‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 35 sur 160 · AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUR LE PRÉSENT ARTICLE · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENTS PRATIQUES AU DIRECTEUR SUR LE PRÉSENT ARTICLE

290. — Premesr avertissejient. La bonne direction d'un père spirituel peut contribuer beaucoup à procurer à ses pénitents cette conformité à la volonté divine, et par conséquent l'acquisition de la charité qui consiste en elle principalement. Quand le directeur s'aperçoit que son pénitent, hbre de tout péché mortel, commence à éprouver des sentiments d'amour de Dieu, il doit lui faire pratiquer ce saint exercice, afin que l'amour d'afiection parvienne à cet autre amour solide et substantiel des œuvres. 11 doit donc lui faire souvent méditer les motifs plus haut exposés , afin que sa volonté se plie à cette soumission à la volonté divine , surtout dans les choses qui sont incommodes et pénibles à notre fragile nature. Il lui fera prendre pour oraisons jaculatoires à répéter plusieurs fois dans la journée, certains passages de l'Écriture où se trouve exprimé le désir de se conformer en toutes choses à la volonté de Dieu. Ce seront par exemple ces textes connus de tout le monde : Non mea, sed tua voluntas fiât. Non sicut ego volo, sed sicut tu. Fiat voluntas tua , sicut in cœlo et in terra. Domine quid me vis facere ? In capite libri scriptum est de me, ut faciam voluntatem tuam. Deus meus volui. Sainte Gertrudc , répétait trois-ceutsoixante-cinq fois par jour ces paroles : Mon aimable Jésus que votre volonté soit faite et non pas la mienne. Noire Sci-

gncnr apprit à Grc^goire Lopez, cet homme d'une spirîtnalîfé 81 profonde , à employer pour exercice d'oraisons jnculntoires ces paroles : Que votre volonté soit sur la terre comme dans le ciel. Il se livra à cet exercice avec tant d'affection et d'assiduité qu'il répétait ces paroles à chaque res[tiration, c'està-<lire un nombre infini de fois, et s'il lui arrivait de ne pas mettre assez d'attention à cet exercice, Dieu permettait que le démon l'assaillit de rudes tentations. De cette pieuse pratique il résultera que le pénitent, en aspirant fréquemment à l'accomplissement de la volonté divine, maintiendra toujours au lond de son cœur ce saint désir, et que quand les occasions se présenteront d'avoir à éprouver quelque chose de pénible, comme cela ne nous manque jamais dans ce triste pèlerinage de la vie, il se trouvera tout disposé à se soumettre à la volonté du Très-Haut.

291. — DEUXiÈjrE AVERTISSEMENT. Le directeur doit enseigner à son disciple , l'alliance de la conformité avec la confiance en Dieu , parce que celle-ci dispose à la première et la rend trèsfacile. Je m'explique. Si la personne qui endure des tribulations qui lui viennent des hommes ou des démons, et même des causes qui nécessairement les amènent, est bien convaincue que tout cela est un effet de la disposition de Dieu pour smi plus grand bien, elle en attend avec la plus vive confiance un heureux succès, et s'abandonne de même à la conduite de la Providence. Quand son espérance est ranimée, il lui est bien plus aisé de se conformer à la volonté de Dieu, quelque pénible que soit l'épreuve, en considération du mérite infini de Dieu et de la soumission qu'elle lui doit. En effet , l'espérance fait disparaître toute répugnance et dispose l'àme à cette soumission. En ce cas, la personne spirituelle reste calme au milieu des événements qui la contrarient le plus naturellement , et se repose avec paix dans les dispositions delà Providence à son égard, selon ces paroles du Prophète royal : In pace in idipsmn dormiam, et requiescam ; quoniam tu, Domine singulariter in spe constitidsti me. [Psabn. 4, 9). Je reposerai et je dormirai dans une paix profonde, quelque événement qu'il m'arrive, parce que vous , ô Seigneur, m'avez solidement fixé dans l'espérance. Au contraire, si l'homme est destitué de cette confiance en la Providence divine, et ^i au milieu de ses contrariétés il redoute une issue mnlhcuivuse, il lui sera bien difïïcile d'acoMiescer

aux volontés du Seigneur, elsi sa vertu n'est pas bien affermie, il ne le fera certainement pas.

292. — Saint Grégoire raconte un fait relatif à un moine nommé Martin {Dial. lib. 3, Cap. 16.), dans lequel nous trouvons une preuve frappante de ce qui vient d'être dit. Ce grand serviteur de Dieu s'était retiré pour vivre solitaire dans une caverne, d'où Dieu , pour lui prouver combien il le protégeait, avait fait naître , par un miracle , un petit ruisseau qui lui fournissait de quoi se désaltérer. Mais le démon, ne pouva ,t souffrir la vie toute sainte que Martin menait séquestré de la société des autres mortels dans cette caverne, s'avisa de le persécuter par d'effroyables apparitions. Pendant que le Saint priait, l'esprit infernal lui apparut sous la forme d'un horrible et A enimeux serpent qui semblait vouloir s'élancer sur lui pour le dévorer et s'entortillait autour de ses pieds pour le troubler dans ses prières. Si Martin voulait s'étendre sur le sol pour réparer ses forces, aussitôt le serpent s'étendait de même à son eôt('', afin de troubler son repos. Mais chez Martin, l'esprit de conformité corroboré par la confiance où il était, de ne recevoir de ce monstre aucune attaque , allait si loin , que tantôt il présentait au serpent une main , tantôt un de ses pieds, en lui disant : Mords-moi, si tu peux, je ne t'en empêche pas. Sed vir sanctus omnino imper territus , ejus ori manum , vel pedem extendebat , dicens : Si licentiam accepisti ut ferias , ego non prohibebo. Cette persécution diabolique dura pendant trois ans. Enfin, vaincu par l'admirable constance du solitaire, le monstre infernal se mit à pousser un épouvantable hurlement, et jetant feu et flammes, il se précipita du haut de la montagne, entraînant après lui les rochers et les arbres qui se trouvaient sur le penchant de ce mont. Le Saint conclut ainsi qu'il suit : Perpende , qucBso , iste vir Domini in quo mentis vertice stetit , qui cum serpente per triennium, jacuit securus. Que l'on réfléchisse, dit-il, sur la hauteur de la perfection à laquelle était parvenu cet homme de Dieu, qui, pendant trois ans, put vivre tranquille et plein de sécurité en compagnie de ce serpent infernah On voit par ce trait , combien est puissante la conformité aux volontés célestes , quand elle s'appuie sur une confiance vive que Dieu nous protégera, et qu'il fera tourner eu bien les maux qui nous arrivent. Le directeur doit donc habituer son disciple à bien se pénétrer de conliauce envers Dieu au milieu

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des év(^nein(Mifs fùclieux. et à bien so juisuader quo Dieu dispose tout cria pour cii faire sortir le plus grand bien. Celle couliance adoucira les répugnances naUircUeï, et fera soumettre aisément sa volonté à celle de Dieu, comme d'ailleurs soi* devoir l'y oblige,

293. — Troisième avertissement. Ce qui contribuera beaucoup à procurer l'acquisition de cette sainte coni'ormité, ce k'ra do s'attacher attentivement à faire toute sorte d'œiivres grandes et petites, dans Tintention de plaire à Dieu et d'accomplir sa sainte volonté, en prenant pour fin principale ce désic de lui plaire eu tout. En effet, la personne spirituelle eu s ap,pliquant à ne vouloir que ce qui est agréable à Dieu dans les œuvres de sa prédilection , se dispose à ce même dévouement dans toutes les œuvres qui ne sont pas de sou gré, mais que Dieu permet, quoique contraires au caractère et aux inclinations naturelles de ses serviteurs Lors donc que ces épreuves survieiuient, on s'y accommode sans difficulté, en pensant que Dieu le veut ainsi. Mais il est nécessaii-e d'observer que l'intention droite et sainte dans ce que l'on fait , ne peut produire les résultats dont nous parlons qu'autant qu'elle est pure , c'est-à-dire qu'il ne faut y chercher que la volonté de Dieu ; et il faut en outre la renouveler fré({uemment , pour qu'elle ne soit pas souillée du contact de quelque fin humaine et de celui d'autres intentions terrestres et charnelles.

29i. — Quatrième AVERTissEiiENT. Le directeur doit conduire les âmes à cette conformité parfaite, peu à peu, en les faisant monter d'un degré à un autre, et en les élevant ainsi au degré le plus haut et le plus parfait. Il doit commencer par leur faire prendre en patience les afflictions que Dieu leur envoie. L'abbé Pasteur disait : Qui suis-je pour préférer ma volonté et mon jugement à la volonté et au jugement de mon Dieu ? C'est là uu Bxcellent moyen pour soumettre avec patience sa propre volonté à celle de Dieu, en comparant l'une avec l'autre, et en songeant combien grande serait la hardiesse de l'homme qui voudrait faire planer sa volonté sur celle de Dieu , et donner aune vile créature le pas sur son maître souverain. Le directeur doit ensuite faire en sorte que la personne spirituelle souffre avec allégresse , et trouve même du goût dans ses épreuves. Sainte Lidwine, au milieu de ses douloureuses infirmités, s'écriait : Seigneur, je prends beaucoup de plaisir à ces souffrances.

et daignez ne pas m'épargiier Ir-. douleurs, pour que votre voloulé s'accomplisse dans moi, car j'y éprouve de douces con° solations. Le révérend père Charles Spinola , de la Compagnie de Jésus, qui fut brûlé à petit feu pour l'honneur de la sainte foi, disait dans une de ses U^ttres : Si nous ne pouvons pas endurer de rudes souffrances, du moins c'est avec une graiide satisfaction que nous nous souvenons de <'cnx qui ont souffert, et de brûler des mêmes feux. Oh ! qi\and arrivera ce temps, cette heure, ce moment? Que c'est un doux penser que de songer seulement aux tourments qu'on doit souffrir pour Jésus- Christ? Que sera-ce donc quand ou pourra mourir pour lui? Ceci est un degré beaucoup moins accessible, parce qu'il est plus opposé aux instincts de la nature, mais pourtant, au fur et à mesure que l'amour s'enflamme, et que ce feu divin se dilate dans un cœur, il procure la force nécessaire pour s'élever à un plus haut degré. Le directeur doit encore, en troisième lieu, travailler à augmenter cette conformité au point de faire considérer les maux corporels comme de grands biens, et d'arriver jusqu'à en faire rendre à Dieu d'affectueuses actions de grâces, comme s'il s'agissait de précieux bienfaits qu'on en aurait reçus C'est ce que faisait le saint homme Job : Si bona suscepimus de manu Domini, mala quare non suscipiam'us ? {Job, 2, 10). Cet homme, doué d'une si admirable patience, prenait pour motif de recevoir volontiers, des mains de Dieu, les plus terribles afflictions dont le démon l'accablait, la libérale munificence du Seigneur qui l'avait jadis comblé, de biens temporels. Cela prouve qu'il regardait, comme de plus grands bienfaits, les maux dont il était accablé, que les biens qui lui venaient de la main de Dieu, car sans cela sou' raisonnement ne serait pas juste. C'est ici une vertu spécialement propre aux hommes parfaits, mais il ne faut pas pour cela se décourager, car avec l'assistance du secours divin on peut y parvenir. Le directeur doit pourtant observer qu'à quelque degré qu'aspire son pénitent, il est nécessaire d'en faire la demande au Seigneur; car si, pour acquérir toute vertu, il est nécessaire de recourir à de ferventes prières, à plus forte raison sont-elles nécessaires pour acquérir la vertu de conformité qui est la reine de toutes les vertus. Le pénitent, qui est désireux de s'unir ù ia vojv.'.lé de Dieu, doit s'écrier souvent avec le Propliètc royal : Dacc me faccre voluntateiu luam quia Deus vicus es tu. (Psalm. 42, 10).

!2'.).-). — CiNuLiLMii AVERTisstMENT. Lc (liioclcnr rencontrera dos personnes spinluelles nui savent se conformer à la volonté de Dieu dans les tribulations d'ici-bas, comme par exemple les l>('ilosde la santé, de la fortune, de la réputation. Mais il trouveia peu de personnes qui sachent s'y contormer pleinement quand elles sont privées des consolations sensibles, je veux (lire quand elles éprouvent des sécheresses et des abandons spirituels. 11 doit donc leur faire comprendre que c'est encore là un effet de la volonté de Dieu. Elles doivent donc en ces circonstances, comme dans toutes les autres afflictions, s'y conformer, s'humilier et se maintenir dans la paix. Elles vous diront que ces sécheresses spirituelles sont la cause de leurs imperfections. On peut donc leur faire cette concession, mais ne pas manquer de leur dire qu'elles doivent recevoir, avec résignation et avec calme, ce châtiment que Dieu leur inflige, et s'humilier devant lui chaque fois qu'elles se recomiaissent coupables. Ne serait-elle pas insensée, la prétention d'un pécheur qui, puni de Dieu pour ses prévarications, ne voudrait pas se soumettre à ses volontés, pai'ce qu'il a mérité les châtiments qu'il éprouve ? Elle serait tout aussi insensée l'excuse de ces personnes spirituelles qui, sachant bien qu'elles ont mérité ces sécheresses qui les désolent, se laissent aller à l'inquiétude, et ne veulent pas les recevoir de la main de Dieu. Elles diront que leurs aridités ne sont point des épreuves purgatives, mais que ce sont des relroidissemeuts et des tiédeurs de la piété. Alors le directeur leur fera entendre qu'il y a deux sortes de refroidissements : l'un qid affecte les sens, et l'autre qui réside dans la volonté. Il ne leur appartient pas de iaire disparaître le premier, car Dieu n'en est pas ofiensé : C'est tout le contraire pour le second, et il est en leur pouvoir de le faire cesser. Ces personnes peuvent donc remédier à ce dernier en se livrant sérieusement au service de Dieu ; quant au premier il s'agit de se contormer à la volonté divine et de rester er paix.

296. — Sixième avertissement. Dieu permet à certaines âmes un état de sécheresse, même dans la partie supérieure. Elles sont privées de lumières ; elles éprouvent dans leurs oraisons beaucoup de difficultés, même par rapport aux affections et aux bons propos qui dépendent de la volonté; elles ne peuvent pas élever leur cœur à Dieu à moins qu'elles ne fassent de grands

efforts. Ici encore elles doivent pratiquer cette conformité, et croire, comme ou n'en peut douter, que Dieu le permet ainsi pour leur bien et leur avancement spirituel. Il leur semblera quelquefois qu'elles sont dans l'impuissance de produire ces actes de conformité. J\iais elles se trompent, car la foi ne manque jamais, et l'on peut par sa vertu faire produire, par la volonté, des ^actes d'une juste soumission, quoiqu'ils soient frappés de sécheresse et d'insensibilité. Et quoiqu'il leur semblât même qu'elles sont dans l'impuissance de faire quelque chose, elles n'auront qu'à procéder d'une manière négative, c'est-à-dire, à s'anéantir devant Dieu en confessant cette impuissance et cet état de misère, et eu laissant faire à Dieu ce qu'il lui plaît. Mais, par-dessus tout, elles doivent se garder de se livrer à l'inquiétude, car ce serait une marque certaine que l'âme ne se plie pas aux dispositions de la Providence et ne s'y soumet point»

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