‹ Guide ascétique (volume 2)Chapitre 39 sur 160 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES ACTES DE CHARITÉ QUE l/ON PHATIQUE ENVEKS LES PAUVRES PAR J,ES AUMONES ET PAR LES AUTRES OEUVRES DE MlSËHICOaUE CORyORELLE.

340. — L'aumône peut être un acte de vertu morale et nn acte de vertu théologale, selon les divers motifs qui animcnC

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celui qui l'exerce. Si celui qui vient au secours des malhei!» renx ne s'y porte que par un motif de bonne action qui honore quiconque soulage la misère d'autrui, c'est en ce cas pratiquer lin acte de vertu morale; mais si l'on n'y est porté que par le désir de plaire à Dieu, qui voit d'un œil de complai-^ance cet acte de commisération, et que l'amour qu'on a pour Dieu en soit le mobile, en ce cas c'est faire un acte de vertu théologale. Or, c'est de l'aumône envisagée sous ce dernier aspect, en tant qu'elle est une charité théologale que nous voulons parler dans ce chapitre.

3il. — Pour comprendre jusqu'à quel point l'aumône est agréable à Dieu, il n'est ri(Mi qui nous le prouve d'une manière aussi évidente que le commandement de Dieu à cet égard, l'instance réitérée qu'il nous en fait et le soin tout particulier qu'il a de bien nous en inc'd(]iier l'importance et le mérite. Egoprœcipio tibi, nous dit-il dans le Deutérouome {cap. \ 5, 41), ut ap'rias maman fralri tuo egeno, et pavperi, qui tecum versatur in terra. Je te commande, dit le Seigneur, d'ouvrir ta main pour venir au secours de ton frère pauvre et indigent, qui habite avec toi sur la terre. Il renouvelle le même commandement dans la personne de Tobie, sans en excepter personne au monde. Quotnodo potuer/s , ita esto misericors. Si multum tibi fuerit, abnndanter tribue; si exiguum tibi fuerit, etiam exiguum libenter impertiri stude. {Tob., i, 8). Exercez la miséricorde envers les pauvres, selon vos facultés. Si' vous êtes riche, donnez avec abondance; si vous êtes pauvre, distribuez de bon cœur le [leu que vous pourrez. Dieu nous inculque la même chose dans Isaie, en détaillant les divers actes d'aumône auxquels il veut «ous astreindre. Frange esurienti panem tuum; egenos, vagosque indue in domum tuam; cum videris nudum , operi eutn, et carnem tuam ne despexeris. {Isaiœ, 58, 7). Rompez votre pain à ceux qui ont faim, recueillez dans votre demeure les étrangers et les vagabonds; quand vous verrez une personne dénuée de vêtements, donnez-lui de quo' se couvrir. Ne méprisez point les pauvres qui sont vos frères par nature, quoiqu'ils diffèrent de vous par la condition.

342. — Le divin Sauveur renouvelle ce même précepte dan? l'Évangile : Daie eleejnosynam, dit-il en saint Luc [cap. 19, 41) ; date et dabilur vobis, répête-t-il encore dans le même évangéliste {caj}. 7, 38). Vende quœ habes et da pauperibus, dit-il en «ûiut Matthieu [cap. i9, 11). Et par l'organe du même évan-

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gi51iste, il nous invite à donner largement en nous y excitant par l'espérance des trésors impérissables du ciel : Thesaurizate vobis thesauros in ccelo [eap., 19, 20). Enfin, saint Gyprien dit avec raison, que parmi les préceptes divins il n'en est aucun dont l'observation se rencontre plus fréquemment recommandée que celui de l'aumôue. In Evangelio Dominus doctor nosirœ vilœ et magister salutis œtern(S, inter sua mandata divina, et sua prœce2)ta cœlestia nihil crebrius mandat et prŒcipit, quam ut insistaiims eleemosynis dandis. {De Eleemosyna). Et saint Augustin, parfaitement d'accord avec ce saint Docteur, fait observer que Dieu, dans toutes les saintes écritures, soit de l'ancien, soit du nouveau testament, invite son peuple aux œuvres de miséricorde et au soulagement des malheureux. ISunquam admonitio divina cessavit, nunquam tacuit quominus in scripiuris sanctis tam veteribus, quam novis, semper, et ubique ad misericordiœ opéra Dei jjopulus provoceiur. {Lib. de Eleem.). Or, je dis : si un roi de ce bas monde, dans tous les édits qu'il publie , revenait continuellement à recommander la même chose; s'il faisait la même recommandation au commencement de son règne, et durant le cours de ce même règne, et puis encore dans les derniers temps jusqu'au dernier jour de sa vie, quel serait le sujet, si peu afiectionné pour son prince, qui ne s'attachât à accomplir une œuvre si assidûment et si explicitement conforme à ses volontés, et qui n'eût pas à cœur de s'y soumettre? Peut-il donc se rencontrer un chrétien qui ne fasse pas un grand cas de l'aumône, qui ne s'y affeclioime pas, qui ne l'aime pas et qui ne se mette point en peine de la pratiquer au prix même de quelque sacrifice, quand il ne peut pas ignorer qu'elle lui a été recommandée tant de fois, de tant de manières par son prince, par son souverain, par son monarque, en un mot par son Dieu, une œuvre, surtout, qu'il sait bien lui être si précieuse, si agréable, si chère?

3-43. — Je veux placer ici un témoignage de la salisfactioii particulière que Dieu goûte dans les œuvres d'aumône et dont l'auteur qui en fait le récit parle comme témoin oculaire. Je le puise dans le célèbre Thomas de Catimpré. 11 raconte {In lib. Apuin, lib. u, cap. 25) un trait de charité shigulière que pratiquait envers un pauvre mendiant, une dame du Brabant, qu'il coimaissait bien etqui iMait sa pénitiMite. Celte uanir, à une époque où régnait une grande cherté de vivres, où les pauvres

gens fonffrait^nt los torfnros (1(> la faim ou mouraient d'inanition , ou présentaient l'image de la mort sur leurs figures <li^chariu^es, ouvrit son grenier, et sans exiger de payement elle di'^trihuait son blé h quiconque venait frapper à la porto de sa demeure. Son époux, témoin d'une charité si prodigue, craignit que sa propre famille ne se trouvât réduite au besoin. En conséquence, il régla qu'on ne distribuerait une mesure d(Herminée de blé qu'une fois par semaine, c'est-à-dire autant qu'en pouvait contenir im certain coffre qui renfermait la quantité à ilistribuer. Il enjoignit en même temps à son épouse de ne pas outrepasser les limites de la distribution quotidienne. Mais ce coffre fut bientôt vide à cause de la multitude de pauvres qui accouraient en foule à cette maison. Cependant, il survint un plus grand nombre d'indigents, et la charitable dame se sentait intérieurement stimulée par les aiguillons de son ardent amour pour les pauvres. Ne pouvant plus se contenir à la vue de tant d'infortiuies, elle ordonna à sa servante de retourner au coffre. Celle-ci obéit, quoique de mauvais gré, parce qu'elle ^«vait bien que la provision était épuisée. Elle ouvrit cepen&î-ïstt ce coffre qui se trouva comble de grains d'excellente qualité. Miracle ! Miracle ! s'écria cette servante. A ces cris , la dame accourut avec son mari. Les autres domestiques s'empressèrent, à leur tour, et tous les assistants se pressaient autour dé ce coffre, et s'étant convaincus de la réalité de ce grand prodige , ils eu rendirent gloire à Dieu. Alors, le mari plus ému quêtons les autres, ouvrit son grenier et donna à sa femme l'autorisation de distribuer le grain selon son bon plaisir. Et Dieu, continuant de favoriser la charité de cette dame, multiplia tellement ce blé, que quatre ou cinq greniers n'auraient pas suffi à la distribution qui eut lieu dans l'espace de quelques mois.

34-4. — Ce miracle fut le premier témoignage que Dieu voulut donner pour prouver combien lui était agréable la charité que cette dame avait exercée en faveur des nécessiteux. Mais il en donna une preuve encore plus remarquable. Pour récompenser cette dame des généreuses aumônes qu'elle avait distribuées, tous les jours, au moment où l'on chantait les Heures canoniales , il lui envoyait un esprit céleste sous la forme d'un charmant oiseau qui, par un chant tel qu'on n'en entend que dans les cieux , charmait ses oreilles et inondait son cœur des plus ineffables délices. Thomas de Catimpré questionna cette

dame et lui demanda à quoi ressemblait le chant de cet oisean céleste. Elle répondit qu'il n'y avait sur la terre rien à quoi cela fût comparable ; parce que non-seuL^ment ce chant ravissait son ouïe par sa mélodie , et remplissait son cœur d'une douceur inexprimable , mais encore la transportait en extase à la contemplation des choses divines. Nihil, ait, in ferris est , quod illis possit vocibus comparari. Nec solis auribus delector in illis, verum etiam ad cor interius tramfunditur modulamen, e\ ex eo spiritus meus ad delicias œternales cxcitatur.

345. — Mais quoique les miracles opérés de Dieu en quelques circonstances à l'égard de certaines personnes, soient comme une sorte d'instruction destinée à nous apprendre combien Dieu se plaît au soulagement des infortunés, le témoignage qui le prouvera d'une manière plus éclatante et phis manifeste ««ra son retentissement, au jour du jugement général, dans la vallée de Josaphat, en présence de l'univers entier. Là, en appelant les élus au royaume du ciel il leur assurera que celte immense félicité leur est décernée pour récompenser les aumônes qu'elles ont faites par amour pour lui. J'avais faim, leur dira-t-il, et vous m'avez donné à manger; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais sans asile, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez revêtu. D'un autre côté, lorsqu'il prononcera la réprobation des méchants et les condamnera aux feux éternels, il leur dira : Je souffrais la faim, et vous ne m'avez pas sustenté; j'endurais la soif, et vous ne m'avez pas désaltéré; j'étais sans vêtement, et vous ne m'avez pas couvert. On doit remarquer ici que le Rédempteur ne dira pas : Le pauvre avait faim, il avait soif, il était nu ; mais il dira : J'avais iaim ^ j'avais soif, j'étais nu. 11 donnera à entendre, en s'exprimant de la sorte, que l'aumône faite au pauvre lui est agréable et qu'il en tient compte comme si on la faisait à lui-même eu personne.

346. — Saint Jean Ghrysostôme fait sur cette vérité évangélique les réflexions suivantes, dont on appréciera la justesse : Si Jésus-Christ venait en personne vous demander l'aumône, si vous le voyiez se jeter en suppliant à vos pieds pour implorer votre charité en faveur de son dénûment, auricz-vous le cœur assez dur pour le repousser, pour l'éloigner de vous? Oh! non, sans doute. Mais vous lui sacrifieriez tout voire or, tout votre argent, vous lui donneriez vos propres habits, vous lui feriez hommage de tous vos revenus, de toutes vos pubics-

sioiis. Pourquoi donc n'eu laitcs-vous pas autant aujourd'hui au uiènie Josus-Cluist dans la personne des pauvres? Pourquoi lui refusez-vous aujourd'hui l'aumône d'un seul denier, le soulagement d'un morceau de pain, d'un vêtement, d'un lit» d'un abri? Peut-être n'est-ce pas la même chose que de donner à Jésus-Christ eu personne ou dt^ donner aux pauvres comme si l'on donnait à lui-même? Peut-être y eut-il plus de bonheur j)our Madeleine et Marie, et d'autres pieuses iemmes, quand il leur fut possiltlc de donner à manger an Sauveur, qu'il n'y en a pour vous à jiouirir le même Sauveur dans la personne dc5 pauvres? Ne comprenez-vous pas les paroles de Jésus-Christ, qui vous assure que tout ce que vous faites en laveur d'un malheureux ici-bas par amour pour Dieu, c'est comme si vous le faisiez à lui-même? Certe si Christum Dominum nnnc videriiis, dit textuellement saint Jean Chrysostôme, non dubitaret unusquisque vesirum uni versant subslantiam in eiim erogare; verum non nudisdicentem: Quodiini ex mets 7ninimis fucis, niilii facis? IS'ihil nempe interest , sive huic pavperi, sive ipsi Christu dederis. JSihii emm minus habes his midieribus (nempe Magdalena, Martha, et céleris) quœ tune Christum alebant. [Homil. 89» m cap. 27, M al (h.).

347. — Le saint Docteur, imprimant ensuite nne plus grande énergie à son discours, ajoute que, nourrir et servir Jésus- Christ dans la personne des pauvres, est une œuvre plus noble et plus méritoire que de rendre les mêmes services à sa propre personne ; parce que, dit-il, si Jésus-Christ était sous vos yeux, sa douce présence vous exciterait à ces actes de service et d'hommage. Quel est, en efiet, le cœur assez dur pour ne pas se laisser ravir et charmer par l'aimable aspect du divin Kédempteur? Tandis qu'aujourd'hui, en le soulageant dans la personne des pauvres, vous le servez avec un amour plus fort et plus pur, puisque vous rendez service au malheureux par amour pour votre Dieu , et sans y être attiré par les charmes attrayants de sa personne visible. Vous le servez avec plus de foi, puisque vous le secourez dans ce pauvre, quoique vous ne le voyiez pas. Vous le servez avec plus de respect, parce qu'il y a plus de mcrile dans l'hommage que l'on rend au prince dans la persoiijir de ses courtisans, par déférence pour lui, qu'il n'y en a eu lui reiidant cet hommage à lui-même. Innno, continue le Saint (sed ncnio his verbis turbetu?-), multo etiatn majus. ]Son

enim est aquale ipsum Dommum prœsentem alere, cujus prœsentia vel lapideum ad se animuni atlraheret; et propter ejus verba dumiaxat , pauperes , mendicos , et œgrotos alere , atque curare... Majoris erga Christum révèrent iœ signum est. quando^ quidemideo conservum tuumin omnibus dilig enter pascis , atque curas.

348. — Les histoires ecclésiastiques sont pleines de fait; admirables, par lesquels Jésus-Christ nous montre clairemem ce qu'il manifestera aux yeux de tout l'univers au jour du jugement dernier. Je vais en raconter un seul, qui est tiré de Thomas de Catimpré, déjà plus haut cité. [Eod. loco). Je choisis ce fait de préférence, parce qu'il lui fut rapporté par le neveu de celui-là même à qui il était arrivé. Le comte Thibault, personnage très-généreux, principalement envers les pauvres, voyageait pendant un hiver des plus rigoureux, lorsqu'il rencontra sur son chemin un pauvre complètement nu. Touché de compassion pour ce malheureux, qui était à demi-mort de froid, et qui le conjurait en gémissant d'avoir pitié de sa misère : Que voulez-vous, lui dit-il, mon fils, que demandez-vous? Je voudrais , répondit-il , que vous me donnassiez votre manteau pour couvrir ma nudité. Le comte, sans hésiter un seul instant, se défit de son manteau et le donna à ce mendiant, afui qu'il se mît ainsi à couvert du froid. Voulez-vous autre chose? dit le comte. Je veux, reprit le mendiant, que vous me donniez votre pourpoint. Le comte s'en dépouilla aussitôt et le lui mit, et le questionna pour savoir s'il voulait autre chose. Oui, reprit le pauvre, je veux encore votre habit de dessous. Cette autre demande lui parut importune, mais, stimulé par sa grande charité, le comte se dépouilla encore de ce vêtement, et resta exposé à la rigueur du froid , n'ayant sur lui que son linge de corps. Êtesvous enfin content? dit-il au pauvre. Non, répondil-il, je veux que vous me donniez votre chapeau pour défendre ma tète du vent. A cette demande, le comte resta eu suspens, et céda à la honte de se montrer tête nue. Je ne luiis, dit-il au pauvre, me priver de ce couvre-chef, parce que j'ai la tête cliauve. A peine avait-il cessé de parler, que le pauvre, qui n'était autre que Jésus-Christ lui-niême sous cette forme, disparut à ses yeux, laissant à terre le manteau et les autres vêtements. Le comte, stupéfait de cet événement, et, plein de legret de n'avoir pa» donné encore son chapeau au divin Sauveur, se mit à pousser

des pémis?t'monts, et il no lui arriva jamais pins de refuser lamoiiul c chose aux [lauviosnui lui vn taisaicul la (U'inaiulti.

3' ;. — Cette ai>panlion de Jésus-Christ sous la l'onne d'un pau.re, et d'autres laits du même genre, sont des leçons destiué. s à prouver aux lidèles que , s'il ne se montre pas toujours jous c^tte apparence, il est cependant toujours dans leur perionne, et que, s'il ne demande pas constamment raumonc de )a propre bouche, il la réclame toujours néanmoins par la |>ouche des mendiants. Voici donc les réflexions que je fais à ce Éujet: Si Notre- Seigneur ne se montra jias pleinement i^atisiait de celui qui lui avait refusé son chapeau en aumône , quoiqu'il se fût, par amour pour lui, dépouillé de tous ses vêtements, pourrions-nous penser qu'il sera plus satisfait de ces chrétiens sans pitié, qui refusent un morceau de pain, une petite pièce de monnaie, un verre d'eau, un vieux vêtement, quelque haillon et autres objets de trés-médiocre valeur, qu'il réclame d'eux par l'organe des pauvres? Non, certainement. Mais, au dernier jour, il leur fera subir le châtiment de la dureté qu'ils lui ont témoignée dans la personne des pauvres, en les excluant du royaume éternel.

350. — Mais continuons d'envisager quelques autres prérogatives plus précieuses 6! :core dans la bonne œuvre de l'aumône. Les SS. Pères vont jusqu'à dire qu'un homme assidu à l'exercice de l'aumône est un autre Dieu; parce que, comme il n'y a rien qui soit plus propre à Dieu que la miséricorde, selon la parole du Psalm'ate : Miseraiiones ejus super omnia opéra ejus (Psalm. 144, 9i, et selon l'expression de la sainte Église, dans sa Uturgie : Deus, cui proprium est misereri semper et parcere; de même aussi l'homme qui est compatissant envers les malheureux, et vient à leur secours dans l'indigence, participe à cette qualité dont Dieu fait la plus haute estime, et, )'il ne devient pas un autre Dieu par essence, il le devient en participant à sa perfection. Écoutez comment s'exprime à cet égard saint Grégoire de Nysse. {De Beatitudlnibus). Scio in multis locis divines scripturœ nomine misericordis sanctos viros divinam potentiam appellare. Sic David in psalmis, sic Jonas in sua prophetia, item magnus Moyses in multis locis suce sanctionis nominal numen divinum. Si ergo misericordis appellatio Deum decet, ad quidaliud tesermo horlatur, nisi ut Deus fias, tanquam formatus, et insignitus propria nota deitatis. Si, dit

le saint Doctenr, Dieu est appelé dans les saintes Écritures le Miséricordieux, comme le nomme le prophète David, le prophète Jonas, comme le nomme le grand Moïse, si ce titre de miséricordieux est le nom propre de Dieu, que faut-il dire de plus, si ce n'est qu'en exerçant la miséricorde envers les malheureux, vous devenez un autre Dieu, que vous portez le même titre d'honneur que la divinité elle-même? Ëcoutei maintenant saint Grégoire de Nazianze : {In orat. de pauperum amoré). Nihil tavi divinum hotno habet, quam de aliis bené viereri tametsi ille majora, hic minora bénéficia conférât , uter» que nimirumpro suis viribus. F' c te calamitosis Deus,Deinn» sericordiarn iinitando. Il n'y a dans l'homme, dit le saint Docteur, rien qui tienne autant de la Divinité que de faire du bien aux malheureux, quoique les bienfaits de Dieu soient plus grands et ceux de Thomuie moindres, mais chacun selon ses facilités. Faites-vous donc Dieu dans la personne des malheureux en imitant la Divinité pleine de miséricorde. Puis, parlant encore des pauvres, il dit : {Ead. orat.). Membrum tuum est, licet calamitate franyatur. Tibi, licet animo forti prœtereas, pauper relictus est, tanquam Deo. His eniin verbis pudore te forsan provocabo. Le pauvre, dit-il, est votre membre, quoiqu'il soit accablé sous le poids du malheur. Malgré tous vos efforts pour le regarder d'un œil impassible, et sans aucun mo-Jvement de commisération, il vous a été recommandé comme à un Dieu. En vous parlant ainsi, je vous ferai rougir de votre insensibilité, et je vous animerai à le soulager. Saint Clément d'Alexandrie est du même sentiment. Misericordia non est, lU quidam existimarunt philosophi, molestia propter aliénas calamitates ; sed est potins quid divinum, ut dicunt ptophetœ. [Lib. Vf. Strotnatum). La miséricorde envers les pauvres, considérée comme une vertu, n'est pas une peine qu'on éprouve à la vue des misères de son prochain, comme l'ont pensé certains philosophes, mais c'est une chose divine, comme la nomment les prophètes, qui donne un certain lustre de divinité à quiconque la possède.

351 . — Le lecteur ne doit donc pas s'étonner, en lisant la vie de sainte Paule, écrite par saint Je fume ; il y voit que cette dame romaine, puissamment riche, "devint si pauvre à cause de ses aumônes, qu'à sa mort elle ne laissa pas à sa fille Eustochium, une obole pour soutenir sou existence. Si le lecteur parcourt

les vies tîo plii<;iours autres saints, il tronvora, par exnmp?e, que saint Charles [{nrroinee fut si libéral envers les pauvre.^, qu'il ne se réserva pas seulement un petit lit pour y doimir pendant la nuit, et (pi'il fut contraint de rc[toser sur une duro planche'; que saint Jean, surnommé l'aumônier, archevè(ju« d'Alexandrie, bien que jouissant de grands revenus ecclésiastiques, fut réduit, à cause de son amour pour les pauvres, aune telle misère, qu'il n'avait pas seulement une couverture pour se mettre à l'abri du froid pendant la rude saison; que saint Thomas de Villeneuve n'avait pas, à sa mort, un lit pour y reposer ses membres languissants, et que, pour ne pas rendre le dernier soupir sur la dure, il lui fallut demander à emprunter à un mendiant le lit qu'il lui avait donné par charité. Ces grandes âmes savaient bien jusqu'à quel point la miséricorde est agréable à Dieu, et combien elle nous rend semblables à lui; ils n'ignoraient pas que l'aumône faite aux pauvres lui plaît infiniment. C'est pourquoi ils tâchaient de se conformer à ses désirs et d'acquérir comme un certain caractère et comme une empreinte de la divinité, en distribuant à pleines mains l'or, l'argent, les habits, les meubles et ce qu'ils avaient de plus précieux. 352. — Il faut ici néanmoins observer que les SS. Pères entendent par ce nom d'aumône toute sorte d'actes de miséricorde que l'on exerce envers les autres en ce qui regarde leurs besoins corporels. On doit doncrapporteràl'aumônp, non-seulement les actes tels qne ceux de revêtir les malheureux qui sont sans vêtements, de donner à manger à ceux qui ont faim, mais de fournir un asile à ceux qui n'en ont pas, de servir les malades et les infirmes, de racheter les esclaves, de visiter les prisonniers, de soulager ceux qui sont opprimés, de prendre soin des orphelins, de défendre la cause des veuves et autres actes de miséricorde chrétienne qu'énumère Lactance. {Divin, institut, cap. 7). Si quis victu indiget, impertiamur. Si quis nudus occurrerit, vesiiamus. Si quis a potentiori injuriam sustineat , eruamus. Patent domicilium nostrum p)ereyrinis, et indigentibus tecto. Pupillis defensio, viduis tutela nostra non dcsit. Redimere ab hoste captivas, magnum misericordiœ opus est, item œgro'^ pauperes vestire, atque fovere. Inopes et panières, si obier int, non patiamur insepultos jacerc. Hec sunt opéra, hœc officia misericordiœ, quœ si quis peifecerit, verum et acceptum sacrificium immolabit.

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