports de colère et de fureur contre le prochain qui les calomnie ou les outrage, et ne portent pas leurs regards vers Dieu qui, d'une main toujours miséricordieuse, lance sur elles ces traits douloureux, ea permettant ces injustices qui les désolent, dans la vue de leur faciliter l'expiation de leurs péchés, et pour augmenter leurs mérites. Nos ve?'o, cum verbum ulliim in nos dictum audimuSf canes imitamur. Ht emm, si quis in eos lapidem jecerit, jacen» tem lapidem missum mordent. Ita nos Deo relicto, qui nobis tribulationes hujus modi ad peccatorum nostrorum purgationem vroairat, ad lapidem , hoc est ad vroxi^num currimm, {Doct. 7).

241. — Ce n'est pas ainsi qu'agissait le saint roi David, lor^ qu'il fut assailli par les injures d'un homme vil, tel qneSéméi, qui lui adressait ces outrageantes paroles : Egrcdcre vir sanguinum, et vir Déliai. Viens, iiomme de saii^, adorateur ae Belial, suppôt du démon! David, frappé des coups de pierres dont les maius de cet homme étaient chargées, ne fixa point ses regaids sur ces mains ni sur la bouche téméraire qui l'insultait si gravement, mais il éleva son esprit vers Dieu, et reçut ces coups et ces outrages comme venant de la main même du Seigneur; Dominus prœcepit et, ut malcdiceret David. C'est Dieu

qni inVnvoin ot^s nialédirlions. 0'"^ ^st , qui audeat dîccrei Quarc sic fecit ? (il, Heginn IG, 7). Qui donc osnrait s'opposer à sa juste et sainte volonté? C'est ainsi que nous devons nous comporter dans tous les maux que nous cause la perverse volonté da prochain, si le flamhoau de la foi luit encore dans notre fime. Concluons donc qne tous les maux qui peuvent nous survenir dans cette vie, soit qu'ils proviennent de causes nécessaires, comme les maladies, les douleurs , les pertes de santé ot de la vie, les famines, la stérilité, les pestes, les tremblements de terre, les intempéries des saisons, la pauvreté, les misères, soit qu'ils proviennent de causes libres , comme les injnstic-s , les torts, les affronts, les injures, les calomnies, les contradictions, les incommodités , et tout ce qui est le résultat de la perversité de notre prochain; concluons, dis-je, que tout cela dépend de la volonté de Dieu, qui, de tente éternité, a tout ordonné et disposé pour notre plus grand bien. C'est pourquoi il y a pour nous une stricte obligation de nous soumettre avec un sentiment d'humble résignation, à sa sainte volonté dans tout ce qui nous afflige.

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