I. IV
qu'en sus de l'existence naturelle, il nous a rendus participants ae son être divin par le moyen de la grâce sanctifiante, il nous a associés à sa nature divine , car ce sont là les propres paroles de l'apôtre saint Pierre: JJt efficiamini divinœ consortes naturœ, (il Pet. i, 4). C'est encore, tel qu'un père plein d'amour, qu'il nous prépare l'héritage du royaume éternel , où nous attend un bonheur sans nuage. Or, qui peut ignorer qu'un père jouit d'un droit réel sur ses enfants , que ceux-ci lui sont subordonnés , et doivent ponctuellement faire ses volontés ? En outre. Dieu est notre ami , par le moyen de la même grâce ; et cette grâce, comme je l'ai déjà dit, établit une véritable amitié entre Dieu et notre âme. Or, il est certain que l'amitié requiert une union de volontés entre des amis, selon le célèbre axiome : Amiens est alter ego. Aussi David et Jonathas nous offrent un exemple d'amitié parfaite ; car dans les deux corps n'existait qu'une âme : Anima JonathcB conglutinata est animœ David. (i Reg, 18, 1). Dieu, de son côté, observe en toute perfection les lois de l'amitié, puisqu'en tout ce qid est licite et convenable il accomplit la volonté de quiconque le craint et l'aime : Voluntatem timentium se faciet. {Psalm. 114, 19). Dieu a toujours les yeux ouverts et attentifs sur les besoins des âmes justes qui entretiennent leur amitié avec lui, il prête continuellement une oreille bienveillante à leurs demandes, afin de répondre à leurs désirs : Oculi Dei super justos, et aures ejus in preces eorum. Mais pour qu'une telle amitié soit accomplie des deux parts , il est indispensable, si nous ne voulons pas nous montrer infidèles et déloyaux à un si grand ami, de nous conlormer en toutes choses à sa sainte volonté. Il y a en même temps pour nous une stricte obUgation de rechercher tout ce qui peut lui plaire, et c'est ici la première règle de toute équité, de toute justice et de toute sainteté. Si donc le Seigneur veut bien se soumettre é faire notre volonté , il faut bien aussi que nous nous soumet tions à la sienne.
252. — Il est néanmoins un motif encore plus puissant qui doit nous y déterminer, et nous devons l'avoir continuelleinent présent à l'esprit; c'est que Dieu est le souverain bien, et que toutes les créatures doivent par cette raison se soumettre à ses volontés. Le bien mérite d'être aimé. J'ai déjà dit que le bien est pour notre volonté ce que l'aimant est pour le fer , et qu'il l'attire toujours à lui par ses charmes ravissants. Plus est graaJc
là bonté qiiî se manifeste dans l'objet aimé, pins anssî est puissante et entraînante la force qu'il a d'attirer la volonté et d'enilammer d'amour pour lui. Dieu étant doué d'une bonté infinie, il y a donc en lui un attrait infini d'amour, el un mérite ineilable qui le rend digne d'être infiniment aimé plus que toute autre chose , soit dans nous , soit hors de nous; je veux dire plus que notre corps, plus que notre âme, plus que nos inclinations, plus que toutes nos volontés, et par conséquent, il est digne de préférence sur tous nos penchants naturels à faire ce qui nous plaît. Car enfin, l'amour n'est autre chose que le désir du bien de l'objet aimé , et la volonté de le lui procurer en proportion du mérite que nous y découvrons. Donc, puisque Dieu possède un mérite infini en vertu duquel notre volonté doit fléchir et se soumettre devant la sienne , cette volonté doit être sacrifiée à celle de Dieu, s'il est vrai que notre cœur soit rempli d'amour pour lui.
:2o3. — Un seul acte de conformité fait par le grand prêtre Heli prouve combien est agréable à Dieu cette soumission de notre volonté à ses justes ordonnances. Ce souverain prêtre était responsable devant Dieu de tous les sacrilèges dont ses enfants s'étaient rendus coupables, et des scandales publics qu'ils avaient donnés au peuple dans le saint Temple, parce qu'en ayant eu connaissance, il ne les avait pas repris. Eo quod noverai indigne agere filios suos et non cor ri puerai eos. C'est pourquoi Dieu lui fit savoir, par la bouche du prophète Samuel, qu'il allait perdre le sacerdoce, qu'il serait expulsé du temple, et que ses fils et lui seraient mis à mort. Héli, en entendant cet arrêt porté contre lui en expiation de ses fautes, inclina la tête, et prononça ces belles paroles : Dominus est, quod bonum est in oculis suis faciat. (ii. Reg. Cap. 3, 13). Dieu le veut ainsi, qu'il soit fait selon ce qu'il plaira à ses yeux. Cet acte de conformité et de résignation à la volonté de Dieu, fut si agréable au Seigneur , que d'après le commentaire de Corneille de la Pierre qui cite sur ce point de très-graves auteurs, il mérita sa grâce, malgré ses énormes fautes. Vide hic , dit le commentateur précité , responsum Heli dignum sacerdote pœnitente, œqui animi , et resîgnati ad omnem Dei voluntatem, et eastigationcm tam horrendayn : eo quod Heli salvus videtur. lia Theodorelus, etc. Tout chrétien qui veut mériter les bonne»
grâces de scn Dieu, doit donc imiter TeXemple de ce gracd j^rètre.