‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 31 sur 160 · IS · texte numérisé non relu

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frappante, en racontant un t-véucment prodigieux qu'on lit dans les histoires des Pères du désert. {Ex Ub. Doclr. PP. de Providentia n. 5). Le mariage avait formé une alliance entre dcui époux aussi dilTt'rcnls do mœurs et de caractères que leur conilitiou était d'ailleurs égale. Le mari avait une excellente conduite, la femme vivait sans frein. Le mari était malo heureux, car dépourvu de biens il était contraint de gagner sfc vie à la sueur de sou front, en cultivant la terre, et comme si, sauté n'était pas vigom'euse, il était obligé de garder le lit, sou^»' le |>oids de la maladie qui l'accablait. Si la santé lui revenaif , les fatigues qu'il était obligé de supporter Fexténuaient, et pui; quand la maladie reparaissait, ses souffrances le torturaient. En im mot , chaque période de sa vie était marquée par l'miortune. Enfin, après une existence aussi malheureuse, et au bout d'une maladie très-grave, il expira dans les plus cruelles douleurs. Il sembla qu'à sa mort, le ciel indigné voulait se dissoudre en afîreuses tempêtes, les éclairs brillaient, le tonnerre éclatait, et pendant trois jours une pluie d'orage ne cessa d'inonder la terre et il ne fut pas possible de porter à l'église le cadavre du pauvre défunt. Les voisins, se réglant sur ces apparences, jugèrent présomptueusement que cet homme avait été un grand pécheur , puisque le ciel se déchaînait contre lui et que la terre ne voulait pas lui céder un étroit espace pour recevoir sa dépouille mortelle. D'autre part , au contraire, la lemme mena une vie très-heureuse au sein du contentement et de la joie. Elle n'eut jamais un accès de fièvre, jamais une douleur de tète, jamais la plus légère maladie, jamais aucune peine, rien ne pouvait troubler le boulieur de son existence. Arrivée au terme de sa vie, elle rendit eu paix le dernier soupir, eu un jour serein qui semblait vouloir se mettre en harmonie avec le calme de son trépas. Une fille , issue de ce mariage, réfléchissant une nuit sur la vie infortunée et la mort misérable de son bon père, et puis, se reportant sur la vie heureuse et la mort si paisible de sa mère , jugeait que la première avait été bien triste, et la seconde bien prospère, et elle formait dans son intérieur la résolution de prendre pour modèle la conduite de sa mère et de l'imiter eu tout point. Mais voici que tout à coup elle vit paraître devant ses yeux lui homme de haute taille, d'un extérieur vénérable, qui l'interrogea sur les pensées qui «igilaient son esprit. Cette jeune personne, eflrayée à cette vue

et en entendant ces paroles, fut saisie d'un tremblement qui lui coupait la parole. Alors cet homme lui dit: Je sais ce que tu penses. Viens avec moi et je dissiperai ton erreur. Il la prit effectivement par la main et la conduisit dans un lieu si charmant et si agréable qu'on eût dit le paradis terrestre. Là elle trouva son père, qui aussitôt vint au-devant d'elle;, l'embrassa et l'appela du doux nom de sa fille. Celle-ci voulait se fixer avec lui dans ce séjour délicieux , mais son guide ne voulut pas le lui permettre ; il la prit encore par la main et la conduisit par le penchant d'une montagne, dans une grctte ténébreuse, où l'on n'entendait que des hurlements, des clameurs, des grincements de dents et des sanglots. Là elle vit , plongée dans une fournaise de feu le plus ardent, sa malheureuse mère qui, dans son désespoir , maudissait ses anciens désordres et sa Tie débauchée. Il n'est pas facile d'exprimer combien elle fut saisie d'horreur. On pense bien qu'après cette vision elle s'emprîî^sa d'embrasser une vie sainte, et de marcher sur les traces de son père en y persévérant jusqu'à sou dernier soupir. Cette vision fut racontée par un de ces vénérables Pères du désert, telle que la lui avait communiquée cette même fille, lorsqu'avaucée en âge elle était parvenue à une très-haute perfection. Ceci démontre clairement la vérité que nous exposons et nous prouve de plus en plus que les afflictions de cette vie ne sont point de véritables maux, quoiqu'elles nous soient très-pénibles, mais qu'au contraire ce sont de grands biens quand on envisage la fin que Dieu se propose en nous les envoyant.

2G6. — Mais si ce que nous disons est très-vrai, quelle folie n'est pas la nôlre de ne pas vouloir nous laisser gouverner en ce monde par la volonté de Dieu, et de ne pas prendre pour règle tout ce qu'il ordonne, quand nous sommes assurés qu'en agissant de la sorte nous réussirons en tout parfaitement ! 11 faudra bien quelquefois supporter des choses qui sont contraires à notre honneur , à notre réputation , à nos intérêts matériels, à notre santé, et peut-être à notre vie. Mais qu'importe ? Si en nous abandonnant aux dispositions de la Providence, nous sommes assurés que tout cela aura une issue prospère et que tout contribuera à notre plus grand bien. Quel est le fils qui ne confierait pas le soin de ses affaires à une mère dont il sait qu'il est tendrement chéri? Quel est l'ami qui ne remettrait pas le soin de ses opérations commerciales ou autres à un ami qui

ne lui souhaite que toute s<jrte de biens ? Pourquoi donc n'en ferions-nous pas de même à l'égard de Dieu et ne nous abandonnerions-nous pas à sa conduite, soit dans la prospérité, soit dans l'adversité, puisque nous savons très-bien qu'il nous aime plus qu'une mère qui chérit son enfant , plus qu'un ami n'est cordialement dévoué à son ami ; car enfin , dans toutes les dispositions de sa Providence, Dieu ne se propose que notre bien? Ainsi donc, jetons-nous dans les bras de notre bon père, et laissons-nous guider par sa volonté si bienveillante. Jacta super Dominum curam tuam. [Psalm. 5i, 23). Jetons toutes nos sollicitudes dans cette mer si douce de la bonté infinie de notre Dieu , bien persuadés qu'il prendra soin de nous et qu'il fera éclater en notre faveur toute la sollicitude d'un père : Omnem sollicitudinem vestram projicientes in eum , quoniam ipsicuia est de vobis. (1 Pétri 5, 7). Voici quelque chose qui doit nous surprendre : Jésus-Christ par amour pour nous s'est entièrement résigmé à la volonté impitoyable des bourreaux qui l'attachaient à ime croix : Jesum vero tradidit voluntati eorum. {Lucœ 23, 25), Et nous, par amour pour lui, nous refuserions de nous abandonner à sa volonté, toujours disposée à nous faire du bien !

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